Archives mensuelles : mars 2021

La Cène dans la peinture

Chroniques sur la Semaine sainte dans l’Art :

5ème chronique. Cinq Cènes peintes entre 1303 et 1520, dont celles de Giotto, de Schongauer, de Léonard de Vinci.

« Au moyen âge, la représentation de la Cène a d’abord une valeur pédagogique. Utilisée au Moyen Âge central comme instrument de lutte contre les hérésies qui rejettent l’Eucharistie, elle ne devient un thème iconographique majeur qu’à la Renaissance.

Le renforcement de la doctrine et de la doctrine eucharistique de l’Église à partir du concile de Latran IV (1215) ne réussit pas à imposer la Cène comme une des grandes images chrétiennes : elle demeure loin derrière, par exemple, le Lavement des pieds, qui la jouxte dans les programmes où elle est présente » (source Wikipédia)

1.1303-1306. Les fresques de la chapelle Scrovegni à Padoue. Source Wikipédia : Giotto de Bondone.

« Giotto di Bondone, dit Giotto (1266 ou 1267 -1337), est un peintre, sculpteur et architecte florentin du Trecento.

Les fresques qu’il a peintes à Florence (basilique Santa Croce), à Assise (basilique Saint-François) et à Padoue (chapelle des Scrovegni dans l’église de l’Arena) figurent parmi les sommets de l’art chrétien.

Il a probablement autour de quarante ans quand il commence la décoration de la chapelle : les cinquante-trois fresques qui sont considérées comme son chef-d’œuvre. Il les termine dans un temps étonnamment court qui ne peut s’expliquer que par la totale maîtrise technique à laquelle il était parvenu.

La dernière Cène par Giotto, 1303-1306

Source Google Images, Ciné club de Caen. Cliquer sur les images pour les agrandir

Commandé par le banquier padouan Enrico Scrovegni, ce cycle iconographique réunit dans un même espace les scènes de la vie de Joachim, de la Vierge et du Christ, une synthèse quasi inédite dans l’art occidental.

Le bleu profond utilisé par le peintre dans l’ensemble de ses fresques, contrastant avec l’or également très présent (utilisé notamment pour les auréoles des personnages saints et les étoiles de la voûte) constitue une des caractéristiques marquantes de l’œuvre de Giotto ».

« Le 15ème siècle, puis la Contre-Réforme donnent au Dernier Repas une place de choix dans l’art occidental : il suffit de penser à la production quasi industrielle de représentations de la Cène par le Tintoret à Venise ».

2. Vers 1480. La cène dans le retable de Martin Schongauer, dédié à la Passion du Christ. Source : chronique de mon blog.

« Schongauer n’a que 30 ans quand lui et son atelier livrent aux dominicains un retable en 24 panneaux représentant la Passion du Christ (seize panneaux en intérieur) et les Sept Joies de la Vierge (huit peintures extérieures). C’est sa destination qui finira par lui donner son titre, le Retable des Dominicains, exposé aujourd’hui dans le Musée Unterlinden de Colmar.

Album 1 : 13 photos de Pierre Dubois. De l’entrée du Christ dans Jérusalem (les Rameaux) à sa condamnation à mort, en passant par la Cène (deux photos ci-dessous).

Album 2 : 18 photos de Pierre Dubois. Du chemin de croix vers le Golgotha à l’Ascension du Christ en passant par sa Crucifixion et sa Résurrection.

Le retable ouvert donne à voir seize scènes de la Passion depuis l’Entrée à Jérusalem jusqu’à la Pentecôte, incluant le Noli me tangere et l’Incrédulité de Saint-Thomas. Certains panneaux s’inspirent directement des gravures de Martin Schongauer tels que l’Arrestation du Christ ou le Christ devant Caïphe ».

3. 1485. La cène dans la Passion du Christ, église Saint-Pierre le Vieux, Strasbourg. Source Wikipédia.

« C’est en 1130 qu’il est fait pour la première fois mention publique de son nom. Construite le long de l’une des plus importantes voies romaines de la ville, la Strata Superior, l’église comporte, en effet, certains vestiges datés de l’époque mérovingienne.

1382. La construction gothique est édifiée.

La passion du Christ. Dix scènes peintes par Henri Lutzelmann (1473-1505), et insérées dans les boiseries du chœur. Source : Commons Wikimédia.

Parmi ces scènes, la Dernière Céne, Jésus avec ses disciples. Photos de Pierre Dubois

En 1529, l’église Saint-Pierre-le-Vieux passe dans le giron luthérien.

En 1683, deux ans après la conquête de Strasbourg, Louis XIV ordonne la restitution du chœur de l’église aux catholiques, et fait construire un mur au niveau du jubé, pour limiter le culte protestant à la nef.

4. 1495-1498. La cène de Léonard de Vinci. Source Wikipédia.

« Le Dernier Souper de Léonard de Vinci est une peinture murale à la détrempe de 460 × 880 cm, pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan.

La Cène est le nom donné par les chrétiens au dernier repas que Jésus-Christ pris avec les Douze Apôtres le soir du Jeudi saint, avant la Pâque juive, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa Crucifixion. Depuis le Moyen Âge les murs des réfectoires monastiques sont illustrés de la Cène. Ainsi, durant leur repas, les moines avaient-ils sous les yeux l’image de celui que partagea leur Seigneur pour la dernière fois.

Source : Wikipédia. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Le commanditaire en est sans aucun doute le duc de Milan, Ludovic Sforza. La Cène est indissociable du projet qu’il mène dès 1492, pour faire de Santa Maria delle Grazie, le mausolée des Sforza.

Le programme iconographique du réfectoire fait d’ailleurs clairement référence à Ludovic Sforza : outre les trois blasons qui surmontent la fresque, une main anonyme a rajouté sur la Crucifixion de Giovanni Antonio Donato Montorfano, les figures agenouillées et de profil  de Ludovic Sforza et Béatrice d’Este, accompagnés de leurs deux fils.

La technique de la buon fresco consistait à appliquer directement les pigments sur l’enduit encore frais, ce qui assurait une excellente conservation à l’œuvre. L’artiste fixait chaque jour une partie de la fresque à peindre, une giornata. Léonard ne pouvait se satisfaire d’une telle contrainte. Il a donc appliqué une technique personnelle qui lui permettait de peindre quand il le souhaitait et autorisait les retouches.

Léonard a d’abord étendu sans doute en une seule fois  sur le mur l’intonaco (l’élément préparatoire qui va protéger les pigments) composé de 30 % de sable fluvial, et 70 % de quartz. Il a dessiné directement dessus le dessin préparatoire au pinceau avec de la terre rouge (la sinopia).

Il a ensuite appliqué un enduit (composé de carbonate de calcium et de magnésium). Puis il a appliqué, comme il le faisait pour ses tableaux, une fine préparation blanche, exaltant la luminosité des couleurs grâce à sa base blanche (l‘imprimatura). Il a ensuite peint à sec probablement en émulsionnant des huiles avec des œufs ».

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La Cène selon les évangiles

Chroniques sur la semaine sainte dans l’Art :

Chronique 4, première partie : La dernière Cène selon les évangiles (source des citations Wikipédia). La seconde partie de la chronique présentera d’autres cènes dans l’Art (dont celle de Giotto et celle de Léonard de Vinci).

Église d’Antigny (Vienne), La cène, fresques de la chapelle Sainte-Catherine, 15ème siècle

Cliquer sur les images pour les agrandir

Selon Matthieu (26, 26-28) : Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés.

La dernière cène, Bâle, Cathédrale Notre-Dame, élément de retable, vers 1525

Selon Jean : Avant le repas proprement dit, Jésus lave les pieds de ses disciples. Cette action n’est pas mentionnée dans les autres évangiles. Jésus ne prononce pas les paroles qui instituent l’Eucharistie, Prenez, mangez, ceci est mon corps.

Il donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres, Jean (13, 34). Dans ce que l’on appelle le Discours de la Cène (Jean, chapitres 14 à 17) : Jésus transmet une sorte de testament sur les commandements à garder par les disciples qu’il considère, non plus comme ses serviteurs, mais comme ses amis. C’est cette partie de la Cène qui est la seule relatée par Jean dans son évangile.

Selon les quatre évangiles (Matthieu 26, 20-25, Marc 14, 17-21, Luc 22, 21-23, Jean 13, 21-30), Jésus annonce ensuite que l’un des disciples va le trahir : Judas. Celui-ci quitte la pièce.

Selon les quatre évangiles également (Matthieu 26-34, Marc 14-30, Luc 22-34, Jean 13-8), Jésus dit à Pierre qu’il le reniera par trois fois avant que le coq ne chante.

Le reniement de Pierre par Ribera (Expo 2015, Galerie Heitz, Strasbourg, Beaux-Arts, Ribera à Rome)

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Le lavement des pieds d’Arles

Chroniques sur la semaine sainte dans l’Art

Le lavement des pieds, appelé aussi podonipsie en grec ou pedilavium en latin, est un acte rituel accompli en mémoire du lavement des pieds des apôtres par Jésus-Christ, la veille de sa Passion, avant de se mettre à table pour la Cène.

Le lavement des pieds dans l’Art. Exemple à Arles dans le cloître de la cathédrale Saint-Trophime, Chronique d’Histoires d’universités (août 2019) : diaporama de 30 photos de Pierre Dubois.

Les trois premières scènes de la Passion sont représentées dans ce cloître. Trois photos : l’entrée de Jésus dans Jérusalem, le Lavement des pieds, la Cène.

Le lavement des pieds, cloître de Saint-Trophime. Cliquer sur les images pour les agrandir.

Histoire du cloître de Saint-Trophime (citations extraites de Wikipédia).

« L’édification du cloître débute peu après 1150 avec la construction de la galerie nord qui sera suivie de peu par celle de la galerie orientale. Son emplacement est inhabituel car il n’est accolé ni à la nef ni au transept. Il communique avec le chœur au moyen d’un escalier de vingt-cinq marches ».

Cliquer sur les images pour les agrandir

Deux styles différents pour les galeries : le roman pour les galeries nord et est, et le gothique pour les galeries ouest et sud (fin du 14èmesiècle).

Entrée de Jésus dans Jérusalem

Symbolisme du Lavement des pieds (citations extraites de Wikipédia : le lavement des pieds). « Ce geste était effectué par les serviteurs ou les esclaves. Dieu créateur venant sur la terre dans la personne du  Verbe incarné, le Christ prend la condition d’un esclave avant de mourir sur une croix, pour racheter les hommes, et il le fait par ce geste. Il montre ainsi l’exemple de l’humilité et l’abaissement qu’il avait enseignés auparavant à ses disciples : Le plus grand parmi vous sera votre serviteur : quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé (Matthieu 23.12).

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Entrée de Jésus dans Jérusalem

1ère chronique de la Semaine sainte dans l’Art : Jésus entre dans Jérusalem.

L’entrée de Jésus à Jérusalem est un événement tiré des quatre évangiles canoniques. Elle a lieu dans les jours précédant la Cène, marquant le début de la Passion du Christ.

Sources. Chronique du blog (10 avril 2020). Schongauer : la Passion du Christ, Retable des dominicains, vers 1480, 16 scènes de la Passion du Christ, 31 photos de Pierre Dubois, Colmar, Musée Unterlinden.

Schongauer, retable des dominicains, Entrée de Jésus dans Jérusalem. cliquer sur les images pour les agrandir

Wikipédia. Entrée dans Jérusalem, Dimanche des Rameaux.

Giotto, 1304-1306 (source Wikipédia)

Dans Jean 12, 9–11, après la résurrection de Lazare d’entre les morts, des foules se rassemblent à Béthanie apprenant la présence de Jésus et voulant constater le miracle. Le lendemain, les foules qui se sont rassemblées à Jérusalem pour la fête accueillent Jésus à son entrée dans la ville.

Dans Matthieu 21, 1–11, Marc 11, 1–11, Luc 19, 28–44 et Jean 12, 12–19, Jésus descend du mont des Oliviers vers Jérusalem où les foules étendent leur vêtement sur le chemin pour l’accueillir, entrant solennellement dans la ville.

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La Semaine Sainte dans l’Art

La Semaine sainte, mort et résurrection de Jésus-Christ, se déroule du dimanche des rameaux au dimanche de Pâques. Ses dates en 2021 : du 28 mars au 4 avril.

Se référant aux écrits des Évangiles, l’Art (peintures, sculptures, vitraux) a représenté plusieurs dizaines d’épisodes de la Passion et de la Résurrection du Christ. Assez souvent, plusieurs d’entre eux sont associés dans le même retable ou le même bas ou haut-relief.

Sources Wikipédia

Au cours des 15 dernières années, j’ai surtout photographié la seconde partie de l’évènement chrétien : de la descente de croix à la mise au tombeau, à la déploration, au saint-sépulcre (garde du tombeau par des soldats romains), et à la résurrection.

Le Christ mort, Anonyme, 19ème siècle, huile sur toile, Musée Georges de La Tour, Vic-sur-Seille (57)

La première chronique à suivre concerne l’entrée de Jésus à Jérusalem. Les autres épisodes seront illustrés au cours de la semaine qui vient.

  • L’entrée à Jérusalem (les Rameaux)
  • Le lavement des pieds
  • La cène
  • Jésus au jardin des oliviers
  • Devant le grand prêtre
  • Les outrages et la trahison de Pierre
  • La flagellation
  • Le couronnement d’épines
  • La condamnation à mort. Ecce homo
  • Le portement de la croix
  • Le voile de Véronique
  • La crucifixion
  • Les saintes femmes et Jean au pied de la croix
  • La descente de croix
  • La mise au tombeau
  • La Pietà
  • La déploration. Le saint sépulcre
  • La résurrection
  • Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs
  • Jésus à Thomas : Noli me tangere

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Metz, Toul, Verdun au 18ème siècle

Source : citations de l’encyclopédie Larousse : Les trois évêchés.

14ème et 15ème siècles. La France prend Metz, Toul et Verdun sous sa protection

« À la faveur du désordre qui règne en Lorraine au 14ème siècle, la France intervient dans cette région où elle convoite, en particulier, les trois cités épiscopales de Metz, Toul et Verdun, qui tiennent des positions stratégiques et possèdent chacune d’importants domaines.

Menacés par le duc de Lorraine, par les comtes de Bar et de Luxembourg et par le duc de Deux-Ponts, Toul (1300) et Verdun (1315) acceptent la Garde française. Reprenant à son compte la politique française, Louis d’Orléans prend sous sa protection ces deux cités (1402-1407).

Au cours d’une expédition en Lorraine (1444-1445), Charles VII rétablit la Garde française sur Toul et Verdun et tente en vain d’attirer Metz dans sa vassalité.

Annexion des Trois-Évêchés par la France

1544. L’invasion en Lorraine des troupes de Charles Quint, qui s’avancent jusqu’à Meaux, détermine les trois villes, trop faibles pour assurer leur défense, à choisir pour maître le roi de France, désireux, quant à lui, de renforcer la frontière du nord-est du royaume par l’annexion de ces cités.

1552. Profitant des luttes intestines de l’Empire, Henri II conclut le traité de Chambord (15 janvier) avec les princes protestants allemands qui lui accordent – moyennant la promesse de subsides – le droit d’occuper les villes d’Empire de langue française, notamment Metz, Toul et Verdun, en qualité de vicaire d’Empire. En avril, le roi entre à Toul et à Metz, puis occupe Verdun en juin.

1553. Le siège victorieux que soutient à Metz le duc François de Guise contre Charles Quint (octobre 1552-janvier 1553) assure à la France la possession des Trois-Évêchés, où la suzeraineté de l’Empire demeure cependant reconnue en principe.

1631-1632. Les biens temporels des évêques de Metz, Toul et Verdun sont saisis.

1648. L’annexion de facto n’est transformée en annexion de jure que le 24 octobre 1648 au traité de Münster (traités de Westphalie). Les Trois-Évêchés forment dès lors un gouvernement et une généralité (ou intendance) placés sous l’autorité d’un gouverneur et d’un intendant installés à Metz. Mais ils avaient perdu définitivement leur indépendance dès 1633 avec la création à Metz d’un parlement.

1659-1661. Les trois-évêchés s’agrandirent ensuite du Luxembourg français, partie du duché de Luxembourg cédée à la France par le traité des Pyrénées (1659), puis d’un corridor, cédé à la France par le traité de Vincennes (1661). Ces territoires et les duchés de Bar et de Lorraine formaient jusqu’alors une mosaïque territoriale complexe, objet de conflits récurrents.

Les Trois-évêchés en 1789

Dotés des institutions françaises, les Trois-évêchés deviennent un pays de salines en ce qui concerne la gabelle et un pays d’étranger effectif au point de vue des traites : à ce titre, ils commercent librement avec les pays étrangers, mais se heurtent à un dense réseau de douanes du côté des provinces françaises.

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1799. Mètre étalon en platine

Source de la chronique. Adoption du système métrique décimal, Gouvernement, mars 2017.

« 1789. Il n’existe aucun système de mesure unifié entre les pays. L’étalonnage des poids et mesures est alors octroyé au Roi, et on dénombre en France près de 700 unités de mesure différentes. Certaines sont liées à la morphologie du corps (pouce, doigt, poignée, brassée, pied, pas), d’autres au travail (hommée, fauchée, journal), d’autres encore au transport (ânée, charge, sac, tonneau)… La complexité vient aussi de ce qu’une même dénomination, le pied, par exemple, correspond à une vingtaine de longueurs différentes selon les lieux et les corps de métier. Ainsi, à Paris, les merciers, les drapiers et les marchands de toile ont chacun leur aune.

Une mesure universelle et invariable, reproductible et vérifiable

Pour y remédier, « Un roi, une loi ; un poids et une mesure » est bien une des doléances inscrites à l’ordre des États généraux de 1789. Les projets d’unification de Colbert comme de Turgot n’ont jamais abouti. Mais dans la nuit du 4 août 1789, l’abolition au nombre des privilèges de celui d’étalonnage ouvre la voie à une réforme enfin possible des poids et mesures. Le Roi n’étant plus à l’origine de l’étalonnage, il s’agit de trouver dans la nature « une mesure universelle et invariable, reproductible et vérifiable partout et toujours » (Talleyrand).

1790. Le décret du 8 mai 1790 en arrête le principe et en confie le calcul à une commission de l’Académie des sciences, composée de Borda, Condorcet, Laplace, Lagrange et Monge.

Naissance du mètre

1791. Le 26 mars, le choix du « quart du méridien terrestre » comme unité universelle et naturelle est fait sur la recommandation de Condorcet et de l’Académie des sciences, car cette mesure « ne renferme rien ni d’arbitraire, ni de particulier à la situation d’aucun peuple sur le globe ».

1793. La naissance du mètre – dont la longueur est établie comme « égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre«  – est officialisée par le décret du 1er août 1793, « qui établit pour toute la République la même uniformité dans les poids et mesures ». 

Instauration du système métrique décimal

1795. Introduisant une véritable révolution dans le calcul des surfaces et des volumes, le décret du 18 germinal an III (7 avril 1795) « relatif aux poids et mesures » institue le système métrique décimal. L’unité de mesure de base étant déterminée, il suffit désormais d’établir toutes les unités de mesure qui en découlent : le mètre carré, le mètre cube, le litre, le gramme…
 
1799. Le décret supprime et interdit toute autre unité de mesure. Afin de la fixer physiquement, la loi du 19 frimaire an VIII (10 décembre 1799) prévoit la diffusion de cette unité de mesure au moyen d’étalons calqués sur un mètre de référence, l’étalon mètre en platine conservé jusqu’à aujourd’hui dans « l’armoire de fer » des Archives nationales ».

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1780. Paucton, père de la métrologie

Source : citations de Alexis Paucton (1732-1798), un mécontent, et un père de la métrologie scientifique moderne ; calculateur du Bureau du Cadastre de Gaspard Prony et pour la Connaissance des temps de 1794 à 1798, par Guy Boistel (Centre François Viète, université de Nantes), 12/03/2021. Publié dans Les procès-verbaux du Bureau des longitudes. Un patrimoine numérisé (1795-1932).

1732. Alexis Paucton est né le 10 février, en Mayenne près de Lassay, d’une famille très modeste. Remarqué par un ecclésiastique, c’est à partir de ses 18 ans qu’il fit ses études de mathématiques et de pilotage à Nantes où il dut manifester quelques talents. Puis il se rendit à Paris où il gagna sa vie en tant que précepteur.

1768. Il publie une Théorie de la Vis d’Archimède, peut-être destinée à concourir pour un prix proposé par l’Académie de Berlin.

1780. Il se fait très certainement connaître de l’Académie des sciences par son traité modèle, Métrologie ou Traité des mesures, poids et monnoies des anciens peuples & des modernes, dans lequel il défend l’idée d’une base métrologique commune partagée par les peuples anciens, idée forte de l’époque. En outre, Paucton suggère de rattacher les étalons métrologiques à des quantités prises dans la nature et propose un étalon de longueur lié de manière simple à la circonférence terrestre. Cet ouvrage forge la métrologie scientifique. Il est attesté que Lalande a contribué à cet ouvrage et l’a sans doute même encouragé.

1781. Il publie une Théorie des Lois de la Nature ou la Science des causes et des effets, suivie d’une dissertation sur les Pyramides d’Égypte dans lequel il poursuit ses considérations sur les normes de mesures antiques et tente de montrer que la coudée pharaonique se rattachait au degré de méridien terrestre.

La source du Bureau des Longitudes et la source Wikipédia ne mentionnent pas l’année de nomination de Paucton au professorat à Strasbourg. Elles divergent dans l’interprétation.

  • 1ère source. Ses qualités remarquables lui permettent d’obtenir une chaire de mathématiques à l’Université de Strasbourg.
  • 2nde source. Tous ses travaux améliorèrent peu la situation de Paucton ; il obtint seulement une chaire de mathématiques à Strasbourg.
  • Cette divergence est permise par une lacune documentaire : L’abbé Angot a fait faire des recherches infructueuses à Strasbourg par MM. Bezard pour y retrouver les traces du professorat d’Alexis Paucton.

1792-1793. La place de Strasbourg ayant été menacée d’un blocus par les Autrichiens, et le Magistrat ayant ordonné aux habitants de se pourvoir de vivres pour le temps du siège, ou de quitter la ville, Paucton, qui n’avait pas de quoi acheter des provisions d’avance, fut obligé de sortir de la ville avec sa femme et ses trois enfants.

Il se rend alors à Dôle où il trouve un emploi de précepteur chez un particulier dans des conditions déplorables qu’il fustige dans un opuscule intitulé Défense contre le citoyen F.

1794. Paucton se fâche avec son logeur qui veut le payer en assignats hors de cours, ce qui anéantit son salaire et le plonge dans une grande maladie.

De retour à Paris, il est recruté par Gaspard Prony pour calculer au Bureau du Cadastre dans l’ombre de Cornelier-Lémery et aux côtés des futurs calculateurs du Bureau, Jean-Baptiste Marion et Charles Haros.

1796. D’une certaine manière « père » de la métrologie moderne, évoluant au beau milieu de la révolution métrologique et de la réforme des poids et mesures, Paucton est dans la foulée élu membre associé non résidant de la section des Arts méchaniques de la 1ère Classe de l’Institut national, le 28 février 1796 (9 Ventôse an IV) et reçoit un secours de 3 000 francs de la Convention.

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Plateforme d’entraide à Strasbourg

J’aide les étudiants,es

Plateforme d’entraide de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg

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Bertrand Tavernier aimait l’Histoire

Hommage à Bertrand Tavernier, mort ce jour, 25 mars 2021 ; il allait avoir 80 ans. Par ses films historiques, il nous a montré qu’il connaissait et aimait l’Histoire ; il nous a fait comprendre et aimer l’Histoire. Sa filmographie.

J’ai récemment publié une chronique sur son film Que la fête commence (1975, accessible aujourd’hui en VOD).

Dans son film, Bertrand Tavernier a mis en valeur six personnages historiques de la Régence qui a suivi la mort de Louis XIV en 1715. Les évènements mis en scène se situent dans les années 1719 et 1720.

Interview du cinéaste et des acteurs (Christine Pascal, Jean Rochefort, Jean-Pierre  Marielle, Philippe Noiret) sur leur rôle dans le film. Des extraits du tournage illustrent les propos dans un document INA d’une durée de 7’32.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Brève histoire de la Régence (1715-1723) :

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