1716. John Law, la monnaie de papier

Résorption de la dette publique à long terme

L’ingénieux Law ne s’en tient pas là. Le samedi 26 août 1719, il présente au Régent un nouveau projet concernant les titres de la dette à long terme, aussi appelés rentes : la Compagnie d’Occident (ou des Indes) prêtera au roi 1,2 milliard de livres au taux modeste de 3% pour rembourser les dettes à long terme et ce qui reste des dettes à court terme.

Du coup, les actions voient leur cours  flamber et atteindre des niveaux sans rapport avec leur contrepartie concrète. Achetées environ 150 livres en 1717, les « mères » s’échangent  à 5000 livres en septembre 1719 et même 10.000 livres en janvier 1720.

Honnête mais entraîné par l’engouement général, Law fait fonctionner la planche à billets pour répondre à la demande. Le 30 décembre 1719, la Banque royale, qui a déjà émis des billets pour un montant virtuel de 620 millions de livres (dix fois les recettes fiscales de 1715), ouvre des « bureaux d’achat et de vente » pour faciliter les transactions.

Une bulle spéculative

Les investisseurs se précipitent rue Quincampoix, à Paris, dans le quartier des Halles, où la Banque royale a son siège, et s’arrachent les actions.

Il ne s’agit bientôt plus que de pure spéculation (on dit aussi « agiotage ») : les spéculateurs ou agioteurs n’ont d’autre but que d’acheter les actions pour les revendre aussitôt en tablant sur la hausse continue de leur cours.

Le 5 janvier 1720, Law, qui s’est entretemps converti au catholicisme, devient contrôleur général des finances ; autant dire le personnage le plus important du royaume après le roi et le régent.

La semaine suivante, poussé par le succès, Law introduit les « primes » : ces nouveaux instruments financiers donnent le droit d’acheter plus tard des actions au prix de 10 000 livres, en échange d’un dépôt préalable de 1 000 livres. 

Law veut de cette façon calmer la spéculation en signifiant que l’action du Mississippi ne devrait pas dépasser le cours de 10 000 livres. Dans les faits, les spéculateurs se jettent à qui mieux mieux sur les actions à 10 000 livres pour les revendre contre dix fois plus de primes à 1 000 livres !

Pour tente de contenir l’emballement, Law fixe le 5 mars 1720 le prix des actions de la Compagnie à 9 000 livres et impose leur échange à taux fixe contre des billets de banque. Ce faisant, il instaure très officiellement la monnaie-papier, garantie par l’État et sans contrepartie métallique (or ou argent).

Dans le droit fil de cet arrêt, le contrôleur général des finances programme la démonétisation progressive des espèces métalliques…

… Le 26 janvier 1721, à Paris, une enquête est ouverte sur ses opérations, à la demande des frères Pâris, ennemis irréductibles de l’Écossais, et le 17 octobre 1722, on brûle ses billets sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris. C’est l’échec de la première introduction en France du papier-monnaie. Un échec toutefois relatif car John Law aura permis à l’économie française de redémarrer et aux finances du royaume de se rétablir après la fin de règne catastrophique de Louis XIV ».

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2 réponses à “1716. John Law, la monnaie de papier

  1. Étienne de Silhouette, né le 5 juillet 1709 à Limoges

  2. … et Contrôleur Général des Finances de mars 1759 au 21 novembre 1759 : Sa Silhouette n’a pas fait long feu ! https://histoiresduniversites.wordpress.com/2021/01/18/controleur-general-des-finances/