École de dessin, Dijon, 1766

Source principale de la chronique : extraits du site Apprendre à dessiner dans le siècle des Lumières, Tristan, université de Bourgogne.

« La première tentative d’établir une école de dessin à Dijon remonte au 19 janvier 1727. Jacques-Philippe Gilquin (1680-1761), peintre de son altesse le prince de Condé, propose l’établissement d’une espèce d’Académie où l’on dessinera à la lampe d’après la bosse les meilleurs modèles formés sur l’antique. Si Gilquin est autorisé à tenir école, l’initiative semble avoir végété au stade de leçons particulières.

C’est François Devosge (1732-1811), qui, après avoir dirigé une école de dessin privée (1764), réussit à institutionnaliser cette initiative (1766-1767), au moment où de nombreuses écoles de dessin se mettent en place dans différents villes (Rouen, 1741 ; Bordeaux, 1744 ; Reims, 1748 ; Aix, 1765 ; Saint-Omer, 1767 ; Arras, 1770 ; Douai, 1770).

Portrait de François Devosge par Pierre Paul Prud’hon, 1788, Musée des Beaux-arts de Dijon

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Le processus est donc le même que celui qui aboutit à la fondation de l’École royale gratuite de dessin, créée en 1766, ouverte en 1767 sous la direction du peintre Jean-Jaccques Bachelier (1724-1806).

En 1766, l’Académie avait ouvert un prix sur le sujet : l’utilité des établissements des écoles gratuites de dessin en faveur des métiers. Et Jean-Baptiste Descamps (qui avait ouvert à Rouen une école publique de dessin en 1741) remporta le prix et vit son ouvrage Sur l’utilité des établissements des écoles gratuites de dessein publié en 1767.

François Devosge nait à Gray en 1732 dans une famille de menuisiers et de sculpteurs. A quinze ans, il est placé dans l’atelier parisien de Guillaume II Coustou (1716-1777). Au bout de trois ans, menacé de perdre la vue, il est contraint d’interrompre son apprentissage. Opéré de la cataracte et affaibli physiquement, il est obligé de renoncer à la sculpture. En 1759, il entre dans l’atelier de Jean-Baptiste Deshays (1729-1765) pour y apprendre la peinture.

En 1760, Devosge est appelé à Dijon par Philibert Fyot de la Marche (1694-1768), ancien Président du Parlement de Bourgogne désireux de faire illustrer son Histoire de la législation française. Vers 1764, Fyot introduit Devosge dans une société d’artistes pour dessiner d’après nature. Devosge dirigeait la pose du modèle et était l’instructeur de cette réunion. Au bout d’un an, il transfère ces assemblées dans une maison, rue Chanoine. Il y fonde alors une école gratuite de dessin désormais ouverte aux enfants.

Cette entreprise est un succès et le nombre d’élèves passe de vingt-cinq en 1765 à quatre-vingt en 1766. Encouragé par son mécène, Bénigne Legouz de Gerland (1695-1774), grand bailli du Dijonnais, Devosge présente aux États de Bourgogne un projet d’établissement d’une École de dessin à Dijon. La requête est approuvée le 24 décembre 1766 et les Élus généraux de la Province attribuent à Devosge une somme de 600 livres pour l’année 1767. Ils  consentent à lui accorder par la suite un meilleur traitement, sous réserve que soit reconnue l’utilité de l’École de dessin. En 1768, les appointements sont fixés à 1800 livres, puis à 2400 livres en 1769 et enfin à 3600 livres en 1783.

Dans sa requête du 24 décembre 1766, Devosge résume ainsi l’importance d’une École de dessin : Le dessin ne s’applique pas seulement à la peinture et à la sculpture ; il est pour ainsi dire, l’âme de tous les Arts ; la menuiserie, la serrurerie ne peuvent être poussées à la perfection sans cette connaissance du dessin. Il est également essentiel aux manufactures d’indienne et de porcelaine qui s’établissent avec succès dans cette province. Le projet de Devosge est encouragé le 31 juillet 1767, à l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres. En janvier 1768, Legouz de Gerland favorise la réception de Devosge à l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon.

Rapidement, l’initiative de Devosge est rapprochée de l’École royale gratuite de dessin fondée par Jean-Jacques Bachelier (1724-1806). Ces deux établissements sont tous deux créés en 1766 et partagent le même intérêt pour l’enseignement des arts mécaniques. Le modèle de l’École de dessin de Dijon est imité à Beaune (1784) et à Macon (1785).

La biographie de Devosge se confond alors avec l’histoire de l’École de dessin, dont il est le directeur et l’unique professeur. Il assure seul la réalisation et l’achat des modèles pour l’étude. Les fonds de l’école comprennent différents dessins que Devosge exécuta à l’intention de ses élèves. Dès 1783,  les Élus accordent au professeur une somme de 400 livres afin d’augmenter la collection des meilleurs Ouvrages de l’art, dans tous les genres pour l’usage & à l’avancement des Élèves. Artiste laborieux (voir son Martyre de saint Marcel, église de Saint-Marcel-lès-Chalons), Devosge se veut un pédagogue attentif qui s’applique à donner les premiers principes avec tout le soin qu’il apporte à instruire les étudiants les plus avancés, & cela [sans causer] dans l’École ni confusion, ni découragement.

Pour l’enseignement théorique, Devosge se sert du quart d’heure de repos du modèle pour lire et expliquer des ouvrages de l’art. Son enseignement paraît avoir été solide et prudent. Chacun de ses élèves parvient à se forger une manière personnelle sans pour autant cesser de mettre en pratique les conseils du maître.

L’établissement est ouvert du premier Novembre jusqu’au premier Mars, depuis cinq heures du soir jusqu’à sept heures & demie ; et le reste de l’année depuis quatre heures du soir jusqu’à six heures et demie. Il accueille quelques cent-cinquante élèves. 

L’enseignement est organisé en six puis en huit classes : de peinture d’après nature ; sculpture d’après nature ; dessin ou modelage d’après la bosse ; dessin de la figure (têtes et autres parties du corps) ; sculpture d’ornement ; dessin d’ornement ; dessin de figures entières d’après les dessins du directeur et classe des débutants, dits commençants.

Paradoxalement, malgré son succès et ses prestigieux protecteurs, l’École de dessin demeure longtemps sans local fixe. Elle fut tout d’abord installée dans la galerie de Bellegarde au Logis du Roi avant d’être transférée dans la salle des Festins (actuelle Salle de Flore dans le Palais ducal). Mais, tous les trois ans, la tenue des États l’oblige à déménager au couvent des Cordeliers. En 1781, les États décident de la construction de l’aile occidentale du Palais, qui sera réalisée de 1782 à 1787 par l’architecte du prince de Condé, Charles-Joseph Le Jolivet (1727-1794). L’École de dessin ainsi qu’un musée sont alors implantés dans ces nouveaux locaux.

Durant les années troublées de la période révolutionnaire, Devosge réussit à maintenir l’École de dessin. En 1790, celle-ci prend le nom d’École départementale et se retrouve alors soumise à l’autorité du Département de Côte-d’Or. En 1795, elle devient Classe de dessin de l’École centrale, en 1802, École spéciale de dessin, avant de devenir l’École nationale supérieure des Beaux-arts.

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