Archives mensuelles : avril 2021

Rouget de Lisle, la Marseillaise

1792. Rouget de Lisle chante la Marseillaise par Fabienne Manière, Hérodote.net, 24 avril 2021.

« Le soir du 24 avril 1792, à Strasbourg, dans le salon du Baron de Dietrich, maire de la ville et ami de Lafayette, l’effervescence est à son comble. Cinq jours plus tôt, la France a déclaré la guerre à l’Autriche…

Rouget de Lisle en 1792. Cliquer sur les images pour les agrandir

Le maître de maison s’adresse au jeune Joseph Rouget de Lisle (1760-1836), officier de son état et violoncelliste à ses heures, originaire de Lons-le-Saunier (32 ans). Monsieur de Lisle, vous qui parlez le langage des Dieux, vous qui maniez la harpe d’Orphée, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l’appel de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation, lui aurait demandé son hôte.

Le lendemain 25 avril, Rouget de Lisle donne à entendre son œuvre au lieutenant Masclet puis à de Dietrich. L’un et l’autre sont conquis… ce que l’on a aujourd’hui du mal à comprendre, les paroles et l’air de ce chant martial n’ayant rien de sublime ! Le soir même, de Dietrich organise un dîner au cours duquel lui-même reprend le chant, accompagné par une dame au clavecin et par Rouget de Lisle au violon ».

Musée historique de Strasbourg

« Un succès fulgurant. D’abord baptisé Chant de guerre pour l’Armée du Rhin, le nouveau chant patriotique apparaît moins cru que les chants traditionnels des sans-culottes comme la Carmagnole ou le Ca ira. Cela lui vaut un succès fulgurant. De Strasbourg, des voyageurs colportent les paroles et l’air dans toute la France »…

Lire aussi. Claude Joseph Rouget dit de Lisle, article de Wikipédia.

« Face à l’invasion des armées coalisées, l’Assemblée déclare la Patrie en danger, et les fédérés des provinces gagnent Paris pour participer à la défense de la Patrie. Des fédérés marseillais entonnent et répandent sur leur chemin le chant de Rouget de Lisle, qui était déjà parvenu chez eux. C’est ainsi que Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin devient la Marche des Marseillois, puis La Marseillaise.

Rouget de Lisle quitte Strasbourg le 13 juin 1792 pour diriger la forteresse de Huningue. Le 10 août 1792, il est destitué de ses fonctions de capitaine par Lazare Carnot pour avoir protesté contre l’internement de Louis XVI à la suite de la prise des Tuileries.

Rapidement réhabilité, il rejoint l’armée du Nord comme capitaine au corps de génie et devient aide de camp du général Valence à l’armée des Ardennes où il se lie d’amitié avec le général Le Veneur et l’adjudant général Hoche. Il s’illustre en tant qu’ingénieur lors du siège de Namur, dont la citadelle est prise aux Autrichiens le 2 décembre 1792. Il ajoute alors deux couplets à la Marseillaise, intitulés couplets aux Belges, qui sont imprimés à Namur.

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Le PAS au port du Rhin

Suite de la chronique : 1732-1734. Hôtel Andlau-Klinglin.

1853. Acquisition de l’hôtel d’Andlau-Klinglin par le baron Renouard de Bussière, banquier, qui y établit le siège de la Société de la navigation à vapeur sur le Rhin.

1872. Génie militaire, en partie pour le service de la garnison, en partie logements pour le service de la garnison.

1926. L’hôtel d’Andlau-Klinglin devient la propriété du Port Autonome de Strasbourg (PAS).

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2017-2020. Le bâtiment est mis en vente.   

2021. Nouveau siège du PAS au Port du Rhin, deuxième port fluvial de France. Source : site du PAS.

« Une proposition architecturale en cohérence avec les activités du PAS. Lancé par un concours de maîtrise d’œuvre en février 2017, le projet de construction a été confié à l’atelier d’architecture Rey-De Crécy.

Ce projet de 8,4 millions d’euros symbolise un nouveau départ pour le PAS. Implanté depuis près d’un siècle dans l’hôtel d’Andlau, rue de la Nuée bleue, le PAS entame une nouvelle page de son histoire, ancrée sur son territoire, au plus proche des bassins et voies ferrées où est réalisée près de 70 % de l’activité fluviale et ferroviaire du port.

Le nouveau bâtiment comporte 70 postes de travail sur 2 800 m². Il met au centre de ses préoccupations le bien-être au travail avec des espaces de travail, d’échanges et de convivialité, des terrasses extérieures et un traitement acoustique.

La durabilité et la sobriété énergétique sont également au cœur du projet avec l’emploi de matériaux comme le bois et le métal, des produits de construction à faible impact environnemental, une consommation d’énergie maîtrisée, des clauses d’insertion sociale dans les marchés de travaux ».

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1732-1734. Hôtel Andlau-Klinglin

L’ancien Hôtel d’Andlau-Klinglin est situé au 25 rue de la Nuée-Bleue à Strasbourg.

Sources : extraits des Maisons de Strasbourg et de Archi-Wiki.

Diaporama de 25 photos de Pierre Dubois (avril 2021).

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16ème siècle. L’origine de l’hôtel remonte au début du 16ème. « Les éléments les plus anciens proviennent de cinq maisons établies sur ce site dès le 15ème. Un certain nombre de vestiges réutilisés dans l’édifice actuel évoquent ces constructions. Pour le Moyen Age et la Renaissance, on notera surtout la porte gravée Claus Berer et datée de 1516, ou la tourelle d’escalier en vis sur cour, de plan octogonal. D’après le dictionnaire historique des rues de Strasbourg : à l’intérieur, porte flamboyante avec la devise de Claus Berer : INANIS APTA, Prépare le Néant ».

Source : Maisons de Strasbourg

Vers 1568, Bernard de Botzheim unifie des constructions disparates par l’édification d’une façade à deux oriels.

1587. La maison qui appartient à Bernard Botzheim porte le nom de Zum Wolckenberg d’après un des propriétaires précédents, le barbier Jean Wolckenberg.

1667. La maison comprend trois bâtiments (bâtiment avant, bâtiment arrière et bâtiment latéral) comme le montre la vente à Gérard von Stœcken, docteur en droit originaire du Danemark, professeur à l’Université.

1707. Ses enfants vendent la maison au chirurgien major des hôpitaux du Roi, Pierre Duconte.

1713. Celui-ci la cède à Antoine d’Andlau, lieutenant-colonel et assesseur au Directoire de la Noblesse immédiate de Basse-Alsace, et son épouse Marie-Anne de Klinglin. Acquis au nouveaux courant architecturaux, ils entament la modernisation des deux ailes sur cour et notamment escalier d’honneur à rampe ouvragée en ferronnerie.

1730-1732. Antoine d’Andlau achète un terrain et un bâtiment détachés de la même parcelle. Le maçon Jean Martin Pfundstein est autorisé à remettre un oriel sur la façade en reconstruction et à employer autant de compagnons en surnombre qui seront nécessaires.

  • Jean-Martin Pfundstein (1680-1742) est né à Marktheidenfeld, près de Wurtzbourg, vers 1680 (selon l’hypothèse de Théodore Rieger).
  • Le 5 avril 1712, il se marie une première fois en l’église Saint-Pierre-le Vieux catholique, à Strasbourg, avec Marie Madeleine Mentzinger, déjà veuve deux fois et qui décède en 1728. Il se remarie alors en l’église Saint Marc, le 17 janvier 1729, avec Anne Eve Nické.
  • Il est reçu maître-maçon en 1712 à Strasbourg et présente son chef-d’œuvre de maîtrise.

1732-1734. Marie Anne de Klinglin, veuve d’Antoine d’Andlau et remariée au maréchal du Bourg, gouverneur de la province d’Alsace, achète la maison voisine Zum Koch. La construction est achevée en 1734 lors du partage de ses biens auquel est jointe une estimation qui fait état des changements intervenus depuis 1730.

L’hôtel est reconstruit par l’Architecte Jean-Martin Pfundstein. « La nouvelle façade en grès rose allie une élévation à la française à des réminiscences locales de la Renaissance germanique perceptible dans la toiture comme dans les balcons à l’allemande un peu anachroniques. L’un des deux, au nord, réutiliserait les consoles d’un oriel antérieur. A mettre au compte du classicisme, scansion verticale de la façade par des pilastres et la présence de larges bandeaux déterminant trois niveaux d’inégale hauteur ».

1737. Un fronton triangulaire coiffe les trois travées médianes ;  jusqu’en 1872, on pouvait y identifier les armoiries du grand prévôt du chapitre de la cathédrale, le prince Henri-Oswald de la Tour d’ Auvergne, à qui l’hôtel fut cédé en 1737.

  • Jean-Martin Pfundstein n’accède qu’en 1737 à la fonction d’échevin des Maçons. On lui doit essentiellement l’Hôtel d’Andlau (1732-1734). Théodore Rieger souligne que « l’harmonieuse façade de grès rose, d’allure parisienne, s’orne néanmoins de deux oriels de tradition strasbourgeoise« .
  • Il meurt le 9 avril 1743, l’inhumation ayant lieu en l’église Saint-Pierre-le-Vieux, âgé de 58 ans.

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Camille Brès : Coloration Maison

Site de l’artiste : à propos. Peintures. Textes. Expositions. Contact.

« La Galerie Ariane C-Y a présenté en décembre 2020 six œuvres de Camille Brès, marquant l’entrée de l’artiste à la galerie. Ce printemps, une plus large sélection regroupe principalement des gouaches peintes entre 2018 et 2021.

En 2018, l’artiste opère un changement dans sa pratique en passant de la peinture à l’huile sur toile à la gouache sur papier. Ce medium lui impose de nouvelles contraintes : maîtrise de la charge en eau, des craquelures, reprises différentes de celles autorisées par l’huile… C’est toute une technique que l’artiste s’approprie au fil des mois. L’exigence de la gouache affirme son style. Une palette vive, de larges aplats vibrants, une touche lisse, des compositions rigoureuses, une place laissée par endroit au motif : tout ceci constitue les lignes de force du style de Camille Brès.

Il y a quelques mois, la peintre opère le mouvement inverse et reprend la pratique de l’huile sur toile. Coloration maison est l’une des premières huiles de cette nouvelle génération. Elle donne son nom à l’exposition. La coloration ou l’action par laquelle un corps devient coloré (Littré) résume en un mot la peinture. Celle de Camille Brès est « maison», à la fois intime et profondément révélatrice de notre époque ».

2020. Retour en vidéo (3’27) sur la fresque participative réalisée à l’entrée du 2b rue de Brantôme au Neuhof à strasbourg,  avec Sherley Freundenreich et Camille Brès, en partenariat étroit avec l’Agate Neuhof et Ophéa la semaine du 22 juin 2020.

2017. Chronique du blog Histoires d’universités : Galeristes, peintres, critiques d’art. Camille Brès ou les perspectives quotidiennes, Galerie Jean-François Kaiser, Strasbourg

2013. J’ai découvert Camille Bres dans son atelier du Bastion 14 à Strasbourg. Un coup de cœur pour une de ses premières peintures, La boxe. Je l’ai achetée. C’était la première fois de ma vie que j’acquérais une toile d’un « vrai peintre ». Aider une jeune diplômée de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg (devenue aujourd’hui HEAR)… Mécène d’un instant ! Mécène, un métier incontournable dans le marché de l’Art.

2015. Je suis retourné aux Ateliers ouverts du Bastion 14. En 2015, Camille commençait sa série intitulée les Plateaux. Des grands tableaux. J’ai adoré celui de droite en particulier.

2016. Nouvelle visite au Bastion 14 (chronique du blog et photos). En parallèle à la série Plateaux, Camille peint également une autre série en format plus petit : Lavabos. Marché de l’art et taille des appartements obligent !

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1766-1767. Blondel, l’Aubette

Suite de la chronique 1764-1770. Échec du plan Blondel. Seconde chronique sur l’œuvre de Blondel à Strasbourg : l’Aubette : trois époques. Source : extraits de Wikipédia.

Diaporama de 24 photos (Pierre Dubois, avril 2021).

A. L’Aubette, époque 1. « En 1765, Louis XV confie la modernisation de Strasbourg à l’architecte Jacques-François Blondel (1705-1774).

Les nouveaux plans d’aménagement qu’il conçoit comprennent la création d’une place centrale (actuelle place Kleber) encadrée de deux bâtiments monumentaux.

Faute de ressources, un seul des bâtiments est finalement réalisé : l’Aubette (1766-1767). Il s’agit d’un long immeuble de facture classique.

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L’Aubette est pendant un siècle à destination militaire : il est prévu pour abriter des logements et un corps de garde, ainsi que la Chambre de la Maréchaussée. Son nom correspond sans doute à l’un des sens anciens du mot aubette (abri). On dit aussi qu’il viendrait du mot aube, en raison des relèves de la garde militaire qui s’effectuent chaque jour à l’aube devant le bâtiment.

Blondel prévoit de régulariser l’espace de la place en accentuant sa forme en fer-à-cheval. Les deux côtés, au nord et au sud, sont infléchis par des façades reprenant l’élévation du bâtiment militaire de l’Aubette. À l’ouest, un arc de cercle, prévu à l’origine pour une salle de spectacles, est réservé à une vaste auberge, la future Maison rouge.

La conjoncture pré-révolutionnaire et le manque de finances entraveront le programme ambitieux de Blondel. Il ne sera concrétisé qu’avec le bâtiment de l’Aubette.

Au 19ème siècle, l’Aubette abrite le bureau de l’état-major et un café-concert au premier étage. Celui-ci cède sa place en 1869 au musée municipal de peinture et de sculpture ».

B. Époque 2. 1870, l’aubette incendiée. 1877, l’Aubette reconstruite.

« Lors de la guerre franco-allemande de 1870, les troupes allemandes font le siège de la ville et la bombardent. Le 24 août, l’Aubette et son musée sont détruits par un violent incendie qui ne laisse subsister que la façade.

L’architecte officiel de la Ville de Strasbourg, Jean Geoffroy Conrath, dirige la reconstruction à partir de 1873, conserve la façade tout en y apposant des ajouts sculptés et réalise un nouveau toit en ardoise à comble brisé tout à fait étranger au projet de Blondel. La réhabilitation du bâtiment est achevée en 1877.

La façade est alors ornée de médaillons représentant les portraits de musiciens célèbres (Auber, Bach, Beethoven, Gluck, Haendel, Haydn, Mozart, Rossini, Weber…).

Chronique du blog : Ludwig van Beethoven, 30 ans en 1800

Dans les pas de Mozart à Strasbourg, DNA, 21 août 2020. « En 1778, Mozart a 22 ans passe quelques semaines à Strasbourg. Il y donne plusieurs concerts, avant de retourner en Autriche. Son séjour fut bref, mais il marqua les esprits ».

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1764-1770. Échec du plan Blondel

Strasbourg, 1764-1770. Le pourquoi du Plan Blondel ? Le pourquoi de son échec? Source 1 : citations de la notice sur Jacques-François Blondel dans Alsace-Histoire.org.

« Appelé à Strasbourg pour deux semaines en août 1762 pour étudier les problèmes de la reconstruction de la tour de croisée de la cathédrale détruite par la foudre en 1759, Jacques-François Blondel intervint également dans la décoration du chœur de l’édifice, réalisée sous la direction de J. Massol, et notamment en automne 1765 en ce qui concerne le remaniement du dessin de la grande grille de ferronnerie exécutée par J.-B. Pertois.

Grâce aux appuis conjugués de Marigny, du duc de Choiseul, premier ministre de Louis XV, et du préteur royal Gayot, Blondel fut nommé, le 2 juin 1764, architecte chargé de proposer un plan général d’embellissement de Strasbourg. Il  séjourna trois semaines à Strasbourg à partir du 18 juin 1764, puis revint en septembre en proposant un premier plan accepté par la ville, mais rejeté en 1765 par Choiseul qui le jugea décevant.

 Il fit un nouveau séjour à Strasbourg de juin à septembre 1765 pour élaborer un deuxième plan, approuvé officiellement par la ville le 19 octobre suivant, puis par Choiseul en avril 1766, avec de nombreux amendements.

Le plan comportait essentiellement la régularisation de la place d’Armes (actuelle place Kléber), la construction d’un nouvel hôtel de ville sur la future place royale (actuelle place Gutenberg), le redressement d’un grand nombre d’alignements dans les vieilles rues de la ville et la construction de nouvelles casernes ».

J-F. Blondel, Hôtel de Ville de Strasbourg, projet de la façade latérale, 1765, dessin à l’encre, lavis couleur, Archives municipales, Strasbourg

« Début des travaux de la place d’Armes au printemps 1766 par le bâtiment de l’Aubette, achevé au cours de l’été 1767 (chronique à suivre sur l’Aubette – photo ci-dessous).

Approbation royale officielle du plan de Blondel en 1768, mais arrêt des travaux dès 1770« .

Publication en 1771 du Cours d’architecture civile où figurent les plans pour Strasbourg. Élaboration enfin d’un dernier ouvrage, l’Homme du monde éclairé par les arts, qui parut au printemps 1774, trois mois après la mort de l’architecte.

Source 2. Jörg Garms, Le plan d’urbanisme de Strasbourg dressé par Jacques-François Blondel en 1764-1769, Cahiers Alsaciens d’Architecture d’Art et d’Histoire, tome XXI, 1978, pp. 103-141, larges extraits de l’article Blondel dans Maisons de Strasbourg.

« Le 10 avril 1764, le Magistrat de Strasbourg s’adresse au duc de Choiseul pour le prier de « lui nommer un architecte habile » qui puisse dresser un « plan invariable de la ville ». C’est le préteur royal Gayot qui a fait savoir, peu de temps auparavant au Magistrat, le désir du premier ministre de se voir adresser une telle demande. La réponse était donc toute prête et c’est Jacques François Blondel qui est désigné.

Théoricien célèbre pour son enseignement, âgé alors de quarante-sept ans, Blondel a pourtant encore peu de réalisations à son actif. Mais il vient justement de diriger de 1761 à 1764, à la demande du maréchal d’Estrées, l’aménagement des abords de la cathédrale de Metz et des édifices publics qui l’entourent.

Rapidement dressé, approuvé par le Magistrat dès octobre 1765 puis par Choiseul en avril 1766, ce plan de rénovation urbaine devait rapidement rencontrer des difficultés de toute sorte et surtout des oppositions, de sorte qu’en 1774, à la mort de son auteur, il est pratiquement abandonné, tout en restant de longues années encore, le document auquel se réfèrent les architectes successifs de la ville, lorsqu’ils doivent prévoir des aménagements.

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1720-1730. Maison au blaireau

La place du Marché-aux-Poissons est une place du centre de Strasbourg, située au bord de l’Ill, au pied de la cathédrale et à proximité immédiate du Palais Rohan.

Selon Adolphe Seyboth (1890), l’emplacement aurait successivement été désigné ainsi : Holzmerket, Forum lignorum (1240, 1350, 1466, 1587), Holzstaden (1600), Krautmarkt (1672, 1680), marché aux herbes (1680), marché aux choux (1765, 1771), nouveau marché aux poissons (1812, 1815), place du blaireau (1820), Dachsstaden (1820), place de la halle au poisson (1815).

n°2 : Cette maison dite Au blaireau se situe sur l’emplacement d’une construction mentionnée au XIIIe siècle sous le nom de Domus ad nasum in aqua (la maison au nez dans l’eau), renommée Zum langen Nasen (au long nez) au 18ème siècle.

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Les encadrements et moulurations des fenêtres du premier étage témoignent de survivances Renaissance, auxquelles se sont ajoutées quelques innovations, telles que les fenêtres cintrées du second étage et le toit à la Mansart.

no3 : Ancienne maison d’artisan, elle a probablement été reconstruite au 18ème siècle, mais conserve des réminiscences de la Renaissance, tel l’encorbellement supporté par une console ornée d’un masque dans un décor végétal, à l’angle de la rue du Dévidoir.

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18ème. Thionville en Luxembourg

A. 1659-1790. Thionville, capitale du Luxembourg français. Source : citations de l’article de Wikipédia

  • B. Les gouverneurs militaires de Thionville au 18ème siècle
  • C. Les fortifications de la citadelle aux 17ème et 18ème siècles

« Prise par le prince de Condé en 1643, la ville est cédée à la France par le traité des Pyrénées, qui consacre la défaite de l’Espagne (1659). Thionville devint alors la capitale du Luxembourg français, tout en étant réunie à la province des Trois-Évêchés (Évêché de Metz).

Les Français reprennent aussitôt les travaux de fortifications de la cité et Thionville devient, à la suite d’un édit de novembre 1661, le siège d’un bailliage rattaché au parlement de Metz et régi par la coutume de Luxembourg. La ville connaît alors une période de prospérité. Le nombre des communautés comprises dans le bailliage de Thionville était de 120 (ou 143 avec la seigneurie de Rodemack).

Thionville était le siège d’un archiprêtré faisant partie de l’archidiaconé de Marsal, auquel appartenaient environ 23 paroisses.

En 1790, la ville devient le chef-lieu d’un district qui comprend neuf cantons.

En 1792, la ville est assiégée par les troupes autrichiennes, renforcées par des bataillons de français émigrés, dont fait partie François-René de Chateaubriand. Les victoires et les annexions françaises ôtent à Thionville son rôle de ville frontalière et son importance stratégique.

B. 1643-1790. Les gouverneurs militaires de Thionville, Source : extraits du blog de Michel Persin, Histoire de Thionville, novembre 2020.

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Les gouverneurs de Thionville n’étaient pas des gouverneurs généraux mais des gouverneurs particuliers. Ils gouvernaient des places, en l’occurrence ici la citadelle de Thionville.

  • Lire la chronique du 24 mars 2021. Gouverneur général ou particulier. La chronique de ce jour fait en effet partie d’une série sur l’Administration du Royaume au 18ème siècle.
  • Les gouvernements généraux et particuliers (source Wikipédia) étaient des circonscriptions militaires de l’Ancien Régime : chacune constituait une portion du royaume de France soumise à l’administration militaire avec à sa tête un gouverneur nommé par le roi.
  • Selon l’ordonnance de 1499, le gouverneur avait pour mission de tenir le pays à eux commis en sûreté, le garder de pillerie et visiter les places et forteresses.
  • Jusqu’au 16ème siècle, il n’existait que 12 gouvernements, mais par suite de démembrements ce nombre s’éleva jusqu’à une quarantaine.

Lire la suite, page 2…

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1633-1789. Le parlement de Metz

« Le parlement de Metz est une Cour de justice souveraine du royaume, créée en 1633 et supprimée en 1789, dont le ressort correspondait principalement au territoire des Trois-Évêchés, les principautés épiscopales de Metz, Toul et Verdun, conquises par Henri II en 1552 ; il incluait aussi les territoires du Luxembourg français (Thionville) et de la Frontière de Champagne (Sedan).

Les Trois-Évêchés, qui relèvent de l’Empire, sont conservés par la France lors des traités de Cateau-Cambrésis (1559) et de Vervins (1598) ; leur annexion au royaume de France est reconnue par l’Empereur au traité de Münster (1648) ».

Ouvrage de 1845 (Gallica). Cliquer sur les images pour les agrandir

A. Le parlement de Metz. Source : extraits de l’article de Wikipédia.

1633. Ce parlement est créé le 15 janvier par Louis XIII. « L’édit de création précise que les évêques de Metz, Toul et Verdun, l’abbé de Saint-Arnoul de Metz et le gouverneur de Metz sont et demeurent des conseillers de droit de cette cour, à qui sont accordés les mêmes droits, honneurs, prérogatives et privilèges qu’aux autres parlements de France.

Le parlement a le droit de remontrance à l’égard des nouvelles lois ; mais le roi peut le contourner en exerçant, en sa présence, un lit de justice.

Le parlement assume aussi les fonctions de Chambre des comptes, de Cour des aides et de Cour des monnaies.

L’édit de création du 15 janvier 1633 prévoit un premier président, six présidents à mortier et cinquante-quatre conseillers qui pouvaient siéger par semestre, sauf le chef de la Cour. Pour former cette première Cour, Richelieu a choisi d’y placer des magistrats d’autres ressorts dont les familles étaient restées fidèles au roi pendant les troubles de la Ligue.

Le parlement de Metz a été ensuite composé d’un Premier président, de douze présidents à mortier, de six conseillers d’honneur, de quatre conseillers chevaliers, de quatre-vingt-onze conseillers, tant clercs et laïcs, d’un procureur général, de deux avocats généraux et de sept substituts.

À la différence de la plupart des autres parlements, ses chambres sont renouvelées tous les six mois.

1634-1637. Pendant l’occupation du duché de Lorraine par les armées de Louis XIII, une cour souveraine est créée à Nancy, composée en majeure partie de magistrats détachés du parlement de Metz.

Par lettres patentes du 10 mai 1636, le parlement est transféré à Toul. L’entrée solennelle a lieu le 16 avril 1637.

1658. Le parlement a séjourné vingt ans à Toul. Il réintègre Metz le 1er décembre, après des années de tractations.

En septembre 1658, le roi Louis XIV lui accorde ses lettres de noblesse. Les membres du parlement sont automatiquement anoblis au bout de vingt ans de carrière (ou s’ils meurent en fonction avant 20 ans).

1661. Une chambre des requêtes du palais est créée pour juger en première instance les causes des chapitres, des communautés et de certains privilégiés.

1679-1686. Il existe dans le parlement une Chambre de réunion, destinée à étudier les droits que Louis XIV pouvait avoir sur certains territoires, ce qui a fourni le prétexte de la guerre de la ligue d’Augsbourg.

1697. Le traité de Ryswick restitue des territoires réunis au Royaume de France par la Chambre de réunion du Parlement de Metz. Chronique du blog, Ryswick : Louis XIV restitue.

1766. Le duché de Lorraine intègre le royaume de France, à la mort de Stanislas Leczinski selon les termes du traité de Vienne de 1738 qui met fin à la guerre de succession de Pologne. Chronique du blog

B. Un parlement singulièrement entreprenant, 1766-1771. Source 2 : citations de René Bour, Histoire de Metz, Éditions Serpenoise, 2007, pp. 142-148.

1766. « Devenu une Cour provinciale, le parlement reprit son ancien rôle et s’occupa davantage des intérêts du Pays messin. Ceux-ci étaient bien connus car depuis la fin du siècle précédent, les deux tiers de ses  membres appartenaient à des familles du terroir. On le vit se pencher sur les problèmes économiques, essayer, par exemple, de ranimer le commerce du cuir (objet d’un mémoire en 1768) et prendre des mesures pour empêcher la cherté des vivres.

Les protestations du Parlement dégénérèrent en lutte ouverte. Lors du conflit qui avait opposé le duc d’Aiguillon au parlement de Rennes, Calonne, alors intendant à Metz, avait accusé plusieurs conseillers bretons d’avoir décrié le roi. Dans un esprit de solidarité, les conseillers messins décidèrent que l’intendant ne serait plus invité à siéger au parlement tant qu’il ne se serait pas justifié de ses imputations calomnieuses.

Calonne, peint par Vigée Le Brun

Le roi chargea le gouverneur militaire de tenir une sorte de lit de justice pour obliger le parlement à rayer la délibération concernant Calonne. Mais la cour protesta et fit de nouvelles démonstrations, cette fois en faveur de parlement de Paris.

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Vigée Le Brun, 30 ans en 1785

Élisabeth Vigée Le Brun, 30 ans en 1785. Source : extraits de l’article de Wikipédia.

« Née en 1755 à Paris et morte dans la même ville en 1842, Élisabeth Vigée Le Brun est considérée comme une grande portraitiste de son temps. Fervente royaliste, elle sera successivement peintre de la cour de France, de Marie-Antoinette et de Louis XVI, du Royaume de Naples, de la Cour de l’empereur de Vienne, de l’empereur de Russie et de la Restauration. La Révolution la fera émigrer dès octobre 1789.

Elle a été comparée à Quentin de La Tour ou Jean-Baptiste Greuze. Le démarrage de sa carrière a été fulgurant. La majorité de son œuvre, 660 sur 900 tableaux, est composée de portraits.

1767 (elle a 12 ans). Son père, Louis Vigée, pastelliste et membre de l’Académie de Saint-Luc, fut son premier professeur. Après le décès de ce dernier en 1767, c’est un autre peintre, Gabriel-François Doyen qui l’encourage à persévérer dans le pastel et dans l’huile ; conseil qu’elle suivra.

1769 (14 ans). Elle se rend chez le peintre Gabriel Briard, membre de l’Académie royale de peinture. Au Louvre, elle fait la connaissance de Joseph Vernet, artiste célèbre dans toute l’Europe. Elle peint de nombreuses copies d’après les maîtres. Elle va admirer les chefs-d’œuvre du palais du Luxembourg. De plus, la renommée de ces peintres lui ouvre toutes les portes des collections d’art privées princières et aristocratiques. Elle écrit : on pouvait exactement me comparer à l’abeille, tant j’y récoltais de connaissances

1770 (15 ans). Elle peint son premier tableau reconnu, un portrait de sa mère, Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin« . Les yeux de la mère disent son étonnement, sa fierté, et peut-être sa peur. Que deviendras-tu, ma fille, quand tu auras 20 ans ?

Source des tableaux : Wikipédia. Cliquer sur les images pour les agrandir

1773 (18 ans). « Élisabeth dit avoir peint vingt sept tableaux, l’année de ces 18 ans. Une peinture toutes les deux semaines !

1774 (19 ans). Ayant à son âge peu d’espoir d’intégrer l’Académie royale de peinture et de sculpture, institution prestigieuse mais conservatrice, elle présente plusieurs de ses tableaux à l’Académie de Saint-Luc. Elle en devient officiellement membre le 25 octobre 1774.

1776 (21 ans). Elle épouse dans l’intimité Jean-Baptiste-Pierre Lebrun qui exerce les professions de marchand et restaurateur de tableaux, d’antiquaire et de peintre. Libertin et joueur, il a mauvaise réputation, et le mariage est formellement déconseillé à la jeune artiste.

Elle reçoit sa première commande de la Cour du comte de Provence, le frère du roi puis, le 30 novembre, elle est admise à travailler pour la Cour de Louis XVI.

1778 (23 ans). Elle devient peintre officielle de la reine et est donc appelée pour réaliser le premier portrait de Marie-Antoinette d’après nature. Portraits de la reine.

1780 (25 ans). Elle donne naissance à sa fille Jeanne-Julie-Louise, qui sera le sujet de nombreux portraits.

1781 (26 ans). Elle voyage à Bruxelles avec son mari pour assister et acheter à la vente de la collection du défunt gouverneur Charles-Alexandre de Lorraine.

1782 (27 ans). Inspirée par Rubens qu’elle admire, elle peint son Autoportrait au chapeau de paille« .

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