1766. Metz. Le portail de Blondel

Cathédrale de Metz. Le portail occidental de Blondel (1764-1766). Suite des chroniques sur Metz au 18ème siècle.

1766. Jacques-François Blondel, architecte du roi, a terminé le portail occidental de la cathédrale de Metz, portail de style classique. Des photos du début du 20ème siècle en montrent l’état : un portail triste car noirci par presque un siècle et demi de pollution.

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1903. L’œuvre de Blondel est démontée et remplacée par un portail néo-gothique, conçu par Paul Tornow (1848-1921).

Diaporama de 25 photos prises dans les expositions 2018 à Paris et à Metz ou extraites de Jacques-François Blondel, Architecte des Lumières à Metz, Connaissance des Arts, hors série, 2018.

A. La cathédrale Saint-Étienne. Source 1 : extrait de Coupefilart.

« Symbole de toute une ville, la cathédrale Saint-Étienne se dresse fièrement depuis plus de sept siècles au centre de Metz. Avec des voûtes culminant à 42 mètres, cet impressionnant vaisseau en pierre est l’un des plus hauts édifices gothiques de France.

Jusqu’au milieu du 18ème siècle, la bâtisse ne possède cependant pas d’entrée principale sur sa façade occidentale. Différentes campagnes d’agrandissement l’ont fait rencontrer d’autres édifices, notamment l’église Notre-Dame la Ronde. Après l’absorption de cette église par le géant de pierre, l’entrée se fait côté sud, par un modeste portail, le massif occidental se heurtant toujours à d’autres édifices ».

B. Le portail de Blondel (1764-1766). Source 2 : extrait du Républicain Lorrain, juin 2017.

« Après ses victoires en Flandre, le roi Louis XV voulant rejoindre l’armée d’Alsace, dont la région est envahie par les impériaux, sous la conduite du duc Charles V de Lorraine, se rend à Metz, le 4 août 1744 ; il ne doit y rester que quelques jours.

Dans la nuit du 7 au 8 août, le roi tombe malade et se plaint de douleurs au ventre et de maux de tête violents. La maladie empire et l’on craint une issue fatale. Aussi, le 13 août, Louis XV, afin de recevoir les derniers sacrements, doit se séparer de sa maîtresse, Marie-Anne de Mailly-Nesle, marquise de la Tournelle, duchesse de Châteauroux. Il la prie de quitter Metz pour se réfugier à Autun.

Quelques jours plus tard, le roi se remet. Rapidement.

On décide alors de construire un nouveau portail à la cathédrale pour célébrer sa guérison. L’architecte parisien Jacques-François Blondel, membre de l’Académie royale et professeur réputé, vient à Metz le 2 septembre 1761 ; il y reste dix-neuf jours, afin de lever des plans et d’établir des projets (hôtel de ville, arcades le long de la cathédrale, portail).

Au sujet du nouveau portail, Jacques-François Blondel explique, dans son cours d’architecture : En 1764, lorsque nous fûmes chargés de faire ouvrir une porte principale, à la cathédrale de Metz, nous proposâmes de faire un portail d’un dessin gothique ; mais, comme ce monument a une très grande élévation, on hésita de faire cette dépense, et l’on se détermina d’y faire un portique, et de pratiquer une place au devant, prise dans le terrain de l’Évêché, qui, anciennement, masquait le frontispice de la cathédrale.

Nous fûmes alors obligés de renoncer à cette idée, mais nous composâmes une ordonnance dorique, qui, régulière dans son entablement, offrit, néanmoins, une composition analogue, en quelque sorte, avec la partie supérieure de cet ancien édifice : on en trouvera le dessin dans les volumes suivants, où nous rendrons compte des moyens dont nous nous sommes servis pour concilier ce nouveau genre d’architecture avec l’ancien gothique, aussi bien qu’avec la fabrique des bâtiments qui doivent l’environner, tels que le Parlement et le Palais épiscopal de Metz qui s’exécutent aussi sur nos dessins.

Le porche du nouveau portail est divisé verticalement en trois parties.

Des colonnes cannelées encadrent la porte et soutiennent un entablement dorique. Un double rang de feuilles d’acanthe orne leurs chapiteaux.

Sur l’architrave basse, surmontée d’une frise décorée de triglyphes et de métopes, se trouve une inscription commémorant la maladie et la guérison du roi Louis XV à Metz.

Dans les niches latérales du porche, se trouvent, à gauche, la statue de la France et, à droite, celle de la Religion. Elles sont l’œuvre de Pierre-François Le Roy.

Les travaux sont terminés au cours de l’été 1766″.

C. Le portail néogothique de Paul Tornow. Source 3. Extrait du catalogue de l’exposition de la Cité de l’architecture (2018).

Démontage du portail de Blondel

« Le portail élevé en 1764 par Jacques-François Blondel est remplacé par le portail néo-gothique, inauguré en 1903. Les photographies et documents rassemblés dans l’exposition retracent l’histoire de cette transformation ; ils soulignent aussi la manière dont les deux portails ont chacun servi de support à la manifestation et à l’expression du pouvoir politique. Le roi Louis XV tout d’abord, à qui l’œuvre de Jacques-François Blondel rendait hommage ; Guillaume II ensuite, kaiser du Second Reich immortalisé sous le traits du prophète Daniel sur le portail néo-gothique conçu par son architecte, Paul Tornow (1848-1921).

La massivité et la dissonance du vocabulaire classique du portique élevé par Jacques-François Blondel avec le style gothique de la cathédrale, maintes fois décriées dès le début du 19ème siècle, ont certainement contribué à cette métamorphose.

Cependant, dans le contexte de l’annexion de l’Alsace-Moselle par la Prusse, son démantèlement au profit du portail néo-gothique de Paul Tornow invite aussi à interroger la portée politique du geste architectural : entre francisation et germanisation d’un territoire, le nouveau pouvoir n’a-t-il pas tenté de faire disparaître les traces d’un certain passé pour inscrire sa propre histoire ? ».

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  1. merci pour ces recherches et ce partage!