C-N. Ledoux, Saline Arc-et-Senans

Saline Royale d’Arc-et-Senans. Architecte, Claude-Nicolas Ledoux. Dates de la construction : 1775-1779.

Diaporama par Pierre Dubois : 30 photos de la Saline, le 1 juin 2021.

Première partie de la chronique. Histoire de la Saline, en activité de 1779 à 1895. Source : extraits de l’article de Wikipédia.

Seconde partie (cf infra page 2). La Saline, un échec industriel et financier ? Un financement partagé entre public et privé, un coût final plus élevé et une production plus faible que prévus.

Lire également les deux chroniques précédentes : Claude-Nicolas Ledoux, 35 ans en 1771, Claude-Nicolas Ledoux et le Théâtre de Besançon.

Saline d’Arc-et-Senans (photo juin 2021). Cliquer sur les images pour les agrandir

Partie 1. « Au 18ème siècle, le sel était utilisé pour la conservation de certains aliments comme la viande ou le poisson. Un impôt basé sur sa consommation, la gabelle, était perçu par la Ferme générale. La Franche-Comté était une région relativement riche en gisements de sel gemme dans son sous-sol. En conséquence, on trouvait de nombreux puits salés dont on extrayait le sel par ébullition dans des chaudières chauffées au bois. On trouvait de nombreux puits à Salins-les-Bains et à Montmorot. On avait construit les chaudières près de ces puits et l’on amenait le bois des forêts voisines.

Cependant, après de nombreuses années d’exploitation, ces forêts s’appauvrissaient de plus en plus rapidement, et le combustible devait en conséquence parcourir des distances de plus en plus importantes pour être acheminé, ce qui coûtait de plus en plus d’argent. De plus, au fil des années, la teneur en sel de la saumure diminuait.

1771. Claude-Nicolas Ledoux est nommé Commissaire aux salines de Lorraine et de Franche-Comté le 20 septembre par Louis XV. Il a 35 ans.

1773. Mme du Barry appuie sa nomination en tant que membre de l’Académie royale d’architecture, ce qui permet à Claude-Nicolas Ledoux de porter le titre d’Architecte du Roi. C’est ainsi que la construction de la saline royale d’Arc-et-Senans lui est confiée.

En tant que commissaire, il a pour mission d’inspecter les différentes salines de l’Est de la France. Ceci lui permettra de se forger une opinion quant à la physionomie d’une usine efficace.

1773. La décision de construire la nouvelle saline fut prise par un arrêt du Conseil du 29 avril. Le lieu de sa construction fut défini par une commission technique désignée par la Ferme générale : ce sera entre les villages d’Arc et de Senans. Ce site présentait plusieurs intérêts : plaine dégagée, située à proximité de la Loue et de la forêt royale de Chaux, forêt de plus de 40 000 arpents. De plus, la saline pouvait communiquer avec la Méditerranée par le canal de Dole, et avec la mer du Nord par le Rhin. Enfin, la Suisse était relativement proche : un atout important du fait de la forte demande de ce pays en sel.

Projet de maison des surveillants de la source de la Loue

1773. Le roi, en quête d’argent, fait entrer dans la Manutention générale des Salines une société d’entrepreneurs à laquelle il fut accordé une autorisation d’exploitation de 24 ans. Cette société avait des volontés financières et donc de rentabilité. Le projet d’édification approuvé par le roi lui confiait également la construction.

Ledoux planche sur un projet de saline. Il n’a aucune idée de la topographie du lieu où elle serait réalisée, ni aucune indication. Il laisse donc libre cours à son imagination, n’ayant pas à s’affranchir de quelconques difficultés.

Il rompt en mettant en place un projet d’une géométrie implacable : l’enceinte est organisée autour d’une immense place carrée. Les différents bâtiments sont placés tout autour de cette cour, reliés par des portiques. Ainsi, il n’y a en quelque sorte qu’un unique bâtiment. De même, afin d’accélérer les services, la cour est découpée en diagonale par des galeries couvertes, formant une circulation abritée. Les bâtiments devaient être faits de nombreuses colonnes, ainsi que les galeries couvertes qui devaient être soutenues par 144 colonnes doriques ».

Planche 12. L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Paris, 1804

« C’est cette vision grandiose et luxueuse qui mènera le projet à l’échec : aucun bâtiment industriel de l’époque n’était si imposant. Le roi refuse le projet, en précisant : Pourquoi tant de colonnes, elles ne conviennent qu’aux temples et aux palais des rois.

De plus, un plan carré avait des défauts mis en avant dès l’Antiquité par l’architecte Vitruve : il favorisait la propagation des incendies, était relativement peu hygiénique et la cour avait forcément une de ses parties ombragée au cours de la journée.

Le projet prévoyait la production d’environ 60 000 quintaux de sel par an, ce qui représentait environ 100 000 tonnes d’eau à évaporer par an à raison d’une concentration de 30 grammes de sel par litre de saumure ».

Au final, le premier projet est rejeté par le Roi, appuyé par la Société d’entrepreneurs.

« Claude-Nicolas Ledoux profita de la remise en cause de son premier projet pour en présenter un second profondément différent baptisé Ville de Chaux. Cette fois, les locaux industriels forment un cercle (diamètre, 370 m) ».

… puis seulement un demi-cercle.

« 1774. Le second projet d’édification fut validé par Louis XV le 27 avril, peu de temps avant sa mort, le 10 mai 1774. Louis XVI, son petit-fils, lui succède.

Le plan-masse du projet fut signé par Trudaine le 28 octobre.

1775. La première pierre fut posée le 15 avril.

Les travaux se poursuivirent jusqu’en 1779, date du début de la production.

1790. Conséquence de la Révolution, la Saline intègre la Régie nationale des Salines domaniales de l’Est qui possède dès lors le monopole de l’exploitation du sel gemme de Franche-Comté.

Au 19ème siècle, l’activité périclite, car le rendement n’est pas celui escompté. La concurrence du sel marin acheminé par chemin de fer et la pollution du puits alimentant le village d’Arc amènent la fermeture de la saline en 1895. Elle n’est plus entretenue ».

1779-1895 : la Saline d’Arc-et-Senans produisit du sel gemme pendant 116 ans.

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