18ème. Abbaye de Moyenmoutier

Fondée vers l’an 671 par Saint Hydulphe, chorévêque de Trèves, l’Abbaye bénédictine de Moyenmoutier fut soumise dès l’origine aux rois d’Austrasie et ensuite à l’empereur Charlemagne et à ses successeurs. Elle abrita jusqu’à 300 religieux.

Histoire de l’abbaye, 17ème et 18ème siècles. Source pour le 17ème : extraits de Pays des abbayes. Source pour le 18ème : extraits de Wikipédia.

L’Abbatiale en deux albums : extérieur (24 photos) et intérieur (22 photos).

« Moyenmoutier, Medianum Monasterium, le monastère du milieu… Lorsque les 4 premières abbayes furent édifiées, elles ont formé une croix. Il fut dit que Moyenmoutier en serait son centre… Senones et Etival situées sur l’axe est-ouest cédèrent une partie de leurs dotations à saint Hydulphe, venu en l’an 671, christianiser ces terres sauvages des Vosges. Le prestige du saint homme attire de nombreux moines et l’abbaye acquiert pouvoir et influence. Mais en 915, les invasions hongroises dévastent la Lorraine et l’abbaye de Moyenmoutier est détruite….

1612. La richesse retrouvée, les tentations sont nombreuses… Hubert de Parroy n’y résiste pas et s’autoproclame voué de Moyenmoutier et de son territoire. Alors les moines font appel au duc de Lorraine Mathieu II pour libérer l’abbaye du joug de son voué. En 1612, la réforme de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe insuffle à la Lorraine un nouvel élan spirituel.

1661. Un nouvel abbé régulier est élu, Philibert Galavaux, mais l’abbé commendataire Nicolas-François de Lorraine est également nommé. Finalement ce dernier se désiste en 1662, ce qui marque la fin du régime de commende à l’abbaye.

1676-1705. Sous l’abbatiat de Hyacinthe Alliot, une académie des sciences est créée. Moines théologiens, historiens, naturalistes, archéologues, entomologistes, médecins, on retrouve à l’abbaye l’élite savante de l’ordre bénédictin sous la tutelle de l’abbé humaniste. Le premier « Traité du Cancer » y est écrit et publié à Paris sous le nom de Jean Baptiste Alliot, médecin de Louis XIV et frère de l’abbé. Les premières fouilles gallo-romaines sont entreprises au sommet du Donon.

1705-1727. Abbatiat de Humbert Belhomme (1653-1727). La bibliothèque s’enrichit considérablement et compte 11 000 volumes.

L’Abbé mène une politique documentaire d’envergure. Il la définit dans une lettre datée de 1710, adressée à Dom Calmet : je désire que nous continuions à former notre bibliothèque selon le plan que nous nous sommes proposé, qui est d’avoir tous les auteurs originaux grecs et latins, toutes les nouvelles éditions de Paris et tous les nouveaux livres qui en vaudront la peine.

Dom Calmet y écrit Les commentaires sur l’ancien testament, Le dictionnaire de la bible pendant ses huit années de séjour à Moyenmoutier. Chronique du blog sur Dom Calmet.

Humbert Belhomme fait également entièrement reconstruire l’abbaye, sur les bords de la rivière Rabodeau. Sur son tombeau, ses frères moines écrivent cette épitaphe : Homme humble d’origine, il apprit à goûter et à réaliser de grandes choses. Il fut d’une piété sincère, d’un esprit pénétrant, d’un goût cultivé et raffiné en toutes choses, d’une habileté remarquable dans la conduite des affaires et le maniement des âmes. Il reconstruisit le monastère qu’il rendit aussi agréable que commode. Ceux qui étaient sous son autorité, ils les aima d’une telle charité qu’ils ne le craignaient pas comme un maître mais le vénéraient et l’aimaient comme un père« .

Construction de la 3ème abbaye à partir de 1767

1727-1790. « Sous les abbatiats de Humbert Barrois (1727-1771) et François Maillard (1771-1790), la construction d’une nouvelle abbaye est entreprise sur le site actuel à partir de 1767.

La réalisation est confiée à l’architecte Ambroise Pierson, un bénédictin de Senones. L’ancienne abbaye est détruite au fur et à mesure que la nouvelle se construit. Dix années suffisent à l’architecte pour faire ce chef-d’œuvre d’architecture, inauguré en 1776. C’est cette troisième abbaye que l’on peut admirer aujourd’hui et qui est le « plus bel édifice baroque de Lorraine ».

Lors de la Révolution française, l’abbaye de Moyenmoutier est une des rares à ne pas être dépeuplée. François Maillard est encore entouré d’une vingtaine de moines (dont Joseph Fréchard). Les dernières prises d’habit datent de 1788 ! Tout est calme en ce mois de juillet 1789 à Moyenmoutier, les relations sont bonnes entre les bénédictins et les habitants.

À la salle capitulaire, le 30 juillet, François Maillard dresse un acte officiel devant ses religieux : Dans les circonstances actuelles où l’esprit d’insubordination, d’insoumission et d’anarchie parait s’être répandu dans toutes les parties du royaume de France, l’abbaye de Moyenmoutier ayant à craindre qu’il ne lui soit fait violence, soit pour abandonner ses droits, ses propriétés, ses titres et archives, proteste par cet acte contre tous abandons ou cessions que la crainte, les menaces, la violence, la force ou les voies de faits pourraient leur arracher et extorquer sous quelque prétexte que ce soit.

1790. François Maillard meurt le 2 février. Entre les 13 et 19 février, l’Assemblée constituante décide l’abolition des vœux monastiques et la suppression des ordres et congrégations régulières autres que d’éducation publique et de charité. C’est à partir du 10 mai que les autorités municipales de Moyenmoutier se rendent à l’abbaye pour procéder aux inventaires des biens et à l’interrogatoire des religieux. Il est à peu près certain que ceux-ci optèrent pour la liberté de rentrer dans le monde. L’histoire des bénédictins à l’abbaye de Moyenmoutier se termine avec le départ des moines au cours de l’année 1791.

1791-1792. À la suite du décret du 2 décembre 1789, les domaines et possessions de l’Église sont déclarés biens nationaux. Les ventes mobilières à Moyenmoutier s’effectuent de février 1791 à mai 1792 (meubles, fauteuils, nappes, lampes, horloges, bottes, souliers, estampes, prie-Dieu, bureaux, vaches, chevaux, fourrage, chariots, charrues, harnais…) ».

Description de l’édifice actuel (source :Pays des Abbayes)

« L’abbaye est construite en grès rose des Vosges.

L’intérieur de l’abbatiale est de facture baroque, mais reste assez sobre si on la compare aux édifices de même style d’Allemagne ou d’Autriche. Le badigeon coloré « jaune Marie-Thérèse » procurait une agréable lumière, comme à l’église Saint-Jacques de Lunéville, mais n’existe plus aujourd’hui, laissant la place à un gris délavé.

L’abbatiale surprend par ses dimensions: 60 m de long, 16 m de large et 30 m de haut. La construction sans contrefort à l’extérieur et sans pilier à l’intérieur réside dans la charpente en forme de bateau renversé. Un savant entrelacs de poutres renvoie, par le jeu d’équilibre des forces, la charge sur les pilastres et les murs de l’église. La cage à écureuil y est toujours présente. La nef de 5 travées et le chœur sont couverts de voûtes bombées séparées par des doubleaux à caissons ornés de rosaces.

L’autel (dont la croix et les six chandeliers de 1734) est en marbre XVIIIe siècle, et le tableau de 1740 de la Cène est attribué à Dumont le Lorrain.

Dans l’avant-chœur sont installées des stalles de 1698, sous une large coupole sur pendentif. L’ensemble compte 36 sièges dont les miséricordes sculptées montrent des visages. Toutes les stalles sont adossées à des panneaux en bois sculptés appelés dorsaux, composés de trois étages inégaux : en haut une frise avec des feuillages et fruits divers, au centre des perspectives de cloître et en bas des motifs religieux et musicaux alternés. Aux portes des stalles, des bas-reliefs illustrent quatre vertus (la Charité, la Justice, la Force et la Prudence).

Enfin, à l’extrémité des stalles, deux grands panneaux entourés de cariatides représentent St Hydulphe exorcisant un possédé qui crache son démon, et l’autre Saint Hydulphe et son frère Saint Erhard baptisant Sainte Odile.

Dans la nef, 4 trophées-appliques provenant de la deuxième abbaye, placés sur 4 piliers des voûtes.

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