Huysmans, critique d’art : la peinture

« Institué par l’Académie royale de peinture et de sculpture sous Louis XIV, le Salon est vite devenu un incontournable. Le compte rendu du Salon, depuis Diderot, est un genre littéraire, cultivé par Stendhal, Gautier, Baudelaire, les Goncourt, Zola et bien sûr Huysmans qui s’en fera le chroniqueur parfois féroce ».

Critique d’art : la peinture (cette chronique comprend 3 pages).

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1834. Devenu annuel en 1834, le Salon ouvrait au printemps pour se terminer en automne, réunissant jusqu’à 3000 tableaux et attirait au-delà du million de visiteurs.

1863. Les œuvres étaient sélectionnées par un jury, source de protestations et contestations, culminant dans le Salon des refusés en 1863.

1874. Organisé dorénavant par la Société des artistes français, le Salon était concurrencé, depuis 1874 déjà, par les expositions des Artistes impressionnistes.

1880. Le Monopole de l’Académie est supprimé.

1884. Premier Salon des Indépendants.

Huysmans, critique d’art. Années 1875-1878

1875 (Huysmans a 27 ans). Il débute dans la critique d’art en publiant des descriptions de tableaux de peintres hollandais : Bon compagnon de Frans Hals et Le Cellier de Pieter de Hooch.

1876 (28 ans). A partir de cette date, il collabore à différents journaux pour lesquels il rédige des comptes rendus des Salons de peinture. Il découvre les tableaux de jeunes artistes indépendants qui exposent à l’écart des Salons officiels, où leurs œuvres sont systématiquement refusées par le jury.

1876. A son domicile parisien, le poète Stéphane Mallarmé reçoit chaque mardi l’avant-garde artistique de son temps : Manet, Verlaine, Redon, Morisot, Degas, Debussy et… Huysmans.

Édouard Manet  (1832-1883). Portrait de Mallarmé

1876. Edgar Degas (1834-1917) peint Dans un café, dit aussi l’Absinthe. Le tableau est présenté à la Deuxième exposition des impressionnistes en 1876.

« Les deux personnages représentés, une femme et un homme, sont l’actrice Ellen Andrée et le peintre et graveur Marcellin Desboutin… Devant la femme est posé un verre rempli d’absinthe, liqueur verte qui, mêlée à l’eau, prend cette teinte vitreuse et nacrée. On remarque que le regard de cette femme est abattu (vague, elle fixe un point obscur), ou paraît fatigué. L’homme fume la pipe et scrute la salle, à droite, hors-champ. Les tons dominants utilisés par l’artiste sont le gris, le marron et le noir : le gris des marbres des tables de café, des journaux, des rideaux enfumés et des visages ; le marron des banquettes et de la robe ; le noir du costume de l’homme et des ombres.

La scène se passe au café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, alors lieu de réunion des Impressionnistes ».

1877 (Huysmans a 29 ans). Édouard Manet peint Nana (1877).

1878 (30 ans). « Au printemps, un mois avant l’inauguration du Salon, Rolla est brutalement exclu de la manifestation par l’administration des Beaux-Arts.

« Henri Gervex (1852-1929) est pourtant un peintre reconnu. Âgé de 26 ans seulement, il a déjà été médaillé au Salon, ce qui le rend en théorie « hors concours », dispensé des délibérations du jury chargé de choisir les œuvres exposées. Cette fois les autorités en décident autrement, en raison du caractère jugé « immoral » de la scène.

Gervex s’inspire d’un long poème d’Afred de Musset (1810-1857), paru en 1833. Le texte retrace le destin d’un jeune bourgeois, Jacques Rolla, sombrant dans une vie d’oisiveté et de débauche. Il rencontre Marie, adolescente qui se prostitue pour fuir la misère. On voit ici Rolla, ruiné, se tenant à coté de la fenêtre, les yeux tournés vers la jeune fille endormie. Il va bientôt mettre fin à ses jours en avalant du poison.

Si la scène est jugée indécente, ce n’est pas en raison de la nudité de Marie, qui ne diffère en rien des autres nus canoniques de l’époque. L’attention des contemporains se porte en réalité sur la nature morte constituée d’un jupon, d’une jarretière, d’un corset dégrafé à la hâte, surmonté par un chapeau haut-de-forme. C’est Degas qui aurait conseillé à Gervex de mettre « un corset par terre » pour que l’on comprenne que cette femme « n’est pas un modèle ». En effet, cette disposition, la nature des vêtements, dessinent clairement le consentement de Marie et son statut de prostituée. De plus, la canne jaillissant des sous-vêtements agit comme une métaphore de l’acte sexuel.

Après son exclusion du Salon, Rolla est exposé trois mois chez un marchand de tableaux parisien. Le scandale, dont la presse se fait largement l’écho, attire les foules. Bien des années plus tard, dans des entretiens parus en 1924, Gervex raconte le plaisir qu’il eu à voir le défilé ininterrompu de visites, sans que l’on sache si il avait anticipé la réaction des autorités et provoqué volontairement la polémique ».

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