La salonnière et les philosophes

Source des extraits cités dans la chronique : Cécile Berly, Trois femmes, Madame du Deffand, Madame Roland, Madame Vigée Le Brun, Passés composés, 2020.

La salonnière et épistolière Madame du Deffand (1696-1780) n’aime ni les Encyclopédistes, ni l’Encyclopédie, « un ouvrage ennuyeux à en mourir« .

« Le 18ème siècle est le siècle de l’écriture de soi. La salonnière Madame du Deffand écrit ainsi pour fuir son ennui, véritable maladie de l’âme. Baignée de culture aristocratique, mondaine, elle incarne la société d’Ancien Régime dans ce qu’elle a de plus frivole, de plus mélancolique aussi.

Source : Projet Voltaire, les salons littéraires. Cliquer sur les images pour les agrandir

Page 29. 1747, après un séjour à Forges les Eaux, Madame du Deffand retrouve Paris et le Président Hénault. Au fil du temps, les deux amants deviennent amis. L ‘appartement qu’elle occupe est bien trop petit pour accueillir une société nombreuse mais choisie. Hénault l’aide financièrement et par ses conseils pour choisir le lieu idéal afin d’y tenir salon. Ce sera un appartement loué au couvent Saint-Joseph, situé rue Saint-Dominique, autrefois occupé par Madame de Montespan.

Madame du Deffand est âgée de 50 ans et est en train de perdre la vue. L’hôtesse de la rue Saint-Dominique est considérée comme une figure exemplaire de ce qu’est le bel esprit à la française« …

Pages 42-44. « Julie de Lespinasse se rapproche de Jean Le Rond d’Alembert. Tous deux sont des enfants abandonnés, des adultes blessés, fréquentant les élites. Julie l’admire profondément. A la fin novembre 1754, il est enfin élu à l’Académie française. Cette élection marque le triomphe de Madame du Deffand, qui a tant œuvré pour défendre celui qu’elle considère comme son protégé et ami.

Dans les salons parisiens, la présence des philosophes est devenue commune. Ils ont besoin de la protection, y compris financière, des élites. Chez la marquise, d’Alembert introduit ses amis philosophes et pousse l’audace jusqu’à lire des articles rédigés pour l’Encyclopédie. Les nouveautés philosophiques amusent Madame du Deffand. Elles la distraient de son ennui mais ne la convainquent pas.

Elle finît même par prendre ses distances avec ces penseurs qui font de la raison pure l’unique moyen pour accéder à la connaissance. Et c’est là que la marquise exercé, quand elle converse ou quand elle écrit, toute l’indépendance de son esprit. Si elle partage le scepticisme matérialiste de nombreux philosophes, elle dénonce, dans le même temps, leur arrogance. Non, ils ne sont pas les seuls tenants de la lumière.

Elle se montre très intéressée par une approche sensualiste, développée par Condillac ; pour elle, il n’y a rien en dehors des sens.

En revanche, elle ne supporte pas le discours messianique de ces nouveaux penseurs. Non, la nature n’est pas au-dessus de tout. D’ailleurs, la nature ne l’intéresse absolument pas et elle juge bien bête un naturaliste comme Buffon qui se consacre, pour l’essentiel, à l’étude de la terre et des animaux.

Elle s’oppose à l’idée que le bonheur terrestre dépend de la fin des superstitions, elle qui n’a pourtant aucune foi religieuse. Elle envie même les croyants, car leurs pratiques de dévotion les sauvent peut-être de l’ennui. Avec les philosophes, elle n’hésitera pas à se quereller. Pire, à ses yeux morts, l’Encyclopédie est un ouvrage ennuyeux à en mourir.

Source : Wikipédia et Bibliothèque interuniversitaire de santé

Madame Du Deffand ne peut s’entendre avec Diderot, comme elle l’écrit à son complice d’Alembert. Avec Rousseau, l’antipathie est réciproque, sévère et implacable… Dans la querelle qui l’oppose à Voltaire, il sait pertinemment quelle est la position, tranchée de la salonnière.

Rousseau écrira dans ses célèbres Confessions : j’avais d’abord commencé par m’intéresser fort à Madame du Deffand que la perte de ses yeux faisait aux miens un objet de commisération ; mais sa manière de vivre, si contraire à la mienne que l’heure du lever de l’un était presque celle du coucher de l’autre, sa passion sans bornes pour le petit bel esprit, l’importance qu’elle donnait, soit en bien soit en mal, aux moindres torche-culs qui paraissaient , le despotisme et l’emportement de ses oracles, son engouement outré pour ou contre toutes choses, qui ne lui permettait de parler de rien qu’avec des convulsions, ses préjugés incroyables, son invincible obstination, l’enthousiasme de déraison où la portait l’opiniâtreté de ses jugements passionnés, tout cela me rebuta bientôt des soins que je voulais lui rendre.

Je la négligeai ; elle s’en aperçut ; ce fut assez pour la mettre en fureur ; et quoique je sentisse assez combien une femme de ce caractère pouvait être à craindre, j’aimai mieux encore m’exposer au fléau de sa haine qu’à celui de son amitié« …

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Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Ile-de-France, E. Arts Lettres Langues

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