1788-1789. Robespierre en campagne

Dénonciation de l’imposition excessive que subit la province artésienne… « L’Adresse à la Nation artésienne fourmille d’exemples d’injustes et de coûteuses impositions qui s’abattent sur le peuple seul. Citons pêle-mêle : les droits de traites de toute espèce, sur tous les produits possibles, et sur une « foule de brigandages que le fisc a exercés parmi nous, sous mille formes différentes »

« Et que leur importe que le peuple meure de faim ; pourvu que nos aristocrates soient riches ou puissants, ou accrédités ; qu’importe que le désespoir des citoyens les accuse, si les courtisans ou les ministres les protègent ; Et quel peut être en effet l’objet constant d’un corps constitué comme nos États, si ce n’est de trafiquer avec le gouvernement des droits de leur pays, à condition de jouir eux-mêmes du pouvoir de l’asservir et de le rançonner impunément ». « Cette province n’est-elle pas leur proie, leur empire, leur patrimoine ? »…

Et voici peut-être le meilleur morceau d’éloquence de son texte :

« La plus grand partie des hommes qui habitent nos villes et nos campagnes, sont abaissés par l’indigence, à ce dernier degré de l’avilissement où l’homme, absorbé tout entier par les soins qu’exige la conservation de son existence, est incapable de réfléchir sur les causes de ses malheurs, et de connaître les droits que la nature lui a donnés ;… et nous trouvons encore des sommes immenses pour fournir aux vaines dépenses du luxe, et à des largesses aussi indécentes que ridicules ! Et je pourrais contenir la douleur qu’un tel spectacle doit exciter dans l’âme de toutes les honnêtes gens ! Et tandis que les ennemis des peuples ont assez d’audace pour se jouer de l’humanité, je manquerais du courage nécessaire pour réclamer ses droits ! Et je garderais devant eux un lâche et coupable silence, dans le seul moment où, depuis tant de siècles, la voix de la vérité a pu se faire entendre avec empire ; dans le moment où le vice, armé d’un injuste pouvoir, doit apprendre lui-même à trembler devant la justice et la raison triomphantes !… Ah ! Continuons plutôt de prouver la nécessité de nous affranchir du joug qu’ils nous imposent, en montrant, par de nouveaux faits, tout le mépris que les peuples doivent attendre de toute aristocratie inconstitutionnelle, à laquelle ils permettent d’usurper leur pouvoir ».

Et, plus loin encore, Robespierre dénonce la justice complice du riche, celle qui écrase toujours le pauvre, celle qui est juge et partie

Le portrait du député incorruptible-modèle est brassé habilement :

« Des représentants que nous aurons nous-mêmes choisis, avec une entière liberté ; et puisque cette heureuse révolution et la fin de tous les maux qui nous accablent, dépendent de la vertu (le mot préféré de Robespierre), du courage et des sentiments de ceux à qui nous confierons le redoutable honneur de défendre nos intérêts dans l’Assemblée de la Nation ; nous éviterons avec soin, dans ce choix important, tous les écueils que l’intrigue et l’ambition vont semer sous nos pas ; nous n’irons pas surtout nous reposer de la réforme des abus, sur le zèle de ceux qui sont intéressés à les conserver par les plus puissants de tous les mobiles, l’intérêt personnel, l’esprit de corps, l’amour et l’habitude de la domination. Songez à ce que vous pouvez attendre de ceux qui n’ont pu cacher leurs vues ambitieuses, même sous le masque du patriotisme et du désintéressement dont l’opinion publique les forçait à imiter quelquefois le langage ; gardez-vous donc bien de vous livrer, avec une stupide crédulité, à ces hommes petits et superbes, qui osent regarder les peuples comme de vils marchepieds, d’où ils s’efforcent d’atteindre sans cesse à l’objet de leur ambition ; ni à ces aristocrates subalternes, à qui il est bien plus commode de devoir leur élévation à leurs complaisances et leur soumission envers les premiers, que d’être obligés de mériter vos suffrages par des vertus semblables à ces Romains qui formaient des vœux pour Tarquin, parce que la faveur d’un despote leur permettait des avantages qu’ils ne pouvaient attendre des suffrages d’un peuple libre, la réforme de votre constitution vicieuse n’est pour eux qu’un objet d’inquiétude et de terreur ».

« Tout Robespierre se trouve déjà là, attentif à démasquer les aristocrates et les députés véreux.

Il va aussi – et l’épisode est suffisamment célèbre – rédiger le cahier de doléances des savetiers mineurs d’Arras, particulièrement appauvris depuis la signature du traité commercial de 1786 avec l’Angleterre. Le cahier tient dans quatre revendications centrales :

  • on remet en cause leur « statut » par la concurrence sauvage déloyale ;
  • la hausse considérable du prix des cuirs occasionnée par le traité de commerce conclu avec l’Angleterre, « traité fatal » qui « ôte la subsistance » ;
  • les tracasseries administratives qui se développent ;
  • l’atteinte à la dignité, aux droits de l’homme dans le cadre de leur corporation ».

Et Robespierre de dénoncer violemment : « cet usage trop commun [la prison] ne peut qu’avilir le peuple qu’on méprise ; au lieu que le premier devoir de ceux qui le gouvernent est d’élever, autant qu’il est en eux, son caractère, pour lui inspirer le courage et les vertus qui sont la source du bonheur social ».

« Robespierre a fait le sacrifice de sa personne à la Révolution. Il connaît le prix à payer. Il peut être cher : « le trépas prématuré ». Mais la mort ne l’effraie pas, ni la perspective de ne pas être populaire… « Je n’ai jamais encensé les vivants ».

Extraits de Cahiers de doléances de Nantes (Musée historique de la ville). Cliquer sur l’image pour l’agrandir

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