1750-1775. Querelles médicales

Jean-Baptiste Fressoz, La médecine et le “tribunal du public” au XVIIIe siècle, Hermès, la revue, vol. 3, n° 73, 2015, p. 21-30.

Bonnes feuilles de l’article de Fressoz. « La transformation de long cours dans les écrits des philosophes de la notion d’opinion-erreur à la notion d’opinion publique détentrice de vérité naturalise l’idée d’un Tribunal du public légitime à juger les actions des gouvernants… Les décennies 1750-1760 sont décisives : une série de débats (refus des sacrements jansénistes, attentat de Damiens, économie politique et commerce des blés, censure de l’encyclopédie, crise des finances publiques) conduisent progressivement à la politisation de la sphère publique.

Cet article étudie le rôle du « tribunal du public » dans le domaine médical. Il revient en particulier sur la célèbre controverse de l’inoculation de la petite vérole et sur les fonctions imparties au « public » durant cette controverse. 

Au xviiie siècle, la variole était une maladie universelle. Suivant la virulence de l’épidémie, elle tuait entre une personne sur vingt et une sur sept, principalement des enfants en bas âge. L’inoculation variolique reposait sur un principe simple : comme on n’attrape la variole qu’une seule fois, autant l’avoir en bonne santé, bien préparé, lorsque l’épidémie est bénigne. Introduite en Angleterre dès les années 1720, l’inoculation demeure presque inconnue en France jusqu’en 1754.

Au mitan du siècle, la médecine est située dans le même univers textuel que les nouvelles politiques et littéraires. Les périodiques de l’époque (Mercure de France, Journal de Trévoux, Journal de Paris, Année littéraire, Journal des Dames, etc.) regorgent de sujets médicaux. Les remèdes nouveaux font l’objet d’innombrables articles mercantiles car les lecteurs sont avant tout des clients potentiels.

Les narrations de cas médicaux très détaillés (et nominatifs) abondent dans les périodiques. En 1765, l’Année littéraire publie ainsi le récit de la petite vérole du fils de M. Racine, trésorier des guerres. L’article décrit en détail le pied droit de l’enfant, tuméfié, ses inflammations, les abcès qui y apparaissent, puis le pus sanieux qui s’en écoule.

La même année, Antoine Petit, professeur à la faculté de médecine publie une Histoire de l’inoculation de M. Andrezel dans le Journal de Trévoux. Il s’agit d’un long article de quatorze pages détaillant maintes complications. Cet article parfaitement rébarbatif réjouit pourtant l’éditeur qui ajoute : il nous serait fort agréable d’avoir souvent de pareils morceaux à présenter au lecteur. Notre ouvrage y gagnerait beaucoup.

L’idée que les médecins doivent disposer de périodiques spécialisés n’apparaît qu’au milieu du xviiie siècle. En 1755, Vandermonde fonde le Journal de médecine car, explique-t-il, les médecins ont besoin d’un recueil qui centralise les histoires dispersées aux quatre coins de la République des Lettres. Les journaux médicaux qui naissent en France dans les années 1750-1770 s’adressent d’ailleurs davantage au public généraliste qu’aux confrères. Par exemple le médecin Barbeu explique qu’il fonde la Gazette d’Épidaure parce que le public trouve à peu près le même attrait à critiquer des médecins que des généraux, des ministres ou des princes.

Le monde médical renvoie une image très conflictuelle dans l’espace public : luttes d’écoles (vitalistes contre mécanistes, naturistes contre systématistes…), conflits de thérapeutiques ou, tout simplement, rivalités de médecins pour la clientèle aisée.

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