Archives mensuelles : mars 2021

Billet de santé et passeport vaccinal

Laissez-passer les p’tits papiers : petite histoire du passeport, Préfecture de Lozère, mars 2017.

« Glissés dans une poche, ou au fond d’un sac à main, ils nous suivent partout, nous définissent. Quoi de plus personnel que nos papiers d’identité ? Leur délivrance relève pourtant d’un acte fondateur de l’autorité régalienne. Parmi tous les documents officiels, cartes d’identité, permis de conduire, livrets militaires, le passeport incarne le plus ancien et le plus emblématique. Du sauf-conduit médiéval au dernier-né biométrique, il n’a cessé d’évoluer, avec le double objectif de permettre la circulation des hommes et d’établir leur identification.

La définition du passeport par l’Encyclopédie renvoie d’abord à la liberté de circulation. Il s’agit d’une permission accordée par une autorité souveraine, à un individu ou un groupe de passer, d’entrer ou sortir de son territoire, librement et sans être inquiété. Du XVe au XVIIIe siècle, l’usage du passe-port se répand avec la multiplication des échanges. Ces billets commandent de laisser passer sans encombre jusqu’à la destination indiquée, le porteur dont le nom est mentionné.

Dans le Gévaudan d’Ancien Régime, nul n’ignore, le nom, le sobriquet, la généalogie, des autres habitants de sa paroisse. Les papiers sont superflus pour identifier une personne, chacun étant connu de tous. Seuls les étrangers, les migrants de toutes sortes (colporteurs, vagabonds) sont exclus de ces relations d’interconnaissance. À la fin du 17ème, le pouvoir, souhaitant contrôler l’afflux de miséreux vers les villes, décide l’enfermement de ces individus dangereux dans les hôpitaux généraux. Dès 1724, seuls les pauvres munis d’un passe-port donnant leur signalement peuvent prétendre aux secours. Lors des périodes d’épidémie (peste de 1720 …), il existe des billets de santé garants du bon état sanitaire des voyageurs.

La Révolution, au nom de la liberté de circulation, supprime dès 1790 les passeports. Mais les troubles, la guerre, entraînent d’abord leur rétablissement pour les étrangers, potentiels ennemis de la Nation, puis dès 1792, l’instauration de « passeports pour l’intérieur »  pour tout citoyen circulant en France.

Selon le décret du 10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795), nul individu ne pourra quitter le territoire de son canton, ni voyager, sans être muni et porteur d’un passeport signé par les officiers municipaux de la commune ou administration municipale du canton. En réalité, ils sont seulement exigés pour sortir du département.  Tout passeport contiendra le signalement de l’individu, sa signature ou sa déclaration qu’il ne sait signer, référera le numéro de son inscription au tableau la commune, et sera renouvelé au moins une fois par an (art 3). Il indique aussi la profession et parfois le motif du voyage. Les femmes voyageant seules ont un passeport, les autres figurent sur celui de l’homme qui les accompagne, tout comme les enfants.

En 1807, pour lutter contre les fraudes, Fouché, ministre de la police, fait adopter un modèle uniformisé sur papier spécial à filigrane et encre inaltérables, avec un dessin courant à la fois sur la souche et l’original, permettant de démasquer les falsificateurs, son montant est fixé à 2 Fr. Il existe également un passeport gratuit pour les indigents, qui bénéficient aussi de secours de route auprès des bureaux de bienfaisance des communes. Tous ces papiers sont visés à chaque étape du trajet ».

B. Covid-19 : la Commission européenne mise sur un certificat sanitaire pour faciliter la liberté de mouvement, par  Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen), Le Monde, 17 mars 2021.

« Ce passeport vaccinal permettrait de fluidifier la circulation au sein de l’UE. Mais le débat sur les informations qu’il comportera et les droits qu’il ouvrira s’annonce difficile.

1 commentaire

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AH. Histoire 19-20èmes siècles, E. Médecine Pharmacie, E. Mobilité internationale

Gouverneur général ou particulier

Cette chronique fait partie d’une série sur l’Administration du Royaume au 18ème siècle. Lire la chronique sur la Genèse de l’Intendance.

A. Les gouvernements généraux et particuliers (source Wikipédia) étaient des circonscriptions militaires de l’Ancien Régime : chacune constituait une portion du royaume de France soumise à l’administration militaire avec à sa tête un gouverneur nommé par le roi.

Selon l’ordonnance de 1499, le gouverneur avait pour mission de tenir le pays à eux commis en sûreté, le garder de pillerie et visiter les places et forteresses.

Jusqu’au 16ème siècle, il n’existait que 12 gouvernements, mais par suite de démembrements ce nombre s’éleva jusqu’à une quarantaine.

Par ordonnance du 18 mars 1776, le roi Louis XVI distribua les gouvernements généraux des provinces, au nombre de trente-neuf, en deux classes :

  • La première classe comprit dix-huit gouvernements généraux, dont les titulaires percevaient chacun annuellement, soit en appointements, soit en émoluments, une somme de 60 000 livres ;
  • La seconde classe comprit vingt-un gouvernements, à chacun des titulaires desquels il n’était attribué que 30 000 livres par an.

Les dix-huit gouvernements généraux de la première classe étaient les suivants :

  • Gouvernement de l’Isle de France (chef-lieu : Paris) ;
  • Gouvernement de Picardie (chef-lieu : Amiens) ;
  • Gouvernement de Flandre et de Hainaut (chef-lieu : Lille) ;
  • Gouvernement de Champagne et de Brie (chef-lieu : Troyes) ;
  • Gouvernement de Metz et Pays messin, Verdun et Verdunois ou des Évêchés (chef-lieu : Metz) ;
  • Gouvernement de Lorraine et Barrois (chef-lieu : Nancy) ;
  • Gouvernement d’Alsace (chef-lieu : Strasbourg) ;
  • Gouvernement du Comté de Bourgogne (chef-lieu : Besançon) ;
  • Gouvernement du Duché de Bourgogne (chef-lieu : Dijon) ;
  • Gouvernement de Lyonnais, Forez, Beaujolais (chef-lieu : Lyon) ;
  • Gouvernement de Dauphiné (chef-lieu : Grenoble) ;
  • Gouvernement du Pays et Comté de Provence (chef-lieu : Aix) ;
  • Gouvernement de Languedoc (chef-lieu : Toulouse) ;
  • Gouvernement de Roussillon (chef-lieu : Perpignan) ;
  • Gouvernement de Haute et Basse Navarre et Béarn (chef-lieu : Pau) ;
  • Gouvernement de Guyenne et Gascogne (chef-lieu : Bordeaux) ;
  • Gouvernement de Bretagne (chef-lieu : Rennes) ;
  • Gouvernement de Normandie (chef-lieu : Rouen) ».

B. Source Encyclopédie Larousse.

« Commissaires institués par la royauté à partir de la fin du 13ème siècle dans les provinces frontières au-dessus des baillis et des sénéchaux, les gouverneurs étaient nommés par lettres de provisions temporaires et révocables. Issus de la haute noblesse, ils avaient des attributions essentiellement militaires. Aux 15ème et 16ème, ils accrurent leurs pouvoirs au détriment des officiers locaux et, lors des guerres de Religion, ils exercèrent toutes les prérogatives du roi dans leurs gouvernements. Henri IV et Richelieu réduisirent leur rôle. Dépouillés par Louis XIV de leurs pouvoirs, attribués aux intendants et aux lieutenants généraux, ils n’eurent plus qu’un rôle honorifique. Leurs charges furent supprimées le 22 décembre 1789« .

C. Source Encyclopédie Universalis (article de Solange Marin)

« Commissaire ordinaire du roi, le gouverneur chargé de le représenter dans une circonscription administrative appelée gouvernement. Créés au 15ème siècle, ces gouvernements étaient au 16ème au nombre de douze ; ils recouvraient les grandes provinces frontières et en fait la plus grande partie du territoire français, soit la Bretagne, la Normandie, la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, la Bresse, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, la Guyenne, l’Orléanais et l’Île-de-France. Les gouverneurs répondaient à une nécessité : celle de maintenir l’ordre et d’assurer la défense des provinces pendant la période troublée de la guerre de Cent Ans. Chefs de l’armée, ils pouvaient en réalité intervenir en toutes occasions où l’ordre public, la sécurité des populations ou l’autorité royale étaient menacés. En raison de leurs pouvoirs militaires, ils étaient choisis exclusivement dans l’ordre de la noblesse.

 N’étant point propriétaires de leur charge, les gouverneurs sont révocables à tout instant, et les souverains ne se privèrent pas d’user de ce droit, surtout à partir du 17ème siècle, estimant que l’influence de ces hauts personnages contrebalançait la leur. Ils leur adjoignent des lieutenants généraux qui prennent le véritable commandement de l’armée, et Louis XIV leur interdit de résider dans leur gouvernement sans sa permission.

Ce sont les Intendants qui ont alors la réalité du pouvoir dans le royaume ainsi que la confiance du roi, et ce sont eux qui sont l’objet de l’hostilité des parlements. Au 18ème siècle, néanmoins, les parlements s’attaqueront aux gouverneurs et lieutenants généraux, comme en témoigne l’affaire de Bretagne ».

D. Bernard Barbiche, Les gouverneurs, in Les institutions de la monarchie française à l’époque moderne, 2012, pages 323 à 333.

Commentaires fermés sur Gouverneur général ou particulier

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AF. Histoire 16-17èmes siècles, E. Droit et Sciences politiques, E. Economie Gestion

L’industrie du nourrisson parisien

Nourrices (XVIIIe – XIXe siècle). L’industrie du nourrisson parisien

Pour lire l’article de Christian de la Hubaudière, s’abonner à Hérodote.net, Le media de l’Histoire (20 euros par an).

« Au XVIIIe et XIXe siècles, les nouveau-nés de la bourgeoisie citadine ne vivent pas avec leurs parents mais avec leur nourrice, à la campagne. Ces séjours peuvent se prolonger jusqu’à l’âge de deux ans, lors du sevrage. Ce phénomène prend une telle ampleur qu’il va déboucher sur une pratique professionnelle que l’administration royale devra réglementer.

Cette pratique sociale a eu un impact économique considérable par ses flux financiers entre milieux urbains et ruraux. Une contribution méconnue mais bien réelle à l’unification économique du pays ».

Lire également le roman de Christian de la Hubaudière Au Sein de Paris narrant l’histoire exemplaire de Marguerite, nourrice normande, de 1743 à 1791, année de sa mort.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Commentaires fermés sur L’industrie du nourrisson parisien

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AH. Histoire 19-20èmes siècles, C. Ile-de-France, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences humaines et sociales

Enquête CPU sur la réussite. Honte !

L’enquête de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) sur la réussite des étudiants au terme du 1er semestre 2020-2021 est une abomination statistique :

  • il faut immédiatement jeter cette enquête à la poubelle ;
  • il faut sanctionner le bureau de la CPU pour s’être plié à une communication politique évidente : affirmer que, malgré la pandémie, la qualité des diplômes demeure ;
  • il faut demander la démission de ce bureau qui fait participer les universités à la Fabrique de l’ignorance
  • Il faut que la ministre Frédérique Vidal présente des excuses publiques aux enseignants-chercheurs, aux personnels administratifs et techniques, aux étudiants et aux journalistes

Pierre Dubois, fondateur et directeur de 1999 à 2004 de l’OFIPE (observatoire des formations et des insertions professionnelles, évaluations).

« Enquête sur la réussite des étudiants dans les universités : comparaison semestre n°1 2020-2021 et semestre n°1 2019-2020. Powerpoint CPU du 23 mars 2021.

Cette enquête a été menée par la Conférence des présidents d’université auprès de l’ensemble de ses membres, elle est toujours en cours et sera régulièrement actualisée, les établissements continuant de nous transmettre leurs données.

A ce jour, 25 établissements ont transmis leurs données, toutes ne sont pas également exploitables. Les résultats présentés dans ce document s’appuient sur les réponses consolidées d’un échantillon de 15 universités ( soit environ 300 000 étudiants) représentatives de la diversité des établissements sur l’ensemble du territoire ».

Exemple d’aberration. Chercher à mesurer le taux de réussite au 1er semestre de l’année 2 de Master démontre une méconnaissance crasse de l’organisation de ce niveau de diplôme : seule l’obtention du Master, incluant le Mémoire, est un indicateur de réussite. Or le mémoire n’est jamais soutenu au 1er semestre.

1 commentaire

Classé dans Non classé

17ème. Genèse de l’Intendance

Michel Antoine, Genèse de l’institution des intendants, Journal des Savants, Année 1982, 3-4, pp. 283-317. Texte intégral en ligne sur Persée.

Page 283 de l’article de Michel Antoine. Cliquer sur les images pour les agrandir

Les deux premières parties de l’article d’Antoine (pages 283 à 301) démontrent l’antériorité de la fonction de Gouverneur par rapport à celle d’Intendant. « Les gouverneurs, représentant le roi dans une ou plusieurs provinces, avaient d’abord une fonction militaire et s’entouraient de conseillers qu’ils connaissaient dans cette fonction. Dès le milieu du 16ème siècle, le roi leur a enjoint de s’entourer également de gens de robe pour affronter les questions judiciaires, administratives et financières ».

Les anciens gouvernements en 1789

Page 291. « Cette solution donnait satisfaction à tous, au Roi et aux gouverneurs : au Roi qui, en les flanquant d’un robin désigné ou au moins agréé par lui, y trouvait un moyen non seulement de leur garantir un concours compétent et indispensable, mais peut-être aussi de les surveiller, et aux gouverneurs, assurés de bénéficier d’une aide éclairée en des matières délicates ».

Page 296. « On voit l’extrême importance de la période des guerres de religion dans l’histoire administrative de la France. L’usage de placer près des gouverneurs des hommes de robe et de plume nommés ou reconnus par le Roi, déjà courant sous Henri II, fut renforcé sous le règne de ses fils par le recours à des commissaires de l’édit » (de droit).

Page 299. « Henri IV, dès 1589, chaussant les bottes de ses prédécesseurs, envoya des intendants de justice auprès des gouverneurs, mais l’on ne relève guère d’innovations de sa part avant 1597 : suppression des offices de trésorier de France qui viendraient à vaquer jusqu’à ce que leur nombre fût réduit à deux par généralité… Même décision pour les officiers des bureaux des finances ».

Page 300. « Par édit de novembre 1608, Henri IV et Sully, ayant contraint les bureaux des finances à l’effacement, députèrent dans les provinces des commissaires chargés  de l’intendance et direction de nosdictes finances… Ces commissaires n’étaient plus mis à la disposition des gouverneurs et n’avaient aucune part à leurs opérations ».

Page 301. « Pour l’observation de l’édit de Nantes ou pour les besognes financières les plus variées, Henri IV envoya dans les provinces de préférence des conseillers d’Etat, des maîtres des requêtes et des officiers des compagnies parisiennes ».

Page 306 et 307. La troisième partie et la conclusion de l’article de Michel Antoine sont plus souvent citées que les deux premières car le 17ème siècle diffuse la fonction d’Intendant dans toutes les provinces du Royaume.

« Rôle clé joué par Pierre Séguier dans le développement de l’institution de l’intendance. Citations de Wikipédia. « Le 28 février 1633, il est nommé garde des sceaux sous le ministère du cardinal de Richelieu puis, à la mort du chancelier Étienne I d’Aligre, devient chancelier de France ; il prête serment le 19 décembre 1635… Rétabli comme garde des sceaux le 8 septembre 1651, Mathieu Molé les garde jusqu’à sa mort le 3 janvier 1656. De 1651 à 1656, le chancelier Séguier revenu au Conseil cohabite avec Molé dans des conditions assez difficiles. À la mort de Molé, les sceaux lui reviennent jusqu’à sa propre mort en 1672.

Tous les officiers de justice dépendent donc de lui pendant à peu près quarante années (1633-1672), ce qui veut dire que toute l’administration du royaume pendant cette période repose sur lui. Laissé dans l’ombre par les fortes personnalités de Richelieu et de Mazarin, il joue pourtant un rôle essentiel dans la continuité des politiques de centralisation et d’acheminement vers un gouvernement qu’on appellera plus tard absolutiste ».

Page 308 du livre d’Antoine

« Déclaration de 1643. Désormais l’intendant de justice, police et finances assurerait l’essentiel de la répartition et de la levée de cet impôt [la taille] et de ses annexes… Cette évolution contribua évidemment à distendre encore davantage les liens entre gouverneurs et intendants sans toutefois les rompre »…

Commentaires fermés sur 17ème. Genèse de l’Intendance

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AF. Histoire 16-17èmes siècles, E. Droit et Sciences politiques, E. Economie Gestion

18ème. Administrer le Royaume

Administrer le Royaume de France. La monarchie ne peut se passer d’une administration et d’administrateurs. Quelles en ont été les principales évolutions au 18ème siècle, tout au moins avant la Révolution de 1789 ?

Problèmes contemporains évoqués : centralisation versus décentralisation, concentration des pouvoirs versus déconcentration. Au niveau territorial : tensions entre élus et représentants de l’État. Deux sources introductives pour le 18ème :

L’administration n’est pas encore unifiée au 18ème siècle. Elle garde les traces de l’histoire du Royaume : pays d’élection, pays d’État, pays d’imposition. Le 18ème siècle, c’est la volonté d’unifier le droit tout en n’attaquant pas de front les particularités locales. La volonté peut n’être que velléité.

Pays d’élection, Pays d’Etat, Pays d’imposition. Cliquer sur les miages pour les agrandir

Le Roi n’est pas seul. Conseillers, Contrôleurs généraux des Finances, Ministres et Secrétaires d’État font partie de son entourage proche ; ces fonctions politiques ont leur propre administration centrale. Je n’en ferai pas l’analyse pour l’instant.

La monarchie repose sur une société d’Ordres. Noblesse d’épée et de robe, Clergé, Tiers-État (bourgeoisie ou roture). Les fonctions administratives sont réservées à tel ou tel Ordre, mais il existe bien des exceptions. Les abbés, les évêques ou les archevêques n’ont pas tous été ordonnés prêtres ou l’ont été tardivement : le cas de l’abbé Dubois, premier ministre sous la Régence, est célèbre (chronique du blog : la carrière de l’abbé Dubois). Les gouverneurs peuvent avoir été anoblis en cours de carrière, en récompense de leurs succès militaires.

Dans les prochaines chroniques, je m’intéresserai à plusieurs administrations organisées au niveau du territoire (de la province ou généralité) ou de plusieurs territoires associés.

Je retiendrai six entités : les gouvernements, les armées, les intendances, les parlements, les évêchés, les communes. Leurs prérogatives font toujours l’objet d’édits royaux, enregistrés en Parlement. Le 18ème est un siècle de nombreuses réformes… qui peuvent être abolies au terme de quelques années seulement. La suppression de la vénalité des charges (offices) est une question récurrente dans la seconde partie du siècle.

Les personnalités à la tête de ces administrations territoriales sont toujours nommées et révocables, à deux exceptions près : celle des charges (offices) qui sont achetées et qui sont ou non transmissibles à la parentèle, et des élus qui constituent le magistrat municipal, qui possède d’ailleurs sa propre administration (le magistrat de Strasbourg subsiste aux côtés de l’administration royale jusqu’à la révolution – chronique du blog).

L’influence de chacune de ces administrations dans l’ensemble de l’organisation du Royaume et le rapport de forces entre elles évoluent au cours du siècle, et pas seulement en conséquence d’une réforme du droit. Les hommes qui sont à leur tête en modèlent les contours selon leur personnalité, leur histoire, leur ancienneté dans la fonction.

Ainsi l’Intendant, à la tête d’une généralité, a un pouvoir plus étendu que le Gouverneur dont les fonctions sont d’abord militaires… Il a plus d’influence car il couvre le champ des finances et de l’économie. Selon les estimations, la moitié des effectifs de toutes les administrations réunies concernerait les finances (recettes et dépenses). Chronique du blog : Turgot, intendant du Limousin.

Commentaires fermés sur 18ème. Administrer le Royaume

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AF. Histoire 16-17èmes siècles, E. Mobilité internationale

1772. Corporation de l’Ancre

Strasbourg, 9 quai des Bateliers. Poële de la corporation de l’Ancre. Diaporama de 23 photos.

Source des citations : ArchiWiki. « L’immeuble a été construit en 1772, le deuxième et le troisième étage, ainsi que le balcon du premier étage ont été rajoutés en 1861.

Cliquer sur les images pour les agrandir

Formée en 1331, la corporation des Bateliers était installée à l’angle de l’impasse de l’Ancre et le n°9 du quai des Bateliers de 1398 à 1791.

Première de préséance, l’Ancre, corporation très puissante, est importante pour la prospérité de la ville car elle bénéficie du monopole de la navigation sur le Rhin entre Strasbourg et Mayence, jusqu’en 1681.

Au XVe siècle, les voyageurs et les pèlerins qui choisissaient la voie d’eau pour leur voyage s’y rencontraient pour débattre le prix de leur voyage avec le bedeau de la corporation (secrétaire). Le bedeau rassemblait ensuite les bateliers pour tirer au sort ceux qui devraient assurer le transport.

L’immeuble est dans un style Louis XV. Ses sculptures sont très riches et les deux statues qui surmontent la façade semblaient défier le temps. A hauteur d’homme sur le pilier d’angle, l’inscription Schiff Leut Staden (quai des Bateliers) gravée en 1789 rappelle que le secteur appartenait au 9e canton ».

Quatre mascarons représentent les 4 saisons. De gauche à droite : le printemps, l’été, l’automne, l’hiver.

Commentaires fermés sur 1772. Corporation de l’Ancre

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AH. Histoire 19-20èmes siècles, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Ingénierie, Architecture

Strasbourg. Mascarons du 18ème

18ème siècle. Les mascarons de Strasbourg. Citations extraites de l’excellent ouvrage en ligne de Brigitte Parent, Conservateur du patrimoine, Les Macarons de Strasbourg au siècle des Rohan, Copyright 2013, La Frégate Édition, 76 pages.

Maison Sarrez, rue du Dôme, Venus aux mèches de cheveux redressés. Cliquer sur les images pour les agrandir

Sont de Pierre Dubois les photos de mascarons de la Maison Sarrez (rue du Dôme) figurant dans cette chronique. Autres photos de mascarons :

Page 66 de l’ouvrage de Brigitte Parent.  « À partir des années trente du XVIIIe siècle, les habitants de Strasbourg sont conquis par la nouveauté et l’élégance de l’architecture à la française des palais et hôtels des dignitaires ecclésiastiques et royaux et des princes allemands. En témoignent les beaux hôtels particuliers et les nombreuses reconstructions et mises au goût du jour de maisons bourgeoises qui modernisent et renouvellent l’aspect de la ville. Côté rue, les façades neuves sont en brique crépie avec chaînes, cordons, corniches et chambranles en grès, ou en pan de bois crépi avec chambranles peints façon grès pour simuler la maçonnerie. Les plus riches sont parementées de grès ; les logettes et oriels de la Renaissance, dits balcons à l’allemande, sont remplacés par les balcons à la française, sur belles consoles moulurées parfois ornées de motifs figurés, toujours agrémentés de magnifiques grilles en fer forgé dont on trouve les équivalents sur la plupart des appuis de fenêtres »…

Page 6 et 7. Histoire des mascarons. « Les hommes ont, dès les époques les plus anciennes, représenté le visage sous forme de masque. Il se rencontre aussi bien dans les civilisations d’Europe que d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. Le masque, d’abord à fonction religieuse ou théâtrale, devient dès l’Antiquité un élément de la décoration architecturale. Les têtes fantastiques ou imaginaires, grotesques ou hybrides, ornent pendant tout le Moyen Âge les édifices religieux comme décor de chapiteaux ou de modillons. Elles connaissent un nouvel essor pendant la Renaissance avec la redécouverte de l’Antiquité gréco-romaine et par l’intermédiaire des estampes de grotesque.

Grâce à la large diffusion des gravures des ornemanistes, les têtes envahissent tous les domaines de l’art (peinture, sculpture, orfèvrerie, céramique, tapisserie…) et de l’architecture (pilastres, frises, chapiteaux…), mais elles sont généralement dans des décors complexes d’arabesques, de volutes, de guirlandes végétales ou de ferrures.

La tête isolée, mise en vedette au sommet des baies, commence à apparaître à Paris vers 1550, à l’hôtel Carnavalet , puis ponctuellement vers la fin du XVIe siècle dans quelques grandes villes de province avant de se multiplier à l’époque classique. En 1630, à l’hôtel de Sully, de nombreux mascarons de jeunes femmes se situent à la fois dans les tympans des frontons et au dessus des baies.

Ces visages de pierre, d’hommes et de femmes, graves ou souriants, grimaçants ou hilares, ornent également à cette époque les maisons de Strasbourg, ville libre royale depuis 1681. S’ils intriguent parfois les promeneurs et voyageurs, ils sont cependant ignorés du plus grand nombre. Ils n’ont jamais fait l’objet d’études particulières, exception faite des remarquables mascarons du Palais épiscopal des Rohan étudiés pour la première fois en 1967 par Louis Grodecki »…

Pages 29 et 30. Blondel Jacques François. Architecture françoise ou recueil des plans, élévations, coupes, profils…, Paris, 1752, p.115-116.

Cliquer sur les images pour les agrandir

« En 1737, Jacques François Blondel précise, à propos de l’iconographie des décors sculptés en façade, qu’il faut annoncer aux étrangers la dignité du Prince et le respect qui lui est dû. Il cite en exemple pour représenter la valeur des grands hommes : Minerve, pour rappeler leurs vertus, actions et triomphes : Mars, pour illustrer leurs inclinations pour les arts ou leurs occupations et amusements dans la société civile : Diane avec ses attributs de chasseresse. Lorsqu’on n’est pas obligé de mettre des attributs appropriés à la qualité du maître ou à l’usage du bâtiment, il préconise de représenter le temps et les saisons, attributs arbitraires qu’on peut changer et varier à son gré.

Commentaires fermés sur Strasbourg. Mascarons du 18ème

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Ingénierie, Architecture

Pétition : réouvrir les musées !

La culture, c’est essentiel. Signer la pétition pour la réouverture des lieux culturels et patrimoniaux.

Strasbourg, la cathédrale Notre-Dame. La façade du transept Sud, après 7 ans de travaux cachés par des échafaudages, est à nouveau visible. Un bonheur inestimable.

Cliquer sur les images pour les agrandir

Tympans des deux portails : Couronnement de la Vierge (diaporama de 9 photos), Dormition de la Vierge (diaporama de 14 photos).

La Synagogue

Strasbourg, face à la cathédrale, sur le pourtour de la place du château déserte, 5 musées sont fermés depuis 4 mois et demi : le musée de l’Œuvre Notre Dame, le musée des Beaux-Arts, le musée archéologique, le musée des Arts décoratifs, le 5ème Lieu.

La Ville et l’Eurométropole font leur possible pour attirer l’attention des passants. Les musées vous manquent ? Retrouvez-nous sur musees.strasbourg.eu. Hélas, les visites virtuelles ne remplaceront jamais la confrontation aux œuvres, en face à face.

Commentaires fermés sur Pétition : réouvrir les musées !

Classé dans Non classé

1732-1755. La maison Zollikoffer

La maison du négociant Zollikoffer, 4 place du marché aux Poissons, Strasbourg. Façade sur l’Ill : riche décor rocaille. Façade sur la place, refaite au 19ème siècle.

Les deux façades de la maison Zollikoffer. Cliquer sur les images pour les agrandir
Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Le cens dû à la Tour aux Deniers permet de suivre, dans les différents livres des loyers communaux, le terrain qui reviendra en 1747 à Jacques Christophe Zollickoffer.

1642. Le registre précise que la maison qui y était construite a été démolie et le terrain transformé en chantier à bois.

1727-1728. Le plan-relief montre les lieux vers 1728. Jean Balthasar Bischoff vient de faire construire la maison vers la Grande Boucherie par le maître maçon Jean Daniel Gerhard.

1732. Le bâtiment bas vers l’est, détruit quelques temps plus tard par un incendie, est remplacé par la maison que Jacques Christophe Zollickoffer achètera en 1747.

1744. La gravure de Weiss montre la maison à rez-de-chaussée et un étage, surmonté de deux niveaux de greniers, et le jardinet le long de la rivière.

1747. Jacques Christophe Zollikofer, un riche négociant, achète une maison donnant sur la place et dont le jardin donne sur l’Ill.

1755. Il est autorisé à garnir la façade donnant sur la rivière d’un balcon reposant sur quatre consoles.

1756. L’inventaire, après décès de sa bru Marie Dorothée Obermüller, apprend que c’est son fils Simon Zollickoffer qui construit en 1756 un nouveau bâtiment sur un terrain jusqu’alors en nature de jardin, propriété de son père.

1745-1770. La façade de prestige vers l’Ill, caractéristique du Rococo strasbourgeois, ornée de dix mascarons, (les 4 saisons, les 4 parties du monde, Neptune, Mercure) compte quatre niveaux et sept travées de fenêtres.

Commentaires fermés sur 1732-1755. La maison Zollikoffer

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Ingénierie, Architecture