1778. Le rob antisyphilitique

Ce rob semble dériver d’un sirop dépuratif inventé par le sieur Vergely de Velnos et autorisé par la Société royale de médecine. Denis Laffecteur, ancien inspecteur des vivres, ne fut qu’un prête-nom pour Boyveau en vue d’obtenir l’autorisation officielle du remède. Ce Laffecteur était par ailleurs employé au ministère de la guerre et donc susceptible de diffuser le rob dans les hôpitaux militaires encombrés de vérolés. Une convention fut établie avec Boyveau en 1778, selon laquelle Laffecteur toucherait 1500 livres par an mais ce n’est que le 18 février 1787 qu’il recevra 3000 livres “à titre de forfait… tant pour le passé que pour l’avenir” !

Des essais eurent lieu. Un arrêt du Conseil du roi daté du 12 septembre 1778 autorisa la vente publique du rob. La République confirmera l’autorisation en 1798 ainsi que l’Empire ultérieurement. En 1779, à la suite de plaintes, un nouveau contrôle est ordonné et les résultats n’arriveront que le 7 avril 1780 : ils sont favorables au rob. Antoine de Sartine, ministre de la marine, fait mettre du rob dans le coffre de chirurgie des bateaux… En 1781 paraît le livre Nouvelles observations sur les effets du rob anti-syphilitique, de Boyveau, mais signé Laffecteur ».

Conclusion de l’article de 2012. « C’est le seul remède que l’on doive employer avec confiance lorsque l’on veut se marier et avoir des garanties pour la santé de ses enfants et la paix dans son ménage, écrivait Giraudeau à propos de son rob. Ce curieux épisode dans l’histoire du traitement de la vérole au XIXème siècle illustre parfaitement les arcanes du charlatanisme médical  : un diplôme de médecin (Pierre Boyveau, Jean Giraudeau) pour ne pas être attaqué pour exercice illégal de la médecine, et des prête-nom ; une usurpation de titres (nobilisation du nom, ancien interne des Hôpitaux) ; un remède secret donc mystérieux et chargé de pouvoirs (quitte à passer au tribunal pour non-divulgation de la composition) ; une publicité à outrance ; l’obtention de lettres favorables et de certificats de personnes célèbres (médecins connus, académiciens…) ; un dynamisme affairiste sans borne ; une réponse par une médecine douce, si possible naturelle et à base de plantes, à une demande de patients désespérés par une médecine officielle potentiellement efficace mais très dangereuse ! Et vous obtiendrez un produit extrêmement lucratif qui perdurera sur cent-cinquante ans ! »

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Une réponse à “1778. Le rob antisyphilitique

  1. Je découvre ce terme « rob » : « Rob est un terme d’origine arabe désignant des extraits préparés avec le suc exprimé des fruits. »