Beaumarchais l’insolent (1732-1799)

B. Tarare, Opéra en un prologue et 5 actes, créé à l’Académie royale de musique, le 8 juin 1787. Livret de Beaumarchais, musique de Salieri.

« Composé sur un livret de Beaumarchais, Tarare est un opéra en cinq actes représenté pour la première fois sur la scène de l’Opéra de Paris le 8 juin 1787. Unique livret de Beaumarchais, l’œuvre fait, dans la même veine irrévérencieuse que le Mariage de Figaro, l’éloge des valeurs bourgeoises et le procès de la tyrannie.

L’action se passe dans des contrées reculées aux mœurs apparemment bien éloignées de celles des Européens – un fictif royaume asiatique sur lequel règne Atar, sultan jaloux de la popularité du brave soldat Tarare, dont il entreprend de faire enlever sa femme Astasie en guise de vengeance. L’équipée de Tarare et Calpigi, époux de Spinette et prisonnier chrétien du sultan, qui l’accompagne dans ses aventures, est l’occasion d’une critique en règle du pouvoir autoritaire. Affublés de déguisement, les deux hommes s’introduisent dans le sérail du sultan, révélant ce faisant au spectateur un univers de vices, placé sous l’autorité d’un monarque paresseux, mesquin et plein d’hybris. À la fin de l’œuvre, Atar est renversé et Tarare couronné par le peuple.

Le Prologue constitue la partie la plus originale et sans doute la plus subversive de l’œuvre. Dans la tradition du genre de la tragédie lyrique à laquelle appartient l’œuvre, il met en scène des allégories, La Nature et Le Génie du Feu, dont le dialogue moque notamment « l’orgueil des puissans et […] des Grands d’un Empire » et évoque des concepts tels que l’égalité par nature et son dévoiement par la société… à tel point que l’on s’étonne qu’une telle œuvre ait pu échapper à la censure du temps.

L’accueil critique de l’opéra fut mitigé : on lui reprocha ses platitudes musicales et un livret trop compliqué. Toutefois l’œuvre connut un véritable triomphe public. Face à son succès, l’Empereur Joseph II commanda à Salieri une version italienne de l’œuvre qui fut représentée l’année suivante sous le titre Axur re d’Ormus« .

C. L’Hôtel Beaumarchais (1787-1789)

« Les promoteurs les plus éminents des idées nouvelles ne faisaient pas tous, et loin de là, profession de simplicité et d’amour de la nature comme Jean-Jacques Rousseau. Voltaire met les choses au point : « j’aime le luxe, et même la mollesse » (Le Mondain). Beaumarchais est de cette veine : éclairé, mais avide de jouir de l’aisance.

Caron de Beaumarchais (1732-1799) fit donc appel à l’architecte Lemoine dit le Jeune ou Le Romain pour construire sur le boulevard Saint-Antoine (qui par la suite prit le nom de Beaumarchais grâce à la délicatesse de nos édiles), une demeure projetant à dessein une image d’extraordinaire. Les jardins semblent dus à François-Joseph Bélanger.

Paul-Guillaume Lemoine, peint par Suvée, vers 1772-1782

L’étroite parcelle, achetée en 1787, mesurait environ trente-cinq mètres sur deux cents; elle s’étendait de l’actuel boulevard Beaumarchais au boulevard Richard Lenoir, très près de la Bastille. Du côté Bastille, l’entrée du jardin présentait un décor d’une grande extravagance : le mur sur rue ressemblait à une terrasse italienne, avec deux statues en saillie faisant pendant. Par-dessus, on pouvait apercevoir une importante calotte nord de globe terrestre posée sur une rocaille et surmontée d’un génie ailé doré. Au-delà s’étendait le jardin formé d’allées sinueuses qu’enjambait un pont chinois. On y trouvait un petit temple grec « de Bacchus » à quatre colonnes sur un promontoire et une grotte de rocaille au bord d’une pièce d’eau. À l’autre extrémité, l’hôtel présentait sur jardin un hémicycle en renfoncement, complété par une colonnade circulaire à l’italienne en avancement, qui formait à sa partie supérieure une promenade au niveau du premier étage. Beaumarchais avait, comme c’était la mode, multiplié des inscriptions, anecdotiques pour certaines, ou plus sentencieuses.

Au printemps 1789, Beaumarchais donna une fête pour l’inauguration de son hôtel, présidée par le duc d’Orléans.

De retour d’exil en 1796, il s’installa dans son hôtel. Il mourut dans la gêne trois ans après, à l’âge de 77 ans.

L’ensemble fut détruit en 1826 lors du percement du canal Saint Martin ».

Pour aller plus loin.

La vie trépidante de Beaumarchais, horloger de son état, par Christophe Roulet, Journal de Haute Horlogerie, octobre 2018.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799). Le Point.

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