18ème. Le cauchemar du Scorbut

Le cauchemar du Scorbut au 18ème siècle.

Photographié au Musée de l’École de médecine navale de Rochefort. Cliquer sur les images pour les agrandir

A. Le voyage du Commodore Anson est une circumnavigation (source : Wikipédia). « En 1740, pendant la Guerre de l’oreille de Jenkins qui opposa la Grande-Bretagne et l’Espagne de 1739 à 1748, le Commodore George Anson reçut du roi Georges II le commandement d’une escadre, avec la mission d’aller harceler les colonies espagnoles de l’océan Pacifique, et si possible de capturer le Galion de Manille.

Anson passa dans le Pacifique par le cap Horn, remonta le long des côtes de l’Amérique du Sud, puis traversa le Pacifique jusqu’à Macao. Il captura le galion de Manille près des côtes des Philippines, et revint en Grande-Bretagne (en 1744) par le cap de Bonne-Espérance.

Son exploit maritime est assombri par les pertes humaines que ses équipages subirent (seulement 188 hommes revinrent sur les 2 000 environ qui avaient pris la mer), mais il annonce la suprématie maritime du Royaume-Uni, dont Anson sera un promoteur actif ».

Routes commerciales de l’Empire portugais (en bleu) et celles de l’Empire espagnol avec le galion de Manille (en blanc). Source Wikipédia

B. L’histoire du scorbut par P. Berghe, Revue de Biologie médicale, n°347, mars 2019.

Extraits de l’article. « Le scorbut est une avitaminose par carence en acide ascorbique ou vitamine C. Souvent associée à des épisodes de malnutrition et de famine, cette maladie est longtemps restée d’origine mystérieuse. Entre les XVIe et XXe siècles, elle a été un terrible fléau de la navigation à voile au long cours, entraînant une forte mortalité chez les marins. Le médecin de la marine James Lind fut le premier à démontrer expérimentalement l’efficacité du jus de citron sur le scorbut.

Tout indique que le scorbut était probablement une maladie assez rare dans l’Antiquité et au Moyen Âge. Les marins semblaient épargnés car on pratiquait une navigation de cabotage de courte durée, avec de nombreuses escales de ravitaillement en Méditerranée et sur les côtes d’Afrique et d’Arabie.

Au XVIIIe siècle, le scorbut frappait beaucoup plus les flottes de guerre que les navires de la marine marchande. En effet, les grandes compagnies commerciales britanniques et hollandaises apprirent à juguler le mal en embarquant des vivres frais et en organisant un réseau d’escales judicieusement disposées. On peut citer l’exemple des Portugais qui avaient planté des citronniers et des arbres fruitiers dans l’île de Sainte-Hélène, une étape sur le chemin de l’Asie. En revanche, les vaisseaux de guerre naviguaient souvent sur de longs parcours sans escale pour des raisons de discrétion et de sécurité.

Il existe d’innombrables relations d’épidémies de scorbut dans les vaisseaux de la marine de guerre au XVIIIe siècle. Certaines sont restées célèbres, telle que l’aventure malheureuse du Mercure du duc d’Anville en 1746 ou le voyage à l’Île-de-France (la Réunion), en partance de Lorient, de Bernardin de Saint-Pierre en 1768.

Cependant, le plus tristement célèbre désastre lié au scorbut dans la marine de guerre est celui du tour du monde du commodore George Anson entre 1740 et 1744, qui reste en mémoire comme l’une des pires tragédies en mer.

À cette époque, l’Angleterre disputait à l’Espagne le contrôle des Caraïbes et des Amériques. L’amirauté britannique confie à ce capitaine anglais la mission de dévaster la côte pacifique de l’Amérique du Sud, une importante zone de commerce espagnol. George Anson part en septembre1740 avec six vaisseaux et un équipage de 2 000 marins, qu’il a eu beaucoup de mal à recruter. Plus que les Espagnols, c’est le scorbut que redoutaient les Anglais. Certes, la Royal Navy avait fourni aux équipages plusieurs traitements parmi les plus populaires d’alors, mais en réalité tous inefficaces, tels que le vinaigre, l’élixir de vitriol (un mélange d’acide sulfurique et d’alcool) et un médicament laxatif appelé Ward’s drop and pill.

Les marins resteront plusieurs mois sans accès aux fruits frais et aux végétaux. La maladie frappa au pire moment possible, après le franchissement du Cap Horn à l’extrémité de l’Amérique du Sud. Essuyant de nombreuses tempêtes, le commodore perdit trois de ses vaisseaux et une épidémie de scorbut apparut. Il réussit à rallier l’île Juan Fernandez dans le Pacifique, un havre riche de fruits et de végétaux frais.

Après la traversée du Pacifique, un seul bateau arrivera à Canton ! L’équipage était réduit à 227 personnes. Par un coup de chance incroyable, le 20 juin 1743, Anson captura un riche galion espagnol venant des Philippines après un bref combat où il perdit seulement trois hommes.

Il  se souviendra toujours du fait que, parti avec un équipage de 2 000 hommes, il en a ramené à peine 200. Malgré les très fortes pertes en vies humaines, l’Amirauté a considéré cette mission comme un succès, notamment du fait de la capture du vaisseau espagnol. Le commodore Anson devint riche et célèbre, et sera nommé Premier Lord de l’Amirauté en 1751″.

2 Commentaires

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes), E. Droit et Sciences politiques, E. Médecine Pharmacie, E. Mobilité internationale