1774-1776. Turgot. Une épizootie

Le contexte (source : Wikipédia). Turgot (1727-1781), homme politique et économiste français, partisan des théories libérales de Quesnay et de Gournay. Après la mort de Louis XV (10 mai 1774) et l’avènement de Louis XVI, Turgot, alors intendant du Limousin, est nommé (sur proposition de Maurepas) ministre de la Marine en juillet 1774. Un mois plus tard, il est nommé contrôleur général des finances (1774 à 1776). Ses mesures pour tenter de réduire dans le long terme la dette nationale (« pas de banqueroute, pas d’augmentation de la taxation, pas d’emprunt ») et d’améliorer la vie du peuple n’ont pas porté leur fruit, et furent révoquées par son successeur.

C’est en tant que Contrôleur général des finances de Louis XVI que Turgot est confronté à une épizootie bovine. Il se met en première ligne pour la gérer.

Source : bonnes feuilles de l’excellent livre de Jean-Pierre Poirier, Turgot, Laisser-faire et progrès social, Éditions Perrin, 1999. L’épizootie du midi : pp. 244-249, 339-340. Diaporama des 7 pages mentionnées.

« 1774. Réapparition dans le Pays Basque d’une maladie des bovins dont la dernière atteinte remontait à 1771…

L’épizootie gagne rapidement Pau, Bayonne, Dax, Bordeaux, puis le Centre. Partout les troupeaux de vaches offrent un tableau misérable… La mort survient vers le 6ème jour…

Claude Bourgelat, commissaire général des Haras, directeur des écoles vétérinaires d’Alfort et de Lyon, propose différents remèdes dont aucun n’est efficace…

L’intendant de Bordeaux, Esmangard, envisage alors des mesures drastiques : les propriétaires déclareront les bêtes malades, qui seront isolées, abattues contre dédommagement et enterrées. Les bêtes saines seront contrôlées deux fois par semaine par le vétérinaire pendant quarante jours…

A Paris, Turgot nomme une commission. L’académie des Sciences y détache un de ses plus jeunes membres, Félix Vicq d’Azyr, médecin et professeur d’anatomie à la faculté de médecine (chronique à venir). Il part pour Bordeaux le 2 décembre…

Sa mission : reconnaître par tous les moyens qu’on peut tirer de la physique et de la chimie s’il est possible de purifier l’air putride qui porte la contagion d’un lieu dans un autre, d’examiner et d’analyser avec tout le soin possible le véhicule de la contagion…

Trois jours après son arrivée et quelques autopsies, il propose un plan d’action à Turgot : « le meilleur moyen préservatif serait de tuer dans un pays sain les bestiaux sur lesquels les premiers signes de la contagion se manifestent… Mais il faudrait dédommager  financièrement les paysans »…

1774, 20 décembre. Turgot définit pour l’intendant de Bordeaux un programme en trois points : abattage des dix premières bêtes reconnues malades dans tout village, versement d’une indemnité égale au tiers de la valeur de tout animal abattu, isolement des régions contaminées.

Janvier 1775. Malgré les efforts déployés, l’épizootie continue ses ravages… Turgot compare la situation à celle du temps de guerre et recommande des mesures encore plus radicales : abattage de tous les animaux malades, interdiction du commerce des peaux, purification des étables infectées, interdiction de la vente et du transport du fumier…

Les paysans, désespérés de perdre leur bétail, et confiants dans les vertus d’une eau antiputride que prescrivent les charlatans, cachent les bestiaux malades… Turgot fait alors appel à la troupe…

Turgot lutte en même temps contre les conséquences économiques de l’épizootie, promet des gratifications aux marchands de bestiaux qui importeront des mulets et des chevaux…

1 commentaire

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes), E. Economie Gestion, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences

Une réponse à “1774-1776. Turgot. Une épizootie

  1. Merci beaucoup. Fort intéressant. Turgot, l’intendant du Limousin… et la pomme de l’Estre (légende ?à
    « La pomme de l’Estre est une variété ancienne (1750) de pomme originaire du Limousin et d’Auvergne. Elle a un long pouvoir de conservation.

    Elle a pour synonymes : Reinette de Brive, Sainte-Germaine, de Saint Germain, Lombard, Lettre, de Comte, Reinette à Cul Noir.

    En occitan, « de l’estro » signifie « de la fenêtre ». Le pommier de l’estre, c’est donc le pommier situé près de la fenêtre, celui dont le paysan qui abritait Turgot et sa suite à Saint-Germain-les-Vergnes en Corrèze aurait parlé en disant à sa femme « donne leur quelques pommes du pommier de l’estre »… Turgot les aurait trouvées si bonnes qu’il décida de les faire connaître.  »
    Reinette à cul noir ! je ne lui ai jamais vu le cul noir. Est-ce une référence aux Arédiens dits Culs Noirs du fait de leurs cochons ?

    Du travail pour l’historien !