1779. L’épidémie de dysenterie

Les médecins parlent un langage incompréhensible aux paysans . L’un d’entre eux constate : par forme de remède, quelques-uns mangent beaucoup d’œufs durs. La plupart font un abus extraordinaire de vin et d’eau-de-vie… Certains se médicamentent selon  l’ordonnance de charlatans et de commères. Dans beaucoup de paroisses, on multiplie les prières, les neuvaines et les vœux aux Saints…

Un autre médecin : les malades qui avaient des lits se réunissaient deux ou trois dans le même… Ces malheureux étaient hors d’état de se nettoyer eux-mêmes ; ils étaient contraints de rester dans la fange. J’en ai vu plusieurs dont les cuisses, corrodées par la malpropreté, fourmillaient de versOn a été obligé de porter les morts dans des charrettes, ne trouvant personne qui à prix d’argents ait voulu les transporter au cimetière.

A propos des médecins. L’un des paradoxes de la situation, c’est que les médecins de ville envoyés dans les campagnes n’ont pas affaire à leurs clients bien nourris du temps normal, mais à des malheureux qui vivent constamment à la limite de la malnutrition et qui répugnent à se plier à cette méthode évacuante qui leur est proposée, basée sur la saignée, la purgation, la diète…

Là où elle a sévi, l’épidémie dure tout l’automne de 1779, ne cédant peu à peu qu’à la fin de novembre ou au début de décembre. Des récidives sont observées dans les premiers mois de 1780, soit à l’automne suivant… L’action coordonnée et financée par les intendants a certainement été positive. Elle a permis de limiter l’extension géographique de l’épidémie et, là où elle a sévi, le nombre de victimes.

Nombre de victimes estimé par les mouvements de population entre 1770 et 1780. En moins de six mois, l’épidémie aurai fait 175 000 morts dans le royaume, dont 90 000 dans les quatre intendances les plus touchées (La Rochelle, Poitiers, Rennes, Tours) et 45 000 dans la seule Bretagne.

Répartition des décès par âge. Les principales victimes sont les enfants de plus d’un an et les adolescents : alors qu’en temps normal, les décès des enfants entre un et quinze ans représentent à peu près le quart du total des décès survenant pendant les mois d’automne, ils en représentent plus de la moitié durant les mêmes mois de 1779.

Sous l’impulsion des autorités, médecins et chirurgiens ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour endiguer le mal et secourir les populations rurales.

L’épidémie de 1779 constitue, à la veille de la Révolution, un excellent révélateur de la situation sanitaire des populations françaises, des possibilités encore réduites de la médecine pratique, et de l’existence, au niveau du pouvoir s’appuyant sur la toute jeune Société royale de médecine, d’une volonté politique cohérente et résolue en matière de santé publique.

Pour aller plus loin. François Lebrun. Une grande épidémie en France au XVIIIe siècle : la dysenterie de 1779, Annales de Démographie Historique, Année 1973, pp. 403-415. Fait partie d’un numéro thématique : Hommage à Marcel Reinhard. Sur la population française au XVIIIe et au XIXe siècles.

Claude Bruneel, L’épidémie de dysenterie de 1779 dans les Pays-Bas autrichiens, Bulletin de la Commission royale d’Histoire, Année 1979, 145-3-4, pp. 191-395.

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