1682-1715. Théâtre et musique

Théâtre et musique en marge de la cour de Versailles (1682-1715), Mondes sociaux, Rémy Campos, Anne-Madeleine Goulet, 2 novembre 2020.

« Au sein d’assemblées ouvertes aux tendances artistiques les plus novatrices, de nouvelles sociabilités émergent et des opportunités inédites sont ainsi offertes aux artistes. L’installation de la cour à Versailles n’entraîne donc pas le renforcement du monopole esthétique du roi et voit, tout au contraire, le développement artistique d’autres espaces, à l’activité foisonnante.

Un déplacement du regard

En 1682, le fait que la cour adopte un lieu fixe et qu’elle abandonne partiellement l’itinérance constitue une sorte de révolution. Ce choix entraîne la multiplication autour du domaine versaillais de résidences-satellites, longtemps perçues comme des lieux périphériques – pâles reflets de la cour de Versailles. Notre approche, qui relève des arts du spectacle – entendus comme un champ de confrontation disciplinaire plutôt que comme une discipline constituée – propose de déplacer le regard, de l’étude de la cour à celle de ces lieux situés dans la ville de Versailles, à Paris ou ailleurs en Île-de-France.

À l’évidence, les propriétés du duc d’Orléans à Saint-Cloud ou au Raincy, le château de Choisy que la Grande Mademoiselle fait construire à partir de 1682, le château de Saint-Maur pour les Condés, le domaine de Sceaux où s’établissent le duc et la duchesse du Maine en 1700, celui de Meudon que le Grand Dauphin investit à partir de 1695, ou encore le château de la Bretèche et celui de Rambouillet, qui échoient respectivement en 1700 et en 1706 au comte de Toulouse, s’imposent comme autant de foyers artistiques fort dynamiques, ouverts au théâtre et à la musique. La haute aristocratie emboîte alors le pas aux membres de la famille royale, comme l’atteste le divertissement organisé en l’honneur du Grand Dauphin au château du Raincy le 9 et 10 juin 1697 par Louis Ier Sanguin, marquis de Livry (1648-1723), premier maître d’hôtel du roi, et confié à André Campra.

Il suffit de feuilleter les livraisons successives du Mercure galant, le périodique mensuel que Jean Donneau de Vizé lance à partir de 1672, pour constater que les provinces ne sont pas en reste. Fêtes ordinaires (mariages, baptêmes…) et extraordinaires (célébrations pour la naissance d’un enfant royal ou pour une victoire militaire) se succèdent à une cadence rapide. La fête que le maréchal de Vivonne offre à Mme de Grignan à Marseille en 1680 est ainsi conçue sur le modèle des fêtes de cour : promenade en galère au son de la musique, dîner au château d’If avec concert et représentation de l’opéra Bellérophon de Quinault et Lully.

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