Le Corbusier / Jean Prouvé

Une proximité d’activité ensuite. Pendant 40 années (1925-1965), ils ont travaillé tous les deux dans le même secteur : la construction (gros œuvre et second œuvre), et quelquefois sur les mêmes chantiers, se retrouvant associés, collaborant sur le même projet dans le cadre d’une commande publique ou dans celui de la réponse à un appel d’offres.

Troisième proximité, l’Innovation. Le Corbusier et Jean Prouvé n’ont jamais cessé d’innover dans la conception de constructions nouvelles, dans les matériaux et les techniques utilisés, dans les méthodes industrielles de fabrication.

Quatrième proximité : ils n’ont jamais obtenu de diplôme d’architecture

Le Corbusier, l’architecte visionnaire n’a jamais obtenu de diplôme d’architecture. Après une formation de graveur-ciseleur puis de peintre suivie à l’École d’art de sa ville natale de La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Le Corbusier, de son vrai nom Charles-Édouard Jeanneret-Gris, s’oriente définitivement vers l’architecture et la décoration en 1904. Il n’obtient jamais de diplôme dans cette discipline, et se forme sur le tas grâce à des architectes, comme Auguste Perret, rencontré en 1908, qui lui enseigne la technique de construction en béton armé, à laquelle il restera attaché durant toute sa carrière.

Jean Prouvé s’est formé dans le cadre de l’apprentissage d’un métier : celui de ferronnier d’art (cf. les deux portails réalisés dans les années 20). Dès 1925, il se fait connaître des architectes modernes parisiens. Il rencontre Robert Mallet-Stevens qui le sollicite pour la grille de l’hôtel de Madame Reifenberg. C’est la première œuvre moderne du ferronnier de Nancy, dans le style art déco et plus encore… Il ne fut pas architecte, mais, en 1957, à l’âge de 56 ans, il devient professeur titulaire au CNAM. De 1971 à 1977, il préside le Cercle d’études architecturales.

Proches à distance : que veut dire à distance ? Certes, Le Corbusier et Jean Prouvé ont été associés sur certains chantiers, mais ceux-ci ont été minoritaires dans l’ensemble de leur œuvre. Et dans les chantiers en coopération, ils ne se sont probablement que rarement rencontrés dans les réunions de chantier, dans les cabanes éponymes, souvent sinistres, au pied des immeubles en construction.

Plus important, à mon avis, est le fait qu’ils ne partageaient guère de positions communes dans le champ politique et social.

Le Corbusier, un fasciste ? Il a tenté en vain de vendre ses idées au régime de Vichy, à l’occasion de la modernisation mise en œuvre de la règlementation de l’urbanisme et des futures reconstructions, pendant les 17 mois et demi de son séjour dans cette ville… Dans l’après-guerre, Il est soupçonné d’antisémitisme et de collaboration avec le fascisme dans les années 30. Soutenu par Eugène Claudius-Petit et André Malraux, il échappe à l’épuration et engrangera des commandes architecturales.

A l’inverse, Michel Dydim, directeur du théâtre La Manufacture à Nancy, est particulièrement sensible à l’engagement social de Jean Prouvé (article de l’Est républicain en 2015). C’était un résistant. Il a été maire de Nancy, à la Libération ! Il a eu le souci de la reconstruction, et a innové socialement… C’était un artiste engagé ! Qui avait l’affection de ses employés. Pour obtenir une telle adhésion, il ne faut pas se comporter comme un gros c… Il était dans la lignée de Gallé, soucieux de donner de bonnes conditions à ceux qui travaillaient avec lui. Il les payait bien, pour qu’ils fassent du bon boulot.

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