18-19ème. Céramiques du Toulousain

3ème chronique sur les œuvres du Musée du Vieux-Toulouse : poteries, céramiques, porcelaines.

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Partie 1. Les céramiques du Toulousain à l’époque moderne, Jean Catalo, INRAP.

« Le Midi toulousain, riche de l’argile du bassin de la Garonne et de ses affluents, est une région particulièrement productrice de poteries. 

Les ateliers du groupe de Cox-Lomagne, qui regroupent de nombreux villages près de Toulouse, ont produit de multiples types de vases entre le XVIe et le XIXe siècle. De l’écuelle au pot de fleurs en passant par la marmite, ils se caractérisent par l’utilisation d’une pâte plutôt claire. Cette nébuleuse d’ateliers artisanaux est liée à un réseau de marchands ambulants. Ces derniers organisent ainsi la production en fonction des marchés plus ou moins proches. Les fours et ateliers les mieux connus, car les seuls vraiment étudiés, sont ceux du village de Cox (Haute-Garonne).

L’autre spécialité de ces ateliers est la production céramique peinte sur engobe et recouverte de glaçure plombifère. Cette technique bien connue au Moyen Âge est en pleine désuétude à la fin du XVIe siècle quand se développe la production de faïence dans l’Europe entière. Pourtant, les produits de Cox-Lomagne trouvent le succès en ajoutant une nouvelle couleur, le bleu, aux vert et brun généralement utilisés jusque-là pour les décors sur engobe. Les écuelles, jattes ou cruchettes sont ornés de décors géométriques, parfois figuratifs et naïfs.

Au XVIIe siècle se développe une gamme très étendue de motifs réalisés au pinceau à deux brins. L’archéologie préventive a permis de constater l’utilisation de cette vaisselle décorée sur tous les sites urbains ou ruraux de cette période : Lycée Ozenne, Cité judiciaire, Hôtel Saint-Jean, École d’économie, Lycée Saint-Sernin, En Batut à Flourens.

À la fin du XVIIe siècle et au début du siècle suivant, d’autres ateliers du même type, mais situés autour de Giroussens dans le Tarn, viennent concurrencer les produits de Cox-Lomagne. Utilisant aussi la peinture sur engobe, ces ateliers fabriquent de grands plats polychromes intégrant la couleur jaune. L’essentiel de leur production présente pourtant des décors plus simples de lignes brunes ou de spirales de couleur verte sur le fond d’assiettes ou d’écuelles.

L’archéologie montre également que Toulouse et sa région ne constituent pas le seul marché de ces productions. Les poteries issues de ces deux groupes d’ateliers, pourtant de qualité modeste et de technologie limitée, se retrouvent tout le long de la Garonne jusqu’à Bordeaux, dans les ports de la façade atlantique, à Amsterdam et jusqu’au Canada, puisque le Québec est ravitaillé par le port de Bordeaux jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Les céramiques du Toulousain apparaissent donc comme un marqueur d’un considérable réseau économique du sud-ouest de la France dédié à la fourniture de produits pour les Amériques : vin, eau-de-vie, fruits séchés, farine, tissus…

L’ouverture du canal du Midi relie directement Toulouse à la Méditerranée en 1682. Par cette nouvelle voie, l’arrivée des faïences italiennes accentue l’ouverture de la métropole au commerce international. La technologie de cette céramique pénètre enfin à Toulouse par l’intermédiaire de potiers montpelliérains copiant la faïence de Moustiers dans le courant du XVIIIe siècle. C’est le cas de l’atelier de Théophile Collondre, fouillé en 1989 au port Saint-Étienne.

À la fin du XVIIIe siècle, les faïenceries apparaissent partout en Midi-Pyrénées. Seules subsistent les plus productives, à Toulouse et à Martres-Tolosane, qui fournissent la vaisselle de table recueillie sur les quelques sites d’époque moderne fouillés à Toulouse.

Cette tradition manufacturière trouve son aboutissement avec les fabriques de porcelaine et faïence fine de Fouque et Arnoux à Toulouse et Saint-Gaudens aux XIXe et XXe siècles« .

Partie 2. Emmanuelle Roqué, La faïence fine à Toulouse et la Maison Fouque et Arnoux, Histoire de l’art, Année 1997, 37-38, pp. 93-101.

Partie 3. Josiane Villeroy, La Dépêche, Fouque & Arnoux, la saga de céramistes visionnaires : Moustiers, Apt, Toulouse, Saint-Gaudens, Stoke-on-Trent, de 1750 à 1950.

« La Provence a jusqu’au XVIIe siècle été le foyer d’ateliers de céramique. La longue tradition de potiers est principalement due à l’abondance des matières premières : l’argile, l’eau et le bois. C’est Louis XIV qui lancera la vaisselle en faïence lorsqu’il remplaça sa propre vaisselle d’argent fondue pour financer ses guerres. Originaire de Moustiers-Sainte-Marie en Provence, Joseph Fouque est le premier de la lignée. Il est d’abord apprenti dans un des ateliers de faïenciers du village avant d’y créer sa propre fabrique où ses trois fils seront formés. Gaspard restera en Provence où il continuera l’activité alors que son frère Joseph-Jacques, marié à la fille du faïencier Moulin d’Apt, quittera la Provence pour le Midi Toulousain.

Travaillant avec son neveu Antoine Arnoux, il fera prospérer leur atelier de Toulouse avant de construire en 1830 à Saint-Gaudens une grande manufacture où sera produite « la porcelaine dite de Valentine« . Céramiste, mais aussi chercheur et ingénieur, il invente un four de plusieurs étages à températures différentes. Avec Jean Abadie, ingénieur de la région de Saint-Gaudens, ils installent une roue à énergie hydro-mécanique qui remplacera le travail humain et animal, et va permettre de mécaniser toute la production. Les Arnoux ont une conscience sociale et les conditions de travail de leurs ouvriers sont bien meilleures qu’ailleurs à l’époque ».

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