18ème. Déclin de la maîtrise ès Arts

16. Seule la nation de Normandie a conservé après 1592 l’ancienne cérémonie de remise du bonnet réalisée lors de la réception comme maître. Cette conquête des chanceliers remonte au XVIe siècle et reste contestée après 1600 par le recteur, qui admet difficilement la perte de cette prérogative. Les arguments échangés à l’occasion d’un procès engagé en 1717 par le recteur pour rapatrier dans les nations la cérémonie de remise du bonnet montrent que c’est bien l’autonomie du monde universitaire vis-à-vis de l’Église qui se joue derrière ces enjeux symboliques. Dans tous les cas, ces limites montrent que la maîtrise ès arts n’est plus, après 1600, la procédure d’intégration dans la communauté des maîtres : si elle n’est pas complétée par d’autres actes devant la nation, elle est devenue un simple diplôme acquis devant le chancelier, reconnu par l’Église dans la course aux bénéfices et permettant d’accéder aux degrés des facultés supérieures.

18. La soutenance d’une thèse publique pour l’obtention de la maîtrise est une possibilité, en aucun cas une obligation. Le témoignage de Jean d’Ibbarat d’Etchegoyen, élève à Paris en 1786, donne un éclairage sur le public, qui semble être sélectionné, et sur les contraintes financières et l’honneur encore attachés à cette pratique :

 « Il est vrai que j’ai bien travaillé ; aussi le principal et les maîtres veulent-ils absolument que je soutienne une thèse générale sur la physique et les mathématiques, à la fin de l’année scolaire. Il est sûr que cela me fera beaucoup d’honneur et que bien des gens en enrageraient ; mais j’hésite, c’est si coûteux ! Je ne m’en tirerais pas à moins de 800 livres. Rien que l’impression de la thèse coûte 200 livres, il faut ensuite faire disposer la salle, donner une sorte de collation aux examinateurs, aux académiciens, ainsi qu’à nos connaissances et à nos correspondants, ce qui revient à 400 livres, puis il y a le présent d’usage aux professeurs : une paire de gants avec un louis dans chaque doigt ». Finalement, Jean d’Ibbarat d’Etchegoyen renonce…

Extraits de la conclusion de l’article. « En définitive, la situation de la maîtrise ès arts à la veille de la Révolution révèle un triple décalage entre une définition théorique, toujours nourrie de références aux origines médiévales du grade, et le déroulement, le sens et l’usage de celui-ci. Si les formes prises par les épreuves et les cérémonies de la maîtrise ont peu changé, l’effacement des valeurs universitaires portées par la communauté des maîtres y est patent.

En revanche, la Réforme catholique et l’épanouissement des collèges congréganistes ont favorisé la récupération des rituels par le chancelier de l’évêque à la fin du XVIe siècle et la transformation du degré universitaire en un examen de type scolaire. On est alors bien loin de la cérémonie d’intégration dans la corporation des maîtres d’un impétrant reçu par ses pairs que décrivait Émile Durkheim.

En second lieu, on relève un décalage grandissant entre les pratiques scolaires et les épreuves de l’examen, dont le contenu n’intègre ni le cursus humaniste, ni même les timides évolutions de la philosophie enseignée dans les collèges…

De plus, cet examen ne concerne qu’une petite partie de la population scolaire, même dans les collèges des villes universitaires comme Paris. Ainsi, la faculté des arts de Paris ne peut en aucun cas être présentée comme une machine à délivrer les grades.

Enfin, force est de constater que ce degré ne remplit qu’imparfaitement les fonctions qu’on lui prête aux XVIIe et XVIIIe siècles : professionnellement, les places sont trop chères pour garantir aux maîtres ès arts l’accès à l’enseignement ou aux bénéfices ecclésiastiques…; scolairement, le degré ne régule guère l’accès aux facultés supérieures, puisqu’on y suit souvent les cours sans prendre préalablement la maîtrise »…

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