1787, Metz. Un polar historique

  • Tout le monde descend ! hurla le cocher, après une bordée de jurons.

La diligence de Paris à Strasbourg venait de s’embourber peu après Dombasle-en-Argonne. Le postillon avait beau tempêter et fouetter les six chevaux presque jusqu’au sang, les roues restaient obstinément clouées dans l’ornière.

On avait passé la nuit précédente à Sainte-Menehould et repris la route à sept heures. La pluie, que tout le monde espérait en cette période de sécheresse, était tombée si dru durant toute la nuit et jusqu’au petit matin qu’à certains endroits la chaussée déjà malmenée par le dégel était maintenant rongée par les passages de voitures et les trombes d’eau.

Tout compte fait, M. de Mendron, qui avait fort envie de bouger, en fut bien aise car on était si serré dans l’habitacle qu’il fallait redemander sa jambe ou son bras à son voisin pour pouvoir s’en extraire. Si l’on côtoyait un personnage volumineux, le supplice était à son comble, surtout par cette chaleur humide, et c’est à peine si l’on trouvait son air !…

Page 13, dernière page du chapitre 1.

A la tombée de la nuit, alors qu’on approchait de Metz, les passagers commencèrent à s’ébrouer et à rassembler leurs affaires. Rose s’étonna que l’homme (M. de Mendron) ait pu dormir si longtemps sans avoir éprouvé le besoin de bouger.

  • Monsieur, fit-elle d’une voix engageante, nous arrivons à Metz.

La diligence avait passé la porte de France et traversait Fort-Moselle.

  • Le pont des Morts, hurla le cocher.
  • C’est quand même singulier qu’il ne réponde pas !

On arrivait dans la rue qui portait ce même nom sinistre. Un pressentiment commença à germer dans son esprit. Les cous des huit passagers se tendirent avec inquiétude. Elle prit son courage à deux mains et retourna l’homme par son épaule gauche.

Elle poussa un cri ; de saisissement, elle chuta sur l’abbé qui poussa une exclamation de surprise.

Le visage de l’homme état livide, les yeux ouverts, la bouche béante, un filet de salive lie-de-vin coulait d’une commissure, son grand corps paraissait animé d’un semblant de vie sous les cahots de la berline…

Julius de Mendron était tout tassé sur le siège ; sa tête pendait lamentablement sur sa poitrine.

Il était mort.

On apprend très vite que de Vendron venait rencontrer Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802), nommé ministre des Finances par Louis XVI en 1784, démis de ses fonctions en 1787 et assigné à résidence sur sa terre d’Hannonville en Lorraine.

La prochaine chronique lui sera dédiée. Elle sera suivie par d’autres dont une autre consacrée à l’Abbé Grégoire, tant sa personnalité est exceptionnelle et sa vie, quelque peu agitée, ressemble à un roman.

Page 31 du roman, Lettre du 21 avril 1787, envoyée par Charles-Alexandre de Calonne à Eléonore, personnage de fiction, châtelaine de Goin en Lorraine et qui tient un journal par lequel on apprend qu’une fois veuve, elle a été la maîtresse du beau vicomte. 

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Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Arts Lettres Langues, E. Médecine Pharmacie

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