1700. Carte d’une Alsace morcelée

La province d’Alsace au début du XVIIIe siècle : frontière et mosaïque seigneuriale.

Source :  Citation du résumé en ligne de BOEHLER (Jean-Michel) : Une société rurale en milieu rhénan : la paysannerie de la plaine d’Alsace (1648-1789), Strasbourg, 1994, t. I, p. 132-133.

« La première impression qui se dégage de cette carte est celle de la bigarrure politique de la province, héritière d’un long processus remontant au Moyen Age, et de sa pérennité au-delà des traités de 1648. C’est qu’en vertu des traités de Westphalie le roi de France se substitue à l’empereur, en assumant les droits de souveraineté exercés jusque là  par ce dernier et en laissant aux seigneurs alsaciens, personnages individuels ou entités collectives, les droits liés à la supériorité territoriale et consacrés par la tradition. Quelles que soient les ambiguïtés des traités, l’affirmation progressive de l’autorité royale et les constants empiètements et « réunions » successives, une telle politique, qui ne bouleverse pas les structures existantes lors du rattachement de la province au royaume, ne saurait être génératrice d’homogénéité : cet émiettement territorial n’est pas sans rappeler, certes à petite échelle, la situation existant dans les principautés germaniques, marquées par la Kleinstaaterei, même si en Alsace la monarchie administrative centralisatrice tente, par intendant et Conseil souverain interposés, l’unification institutionnelle d’une province récemment rattachée à la France.

Au milieu de cette mosaïque, à la fois politique et religieuse, se détachent cependant les anciennes possessions autrichiennes de Haute Alsace, inféodées par le roi de France, dès le milieu du XVIIe siècle, aux Mazarin, qui, dans ces territoires d’« ancienne domination », héritent, en tant que seigneurs territoriaux,  des biens et droits que la Maison d’Autriche possédait dans une région comptant, à l’instar du Brisgau et du Tyrol, au nombre des vorösterreichischen Länder. Mais l’influence française s’essouffle, en dépit de la situation privilégiée qu’occupe le grand bailliage de Haguenau, à mesure que l’on pénètre dans les pays de « nouvelle domination » où peut subsister une certaine forme d’autonomie, principal obstacle à la mainmise royale et à la centralisation monarchique, caractérisant, au XVIIIe siècle, l’Etat moderne.

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Parmi les plus étendues, on relèvera les possessions des Wurtemberg, des Ribeaupierre et des Deux-Ponts qui voisinent avec une poussière de principautés laïques ou ecclésiastiques, parfois minuscules : une douzaine de bailliages alsaciens pour le comté de Hanau-Lichtenberg et guère davantage pour la régence épiscopale de Saverne, une dizaine de seigneuries se partageant l’Outre-Forêt, la république urbaine de Strasbourg flanquée de ses bailliages ruraux et la foule des membres de la noblesse immédiate d’Alsace, dont certains se partagent un ou plusieurs villages …

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Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne, E. Droit et Sciences politiques

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