18ème. L’estampe et ses graveurs

 Saison 8 du blog Histoires d’universités : Histoire du 18ème siècle. Chroniques sur l’Estampe.

A. Trésors de la Bibliothèque Nationale de France. Source : extraits de Gallica.

« Art de société et art à la mode, pratiqué par les artistes comme par les amateurs, la gravure s’attire les faveurs des collectionneurs en ce qu’elle permet de constituer, à moindres frais, une collection d’art où se trouvent reproduits les grands tableaux et dessins de l’époque. Fleurissent aussi bon nombre d’estampes illustratives, qu’il s’agisse pour les peintres-graveurs d’illustrer les grands textes littéraires de Molière ou de La Fontaine, ou bien pour les illustrateurs de livre, profession récente, de produire des images à caractère scientifique et technique, destinées à accompagner les ouvrages encyclopédiques tels que l’Encyclopédie ou l’Histoire naturelle de Buffon.

Cet essor de la gravure s’accompagne du renouveau et d’une multiplication des techniques. Au burin et à l’eau-forte traditionnels viennent s’ajouter des procédés d’imitation des techniques originales : gravure en couleur, au repérage, en manière de crayon ou de lavis… Cette virtuosité et cette variété servent naturellement une diffusion de plus en plus large des images, qui culmine sous la Révolution française dont la gravure véhicule à grande échelle l’idéologie et les symboles ».

Seize graveurs emblématiques du 18ème, dont les quatre ci-dessous. Help : les tableaux peints inclus dans cette chronique ont-ils fait l’objet de gravures ?

François Boucher (1703-1770)

« Peintre, graveur et dessinateur prolifique, François Boucher commence sa carrière comme illustrateur chez le marchand d’estampes Jean-François Cars, après un court apprentissage dans l’atelier de François Lemoyne. En 1722, le collectionneur Jean de Julienne lui commande une partie des eaux-fortes qui composent les Figures de différents caractères d’Antoine Watteau.

François Boucher. Portrait présumé de Marie-Louise Baudoin, fille du peintre, vers 1758-1760. Cliquer sur les images pour les agrandir

Après un séjour à Rome en compagnie des Van Loo, il revient à Paris en 1731 et la même année est reçu à l’Académie royale de Peinture. Il s’impose rapidement comme un peintre à la mode et reçoit de nombreuses commandes. Maître du style rocaille, Boucher réalise aussi de très nombreux décors et devient premier peintre du roi en 1765″.

Jacques-Firmin Beauvarlet (1731-1797)

« Beauvarlet, né à Abbeville, s’installe en 1750 à Paris où, jusqu’à la fin de sa carrière, il grave des portraits, des scènes de genre, des scènes bibliques ou mythologiques, interprétant la plupart des peintres de son temps : Van Loo, Boucher, Fragonard, Greuze…Graveur prolifique et jouissant d’une certaine notoriété, parfois décrié et jalousé, il a formé de nombreux élèves ».

Jacques-Louis Copia (1764-1799)

« Copia naît à Landau, ville alors française, et s’installe à Paris. Témoin de la Révolution, il se fait connaître avec un portrait de Marat assassiné, d’après l’œuvre de David. Il utilise l’eau-forte et le burin, avant d’adopter le procédé du pointillé. Il rencontre vers 1793 le peintre Pierre-Paul Prud’hon dont il devient le principal interprète. Son œuvre comprend des estampes révolutionnaires, des portraits, des sujets galants, des vignettes ».

Wilbrode-Magloire-Nicolas Courbe (17..-18..)

« Les représentants de la Nation ont acquis des droits éternels à la vénération publique : ainsi est introduite la Collection complette des portraits de MM. les députés à l’Assemblée nationale de 1789, publiée par l’éditeur Dejabin en 1790. Graveur en taille-douce, contemporain de la Révolution, Courbe en a été le principal fournisseur.

Deux-cent cinquante portraits de députés gravés à l’eau forte et au burin, sur les 600 que compte la collection, sont présentés ici. Ils se composent d’un buste de profil dans un médaillon rond, au-dessus d’un socle où l’on peut lire le nom du personnage. Une collection contemporaine et concurrente fut la Collection Levachez, sur le même principe ».

B. Histoire de la gravure au 18ème siècle. Source : extraits de l’ouvrage de Paul Lacroix, Peintres et graveurs, Paris, 1888.

Watteau et son influence : Boucher.

« Un changement caractéristique s’était produit dans la gravure, lorsque la régence eut emmené une transformation complète du goût. Cette transformation avait eu lieu d’abord dans les mœurs, quoique Watteau en ait pressenti les premiers symptômes, peu d’années avant la fin du règne de Louis XIV. Watteau, le peintre des fêtes galantes, avait certainement, dans ses spirituelles créations de la vie champêtre et théâtrale, deviné le joyeux passe-temps de la régence du duc d’Orléans. Watteau ne rêvait que danse, musique, plaisirs et mascarades, quand il improvisait, pour quelques écus, ces esquisses gracieuses, ces tableaux charmants, que Gersaint vendait dans sa boutique du pont Notre-Dame, que se disputaient les amateurs, et qui, pour la plupart, ne faisaient qu’apparaître en France, pour passer bientôt dans les collections de l’étranger.

C’est alors que les graveurs s’efforcèrent à l’envi d’imiter le pinceau et la couleur de Watteau, afin de répondre à l’engouement du public élégant pour ce nouveau genre. Il y eut dès lors parmi les graveurs une concurrence effrénée dans la reproduction des délicieuses fantaisies du peintre favori de la régence. Il est probable que Watteau, qui travaillait pour autrui avec une incorrigible insouciance, qui faisait don, au premier venu, du chef-d’œuvre qu’il venait d’achever, qui se laissait exploiter par ses meilleurs amis, alors qu’il vivait dans l’atelier de Gillot ou dans la famille de Claude Audran; il est probable que Watteau ne tirait presque aucun profit de la gravure de ses plus admirables tableaux, soit que ces tableaux eussent été acquis par les graveurs eux-mêmes ou par des marchands, soit que les grands seigneurs, qui avaient fait le succès de cette peinture galante et coquette, fussent devenus les heureux acquéreurs des plus beaux ouvrages de ce grand peintre. Et Watteau devait mourir à trente-sept ans, en 1721 !

Mais les graveurs les plus habiles participèrent au succès du peintre, de son vivant, et s’en attribuèrent l’héritage longtemps après lui; car ce succès avait été si général et si éclatant que les amateurs d’estampes ne voulaient plus avoir que des scènes pastorales, minuscules et théâtrales, traitées avec finesse et malice, dans un genre plus tendre et plus gracieux que libre et indécent. Entre tous ces graveurs qui s’efforçaient de s’approprier la légèreté et l’adresse du pinceau du maître par des tours de force de pointe et de burin, François Boucher, qui, tout jeune encore, avait vu Watteau dessiner et peindre, en devenant peintre lui-même, essaya de l’imiter sur le cuivre et la toile, quoiqu’il fût l’élève de François Lemoyne, qui subissait aussi à son insu l’influence de Watteau. Boucher traduisait donc à l’eau-forte les esquisses vives et délicates de ce crayon inépuisable, de ce pinceau magique; il copiait ainsi des costumes, des paravents, des écrans; plus tard, il employa le burin pour reproduire des tableaux terminés, tels que Pomone, la Guinguette , la Troupe italienne, le Dénicheur de moineaux, etc. Il avait été sans doute en relation personnelle avec Watteau, qui put lui donner des conseils et le mettre dans sa voie, puisqu’il grava le portrait du père de cet excellent peintre et qu’il composa, pour témoigner le regret de l’avoir vu mourir à la fleur de l’âge, un médaillon de Watteau, entouré des Grâces et des Amours qui versent des pleurs sur sa tombe. Quelques-uns des artistes qui gravèrent des compositions de Watteau, sous sa direction, étaient plus âgés que lui et connus par un genre de gravure sévère et correcte, laquelle n’avait aucune analogie avec la peinture chaude et libre de ce capricieux coloriste…

Tous s’y mettaient, les vieux et les jeunes : on demandait partout du Watteau; on ne gravait plus autre chose. Ceux qui devaient devenir des graveurs célèbres s’inspirèrent d’abord de Watteau. Nicolas de Larivesin, qui fut de l’Académie de peinture, débuta par l’excellente gravure des Pèlerins de l’île de Cythère ; Laurent Cars, né à Lyon en 1702, qui fut le graveur attitré des peintures de François Lemoyne, grava d’une manière exquise les fêtes vénitiennes et la Diseuse de bonne aventure; Bernard Lépicié, qui avait commencé par graver des maîtres italiens et hollandais, se fit graveur de portraits en gravant l’admirable portrait d’Antoine de la Roque et celui de Watteau, d’après lui-même »…

C. Les graveurs de portraits : les Drevet.  Source : extraits de l’ouvrage de Paul Lacroix, Peintres et graveurs, Paris, 1888.

« Les peintres de portraits n’avaient pas, du moins, à se préoccuper de former des graveurs pour la reproduction de leurs peintures, car généralement, c’étaient des personnes qui avaient fait peindre leurs portraits, que les graveurs recevaient la commande des travaux à exécuter d’après ces portraits, peints ou dessinés. Il y avait donc de très bons graveurs de portraits qui s’étaient formés eux-mêmes, suivant leur goût et leur aptitude; les uns gravaient au pointillé, les autres en taille-douce, ceux-ci au burin pur, ceux-là à l’eau-forte. Tous ces graveurs étaient très prompts dans l’exécution de leurs ouvrages, qui, n’étant pas destinés au commerce pour la plupart, devaient répondre à l’impatience des intéressés.

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