Toulouse,17-18ème. 2 Collèges rivaux

Toulouse (1604-1763). 2 Collèges rivaux. Suite de la chronique sur l’université de Toulouse au Moyen-âge et à l’époque moderne.

Diaporama de 15 photos (mai 2022).

Collège 1. En 1566, les Jésuites installent leur collège et ses dépendances dans l’hôtel de Bernuy, d’époque Renaissance. Collège 2. Les prêtres et les filles de la Doctrine chrétienne ont été appelés à Toulouse par l’archevêque  François de Joyeuse, et sont arrivés en octobre 1604. Par un bref du pape Grégoire XV, enregistré au Parlement de Toulouse le 1er octobre 1621, ils ont l’autorisation d’enseigner les arts libéraux.

La rivalité entre les deux Collèges s’exaspère au tournant du siècle. Elle ne s’éteint qu’en 1763 avec l’expulsion des Jésuites.

Dès le 16ème siècle, se pose la question des missions d’enseignement de l’université et de son rôle certificateur pour le baccalauréat, la licence, la maîtrise, le doctorat. Au 18ème siècle, les deux collèges toulousains ne se contentent pas de préparer au baccalauréat, mais empiètent sur les enseignements de la Faculté des arts, conduisant à l’obtention de la licence.

Les deux Collèges sont-ils des précurseurs du combat de ce blog pour la création d’Instituts d’Enseignement Supérieur (les IES en 20 propositions) ? Je le crois ! Il n’empêche que la tutelle de l’université demeure très présente au 18ème, malgré les crises que traversent les trois Facultés majeures (théologie, médecine, droit).

A la rentrée 2021, le lycée Pierre de Fermat de Toulouse, installé dans l‘ancien Collège des Jésuites, a accueilli un peu plus de 1 800 élèves dont 950 étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). La dépense par étudiant en CPGE est bien plus élevée que celle pour un étudiant inscrit à l’université. Pourquoi un tel privilège ?

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Partie 1. Le Collège des doctrinaires (1654-1792). Source : le collège de l’Esquile.

« Les prêtres et les filles de la Doctrine chrétienne – doctrinaires et ursulines – se consacraient à la catéchèse et à l’enseignement religieux. Ils avaient l’autorisation d’enseigner les arts libéraux. Toulouse devient le siège d’une des trois provinces françaises des doctrinaires, qui ouvrent rapidement des maisons d’éducation dans la région, Ils créent d’importants collèges à Pézenas, Villefranche-de-Rouergue et Brive-la-Gaillarde.

En 1646, les capitouls songent à confier aux jésuites la direction du collège de l’Esquile, puis se tournent vers les doctrinaires auxquels ils donnent, par contrat du 1er avril 1654, un bail de quatre ans. Des travaux sont engagés durant un an pour la rénovation des bâtiments et le collège rouvre à la rentrée 1655, pour la Saint-Luc (18 octobre). Le bail sera renouvelé et sa durée augmentée : le dernier bail est signé en 1767, pour une durée de 30 ans« .

« Le personnel se compose de cinq professeurs pour les classes de grammaire, deux professeurs de rhétorique, deux de philosophie, un recteur et un économe, auxquels s’ajoutent un préfet des classes et un maître des pensionnaires. L’enseignement repose sur l’étude de la doctrine, Instruction des enfants baptisés par questions-réponses à l’usage du collège de l’Esquile de 1719. L’enseignement se poursuit dans les grandes classes par les humanités, la philosophie, l’histoire, la géographie et les sciences. Le cours de philosophie, particulièrement, fait la renommée du collège de l’Esquile. Il est ouvert aux étudiants de la faculté des Arts et même aux membres de l’élite toulousaine. L’année scolaire commence le 18 octobre et se terminait avant le 15 août. À cette occasion a lieu une joute littéraire, à laquelle sont invités le clergé, les capitouls, les parlementaires et les universitaires de la ville.

Les doctrinaires mènent plusieurs campagnes de travaux afin d’embellir et d’agrandir le collège. En 1701, ils décident le prolongement des bâtiments au sud et la construction du portail sur la rue de l’Esquile. Malgré l’opposition de l’université, car il faut détruire la salle de classe de la faculté des Arts, les travaux sont achevés en 1702« .

« Le Collège rentre rapidement en concurrence et en rivalité avec le Collège des jésuites. La popularité de l’enseignement de la philosophie par les doctrinaires attire de nombreux élèves. Mais en 1681, les jésuites obtiennent l’agrégation de leurs classes de philosophie et de théologie à l’université, et en 1689, ils font incorporer au collège une des chaires des arts de l’université, finissant de dépouiller le collège de l’Esquile de ses derniers privilèges. La rivalité des deux collèges repose sur des questions de préséance, car le collège de l’Esquile porte le qualificatif de primarium.

En 1716, les capitouls obtiennent par lettres patentes l’agrégation du collège de l’Esquile à l’université, rétablissant l’équité entre les deux collèges. C’est finalement l’interdiction des jésuites en France – le procureur du roi, Jean Gabriel Alexandre de Riquet de Bonrepos, est chargé de faire le réquisitoire devant le Parlement de Toulouse en février 1763 – qui met un terme à cette rivalité.

À la fin du XVIIIe siècle, le collège s’ouvre aux idées des Lumières : la bibliothèque s’enrichit du Journal encyclopédique de Pierre Rousseau et du Supplément à l’Encyclopédie en 1781, des œuvres de Jean-Jacques Rousseau en 1787, des Études de la nature de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre en 1789. Elle reçoit par ailleurs la Gazette de France, le Journal de Genève, le Mercure de France, la Feuille toulousaine de Baour et le Courrier d’Avignon.

En 1790, tous les professeurs de l’Esquile, sauf un, acceptent de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Un lycée provisoire est installé dans les mêmes locaux, tandis que l’enseignement s’enrichit de l’étude de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Cependant, la fermeture définitive du collège de l’Esquile a lieu le 9 octobre 1792« .

Partie 2. Le Collège des Jésuites (1566-1763). Source : Pop Culture Gouv.

« En 1566, les Jésuites installent leur collège et ses dépendances dans l’hôtel de Bernuy, d’époque Renaissance, et agrandissent leur domaine. Les bâtiments actuels, répartis autour de plusieurs cours, portent surtout la marque de la fin du 18e siècle et du 19e. Le grand portail datant de 1605 témoigne du goût baroquisant des mécènes d’alors.

Benoît Michel, Le collège des jésuites de Toulouse et la vie musicale toulousaine de la fin du 17ème siècle à 1762 in Anne Piéjus, Plaire et instruire, Le spectacle dans les collèges de l’Ancien Régime, Presses universitaires de Rennes, p. 271-285.

« Le théâtre, la musique et la danse, trois disciplines fondamentales dans l’éducation de la noblesse d’Ancien Régime, participaient, dans les collèges français, à l’élaboration de spectacles conçus pour les jeunes gens autant que pour un public avide de divertissement. La scène des collèges s’impose comme l’un des premiers lieux de création dramatique des XVIIe et XVIIIe siècles. Pourtant, ce répertoire, qui souffre de la disparition de nombreuses sources, est encore rarement appréhendé dans sa dimension spectaculaire. Ce théâtre hybride, souvent farci d’intermèdes chantés ou dansés, se présente comme un objet protéiforme, qui appelle une approche pluridisciplinaire ».

Partie 3. Lycée Pierre de Fermat. Source : article de Wikipédia.

« Le lycée Pierre-de-Fermat est un établissement d’enseignement secondaire et supérieur, situé parvis des Jacobins à Toulouse à proximité immédiate de la place du Capitole ».

  • Brève biographie de Pierre de Fermat, « né dans la première décennie du XVIIe siècle, près de Montauban, et mort le 12 janvier 1665 à Castres, est un magistrat, polymathe et surtout mathématicien. Il est aussi poète, habile latiniste et helléniste, et s’est intéressé aux sciences et en particulier à la physique ; on lui doit notamment le principe de Fermat en optique. Il est particulièrement connu pour avoir énoncé le dernier théorème de Fermat, dont la démonstration n’a été établie que plus de 300 ans plus tard par le mathématicien britannique Andrew Wiles en 1994″.

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