Mme Roland, guillotinée à 39 ans

Extraits des Mémoires. « Je m’arrête ici un moment pour éclairer les doutes et fixer l’opinion de beaucoup de personnes dont la plupart ne m’attribuent quelque mérite que pour l’ôter à mon mari, et dont plusieurs autres me supposent avoir eu dans les affaires un genre d’influence qui n’est pas le mien. L’habitude et le goût de la vie studieuse m’ont fait partager les travaux de mon mari tant qu’il a été simple particulier ; j’écrivais avec lui, comme j’y mangeais, parce que l’un m’était presque aussi naturel que l’autre, et que, n’existant que pour son bonheur, je me consacrais à ce qui lui faisait le plus de plaisir. Il décrivait des Arts, j’en décrivais aussi, quoiqu’ils m’ennuyassent ; il aimait l’érudition, nous faisions des recherches ; il se délassait à envoyer quelque morceau littéraire à une académie, nous le travaillions de concert ou séparément, pour comparer ensuite et préférer le meilleur ou refondre les deux ; il aurait fait des homélies, que j’en aurais composé. Il devint ministre : je ne me mêlai point de l’administration ; mais s’agissait-il d’une circulaire, d’une instruction, d’un écrit public et important, nous en conférions suivant la confiance dont nous avions l’usage, et, pénétrée de ses idées, nourrie des miennes, je prenais la plume que j’avais plus que lui le temps de conduire.

Ayant tous deux les mêmes principes et un même esprit, nous finissions par nous accorder sur le mode, et mon mari n’avait rien à perdre en passant par mes mains. Je ne pouvais rien exprimer, en fait de justice et de raison, qu’il ne fût capable de réaliser ou de soutenir par son caractère et sa conduite, et je peignais mieux qu’il n’aurait dit ce qu’il avait exécuté ou pouvait promettre de faire. Roland sans moi n’eût pas été moins bon administrateur ; son activité, son savoir sont bien à lui, comme sa probité ; avec moi il a produit plus de sensation, parce que je mettais dans ses écrits ce mélange de force et de douceur, d’autorité de la raison et de charmes du sentiment qui n’appartiennent peut-être qu’à une femme sensible douée d’une tête saine. Je faisais avec délices ces morceaux que je jugeais devoir être utiles, et j’y trouvais plus de plaisir que si j’en eusse été connue pour l’auteur » (p. 233).

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