J. Euting, orientaliste, bibliothécaire

La Eberhard-Karls Universitäts Bibliothek de Tübingen conserve ses carnets de notes et les aquarelles (paysages et personnages) peintes au cours de ses voyages, ainsi qu’une quantité d’estampages, tandis que la BNUS conserve ses estampages hébraïques, quelques pierres gravées palmyréniennes, ainsi qu’une collection rare de 1.200 estampilles et poids musulmans en verre d’époques omeyyade, fatimide et mamelouk et une trentaine d’amulettes romaines et byzantines.

Julius Euting, Sambouk dans le port d’Al-Wajh, 1884, Dessin au crayon et aquarelle sur papier, Strasbourg BNUS

En Alsace, il consacra une grande partie de son temps à l’épigraphie juive. De nombreuses stèles médiévales à inscriptions hébraïques étaient découvertes lors de la démolition de constructions anciennes à Strasbourg, d’autres lui furent signalées à Colmar, à Rouffach, à Molsheim… Des correspondants lui firent parvenir estampages et photographies. Un grand nombre de ces estampages a été retrouvé en 1982 à la BNUS, quelques-uns inédits. La BNUS garde la marque de son premier bibliothécaire par sa richesse exceptionnelle en hebraïca

Les nombreuses randonnées le dimanche et pendant les vacances, dans les Vosges et aussi en Forêt-Noire, en compagnie de son ami Curt Mündel (ou même seul) lui permirent de connaître à fond ces deux massifs montagneux. Un des fondateurs du Club Vosgien (1872), il le présida de 1872 à 1914. Le Juliusturm sur le Climont lui fut dédié en hommage. Ses publications sur Strasbourg et les Vosges connurent un grand succès, sa brochure sur Strasbourg fut rééditée quinze fois. Mündel lui demanda de collaborer à son Guide des Vosges (Die Vogesen) dont la première édition parut en 1881, suivie, jusqu’en 1911 de onze autres éditions.

Au physique, Julius Euting était un homme robuste de petite taille, très simple et son manque total de complexes en matière vestimentaire lui donna souvent une allure fort pittoresque. Il avait l’esprit vif et la répartie facile.

Ce célibataire demeurait au château des Rohan, dans les petits appartements sous les combles, ses fenêtres donnant sur la rue de la Râpe. C’est dans la bibliothèque du château qu’eut lieu la cérémonie funèbre. Selon ses vœux, et avec l’autorisation du roi du Wurtemberg, l’urne contenant ses cendres fut enterrée sur un des sommets de la Forêt-Noire, au Ruhestein, face au Wildsee, dans un merveilleux paysage qu’il affectionnait particulièrement.

Par testament, l’humoriste qu’il était avait voulu que chaque jour anniversaire de sa naissance, une tasse d’un excellent moka fût servi gratuitement à chaque visiteur de sa tombe dans la toute proche auberge de montagne. La guerre fit que cette disposition ne put être respectée qu’une seule fois.

Euting était une de ces fortes personnalités qui impriment un cachet particulier à toutes les entreprises de leur vie privée, comme de leur profession. Il avait accumulé les plus hautes distinctions scientifiques allemandes et étrangères. L’institut de France l’avait nommé membre correspondant en 1898. Il était membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et en 1907 il fut admis à l’Académie royale de Prusse, section des sciences.

Pour aller plus loin : Christophe Didier. Portrait d’un fondateur : Julius Euting. La Revue de la BNU, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, 2010, pp.104-115.

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