Archives de Catégorie: AE. Histoire médiévale

Toulouse Univ. médiévale, moderne

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Partie 1. L’université médiévale. Source : Wikipédia. « L’université de Toulouse est l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales françaises. Elle fut fondée en 1229 par le comte de Toulouse, Raimond VII, à la suite du traité de Meaux. Supprimée à la Révolution, en 1793, elle fut refondée en 1896 dans le cadre de la réorganisation de l’enseignement supérieur.

Elle compte à la fin du Moyen Âge quatre facultés :

  • Faculté de théologie,
  • Faculté des arts,
  • Faculté de médecine,
  • Faculté de droits (canonique puis civil) ».

Partie 2. L’université moderne. « La structure de l’université, composée de ces quatre facultés, reste inchangée.

Dans le domaine de la science du droit, le XVIe siècle est un véritable âge d’or pour l’université de Toulouse. Un proverbe de l’époque illustre sa renommée : Paris pour voir, Lyon pour avoir, Bordeaux pour dispendre, et Toulouse pour apprendre« .

Marielle Mouranche, Et Toulouse pour apprendre, l’université dans la ville, Presses universitaires du Midi, 2010, Books Openedition, pp. 127-144.

« Les professeurs dans la ville. Les relations entre les professeurs de l’université de Toulouse et la ville ont parfois été conflictuelles, mais au total, l’université a toujours été plutôt bien intégrée aux institutions toulousaines.

Beaucoup de maîtres de la faculté de Droit siégeaient au parlement de Toulouse, jusqu’à ce qu’un arrêt de la fin du XVIème siècle interdise le cumul de l’enseignement et de la profession d’avocat, ce qui n’empêche pas les liens de persister.

Plusieurs professeurs exerçaient les fonctions de capitoul, comme Antoine Dumay (1601), François de Boutaric (1707 et 1710). Mais les relations avec la ville peuvent être aussi très conflictuelles, le plus souvent pour des questions d’exemptions fiscales, ou pour défendre le for ecclésiastique qui soustrait les membres de l’université à la juridiction laïque. Cette situation créa des abus car certaines professions comportant de nombreux clercs (comme le personnel des universités) furent assimilées au clergé d’Ancien Régime.

En 1751, Toulouse fusionne avec l’université de Cahors, fondée en 1331 sous la forme d’un Studium generale par une bulle pontificale de Jean XXII« .

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Toulouse. Les moulins du Bazacle

Quatre parties et quatre sources en ligne dans cette chronique sur les moulins du Bazacle, établis sur les chaussées de la Garonne à Toulouse du 12ème au 19ème siècle, en aval du Pont Neuf et face au Dôme de la Grave.

Diaporama de 10 photos.

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Partie 1. Source : larges extraits de FB Bourse, se référant à Aux origines des sociétés anonymes. Les moulins de Toulouse aux Moyen-âge de Germain Sicard, 1953.

« La première société française de type Société anonyme ou Société par actions trouve son origine à Toulouse au 12ème siècle, sept siècles avant la révolution industrielle. Il s’agit de la Société des Moulins du Bazacle.

A l’époque, Toulouse comptait environ 60 moulins flottants dits à nef sur la Garonne. Ces moulins étaient répartis entre trois lieux distincts : La Daurade, Le Château Narbonnais et Le Bazacle. Les moulins à nef du Bazacle sont signalés pour la première fois dans un acte d’inféodation concédé par le prieur de la Daurade en 1177. Ces types de moulins étaient difficiles d’entretien, peu productifs et sensibles aux crues.

Ils sont donc progressivement remplacés par des moulins fixes à la fin du 12ème. Vers 1180, les propriétaires des moulins du Bazacle reçoivent l’autorisation du prieur de la Daurade d’allonger leur chaussée (sorte de barrage) dans la direction du quartier Saint Cyprien. La chaussée du Bazacle faite de pieux de chêne traversait en biais la Garonne, du Bazacle jusqu’aux abords de l’Hôtel dieu St Jacques, sur une longueur d’environ 450 mètres. La construction des chaussées entraîne la substitution des moulins à nef, par des moulins terriers construits sur la terre ferme. Le premier moulin de ce type est construit en 1183 à Toulouse.

La naissance des premières sociétés par actions et la concentration importante de moulins à Toulouse au Moyen-âge résultent de plusieurs facteurs :

  • la ville de Toulouse comptait entre 30.000 et 60.000 habitants avant la phase l’urbanisation du 19ème siècle. Soit un potentiel de main d’œuvre et de débouché exceptionnel pour l’époque.
  • la production céréalière était l’activité principale des exploitations agricoles de la région.
  • la force motrice sans limite (sauf sécheresse) de la Garonne
  • des besoins en capitaux conséquents, afin de réaliser des investissements importants pour la construction, et l’entretien des moulins ainsi que des barrages. Ces moyens nécessaires à l’établissement et au fonctionnement des moulins étaient difficilement réunis par des propriétaires isolés. D’où l’orientation vers la voie du groupement.

Aux alentours de 1250, le Bazacle comptaient 12 moulins terriers. Les différents propriétaires de ces moulins décident de s’unir et de créer une société commune par action : La société des Moulins du Bazacle. Chaque associé recevait en contrepartie de sa participation dans la société, un papier notarié. La société était composée de 96 Uchaux. Chaque Uchan représentait un huitième de moulin. Les détenteurs de Uchaux sont appelés Pariers.

Au 13ème siècle, la société des Moulins du Bazacle accepte donc la coexistence des droits de propriété individuels sur les parts des moulins, et le principe d’une société collective assurant la gestion des intérêts communs des pariers. Chaque parier peut donc disposer et jouir de son uchan comme de tout autre bien immobilier. Les parts de la société pouvaient se transmettre librement par vente, donation ou héritage. Le prix de l’uchan était fixé en fonction du rendement du moulin et de son fonctionnement, ainsi que par l’environnement économique. Les parts se cèdent donc librement sans contrôle des autres associés.

En 1372, la société se transforme. Elle passe d’une société type Compagnie de meunier à une société anonyme de type moderne. Un capital social unique est mis en place. De fait, les pariers ne possèdent plus des parts de moulins, mais des parts de la société possédant les moulins. Le droit de chacun des pariers porte donc sur l’ensemble de l’entreprise.

Pour gérer cette société, des administrateurs sont désignés. Ils s’occupent de la gestion matérielle de la société. Ils ont donc autorité sur les employés, pour la réception des sacs de grains à moudre, pour la restitution des farines (après prélèvement du droit de mouture de 1/16ème), pour le règlement des dépenses (salaires, paiement des artisans pour réparation…).

Chaque année une assemblée est organisée. Lors de cette assemblée sont élus les administrateurs, le trésorier et le receveur des grains, postes clés dans la gestion des moulins. L’assemblée est chargée de déterminer la contribution des pariers aux dépenses communes (frais d’entretien et de réparation). Les pariers contribuent aux dépenses en fonction de leur participation dans la société. Si le parier ne contribue pas à payer sa part des dépenses communes, il risque que sa ou ses parts soient vendues ou saisies selon la procédure des ventes immobilières devant le Tribunal.

Au niveau des dividendes reçus, le montant est déterminé aussi en assemblée. Chaque parier reçoit en nature (c’est-à-dire en farine) sa part des bénéfices, toujours en fonction de sa participation. Le paiement en nature se fera jusqu’en 1840, date ou il passera en espèces. Les rendements générés par La Société des Moulins du Bazacle pouvaient atteindre entre 10 et 25% par an.

Robert de Hesseln dans son Dictionnaire universel de France écrit en 1771 : que le moulin du Bazacle rapporte environ 120 000 livres par an, soit à valeur constante (hors inflation) environ 1 135 000 euros La société des moulins du Bazacle regroupait environ 60 pariers, qui appartenaient pour la plupart aux catégories aisées de Toulouse. De nombreux pariers devinrent Capitouls.

En 1876, La société des moulins du Bazacle émet pour la première fois des actions nouvelles au nombre de 135, avec les mêmes droits que les anciennes.

En 1887, le site et les équipements du Bazacle sont loués à  La Société Toulousaine d’électricité. Cf. Partie 4 de cette chronique.

Partie 2. 1765. Dans l’article Moulins de l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, les moulins de Basacle sont « ce qu’il y a de mieux imaginé & de plus simple jusqu’à présent ». Ce sont évidemment les questions techniques qui sont exposées.

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Supplice de la roue : C. d’Alexandrie

Supplice de la roue : Catherine d’Alexandrie. Deux œuvres exposées au Musée de l’Œuvre Notre-Dame (Strasbourg).

Diaporama de 30 photos (2 œuvres, notices, détails).

Conrad Witz. Sainte Madeleine et sainte Catherine, Bâle, vers 1440, Huile sur panneau de sapin

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Anonyme, Le martyre de sainte Catherine, Rhin Supérieur, vers 1450, Huile sur panneau de bois

Le supplice de la roue (source : Wikipédia)

« Dans La Légende dorée, Jacques de Voragine fait le récit du supplice qu’aurait subi Ca »therine d’Alexandrie pour avoir repoussé les avances de l’empereur romain Maxence au début du IVe siècle :

Alors un officier de l’empereur lui conseilla de faire faire quatre roues garnies de lames de fer et de clous très aigus, afin de la mettre en pièces, qu’un supplice aussi cruel effrayât les autres chrétiens. Et l’on disposa les roues de façon que deux tournaient dans un sens et deux dans un autre, afin que les unes déchirassent ce que les autres auraient épargné. 

Le récit de Voragine contient de telles invraisemblances (Et un ange brisa cette machine, et la fit éclater avec tant de force, que ses débris tuèrent quatre mille gentils) qu’on peut douter qu’une telle machine ait été un jour fabriquée et utilisée. L’existence historique de Catherine d’Alexandrie elle-même est très contestée, au point que, malgré sa popularité, l’Église catholique l’a officiellement retirée de son calendrier liturgique en 1969 au motif que le peuple chrétien ne peut être invité à une prière officielle que dans la vérité« …

… « La roue est un moyen de supplice utilisé depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Au cours de l’histoire, ce supplice a revêtu différentes formes.

Dans l’Antiquité, on attachait les condamnés aux rayons d’une roue pour les torturer ou les faire tourner parfois jusqu’à la mort.

Les hagiographies légendaires des martyrs chrétiens des premiers siècles font état de roues de fer garnies de pointes destinées à déchirer les chairs, dont l’histoire ne semble cependant pas avoir gardé de traces.

Au milieu du Moyen Âge, apparaît un nouveau mode d’exécution au cours duquel le condamné à mort, après avoir eu les membres et la poitrine brisés en étant écartelé sur le sol ou sur une croix en bois, reste exposé sur une roue jusqu’à ce que mort s’ensuive. Selon la résistance du patient, l’agonie sur la roue pouvait durer de quelques instants à plusieurs jours. Les juges atténuaient parfois la sentence par un retentum, enjoignant au bourreau d’étrangler le patient à un moment donné ».

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Paris (Louvre). La Passion du Christ

Paris. Œuvres du Musée du Louvre, dédiées à la Passion du Christ.

Musée du Louvre. Diaporama de 46 photos (15 œuvres, notices, et détails).

Œuvres des 15ème, 16ème, et 17ème siècles (école française), rangées selon la chronologie de la Passion (pas d’œuvre représentant la Résurrection). De la Cène au Christ couché sur son linceul.

  1. Philippe de Champaigne (1602-1674), La Cène (vers 1652), huile sur toile.
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2. Maître de Dreux Budé (connu à Amiens, Tournai, Mons entre 1428 et 1450. Le baiser de Judas et l’Arrestation du Christ.

3. Jacquemart de Hesdin, actif entre 1384 et 1413, Le Portement de Croix (vers 1408), parchemin marouflé sur toile.

4. Jean de Beaumetz, connu de 1361 à 1396, Le calvaire avec un moine chartreux (entre 1388 et 1396), peint sur bois.

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Dijon. Passion et Résurrection

La Semaine Sainte dans l’Art : Passion et Résurrection du Christ. Premier musée visité : Dijon, Musée des Beaux-arts, Chapelle des Élus, Église Saint-Étienne.

Diaporama de 39 photos (14 œuvres, notices, et détails).

  • Évènements de la Semaine sainte. L’Entrée du Christ à Jérusalem. Le lavement des pieds. La cène. Au jardin des oliviers. Devant le grand prêtre. Les outrages et la trahison de Pierre. La flagellation. Le couronnement d’épines. La condamnation à mort. Ecce homo. Le portement de la croix. Le voile de Véronique. La crucifixion. Le Christ et les deux larrons. La descente de croix. la Pietà. La mise au tombeau. La déploration.  La résurrection. Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs. Le Christ à Thomas : Noli me tangere.

A. Le retable de Saint Rombault de Malines. L’entrée à Jérusalem et le lavement des pieds, par Rubens, 1632.

« Les deux petits panneaux de L’Entrée du Christ à Jérusalem et du Lavement des pieds formaient autrefois la prédelle, c’est à dire la partie inférieure, d’un grand retable où figurait, comme scène principale, une grande Cène aujourd’hui conservée à la Pinacothèque de la Brera à Milan.

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Cet ensemble fut commandé en 1632 par Catherine Lescuyer pour orner la chapelle du Saint-Sacrement de l’église Saint-Rombault de Malines où son père était enterré. L’iconographie de ces trois tableaux est très cohérente et traite de scènes de la vie du Christ précédant immédiatement la Passion : l’arrivée à Jérusalem le dimanche des rameaux, puis le lavement des pieds qui prend place immédiatement avant la Cène, dernier repas partagé entre le Christ et ses disciples.

L’exécution des deux panneaux sur chêne de la prédelle, plus rapidement brossés que le tableau central, peint sur toile, a parfois fait pencher les historiens en faveur d’une intervention de l’atelier dans leur réalisation. Aujourd’hui, cette exécution assez libre, surtout dans le panneau de L’Entrée du Christ à Jérusalem, semble plutôt plaider en faveur de la main de Rubens lui-même ».

B. Retable de la crucifixion. Retable des saints et martyrs. Notice de Sophie Jugie, musée des Beaux-arts de Dijon, 2002.

Jacques de Baerze (sculpteur), Melchior Broederlam (peintre), à partir de 1392, Bois peint et doré, et peinture à l’huile sur bois. Hauteur : 167 cm ; Largeur de la partie centrale : 252 cm ; Largeur de chaque volet : 125 cm.

« Le Retable de la Crucifixion, comme son pendant le Retable des saints et martyrs, qui porte les armoiries de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, provient de la chartreuse de Champmol.  

Les sculptures de Jacques de Baerze, presque entièrement dorées, offrent une vision somptueuse, qui emprunte à l’orfèvrerie la dentelle des architectures, la moulure ornée de fleurettes ou les plis comme métalliques des drapés, rivalisant avec les émaux sur ronde-bosse d’or alors en vogue. Les rehauts de polychromie sont très soignés : visages peints au naturel et riches brocarts.

Ce triptyque de bois sculpté et doré compte parmi les plus anciens exemples conservés de ces retables flamands dont les villes de Bruxelles, Anvers et Malines se sont fait une spécialité tout au long du XVe siècle et au début du XVIe siècle.

Le fond or relevé de motifs poinçonnés, les couleurs éclatantes parmi lesquelles se détache le pigment le plus cher, le bleu outremer, font des peintures de Melchior Broederlam un travail raffiné et précieux.

Par leur exceptionnelle qualité, ces peintures sont des jalons essentiels de la peinture de la fin du XIVe siècle. Melchior Broederlam fut le peintre attitré du comte de Flandre Louis de Mâle, puis de son gendre Philippe le Hardi. Son activité est documentée de 1381 à 1410. Le Retable de la Crucifixion est sa seule œuvre conservée.

Encore marqué par l’art gothique international, le peintre témoigne de sa connaissance de la peinture italienne, perceptible dans le fond or et les rochers de tradition byzantine, mais aussi dans la composition de la « Présentation au Temple », qui dérive de modèles siennois. Il doit aussi beaucoup à l’art parisien pour l’élégance des gestes et des drapés ».

C. Retable de Saint-Georges. Dijon, milieu 15e siècle, Anonyme bourguignon, Peinture à l’huile sur bois transposé sur toile marouflée sur panneau. Hauteur : 161,5 cm ; Largeur : 211,5 cm. Notice de Sophie Jugie, l’Art à la cour de Bourgogne : Le mécénat de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (1364-1419).

« Le parallèle est évident entre le Retable de Saint Georges et le Retable de Saint Denis. Jusqu’à sa mise en dépôt à Dijon, en 1968, leur histoire les lie.

Les circonstances exactes de la commande du Retable de saint Georges nous échappent : la présence d’un chartreux sur le tableau laisse penser qu’il s’agit, plutôt que d’une commande ducale, de l’offrande d’un des religieux désireux de compléter un décor demeuré incomplet. On peut préciser leur emplacement d’origine, car on sait que deux tableaux de sujets identiques, peints en 1741 par Carle Van Loo, furent installés dans le chœur des convers, de part et d’autre de la porte qui donnait accès au chœur des pères. C’est sans doute à cette date que les deux retables quittèrent Champmol.

Un certain nombre de détails invitent à situer la réalisation du Retable de saint Georges au milieu du XVe siècle, comme la solidité des figures, les drapés aux plis cassés du manteau de la Vierge et de la veste du bourreau, ainsi que le traitement naturaliste de la végétation entre les figures. On peut rapprocher également les visages de la Vierge et des saintes femmes de fragments de vitraux provenant de la Sainte-chapelle de Dijon, qui datent du milieu du XVe siècle »…

… « Ces caractéristiques contradictoires rendent le tableau difficile à dater et le peintre difficile à situer dans une production bourguignonne du XVe siècle.  Le peintre n’est pas exempt d’une certaine maladresse, comme en témoignent le dessin peu heureux des mains, la sécheresse de certains drapés et l’entassement des figures dans un espace trop étroit. Mais il faut reconnaître chez lui la robustesse, la vigueur expressive et l’efficacité narrative qui font la saveur de la peinture bourguignonne à l’époque où le mécénat ducal s’est effacé ».

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Sélestat. Les maîtres et les élèves

Bibliothèque Humaniste de Sélestat, École latine (1450-1520), Exposition jusqu’au 30 juin 2022. Les Humanistes font la classe. Suite de la chronique : Sélestat. A l’école des Humanistes.

Les maîtres de l’école latine, comme Beatus Rhenanus, enseignent devant des élèves répartis par classe, selon leur âge et selon leur degré de maîtrise du latin. Ils utilisent les ouvrages de la bibliothèque, en font copier des pages sur des cahiers et les commentent. Parmi les maîtres de l’Antiquité figurant dans l’exposition et présentés dans cette chronique : Terence, Suétone, Tertullien, Justinien 1er, Bède le Vénérable.

Diaporama de 25 photos : livres manuscrits ou imprimés, cartels, détails.

Cahier d’écolier de Beatus Rhenanus (1498-1499).

Étude de textes de Virgile, de Martial, d’Ovide

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Les Humanistes de Sélestat. « Le mot Humanitas, en latin, désigne la culture, et c’est pourquoi l’on nommera ceux qui y adhèrent les Humanistes. Cela désigne ainsi une école de la pensée gréco-latine, basée sur le retour aux textes anciens et aux philosophes de l’Antiquité, pour former une éthique fondée sur la dignité de l’homme, pour qu’il se sente maître de son destin, une conception générale de la vie, commune à tout l’Occident, axée sur la croyance, peut-être un peu utopique, au salut de l’homme par lui-même, aidé par le savoir et la culture ».

A. Gregor Reisch, Typus Grammatice, Margarita Philosophica Nova, imprimé à Strasbourg entre 1503 et 1525, Gravure sur bois, New York, Bibliothèque de l’université de Columbia. Source : Utpictura, Aix-Marseille Université.

« Nicostrata, l’inventaire des lettres de l’alphabet qu’elle tient d’une main, ouvre la clef de la tour du banquet philosophique (triclinium philosophiae) pour un enfant qu’elle invite à entrer.

« L’entrée est un accès à la congruitas, c’est–à-dire à l’accord, à la conciliation des catégories grammaticales latines (nombre, personne, genre, cas).

Les deux premiers étages de la tour sont consacrés à l’apprentissage des grammairiens latins, Donatus – 315-380, pour l’ars minor -, et Priscien  – actif de 500 à 530, auteur des Institutiones grammaticae -.

Viennent ensuite trois étages consacrés aux disciplines et aux auteurs du trivium et du quadrivium. D’abord Aristote (383-322 avant J.C) pour la logique, Tullius (c’est-à-dire Cicéron) pour la rhétorique et la poétique (rhetorica poesis) et Boèce pour l’arithmétique.

Puis Pythagore pour la musique, Euclide pour la géométrie et Ptolémée pour l’astronomie.   

Puis le Philosophe (c’est-à-dire Aristote) pour la physique et Sénèque pour la philosophie morale.

Enfin, tout en haut, Pierre Lombard (vers 1100 – 1160) pour la théologie et la métaphysique« .

B. Térence (environ 190-159 avant J.C), auteur de Comédies. Source : Eduscol.

« Térence est considéré comme le plus grand auteur comique latin avec Plaute (environ 254-184 avant J.C), qui était de quelque soixante ans son aîné. L’essentiel de sa vie nous est connu par le témoignage de l’historien Suétone qui a écrit une Vita Terentii (Vie de Térence), ainsi que par les différentes didascalies accompagnant ses œuvres.

Distingué par Caecilius Statius, un vieil auteur comique en renom, Térence fait représenter sa première comédie, L’Andrienne, en 166 avant J.C, la jeune fille de l’île d’Andros  dans les Cyclades. Un jeune homme aime une jeune fille pauvre, mais son père veut qu’il épouse la fille d’un ami, laquelle aime un autre jeune homme. Au dénouement, on découvre que les deux jeunes filles sont sœurs et les deux couples pourront s’unir selon leur cœur.

Terence est désormais accueilli dans la société des grandes familles aristocratiques, adeptes ferventes de l’hellénisme, et devient le poète attitré des cercles érudits. Mais, par jalousie sans doute, on prétend que ses amis Scipion Émilien et Laelius l’aideraient dans ses créations, voire qu’il ne serait que leur prête-nom…

La carrière de Térence, aussi brillante que discutée, demeure fort brève. Après avoir produit six comédies, il quitte Rome, où il ne reviendra plus. Il meurt, à peine âgé d’une trentaine d’années, en 159 avant J.C, au cours d’un voyage en Grèce. Deux versions circulent alors sur les circonstances de sa mort : parti chercher de nouveaux sujets de pièces encore inédites à Rome, il se préparait à ramener les manuscrits de nombreuses comédies de Ménandre qu’il avait traduites (108, dit-on), lorsque le vaisseau transportant ses bagages aurait fait naufrage ; désespéré par cette perte, il serait mort dans le Péloponnèse ».

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Sélestat. A l’école des Humanistes

Depuis 2018, la nouvelle Bibliothèque Humaniste de Sélestat dispose d’un espace (mitoyen du hall d’entrée) pour les expositions temporaires thématiques. La première fut dédiée aux curiosités de la Bibliothèque : c’est quoi ce Truc ? Au 1er trimestre 2019, des Trésors restaurés de la Renaissance furent mis en valeur (diaporama de 52 photos).

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En 2022, jusqu’au 30 juin, c’est la vie quotidienne d’une classe qui est mise en scène. Source : le site de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat.

Diaporama de 27 photos : l’école de la renaissance innove mais les enseignants sont quelquefois moqués. Dans la prochaine chronique, j’en dirai plus sur les étapes de l’apprentissage des savoirs dans l’école latine, sur les auteurs anciens mobilisés par ses maîtres.

« Le patrimoine écrit conservé par la Bibliothèque s’est développé à partir des bibliothèques de la paroisse (fondée en 1452) et du savant Beatus Rhenanus. Les collections entretiennent des liens étroits avec le monde scolaire dès leur origine et sont notamment le reflet des décennies les plus brillantes, entre 1450 et 1520, de l’école latine qui, par son ouverture à la pédagogie humaniste, devint un modèle pour d’autres institutions alsaciennes ultérieures comme le Gymnase à Strasbourg. Ce sont ensuite les Jésuites qui ont poursuivi la tradition éducative de Sélestat (cf. ma chronique du 15 mars 2022, Sélestat. Collège jésuite et Chaire baroque).

Les ouvrages et documents présentés dans l’exposition sont à replacer dans une problématique plus large, qui parcourt toute l’Europe humaniste : quels sont les usages de l’écrit dans l’éducation de la Renaissance, de la part des maîtres comme de celle des élèves et étudiants, alors que les possibilités techniques, les corpus disponibles et leurs modalités d’étude se renouvellent ? »

Exposition réalisée en collaboration avec :

L’exposition en cours a été précédée d’un Colloque international : Pédagogies de la Renaissance et supports de l’écrit, 21-23 octobre 2021.

« Les liens entre le monde des pédagogues et celui du livre, à la Renaissance, sont multiples et bien documentés. Le colloque a examiné de quelles façons les supports de l’écrit – imprimé, manuscrit – interviennent dans la conception, la diffusion et la réception des pédagogies de la Renaissance.

Quelles évolutions dans la manière d’enseigner ou de suivre un cours peut-on déceler ? Quelles transformations, quelles réflexions pédagogiques suppose le passage d’un cours délivré dans un cadre précis, oralement, devant un auditoire limité et dans une performance singulière, à un ouvrage pédagogique, dont les lectorats peuvent être variés, et qui fige un contenu ? Dans quelle mesure les ouvrages pédagogiques produits sont-ils le reflet de cours délivrés in vivo, ou l’invention d’ouvrages spécifiques ? Comment les possibilités de l’imprimé conduisent-elles à l’invention de genres scolaires nouveaux ?

Les colloques scolaires : faire entendre le latin

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Sélestat. L’École latine (1450-1520)

J’ai découvert pour la première fois la Bibliothèque Humaniste de Sélestat (BHS) en décembre 2011.

Diaporama de 28 photos d’avant les grands travaux de 2014-2018.

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La BHS était visitable comme un musée, mais elle était bien davantage car elle associait une école latine (cf. partie 1) et un fonds de livres exceptionnels : des manuscrits, des incunables, des livres imprimés. Un puits inimaginable de connaissances, légué à l’approche de la mort par Jean de Westhuss, curé de la paroisse de 1423 à 1452, et par l’humaniste Beatus Rhenanus en 1547 (cf. sa biographie résumée en partie 2).

De 2014 à 2018, la Bibliothèque est l’objet d’une campagne de très importants travaux de restructuration et d’agrandissement, confiés à l’architecte Rudy Ricciotti. Trois changements réussis : la montée de la collection permanente au 1er étage, l’ouverture d’une salle de consultation pour les chercheurs, la création d’un lieu d’expositions temporaires au rez-de-chaussée (cf. partie 1).

Diaporama de 20 photos : la Bibliothèque Humaniste de Sélestat par Rudy Ricciotti

Partie 1. A l’origine de l’école latine de Sélestat, Jean de Westhuss et Louis Dringenberg. Source : citations d’un article d’Histoire-Alsace, 9 avril 2020.

« Ils sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui en fit un établissement de premier plan où l’on tenta de (bien) former d’excellents chrétiens. Fidèle à l’exemple des Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne qui prônait la pauvreté, à l’image de celle du Christ, et les bienfaits de l’éducation.

Jean de Westhuss, le curé visionnaire. Il avait été curé de Sélestat de 1423 à 1452, date de sa mort. Issu de la famille de Westhausen qui  possédait des terres à Sélestat, rien ne le destinait à la célébrité. Il aurait pu, comme beaucoup de ses pairs, s’acquitter mollement  de sa charge pastorale dans une Église en crise qui avait, depuis 1431, réuni  à quelques lieues de là  un nouveau concile. Dans un climat délétère où les pères du concile s’étaient longtemps opposés au pape. Pendant ce concile interminable qui dura dix ans et se transporta successivement de Bâle à Lausanne, puis à Ferrare et enfin à Rome, Jean de Westhuss vivait la crise de l’Église  sur le terrain. Où les prêtres étaient mal formés, les ouailles ignares, les écoles médiocres et les maîtres mal payés.

Le curé de Sélestat était convaincu que seul un enseignement de qualité était capable de faire progresser les chrétiens sur le chemin de la foi et de la pratique. Son école paroissiale ne brillait guère par l’esprit. Il s’en émut, s’en ouvrit à ses proches et se mit en quête de trouver  un pédagogue digne de ce nom. Capable de transmettre un savoir solide pour faire de ses élèves de bons chrétiens.

Des jeunes Sélestadiens  qui fréquentaient l’Université de Heidelberg lui recommandèrent  l’un de leurs aînés, un certain Louis Dringenberg, originaire de Westphalie. Il fit l’affaire, prit la direction de l’école à partir de 1441 et débuta cette merveilleuse et grande aventure  humaniste qui fit et fait encore la réputation de Sélestat.

Jean de Westhuss ne s’arrêta pas la. Il installa l’école paroissiale dans les bâtiments de l’ancienne Œuvre Notre Dame à proximité de Saint-Georges. A sa mort, en 1452, Il légua l’ensemble de sa bibliothèque à la fabrique de l’église. Par ce geste, il donna une impulsion décisive  à la constitution d’une bibliothèque paroissiale, celle de l’école latine, l’autre pilier, à côté de celle de Beatus Rhenanus, de notre Bibliothèque Humaniste. Son exemple fit des émules, d’autres bienfaiteurs suivirent son exemple.

On estime sa donation à une trentaine de volumes au contenu essentiellement  religieux. Il était prêtre après tout. Un prêtre resté exemplaire dans une Église tourmentée.  Ce qui est tout à son honneur ».

« Louis Dringenberg, l’apôtre de la jeunesse, fut le premier maître de l’école paroissiale qui acquit la notoriété. Né dans le diocèse de Paderborn vers 1410, il aurait fréquenté l’école du Mont Sainte-Agnès, près de Zwolle au Pays-Bas. Celle-ci avait été fondée par les Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne du Nord de l’Europe. C’est à Heidelberg qu’il poursuivit ses études à partir de 1430. En 1432, il est bachelier. Deux ans plus tard, il obtient le grade de maître ès art.  On suppose qu’il étudia la théologie par la suite.

Toujours est-il qu’il apparaît à Sélestat en 1441 pour prendre le poste de maître d’école à la demande du curé Jean de Westhuss. Le poste était devenu vacant. Son prédécesseur venait d’être renvoyé pour s’être battu, à coups de hache, avec un tailleur de pierre véhément nommé Jean de Spire

Quand il vint à Sélestat, il ne s’attendait pas à y rester 36 ans, de 1441 à 1477. Jean de Westhuss l’installe dans les locaux de l’œuvre Notre Dame et lui confie non seulement les élèves de l’école mais aussi la direction du chant sacré lors des offices dominicaux et des jours de fête. Dringenberg est un excellent pédagogue mais également un  chrétien fervent ! Il disposait des qualités requises pour aider à réformer par l’enseignement. En bon humaniste, il cultivait l’amour des belles lettres et le retour aux sources antiques sans que sa foi ne fût prise en défaut. Il n’omit pas d’enseigner aussi les pères de l’église. Rappelons que l’humanisme de cette époque est un humanisme chrétien. Celui qu’embrassera le grand Érasme de Rotterdam (1469-1536) un peu plus tard. Avec des préoccupations identiques : Former les chrétiens par l’éducation selon sa belle formule : L’homme ne naît pas homme, il le devient« …

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Besançon. Cathédrale St-Jean, 1729

Besançon. Histoire résumée et plan de la Cathédrale Saint-Jean. 1729-1734 : écroulement du chœur oriental, du clocher et de deux travées ; reconstruction selon les plans de l’architecte Germain Boffrand (1667-1754). Source : extraits du site Patrimoine-Histoire.

Diaporama de 14 photos (février 2022).

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« Après la construction, depuis le IVe siècle, de plusieurs églises se remplaçant les unes les autres, la cathédrale Saint-Jean fut restaurée et rénovée au XIe siècle par le grand bâtisseur que fut l’archevêque Hugues de Salins (1031-1066)…

Durant le Haut Moyen Âge, Besançon possédait deux cathédrales : Saint-Jean et Saint-Étienne. Les chanoines de ces deux édifices se jalousaient et réclamaient la primauté de leur église sur le diocèse.  À la fin du XIe siècle, ce conflit larvé aboutit à la querelle des chapitres dont Saint-Jean sortit vainqueur au début du siècle suivant, après l’intervention du pape franc-comtois Calixte II.

L’archevêque Anséric (1117-1134) décida alors de reconstruire sa cathédrale afin d’asseoir cette primauté par une taille qui en imposât (décennie 1120). L’architecture paléochrétienne du Haut Moyen Âge servit de modèle. En dépit d’un changement d’axe, la nouvelle construction resta sans transept à cause de contraintes topographiques.

La charpente en bois brûla en 1212, sans trop dégrader les murs. Il s’ensuivit d’importants travaux (voûte d’ogives en pierre, solidification des piliers, mise en place d’un faux triforium). L’architecte se livra à un véritable rhabillage gothique de la cathédrale pour la rapprocher au mieux du style en vogue.

À la Renaissance, on construisit des chapelles latérales au sud, la partie nord étant occupée par le cloître des chanoines.

La cathédrale de Besançon possède deux chœurs. Une réforme de Charlemagne imposa au clergé de célébrer l’office face à l’est tout en restant face aux fidèles. Il fallait donc construire un chœur à l’ouest. La réforme ne s’imposa guère. Cependant les villes de Besançon, Verdun et Nevers conservent toujours des cathédrales à deux chœurs.

En 1729, le chœur oriental de Saint-Jean s’écroula. Il fut reconstruit (tout comme le clocher et deux travées) selon les normes du temps. C’est actuellement le magnifique chœur du Saint-Suaire, embelli de toiles d’art religieux du XVIIIe siècle (chronique à venir sur l’intérieur de la cathédrale).

Sous la Révolution, Saint-Jean ne subit guère de dommages.

Le plan

Vu la présence de deux absides (comme à Nevers et à Verdun) et l’exiguïté du terrain, qui a entraîné de fortes contraintes sur les extensions de l’édifice au cours des siècles, un plan semble nécessaire pour comprendre la disposition générale du monument. Les contraintes topographiques font aussi qu’il n’y a jamais eu de transept à Saint-Jean.

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16 massacres des Innocents

Le massacre des Innocents est un épisode relaté dans l’Évangile selon Matthieu, chapitre 2, versets 16-18. Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie : Ainsi parle l’Éternel : On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d’être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus.

Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg

Édith Parmentier, Le massacre des Innocents, une construction mémorielle, Ékklèsia, Approches croisées d’histoire politique et religieuse, 104 | 2017, pp. 225-240.

« Le massacre des Innocents fixe la date de naissance de Jésus et donne le point de départ des persécutions. Cependant, l’évangile de Matthieu est le seul texte à évoquer cet événement qui joue un rôle fonctionnel dans la littérature chrétienne. Ni les autres évangélistes, ni l’historien juif Flavius Josèphe, qui partagent la même réprobation des crimes d’Hérode, n’en disent mot. Le seul témoignage qui pourrait l’attester indirectement est une plaisanterie d’Auguste, déclarant que mieux valait être le porc d’Hérode que son fils. Connue par l’anthologie tardive de Macrobe, ce bon mot doit son succès, dans le contexte culturel des calembours gréco-romains en vogue à la cour impériale, à la contamination entre un lieu commun pamphlétaire sur l’infanticide et une plaisanterie anti-juive sur l’abstinence du porc. L’amalgame chrétien entre les enfants de Bethléem et les fils d’Hérode n’est pas dû à Auguste, c’est une addition introduite a posteriori et popularisée par la mémoire collective ».

L’ensemble des Églises honore les Innocents comme martyrs au cours du Jour des Saints Innocents ; cet événement est fêté le 28 décembre en Occident.

A. Quatre massacres des Innocents découverts depuis l’an dernier.

Diaporama de 22 photos.

13ème siècle. Basilique Saint-Denis, retable de l’Enfance de Jésus : la Nativité, les Rois mages, Vierge à l’enfant, le massacre des Innocents, la fuite en Égypte, pierre peinte, chapelle de la Vierge.

1480. L’Adoration des Mages, attribué à Hans SCHÜECHLIN, vers 1480, ateliers de Franconie, triptyque, peinture, sculpture; bois stuqué et polychromé, Musée de la Cour d’Or de Metz.

« La fabrication d’un retable est une entreprise qui engage différents métiers : sculpteurs, peintres et doreurs sont réunis au sein d’un atelier dirigé par un Maître. Ce dernier se déplace en fonction des commandes qu’il reçoit, selon une pratique courante au XVe siècle. Le style de la sculpture et des panneaux peints du triptyque évoque le travail d’un Maître actif en Franconie (Nuremberg ou ses environs), et probablement itinérant en Souabe, autre région du sud de l’Allemagne. Hans Schüechlin s’est formé d’après les maîtres de Cologne et de l’école néerlandaise. Cologne, Nuremberg, la Bavière, l’Autriche sont les grands centres de la peinture allemande (la production est surtout celle de retables à volets sculptés et peints). Il a tenu une position honorable dans l’histoire de l’art du Moyen-Âge, bien que le temps en ait laissé seulement peu d’ouvrages certifiés ».

1543. Pont-à-Mousson, Église Saint-Laurent, Retable de Philippe de Gueldre, volets ouverts : largeur 4,8m, hauteur 2,4m. Diaporama de 27 photos.

« Ce retable a été commandé par la duchesse de Lorraine Philippe de Gueldre à un atelier anversois. 22 scènes principales. Le cycle marial et les scènes de la Passion du Christ, accompagnés de scènes des Évangiles et de l’Ancien Testament ainsi que de la Légende Dorée, sont le reflet de la spiritualité de sa commanditaire ».

1967. Fernando Botero associe le massacre des Innocents et la fuite en Égypte, exposition 2015, musée Würth à Erstein (Bas-Rhin). Chronique : Fernando Botero, 30 ans en 1962. Des dizaines d’œuvres dans une vidéo de Hugues Pénot (4’37).

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