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Évaluer et labelliser les médicaments

36ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : 2nde partie du texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du 18ème au début du 19ème siècle.

« L’évaluation et la labellisation des médicaments par la Société Royale de Médecine (SRM)

Depuis Henri IV, les remèdes étaient approuvés par le premier médecin du roi. Dès le 17ème siècle, des projets de création d’une sorte d’Académie de médecine pour évaluer les remèdes avaient tenté de voir le jour mais avaient été étouffés par la Faculté de médecine de Paris. Au milieu du 18ème siècle, la Commission royale de médecine était en charge de cette évaluation, mais n’avait pu fonctionner correctement, notamment du fait d’un manque de soutien fort du gouvernement.

La Société Royale de Médecine bénéficia en revanche de l’appui de Turgot, Necker, d’Alembert, Condorcet, Lavoisier et de celui de Louis XVI. Ses membres n’ont pas directement été à l’origine d’innovations thérapeutiques, mais ils ont organisé et mis en pratique ce qui avait été projeté – ou tenté – auparavant. Ils ont permis l’émergence de la science de l’évaluation des médicaments et, à terme, celle de leur découverte. En fait, l’examen méthodique des remèdes secrets devait permettre de se substituer au long travail de l’expérience du temps. La préoccupation de la qualité des règles instaurées par la SRM s’inscrivait dans deux logiques : d’une part être en conformité avec la science afin de permettre une expertise validée et témoigner d’une rigueur indispensable à la reconnaissance du monde scientifique et, d’autre part, asseoir l’existence administrative de cette compagnie par la qualité de son évaluation scientifique pour lui permettre d’être reconnue comme autorité irréfragable. Quelles étaient ces règles ?

Recevabilité du médicament par la SRM

La société a défini ce qu’elle recherchait : des médicaments nouveaux quant à leur composition, leurs propriétés, leur préparation, leur administration. La condition sine qua non pour qu’un médicament soit examiné était donc que la recette ne soit pas connue (médicament non usité, recette non inscrite au codex), et en ait été communiquée à la SRM. Les commissaires examinaient si elle peut remplir les promesses  que le possesseur annonçait, si elle n’a aucun inconvénient pour la santé (par une recherche « bibliographique »), et si on peut en faire honnêtement l’essai. La société utilisait ses compétences pour jauger celles des auteurs du médicament qui lui était soumis, et s’attachait à ne pas avoir d’a priori. Les certificats d’efficacité du remède étaient indispensables, mais ne remplaçaient pas la recette : Des certificats nombreux ne peuvent pas être regardés comme un motif suffisant, puisque personne ne se présente, même avec le plus mauvais remède possible, sans en avoir recueilli un grand nombre. Ils devaient être crédibles, et de préférence établis par des gens de l’art plutôt que par des particuliers : cuisinier de Madame, vigneron, sacristain, postillon, marchand fripier, perruquier, qui certifiaient avoir été guéris. En fait, les possesseurs de médicaments sérieux soumettaient un dossier à la SRM. Ce dossier, pour être complet, devait comporter, outre la recette (composition, doses, manière de préparer), des témoignages de l’efficacité du médicament et, enfin, l’auteur devait indiquer dans quel cas son remède était utile.

Les motifs de rejet étaient nombreux : absence de nouveauté (214 cas) ; caractère confus de la recette (58 cas) (chaos informe, monstruosité pharmaceutique) ; inefficacité, soit que les propriétés soient improbables, l’inefficacité évidente (62 cas) (substances se détruisent mutuellement, connu par tous les médecins comme de très petits moyens), ou la dangerosité (80 cas) supposée par la composition (poison très actif , nous ne doutons pas de leur efficacité mais la substance qui les composent sont si dangereuses qu’à peine la verrait-on sans effroi entre les mains même des meilleurs médecins) ou par le retard à l’utilisation d’autres méthodes plus efficaces ( l’empêcher puisque en en faisant usage les malades peuvent perdre un temps qu’ils emploieraient plus utilement s’ils confiaient leur cure aux personnes en état de la diriger).

Conduite des essais : la nécessité de l’expérience

La nécessité de l’expérience a été imposée dès la première moitié du 18ème siècle par les philosophes. Au xviisiècle, des expériences médicales sur des médicaments avaient déjà lieu : Nous avons montré qu’on pouvait mêler des médicaments aux liqueurs de notre corps pour voir l’effet qu’ils produisaient […] quantité d’autres médecins avaient commencé avant lui cette manière de guérir, particulièrement quelques anglais, mais comme elle semble hasarder la vie des hommes, ils ne la faisaient d’ordinaire que sur les animaux. Et ils firent plusieurs belles observations qui pourront servir dans la suite à la guérison des maladies. Car l’on peut dire qu’on n’a pas fait encore assez d’expériences pour se servir de cette façon de seringuer les médicaments dans le sang ; ainsi l’on ne la permettrait jamais, qu’en des maladies désespérées et où l’on ne pourrait souvent retirer aucun fruit

Ce texte induit une distinction entre des raisons méthodologiques et éthiques à la mise en place des essais. Si les raisons méthodologiques sont évidentes, celles qui ressortent de l’éthique sont plus nuancées, car, à peine refuse-t-on la moindre prise de risque (semble hasarder) que la pratique est de fait opérée sur des humains, la rigueur affichée est donc suivie, en général.… Une distinction peut donc être opérée entre ce qu’il conviendrait idéalement de faire, suivant des principes hauts placés, ce qu’il est acceptable de faire, et ce qui est finalement fait. Le flou de ces frontières amène à envisager les essais au cas par cas, ce qui ouvre la porte à des interprétations dont la motivation peut être d’ordre varié (éthique, scientifique, thérapeutique, financier, etc.).

Dans la perspective néo-hippocratique dans laquelle la SRM se situait, l’expérience étayait l’observation. Dans cette optique, les essais permettent de devancer l’expérience du temps. Les témoignages ne sont en aucun cas suffisants pour faire approuver les médicaments : si la SRM jugeait le remède potentiellement intéressant, elle tentera des essais de toute façon avant de l’approuver : toutes les assertions du sieur Dubarbier ne peuvent rien contre le témoignage de l’expérience. La SRM fera donc sien le principe de la nécessité de l’expérience, car elle avait pour but de pouvoir affirmer sans conteste l’innocuité et l’efficacité des médicaments.

Définition des critères méthodologiques

Les essais doivent être faits avec la plus grande précaution, et de manière que l’on ne puisse en infirmer l’authenticité.

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Fin 18ème. Le monde du médicament

35ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du xviiie au début du xixe siècle. Thèse de doctorat, directeur Michel Morange, Université Paris 7, 1999.

« Le paysage de la santé publique en France à la fin de l’Ancien régime

L’enseignement de la médecine avait lieu dans les facultés et collèges, et les facultés de médecine de Paris et de Montpellier dominaient.

Les médecins ne soignaient qu’une petite partie de la population, essentiellement citadine et aisée. Dans les campagnes, les soins étaient officiellement assurés par des chirurgiens, dont les compétences relevaient plus du parcours et des qualités personnelles des praticiens que d’une formation validée. La coopération entre médecins et pharmaciens, rendue nécessaire par le circuit de la prescription médicamenteuse, induisait une rivalité entre ces deux corps, les pharmaciens n’acceptant pas d’être de simples auxiliaires. Ceux-ci avaient plusieurs atouts : le contact avec le public, qui sollicitait leur avis, et leur aisance financière, qui n’avait rien à envier à celle des médecins dans de nombreux cas.

Enfin, les charlatans sévissaient en tous lieux, et sur toutes les catégories sociales. Ils étaient d’ailleurs très divers, allant de l’escroc à l’illuminé en passant par le rebouteux expérimenté ou le religieux dévoué. Un seul point leur était commun : leur activité était illégale.

Les prescripteurs étaient, légalement, les médecins et les chirurgiens (pour ce qui est des remèdes externes). Les remèdes étaient prescrits le plus souvent sous forme de formules que préparaient les pharmaciens. Certains remèdes, qualifiés de « secrets », étaient des préparations vendues avec l’approbation des autorités – diverses de fait jusqu’à la mise en place de la Société Royale de Médecine (SRM) -, ou « à la sauvette » lors des foires notamment.

La législation sanitaire n’était que très incomplètement appliquée, mais elle connut des avancées remarquables avec la création de la SRM. L’existence de la SRM a représenté un indéniable progrès dans la prise en compte de la santé publique par le gouvernement, notamment sous l’angle de la validation des remèdes secrets.

La Société Royale de Médecine. L’élite de la profession médicale

La Société Royale de Médecine (SRM), créée par un arrêt du Conseil d’État du 29 avril 1776 et enregistrée au Parlement de Paris le 1er septembre 1778, avait pour objet de s’occuper « de tous les faits de médecine théorique et pratique, et essentiellement de tout ce qui peut avoir rapport aux maladies épidémiques […] et épizootiques ». Elle devint l’interlocuteur du gouvernement pour les problèmes de santé publique et, au-delà, la référence pour la nation. L’élite intellectuelle, à laquelle appartenaient les membres de la SRM, vit, dans les premiers temps de la Révolution, l’accomplissement des Lumières, une possibilité formidable de faire aboutir en pratique et rapidement des idées dégagées des contraintes de l’Ancien régime : « elle [la SRM] a courageusement banni de l’art de guérir un despotisme qui n’était guère moins homicide que celui dont l’Assemblée nationale vient de nous délivrer ». La reconnaissance de cette fonction administrative était la première voie vers un ministère de la Santé à part entière.

La SRM était la structure la plus à même d’avoir une vision de la santé publique, du fait de ses relations avec les praticiens et de ses actions de terrain. Cette vision n’était sans doute pas exhaustive et comportait probablement de nombreuses lacunes, du fait notamment du manque d’outils statistiques, mais elle était la plus complète possible dans son contexte historique.

Vicq d’Azyr  en fut le secrétaire perpétuel depuis sa création. Médecin anatomiste célèbre, proche de l’Académie des sciences, travailleur acharné, il a été l’âme de la SRM ; elle s’est pratiquement éteinte en même temps que lui. Elle fut en effet dissoute en 1793 comme toutes les sociétés savantes ; il mourut en 1794 (le 2 messidor de l’an II). Le fonctionnement de la SRM était largement inspiré de l’Académie des sciences, dont plusieurs de ses membres faisaient partie. Mais elle fut en bute dès sa création à l’hostilité de la Faculté de médecine de Paris qui voyait en elle une concurrente et donc une menace pour son pouvoir.

  • Félix Vicq d’Azyr (1748–1794), médecin et anatomiste. Il n’existe pas à ce jour de bibliographie réellement complète, la somme de ses travaux étant considérable en quantité et en thèmes traités : anatomiste, il est l’un des pères de l’anatomie comparée. Membre de l’Académie des sciences, il fut envoyé par le gouvernement en 1775 pour endiguer une épizootie grave dans le sud-ouest de la France. À son retour, il organisa la Société Royale de Correspondance de Médecine, qui devint la Société Royale de Médecine dont il fut le Secrétaire perpétuel. Il fut élu en 1788 à l’Académie Française (il a rédigé de nombreux éloges) et devint premier médecin de la reine Marie-Antoinette en janvier 1789.
  • Lire aussi les chroniques du blog sur Vic-d’Azyr, la Société Royale de Médecine.

La SRM était constituée de personnes, le plus souvent issues de la bourgeoisie, peu de la noblesse ; quelques-unes avaient une origine modeste. Lorsqu’elles accédaient au second ordre, c’était par leur mérite ou leur fonction, et non par l’achat de charge (savonnette à vilains). Il n’y avait pas d’hégémonie parisienne parmi ses 179 membres associés : la moitié étaient issus de la province, et un tiers de l’étranger (médecins célèbres, surtout d’Europe septentrionale avec une ouverture au monde oriental). Plus de 400 correspondants étaient associés, dont une large majorité de médecins. Les membres, tous élus, constituaient l’élite de la profession médicale, ce qui leur autorisait une réelle autonomie intellectuelle, personne n’étant au-dessus d’eux dans leur domaine. Il est à noter que les critiques de leurs avis s’appuyaient sur des considérations non scientifiques.

Les assemblées de la SRM se tenaient deux fois par semaine sans exception ni vacance depuis 4 h et demie jusqu’à 6 h et demie. Il y eut notamment une séance le 14 juillet 1789 au cours de laquelle les membres présents s’interrogèrent sur l’opportunité de continuer leur travail, et décidèrent de ne pas interrompre leurs activités, dans la mesure du possible, ce qu’ils firent effectivement.

Une communication efficace avec le pouvoir, la presse, les praticiens

Outre le compte rendu régulier de ses activités au roi (Louis XVI s’intéressait aux activités de la SRM, en augmenta les revenus et prit parti pour la SRM contre la Faculté de médecine de Paris), aux ministres et aux proches du pouvoir, il faut citer le rôle très important joué par le lieutenant général de police de Paris, Jean-Charles Pierre Lenoir (Figure 2).

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David. Serment du Jeu de Paume

David et le Serment du Jeu de Paume (20 juin 1789).

Le Serment du Jeu de paume, 20 juin 1789, esquisse commandée en 1790 au peintre Jacques-Louis David par la Société des amis de la constitution pour la salle des séances de l’assemblée nationale et réalisée en 1791 (plume et encre brune, avec reprises en certains endroits à la plume et encre noire, lavis brun et rehauts de blanc sur traits de crayon).

Source, L’Histoire par l‘image. Texte et Vidéo de 3’40.

Photo RMV – Grand Palais. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

« Cet événement fondateur de la Révolution française constitue une étape symbolique dans la destruction de l’absolutisme.

L’ouverture des états généraux avait suscité une querelle de procédure : le tiers état souhaitait la réunion des trois ordres ainsi que le vote par tête, le vote par ordre donnant nécessairement la majorité au clergé et à la noblesse. Face au refus du roi, le tiers état se proclama Assemblée nationale et appela les deux autres ordres à le rejoindre. Louis XVI fit fermer la salle de réunion des députés. Ces derniers se portèrent alors dans la salle du Jeu de paume. Le 20 juin 1789, ils prêtèrent serment de ne jamais se séparer avant d’avoir rédigé une Constitution.

La scène prend place dans la salle du Jeu de paume dont David (1748-1825) dessina l’architecture in situ. Dans la composition d’ensemble connue par le grand et magnifique dessin de Versailles exposé au Salon de 1791, les députés sont regroupés au-delà d’une ligne fictive comme sur la scène d’un théâtre, laissant ainsi au public l’illusion d’appartenir à l’autre moitié (invisible) des spectateurs de la scène. Cette théâtralité est encore relevée par la gestuelle des députés prêtant serment.

Sur la toile inachevée, la nudité suggérée sous les vêtements concourt encore à l’idéalisation de la scène à laquelle David n’assista pas, mais qu’il souhaita hisser au rang d’acte universel. Tous les regards convergent vers Bailly, maire de Paris, ébauché sur la toile au crayon blanc, comme l’ensemble des figures encore nues. C’est Bailly, doyen du tiers état, qui répond au marquis de Dreux-Brézé, émissaire du roi : Je crois que la nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordres. Sur ces dessins à l’anatomie parfaite, héroïque, sont esquissés les habits à la peinture grise, puis les corps sont à nouveau, toujours nus, remodelés à la peinture grise ombrée de bistre.

Le grand fragment de la toile inachevée de David présente quatre portraits presque finis : Barnave, Michel Gérard, Dubois-Crancé et Mirabeau. Parmi les personnages ébauchés, on distingue Robespierre, Dom Gerle, l’abbé Grégoire, Rabaud-Saint-Étienne, le docteur Guillotin et Treilhard. Quant au grand dessin d’ensemble, même si plusieurs personnages, dont Bailly, y sont déjà reconnaissables, le livret du Salon de 1791 précisait curieusement que l’Auteur n’a pas eu l’intention de donner la ressemblance aux membres de l’Assemblée. David n’en avait pas moins commencé à peindre quelques têtes.

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Strasbourg. Plan-relief (1725-1728)

Strasbourg. Quatre sources pour présenter le Plan-relief (1725-1728).

Diaporama de 19 photos.

Source 1. Citations de Thierry Hatt, Le plan-relief : une pièce exceptionnelle à de multiples égards, CRDP Canopé, avril 2014.

« Le relief de Strasbourg est une pièce exceptionnelle pour ses qualités intrinsèques et quelques hasards historiques conjugués.

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Les plans relief sont au XVIIe et XVIIIe siècle ce que sont les images 3D du cinéma d’aujourd’hui : une production de très haute technologie, ce que l’on fait de mieux en matière de repérage et de positionnement géographique, de qualité de rendu des volumes, de précision documentaire au service du roi de France. Les coûts de production des plans-reliefs sont importants au point que Vauban estime qu’ils entrent en concurrence avec le prix de la construction des places fortes.

La période de 1725 à 1760 correspond à l’âge d’or de cette fabrication. Élaboré entre 1725 et 1728 (on en a la preuve par une lettre du 19 mars 1727 du Ministre de la Guerre qui lui demande d’accélérer la fabrication) par l’ingénieur François de Ladevèze, le relief de Strasbourg a derrière lui une longue tradition technique commencée sous Louis XIV en 1663 avec le relief de Pignerol, 1725 est sa troisième version. Les deux premiers plans sont perdus. Toutes les compétences techniques nécessaires sont entre les mains des ingénieurs géographes militaires : qualité des instruments pour une grande précision des mesures de terrain en différences de niveaux et angles, calculs trigonométriques simplifiées par le recours aux tables de logarithmes.

Le corps des ingénieurs géographes est capable, en quelques semaines, d’établir les levés détaillés nécessaires, et mettent au point une démarche systématique en choisissant une échelle unique, soit, selon la valeur du pied et de la toise le 1/600, un pied pour 100 toises, échelle qui est conservée jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Il y eut à peu près 260 reliefs fabriqués. On connaît la date de 230 d’entre eux. On remarque le pic entre 1663 et la mort de Louis XIV en 1715. Il représente 138 reliefs, soit 60 % du total connu.

Ladevèze est un ingénieur expérimenté, à la tête d’une équipe solide. On lui attribue une dizaine de plans de 1710 à 1726 (il meurt en 1729). Sept d’entre eux sont conservés. Celui de Strasbourg est un des derniers réalisés. Son équipe est donc, à cette date, d’une maturité efficace ».

Source 2. Plan-relief de 1725-1728, conservé au Musée historique de Strasbourg. Citations de Maisons de Strasbourg

« L’état des Plans en relief des Places fortes (1794) mentionne que le plan relief (douze mètres sur six) de Strasbourg date de 1725-1728 et qu’il a été réparé en 1783. L’époque de sa construction est corroborée par une lettre du ministre de la Guerre à l’ingénieur ordinaire du roi à Strasbourg, Ladevèze, datée du 10 mars 1727, et par le séjour de Ladevèze au poêle des Charpentiers en 1726-1727.

Séjour de l’ingénieur Ladevèze à la tribu des Charpentiers (1726-1727). Texte du protocole des Conseillers et des Vingt-et-Un. Argument : L’ingénieur Ladevèze (Ladevesse) loge depuis quelque temps au poêle de la tribu des Charpentiers. Le maître de la tribu demande en décembre 1726 que les autres tribus soient tenues d’indemniser les Charpentiers des frais et du manque à gagner.

Le lundi 16 décembre, le représentant du maître de la tribu expose aux Conseillers et aux Vingt-et-Un que l’ingénieur qui lève les dessins de la ville loge au poêle des Charpentiers le temps de son travail. Il demande que chacune des autres tribus verse une indemnité aux Charpentiers. L’avocat Scheffmacher estime la demande fondée et propose de nommer une commission chargée d’estimer exactement le préjudice. Le Préteur royal appuie la proposition. L’assemblée l’adopte en nommant deux chargés de mission.

Lundi 23 décembre, les chargés de mission exposent leurs conclusions. Ils ont dressé un état des localités qu’occupe l’ingénieur Ladevèze et ont estimé que le manque à gagner s’élève à 54 livres, sans compter les frais de mise en état avant et après le séjour. Les échevins demandent que chaque tribu verse trois livres par an. Le Préteur royal approuve cette proposition pour toute la durée du séjour de l’ingénieur. Les Conseillers et les Vingt-et-Un adoptent la proposition.

Le plan relief qui faisait partie de la collection particulière des rois de France a d’abord été exposé dans la grande galerie du Louvre. Devenu propriété nationale à la Révolution, il a été transporté aux Invalides où le général prussien Blücher l’a fait enlever en 1815 après la défaite de Napoléon à Waterloo. Il a alors rejoint les collections prussiennes à l’Arsenal (Zeughaus) de Berlin en même temps que celui d’autres des villes du nord et de l’est (Fort-Louis, Landau, Sarrelouis, Bitche, Thionville, Longwy, Mézières, Sedan, Givet, Philippeville, Maubeuge, Avesnes, Le Quesnoy, Condé, Valenciennes, Cambrai, Lille, Ecluse de Graveline).

Il a quitté Berlin pour Strasbourg en 1903 après que l’empereur Guillaume eut signé le 13 juin 1902 à l’instigation du maire Back l’ordre de le remettre à la Ville de Strasbourg. Le plan-relief a d’abord été conservé au château des Rohan (1903-1923) avant d’entrer au Musée historique de la Grande Boucherie ».

Source 3. Œuvres du musée historique de Strasbourg : le plan-relief.

« Une ville pour le prestige et l’art de la guerre. Occupant 72m², réalisé en 23 tables, le plan-relief de Strasbourg par Ladevèze, ingénieur du roi, séduit par la profusion de détails.

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Épitaphes pour Schoepflin et Koch

Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771) et Christophe-Guillaume Koch (1737-1813) ont été professeurs d’Histoire à l’Académie de Strasbourg.

Jean-Daniel Schoepflin. Cliquer sur les images pour les agrandir

Le second a succédé au premier, après en avoir été l’assistant et le bibliothécaire. Ils sont morts au même âge, 76 ans, et bénéficient tous deux d’un  monument funéraire dans l’église protestante de Saint-Thomas à Strasbourg.

Christophe-Guillaume Koch

Diaporama de 18 photos de Pierre Dubois (juin 2021).

Source de la chronique. Jean Arbogast, Christophe Hamm (photographie), Épitaphes et monuments funéraires de l’Eglise Saint-Thomas, Strasbourg, éditions du Signe, octobre 2013, 144 pages, 20 euros. Une dizaine de monuments concernent des personnalités actives au 18ème siècle (certaines le sont encore au début du 19ème).

4ème de couverture. « L’église Saint-Thomas de Strasbourg abrite une riche collection de monuments funéraires et épitaphes, dont le visiteur pressé ne soupçonne pas l’intérêt historique et religieux. À son intention, le pasteur Jean Arbogast, entouré de quelques amis, a entrepris d’en dresser l’inventaire et d’en décrypter les messages. Cette publication soutenue par le Chapitre de Saint-Thomas contient :  

Quelques repères historiques concernant les rites de la mort et leur évolution en Alsace depuis la période romaine jusqu’à la fin du XlXème siècle.

Une présentation chronologique de chaque monument avec reproduction photographique, transcription des épitaphes, traduction du texte en français, commentaires et indications bibliographiques.

Une brève analyse des structures des épitaphes pour comprendre les modes de communication, suivre l’évolution des pratiques et saisir l’importance des engagements du Chapitre de Saint-Thomas au service de l’éducation, et l’implication culturelle, politique et religieuse de ses membres les plus éminents.

Un tableau récapitulatif des emplacements des monuments, suivi d’un plan ».

A. Monument funéraire du professeur Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771)

Source : article de Wikipédia.

« L’œuvre principale de Schoepflin est l’Alsace Illustrée en deux volumes, associé à l’Alsace diplomatique, tous deux écrites en latin. Par son exhaustivité et la rigueur de ses démonstrations, elle constitue la plus importante compilation de données sur l’histoire alsacienne et reste aujourd’hui une référence, même si des découvertes postérieures ont permis d’en contester ou compléter certaines parties.

Schoepflin meurt le 7 août 1771 à Strasbourg, sans avoir pu exécuter son Alsace sacrée et son Alsace littéraire« .

L’église Saint-Thomas de Strasbourg abrite son monument funéraire. « Au centre d’un ensemble architectural en grès, une grande urne sépulcrale en marbre blanc repose sur un piédestal orné du portrait de Schoepflin, entre deux colonnes corinthiennes cannelées surmontées d’un fronton circulaire. Le médaillon est l’œuvre du sculpteur Jean-Baptiste Pertois (1733-1812) ».

Épitaphe

à Jean-Daniel Schoepflin, enseveli en ce lieu, à l’initiative des premiers de la cité,

Sophie Elisabeth, sa sœur et héritière, fit ériger ce monument.

Il est décédé le 7 août de l’année du Christ 1771, à l’âge de soixante-seize ans, et onze mois.

B. Monument funéraire de Christophe-Guillaume Koch (1737-1813). Chronique du blog.

Source sur le monument funéraire et l’épitaphe : Jean Arbogast, op. cité, pp 96-97.

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Goethe et Haffner (1751-1831)

Goethe (1749-1836) et Haffner (1751-1831)

« Fils d’Isaac Haffner, huissier, et de Suzanne-Catherine Graffenauer, Isaac Haffner fils est né le 4 décembre 1751 à Strasbourg ». Source : article de Wikipédia.

1766-1772. « Haffner fit ses études au gymnase Jean-Sturm, puis à l’Université, où il étudia les lettres et la théologie.

Portrait d’Isaac Haffner, anonyme, fin 18ème siècle d’après Robert Lefèvre, après 1807.

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Notice de la gravure : Isaac Haffner (19 ans en 1770) fréquentait la Société des Beaux-arts ou Geselleschaft der schönen Wissenschaft où il fit la connaissance de Goethe (21 ans en 1770), et avec qui il entretint une correspondance après son départ de Strasbourg.

Source : Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, exposition Palais Rohan, Galerie Heitz, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

« Haffner  voyagea en Allemagne (à Göttingen et à Leipzig), où il fut fortement influencé par le prédicateur rationaliste Georg Joachim Zollikofer.

1779. Il se rendit ensuite à Paris, afin de se familiariser avec la langue française.

1780 (à partir de). Il se consacra à sa carrière ecclésiastique, qu’il réussit brillamment, étant donné que la même année, il devint vicaire, puis prédicateur à l’église Saint-Nicolas de Strasbourg.

1782 (dès). A 31 ans, il dirigea également le collège Saint-Guillaume.

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Goethe et Koch (1737-1813)

Goethe (1749-1836) et Koch (1737-1813).

Goethe est inscrit en licence de droit à Strasbourg entre avril 1770 et août 1771. Il suit des cours de Koch, assistant de Schoepflin, professeur d’Histoire à l’université.

Schoepflin meurt le 7 août 1771 (à l’âge de 76 ans). Durant son séjour, Goethe a-t-il eu l’occasion de rencontrer le vieux professeur avant de rentrer en Allemagne ?

Portrait de Christophe-Guillaume Koch, anonyme d’après Robert Lefèvre, après 1807.

Notice de la gravure : Koch (33 ans en 1770) fut l’ami et le condisciple de Goethe (21 ans en 1770) durant ses études à Strasbourg, avant de devenir juriste et professeur à Strasbourg.

Source : Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, exposition Palais Rohan, Galerie Heitz, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

Cliquer sur les images pour les agrandir

« Christophe-Guillaume Koch est un juriste, universitaire et homme politique alsacien. Source : Article de Wikipédia. Il naît en 1737 à Bouxwiller dans une famille luthérienne au service de la régence des Hesse-Darmstadt qui ont succédé au dernier comte de Hanau-Lichtenberg, décédé sans héritier mâle.

1750. Études aux gymnases protestants de Bouxwiller puis de Strasbourg, où résident ses parents à partir de 1750.

1752-1762. Il étudie l’histoire et le droit à l’Université luthérienne de cette ville. Licencié en droit, il séjourne à Paris où il se perfectionne en français, fréquente la Bibliothèque Royale et divers savants.

1762. Docteur en Histoire. Commentatio historico-juridica de collatione dignitatum ac beneficiorum ecclesiasticorum in Imperio romano-germanico, 1762 (lire en ligne).

Élève, disciple et collaborateur pendant huit ans de Jean-Daniel Schoepflin, son cousin, Christophe-Guillaume est nommé bibliothécaire de la ville de Strasbourg.

Comme l’indique la liste des professeurs d’Universitas Argentinensis (ci-dessous), Schoeplin, de 1746 à 1756 est professeur d’Histoire et professeur d’Éloquence (son assistant, Lorentz, lui succède en 1756 sur la chaire d’Éloquence). De 1746 à la date de sa mort, Schoepflin (76 ans en août 1771) est seul professeur d’Histoire de l’université. Koch qui était également son assistant n’obtient cette même chaire d’Histoire qu’en 1772 et non sans mal (extrait du livre de Voss)

Extrait de Jean-Daniel Schoepflin. Un Alsacien de l’Europe des Lumières. par Jürgen Voss, 1999.

1772. Koch succède à Schoepflin à la direction de l’École diplomatique de la ville et y enseigne le droit public, le droit international et l’histoire des traités et des systèmes politiques à de jeunes nobles de toute l’Europe.

Il est nommé professeur extraordinaire de droit public à l’Université protestante de Strasbourg.

1773. Il obtient le doctorat en philosophie.

1776. Obtention du doctorat en droit.

1787 à 1788. Il est recteur de l’Université.

La révolution de 1789 ouvre une parenthèse politique dans la vie universitaire de Koch.

1792. A 55 ans,  il devient professeur titulaire d’histoire politique et de droit public et chanoine du chapitre de Saint-Thomas.

1802. Table des traités entre la France et les puissances étrangères : depuis la paix de Westphalie jusqu’à nos jours ; suivie d’un Recueil de traités qui n’ont pas encore vu le jour (lire en ligne).

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Goethe et Blessig (1747-1816)

Source : larges extraits de Marcel Thomann, Jean-Laurent Blessig, Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace, 1984.

« Prédicateur, responsable d’Église, professeur, philanthrope. Strasbourg, 29 mars 1747. Strasbourg, 17 février 1816.

J.-L. Blessig fut l’aîné de 12 enfants. Sa famille est originaire de Wasselonne, au moins depuis le milieu du XVIIe siècle. Fils de Jean Laurent Blessig, pêcheur et marchand de poisson, et de Suzanne Siegwald, fille d’un aubergiste.

Anonyme, Portrait de Jean-Laurent Blessig, fin du 18ème siècle.
Celui-ci côtoyait Goethe dans les sociétés littéraires strasbourgeoises. A deux ans près, ils avaient le même âge.
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Blessig fréquenta le Gymnase protestant où il s’enthousiasma pour l’étude des langues et de l’Antiquité et se lia d’amitié avec ceux qui furent, sa vie durant, des compagnons de lutte : les frères Jean et Frédéric de Turckheim, les deux frères Spielmann et Frédéric Rodolphe Saltzmann.

En 1762 et grâce à diverses bourses, Blessig put engager des études universitaires. Docteur en philosophie en 1770. Une importante subvention lui permit d’entreprendre un périple universitaire de deux ans et demi qui le conduisit à Vienne, Venise, Prague, Dresde, Leipzig, avec séjours à Halle et léna ; de là par Berlin, Magdebourg, Braunschweig et les Pays-Bas jusqu’à Dunkerque, retour vers l’Allemagne du Nord où il passa l’hiver 1774/1775 à Goettingen. Des séjours à Paris (1779 et 1803) complétèrent sa formation.

À son retour à Strasbourg, Blessig termina ses études avec le doctorat en théologie suivi de l’ordination (1778) et entama une carrière assez extraordinaire dont voici les principales étapes au plan pastoral : vicaire au Gymnase (1775, peu de temps) ; prédicateur du soir à Saint-Pierre-le-Vieux, puis diacre de la paroisse française, prédicateur du mardi au Temple Neuf, du dimanche à Saint-Nicolas, et enfin de 1781 à sa mort, à la suite de son beau-père, prédicateur principal du Temple Neuf.

Stèle dans le Temple neuf (Strasbourg). A notre divin maître. Digne enseignant

À ces activités, s’ajoutèrent les responsabilités les plus importantes à la tête des structures ecclésiales : président de la conférence générale de Strasbourg (1797-1801), président du consistoire, et inspecteur ecclésiastique du Temple Neuf (1804) et, la même année, membre du consistoire général et du directoire de la Confession d’Augsbourg.

Parallèlement sa carrière universitaire suivit un cours assez normal à compter de 1778 (31 ans) : professeur, professeur titulaire de philosophie (1786), de théologie (1787) ; recteur de l’Université (semestre d’hiver 1786/87 – semestre d’été 1789) ; chanoine de Saint-Thomas (1794).

La réputation strasbourgeoise et internationale de Blessig est d’abord celle d’un prédicateur hors pair, l’un des meilleurs de l’Europe protestante et le seul à pouvoir s’exprimer avec un bonheur égal, a-t-on dit, en français et en allemand. Les dimanches ordinaires, il excellait dans des thèmes de l’actualité la plus quotidienne : les soins à donner aux malades, l’honnêteté commerciale, la lecture, les dangers de la loterie ou l’éducation des enfants.

Aussi des postes enviés – qu’il refusa – lui seront offerts à Francfort, Berlin ou Vienne. Mais il était avant tout l’orateur des grandes célébrations politiques ou historiques. Les textes de son discours pour le centenaire du rattachement à la France ou pour la translation du corps du maréchal de Saxe – discours qui eut un retentissement européen – de même que les panégyriques annuels de Louis XVI qu’il proposa de 1784 à 1789 sont imprimés, traduits ou recopiés et circulent de main en main.

L’activité de Blessig au service des églises de la Confession d’Augsbourg n’est pas le moindre de ses mérites. Avant, pendant et après les évènements de 1789 il a largement contribué à la pérennité du culte évangélique. Il participa à la rédaction d’un projet de décret – non suivi d’effet – pour la Constitution civile des Églises de la Confession d’Augsbourg (début 1791) puis, après la Terreur et la réorganisation napoléonienne, il fut chargé, au sein du Directoire, de l’organisation générale et du recrutement des pasteurs. ll s’inspira alors largement des structures en place en Rhénanie et sur la rive droite du Rhin. Dans le cadre de sa mission il réorganisa le collège Saint-Guillaume, fit avancer le projet d’un recueil de cantiques et d’un catéchisme, mit en place le Séminaire, se préoccupa du Gymnase et de son autonomie face au lycée impérial. Il s’intéressa tout autant aux écoles primaires paroissiales pour lesquelles il avait préconisé, dès 1792, l’adjonction d’un enseignement technique. Il y introduisit un livre de lecture, étendit l’enseignement obligatoire aux mois d’été et applaudit à la création des écoles normales qu’il dota d’une bibliothèque. Par ailleurs, il fit collaborer les pasteurs avec l’autorité préfectorale en faisant recommander en chaire des affaires aussi profanes que la vaccination, la conscription ou l’entretien des chemins ruraux…

Blessig a été un fervent partisan de la Révolution à ses débuts. Membre élu de la municipalité, il recommanda le futur « terroriste » Euloge Schneider pour un poste de vicaire épiscopal. Mais dès août 1789 il rédigea un appel aux luthériens pour les inciter au calme, signa en août 1792 une adresse à la Constituante contre la déposition de Louis XVI et, à l’assemblée municipale, il s’éleva contre l’anarchie et la dictature des clubs.

En février 1793 il fut d’abord exilé à Nancy, puis dans sa maison de campagne de Dorlisheim et enfin enfermé pendant 11 mois, et au delà de Thermidor, au Séminaire épiscopal de Strasbourg (du 2.12.1793 au 3.11.1794).

Au plan des idées, Blessig tenta davantage que ses confrères d’accorder les principes du luthéranisme traditionnel à la philosophie rationaliste de l’Aufklärung. Si la majorité des juristes protestants strasbourgeois de l’époque avaient, comme Blessig, complété leur formation à Goettingen, bastion avancé du rationalisme « moderniste », il n’en était pas de même des théologiens, davantage influencés par le piétisme ou l’orthodoxie de Halle ou de Tübingen. Aussi les cours de B. sur Leibniz, Locke ou Malebranche comme celui de psychologie pratique (1785) étaient sans aucun doute les plus « modernes » de France et même d’Europe dans la mesure où ils supposent un bilinguisme total. Mais on ne saurait, pour autant, les assimiler aux « Lumières » françaises. Foncièrement spiritualiste, Blessig admirait Descartes, Leibniz, Newton et Christian Thomasius. Mais il n’adhéra pas aveuglément à Locke, combattit Rousseau comme Voltaire et se méfiait de Kant, de Fichte et de Schelling. Blessig n’avait rien d’un sectaire.

Son idéal est double : d’abord justifier la foi évangélique par des arguments tirés de la Raison, puis la concrétiser dans la pratique quotidienne. Son engagement social et politique ne s’explique pas autrement. Il a reconnu avoir participé aux activités maçonniques dont ses amis de toujours, F.-R. Saltzmann et les frères de Turckheim, étaient les dirigeants à l’échelle européenne ; et la formule de liberté, d’égalité et de fraternité le fascinait.

Sous la terreur, Blessig a fait preuve d’un attachement sincère à ses convictions chrétiennes, à la Révélation et à son Église, rassurant ainsi des coreligionnaires que son rationalisme progressiste avait effrayés.

Blessig, dit un biographe, avait l’esprit pratique et était un homme d’affaires né. Sa vie est jalonnée par la multitude de structures et de groupements spécifiques qu’il a créés ou animés. Dès 1767, il était secrétaire perpétuel d’une société de Philosophie et de Belles Lettres et vers 1779 Blessig faisait partie de la Deutsche Gesellschaft et de loges maçonniques. Durant les années 1775-1780 il organisa des séminaires libres qui ont formé une bonne partie de l’élite strasbourgeoise du XIXe siècle, notamment L. Stoeber et G.-D. Arnold. Il participa, vers 1796, à l’inspection des monuments et bibliothèques nationales du département. À partir de 1803 il présida la conférence pastorale, dont il faut admirer l’efficacité sociale et culturelle, notamment dans l’institution de cours du dimanche et de bibliothèques de prêt pour les ouvriers-artisans. De 1805 à sa mort, Blessig dirigea la Société biblique. D’autres activités étaient orientées vers la bienfaisance.

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Goethe et Herder (1744-1803)

Goethe (1749-1832) et Herder (1744-1803).

Johann Gottfried (von) Herder « est un poète, théologien et philosophe allemand. Ce disciple de Kant est considéré comme l’inspirateur du Sturm und Drang et des deux grands Classiques de Weimar Goethe et Schiller, dans leur jeunesse ». Source principale de la chronique : citations de Wikipédia.

Herder peint en 1785 par Anton Graff (1736-1813). Exposition du Palais Rohan, Galerie Heitz, Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

Photo de Pierre Dubois. Cliquer sur les images pour les agrandir

« À Königsberg, Herder ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’était pas fait pour le métier de chirurgien, et s’inscrivit à la faculté de théologie de l’Université.

 Il trouva en la personne du libraire Johann Jakob Kanter un protecteur, qui avait été conquis par un de ses poèmes anonymes, Ode à Cyrus ; Kanter lui procura un emploi de répétiteur au Collegium Fridericianum, ce qui permit à Herder de se consacrer en toute quiétude à ses études.

De tous les professeurs de l’université, Emmanuel Kant fut le seul à captiver le jeune étudiant. Hors du cercle universitaire, il lisait avidement Jean-Jacques Rousseau. Il suivit de 1762 à 1764 tous les cours de Kant sur l’astronomie, la logique, la métaphysique, la philosophie morale, les mathématiques et la physiographie.

Herder rapporta plus tard à ce sujet : je me remémore avec reconnaissance la rencontre et l’enseignement d’un philosophe qui, dans mes années de jeunesse, fut pour moi un véritable modèle d’humanité… Sa philosophie incitait à penser par soi-même, et je ne puis pratiquement rien me représenter de plus érudit ni de plus pertinent que sa conversation.

Herder fut reçu franc-maçon à l’âge de 22 ans, lors de son séjour à Riga (1765-66), dans la loge de la Stricte Observance (A l’Epée), fondée en 1750 ). Il y exerça l’office de secrétaire. Son influence fut prépondérante au sein de l’Ordre allemand, au même titre que Goethe et Wieland ».

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Goethe. 25 ans en 1774

Goethe (1749-1832) est né à Francfort. Il commence son droit à Leipzig en 1765 et obtient sa licence à Strasbourg en 1771 à l’âge de 22 ans. Il publie Les souffrances du jeune Werther en 1774 ; il a alors 25 ans « et, selon les dires de Napoléon en 1809, devient l’auteur allemand le plus lu ».

Inscription de Goethe à l’université de Strasbourg

Diaporama de 14 photos de Pierre Dubois (mai 2021).

à Leipzig. « Le père de Goethe voulait faire de son fils un juriste et l’envoya étudier le droit à Leipzig, grande cité marchande comme Francfort, mais qui avait une université, fondée en 1409. Le jeune Goethe y arriva au cours de l’automne 1765 et y demeura trois ans ; il y fit du droit, sans plaisir, mais surtout il y connut la vie d’étudiant et fit ses débuts poétiques.

Plus que les professeurs de droit, il visita les maîtres du Parnasse allemand qui enseignaient à Leipzig : le majestueux Gottsched (1700-1766), le fabuliste et romancier Gellert (1715-1769). Leipzig avait la réputation d’être un petit Paris.

Il chanta les charmes de Käthchen Schönkopf.

Il connut une série d’amitiés décisives : après Ernst Wolfgang Behrisch (1738-1809) à Leipzig, Herder à Strasbourg et Johann Heinrich Merck (1741-1791) à Darmstadt ».

à Strasbourg. Cinq chroniques du blog déjà parues :

« Goethe fait de grandes rencontres : la cathédrale tout d’abord, qu’il visita le jour même de son arrivée en avril 1770″.

« Ce chef-d’œuvre lui donna sa première grande émotion architecturale : il avait devant les yeux l’œuvre  incommensurable d’une suite de génies. Devant la flèche, il a évoqué la figure de Prométhée, le titan qui brave les dieux. Il fait aussi d’Erwin de Steinbach, architecte badois de la cathédrale, un génie spécifiquement allemand ».

Grafiti de Goethe sur la plateforme de la cathédrale

« Il se garda de pousser plus loin son voyage et d’aller à Paris. Il savait bien le français ; il s’en est servi pour des lettres et des œuvrettes de sa jeunesse. Pourtant, il lui apparut clairement à Strasbourg qu’il était mieux fait pour demeurer en pays allemand, loin des fastes trompeurs et des artifices. Herder (1744-1803), pasteur de Courlande qui revenait justement de Paris et qui faisait étape à Strasbourg, le confirma dans son sentiment : la poésie allemande pouvait revivre, mais en puisant dans la tradition populaire des Volkslieder et, au théâtre, en se mettant à l’école de Shakespeare. Ce sont là les sujets des premiers écrits en prose de Goethe, publiés avec Herder en 1773″.

Herder peint par Anton Graff, 1785

« À cet étudiant peu assidu, l’université de Strasbourg délivra en 1771 une licence en droit« .

à Francfort et Wetzlar. « Goethe retourna à Francfort avec son parchemin et devint avocat stagiaire, comme le souhaitait son père. Un an plus tard, il était auditeur à la Chambre d’Empire de Wetzlar. Celle-ci avait à connaître des litiges entre les États qui formaient le Saint Empire. Elle travaillait très lentement ; Goethe continua à faire des vers et surtout des visites à Charlotte Buff (1753-1828), qui était fiancée à Johann Christian Kestner (1741-1800), un de ses collègues.

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