Prouvé, Jeanneret. 1939-1940

Deux projets de construction, liés à la guerre qui s’engage en septembre 1939, occupent une place importante dans l’exposition de Saint-Dié-des-Vosges : Le Corbusier – Jean Prouvé, proches à distance.

Diaporama de 17 photos.

Le premier projet est la construction de baraquements, rapidement montables, pour loger les ingénieurs et les dessinateurs du chantier d’une usine de guerre (la SCAL à Issoire). Le second est celui d’écoles volantes, en ce sens qu’elles peuvent être rapidement construites à partir d’éléments industriels, démontables et déplaçables.

A. La construction de baraquements (Issoire, 1939-1940). Source des extraits qui suivent : Anne Bony, mars 2015, Jean Prouvé, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand, L’usine SCAL.

« La guerre éclate en septembre 1939. L’industrie doit se réorganiser pour produire des armes et en particulier des avions. Avec le soutien du gouvernement, il est décidé que la Société du Duralumin : la SCAL (Société centrale des alliages légers) engage un projet extrêmement novateur d’usine de laminage des tôles.

L’implantation de cette réalisation industrielle à Issoire présente de nombreux avantages : la situation géographique est stratégique, bordée par l’Allier les possibilités en énergie sont favorables et dans cette région agricole la main d’œuvre est abondante.

Les frères Perret architectes sont désignés pour bâtir cette colossale unité de transformation, dont la structure est prévue avec une ossature en béton armé. A la fin de l’année 1939, le projet validé, il s’avère nécessaire de produire dans l’urgence des équipements pour accueillir les ingénieurs et les dessinateurs chargés du programme de construction et de développement de l’usine.

Un accord se fait sur le choix d’une équipe dédiée pour résoudre, dans un temps court, l’enjeu constructif. Déjà liés par la pensée architecturale et l’amitié, se trouvent réunis Jean Prouvé constructeur dont les ateliers de production sont à Nancy, Pierre Jeanneret architecte, cousin et bras droit de Le Corbusier, et Charlotte Perriand.

Leur conviction repose sur le fait que la solution architecturale relève de nouveaux procédés économiques et rapides. La réalisation de la commande de la SCAL pour les bâtiments d’accueil du personnel se concrétise rapidement, fondée sur la théorie d’une maison usinée (brevet) de Jean Prouvé, adaptée pour l’usage par Pierre Jeanneret. Charlotte Perriand intervient pour le dessin de la plupart des meubles : tables, potences, sièges…

Sur la base des recherches de préfabrication de Jean Prouvé, deux solutions techniques sont retenues pour construire les bâtiments.

Le système retenu développe une structure complexe à portique axial placé à l’intérieur du bâtiment afin de supporter les poutres de faitage. Le modèle déposé en février 1939 avait été envisagé dès 1938. Le principe repose sur une structure métallique porteuse en V inversé. Le bâtiment à usage de bureaux et d’atelier de dessin se déploie sur deux niveaux en mars 1940, le club pour les ingénieurs est monté quelques mois plus tard. Les trois pavillons pour les chambres, ainsi que l’infirmerie et le dispensaire proposent une variation structurelle avec des portiques en U inversé.

La défaite de Juin 1940 met un coup d’arrêt au chantier. Nancy se trouvant en zone occupée, Jean Prouvé éprouve des difficultés pour répondre aux engagements. L’acier pour les structures manque. Il compensera pour les commandes suivantes avec des parois, une structure porteuse et des portiques en bois (1942). Les contraintes de rationnement et les difficultés n’altèrent pas leur enthousiasme. Ils inventent les solutions.

Le projet d’Issoire permet de confirmer la justesse de l’industrialisation des éléments d’architecture et d’établir de façon innovante le principe de préfabrication ».

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