1746. Créer une papeterie royale

Jean-Frédéric Schoepfflin de Colmar, petit frère de Jean-Daniel, professeur d’histoire à l’université de Strasbourg, observe en 1742 qu’il n’y a pas en Alsace de papier qui soit employable pour l’écriture ou l’imprimerie et qu’il faut en importer, de Bâle en particulier. Il crée cette entreprise dans la vallée de Saint-Grégoire près de Munster, dépense beaucoup d’argent pour la construction du bâtiment et pour l’achat des ustensiles nécessaires. Le papier produit est de fort bonne qualité. Il est prêt à investir davantage si le Roi Louis XV en son Conseil d’État accepte ses deux requêtes.

La première est que son entreprise soit reconnue comme Manufacture royale de papier. La seconde est que soit interdite et pénalisée l’exportation de vieux linges, drapeaux et chiffons, drilles et pates, rogneures de peaux et parchemins.

Schoepfflin de Colmar indique qu’il a d’ailleurs le soutien de François-Mathias Müller, conseiller au Conseil souverain d’Alsace, Préteur royal de Colmar et subdélégué de l’Intendant de la dite province.

Gravure photographiée au Cabinet des estampes et des dessins de Strasbourg

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Le Conseil d’État, par son arrêt du 16 juillet 1746, autorise le recours à la mention Manufacture Royale de Papier, à la charge par ledit Sr. Schoepfflin de se conformer aux Règlements pour les différentes sortes de papier qui se fabriquent dans le Royaume.

Par ailleurs, sous peine de confiscation et d’une amende de trois mille livres, il lui est rappelé que, selon les règlements en vigueur, il est interdit d’amasser et de convoyer au-delà de la frontière du Royaume toutes les matières usagées qui pourraient servir à la fabrication du papier.

Il est intéressant de noter que l’initiative de créer une manufacture royale peut être suscitée par le marché, mais que sa création comme telle est régie par une décision d’État. Il s’ensuit que, pour la protéger de la concurrence du marché intérieur et extérieur, des règles de fabrication, volontiers tatillonnes (cf. infra point B), sont édictées d’en haut et peuvent nuire aux innovations de produits et de techniques. Ce reproche est également fait aux corporations de métiers et sera utilisé comme argument, au début de la Révolution, pour les supprimer.

B. Arrêt du Conseil d’État du roi du 18 septembre 1741, en interprétation de l’arrêt du conseil du 27 janvier 1739, portant règlement pour les différentes sortes de papiers qui se fabriquent dans le royaume. Source : Citation in extenso des registres du Conseil d’État.

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