18ème. Toxicité de la suie, du plomb

Amédée Lefebvre, directeur de l’École de médecine navale de Rochefort, aurait fait la même découverte quelques années plus tard, expliquant les cas constatés chez les marins par la contamination de l’eau potable à bord des navires par les tuyaux en plomb.

La toxicité du plomb avait été signalée dès l’antiquité notamment par des médecins grecs, Nicandre de Colophon, et romains, Aulus Cornelius Celsus, ainsi que par l’architecte de Jules César, Vitruve, qui déconseillait l’utilisation de conduites d’adduction d’eau en plomb, mais leurs avertissements n’avaient guère été pris au sérieux.

On ne commença à prendre en compte ce risque qu’au début de l’ère industrielle. Ce fut d’ailleurs la première maladie à être reconnue comme maladie professionnelle dès 1919 en France ».

C. La maladie du plomb. Judith Rainhorn, L’invention du saturnisme (1820-1860), dans Blanc de plomb. Histoire d’un poison légal, 2019), pages 43 à 81.

« Sans fard et teinté d’une ironie mordante, voilà le destin auquel est promis l’ouvrier cérusier évoqué par l’une de ces figures du petit peuple parisien qu’Eugène Sue a brossées au milieu du 19ème siècle. Les céruseries traînent en effet derrière elles une réputation de mouroir, concentrant, au cours du siècle, une grande part des dénonciations des méfaits du travail sur la santé humaine. Un tableau si désastreux ne peut manquer d’attirer l’intérêt des médecins qui voient ceux que leur activité professionnelle contraint à fréquenter de près l’oxyde de plomb hanter les couloirs des hôpitaux.

En 1852, le docteur Gustave-Antoine Richelot dresse le tableau consternant des symptômes de l’intoxication saturnine. Suivons dans les fabriques de céruse l’ouvrier qui va y chercher des moyens d’existence pour lui et pour sa famille. Plongé dans une atmosphère chargée de poussière de carbonate de plomb, qu’il respire et qu’il avale sans cesse, le poison pénétrant peu à peu dans tout son organisme, son sang s’altère ; l’analyse chimique peut y démontrer la présence du plomb. Ses gencives et ses dents se recouvrent d’une couche bleuâtre caractéristique ; ses gencives se ramollissent, se détruisent, et ses dents se déchaussent, […] se brisent au moindre choc, ou sont rongées par la carie ; sa bouche exhale une odeur fétide, spéciale, dont le médecin reconnaît sans hésiter l’origine ; son teint devient jaune, terreux ; tout son corps s’amaigrit, mais cet amaigrissement est plus prononcé encore au visage, qui se sillonne de rides et lui donne l’aspect d’un malheureux vieilli avant le temps ».

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