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L’Orient, Mulhouse, l’Indienne

Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg (BNUS). L’Orient inattendu, Du Rhin à l’Indus. Sources : extraits des sites de la BNUS et du Musée de l’impression des étoffes de Mulhouse (page 2 de la chronique), du Catalogue de l’exposition strasbourgeoise.

Diaporama de 11 photos : L’Orient, source d’inspiration pour les industries alsaciennes.

A. « À l’occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Bibliothèque nationale et universitaire et de l’Université de Strasbourg, l’exposition L’Orient inattendu, du Rhin à l’Indus invite à porter un regard nouveau sur l’histoire de la ville et de la région sous l’angle des relations avec l’Orient et plus précisément les terres d’Islam. Une exposition événement en partenariat avec les Musées de Strasbourg et le Musée du Louvre.

Pourquoi une telle approche ? Outre la présence fréquemment interrogée de l’Islam et de musulmans dans notre société, il existe, dans les collections patrimoniales régionales, des traces matérielles de contacts historiques, parfois très anciens, remontant jusqu’au Moyen Âge. Ces contacts et ces objets patrimoniaux, souvent méconnus, représentent une face inattendue de notre histoire et de notre patrimoine, en quelque sorte une face cachée de nous-mêmes.

Du 18 septembre 2021 au 16 janvier 2022, l’exposition propose d’explorer cette histoire avec un triple fil conducteur : les représentations de l’Orient islamique dans la région rhénane et plus particulièrement en Alsace ; sa réception et son impact dans les sciences, la littérature et les arts ; et enfin les traces de cette réception dans les collections régionales et nationales ».

B. Les Orients des industries textiles alsaciennes, extraits de l’article d’Aziza Gril-Mariote, in Catalogue de l’exposition, pp. 113-117.

« L’Alsace et ses industries d’art, surtout ses industries textiles, ont entretenu avec l’Orient – un espace lointain allant de l’Inde au Levant en passant par la Perse – des liens ambivalents en nouant des relations commerciales et en cherchant une inspiration artistique tout en reprochant aux Orientaux leurs procédés artisanaux …

C’est d’abord l’Inde qui est apparue comme source d’approvisionnement essentielle en indiennes au 17ème siècle, puis en toiles de coton brut au 18ème siècle, avant de céder la place au Levant et à l’Égypte pour leur coton acheminé vers les filatures qui ouvraient en Europe au début du 19ème siècle »…

« Pendant près de deux siècles, les manufactures d’indiennes alsaciennes ont perpétué cette tradition stylistique, tandis que l’essor industriel a permis de s’affranchir des procédés techniques orientaux…

Le terme indienne désigne aujourd’hui une fine toile de coton imprimée à la planche de bois de motifs d’inspiration végétale aux couleurs éclatantes…

Après l’instauration de la prohibition du commerce des indiennes pour protéger les productions nationales en 1686, Marseille devient une plaque tournante dans un véritable trafic ».

« A la levée de la prohibition en 1759, alors que l’indiennage se développe en France, l’Encyclopédie définit encore les indiennes comme des toiles peintes qui nous viennent des Indes. En réalité, fabricants et commerçants utilisent le terme jusqu’au 19ème siècle pour désigner aussi bien les indiennes orientales que les impressions européennes…

Les premières adaptations au goût européen apparaissent au niveau des décors des bordures qui accommodent les ornements traditionnels à la mode européenne (image ci-dessous). Lorsque ces toiles débarquent en Europe, cette adaptation n’est pas connue ni perçue du public et les motifs apparaissent comme exotiques ».

Indienne au monogramme, Inde, côte de Coromandel, début du 18ème

Toile de coton teinte par mordançage et réserve, peinte, 8 couleurs, Mulhouse, musée de l’Impression sur Étoffes. Cette indienne d’Inde intègre de nombreux motifs occidentaux : anges, aigles bicéphales et basilics (monstres à tête d’oiseau).

« L’introduction de l’indiennage à Mulhouse à partir de 1746 bénéficie de la proximité de la Suisse où cette industrie se développe pendant la prohibition… La fin des années 1770 est marquée par un essor technique ; l’usage de fines toiles de coton importées d’Inde et la mise au point d’un vocabulaire décoratif inspiré des motifs des importations…

Les dessinateurs reprennent les décors des indiennes d’Inde, notamment les bordures des palempores, pour en faire des compositions florales, ou bien laissent libre cours à leur imagination, transformant les arbres de vie en ramages fleuris dont les arabesques se prêtent mieux à la répétition du dessin sur les métrages de toile. Les motifs relèvent désormais du monde floral européen et de ses déclinaisons stylisées…

Après les fleurs d’indiennes, les impressions alsaciennes doivent leur réputation aux palmettes Cachemire, qui est un fil de laine obtenu à partir du duvet de chèvres dans la vallée du Kashmir. Le tissage des fils teints donne des étoles aussi chaudes que fines et douces, qui sont décorées aux extrémités de palmettes. Ces châles arrivent en Angleterre dans les cargaisons des Compagnies des Indes à la fin du 18ème siècle, avant leur introduction en France au retour de la campagne d’Égypte : leur mode fait fureur sous l’Empire…

Lorsque les fabricants mulhousiens Dollfus-Mieg & Cie et Thierry Mieg & Cie expérimentent l’impression sur laine, cela donne lieu à de véritables imitations imprimées des châles tissés à Paris, Lyon ou Nîmes.

A partir des années 1830, les châles cachemire imprimés en Alsace sont un produit d’innovation technique et artistique qui participe à l’essor de la chimie des couleurs. Certaines dénominations renvoient encore à l’Orient. C’est le cas du Rouge turc ou d’Andrinople.

C’est à Monsieur Daniel Koechlin qu’on doit d’avoir porté directement cette teinture sur des pièces déjà tissées. Ce grand industriel avait acquis d’un marchand d’Andrinople des notions encore incomplètes sur le procédé suivi en Orient pour huiler le coton, opération capitale dans la production du rouge. Après de nombreuses tentatives, poursuivies avec persévérance, il parvint en 1810 à produire ces belles toiles pour lesquelles Mulhouse se fit une si grande réputation (Penot, 1871) ».

« Les dessinateurs imaginent de grands châles où le motif s’étire, s’entrecroise, s’agrandit et se répète. De format carré, leurs dimensions varient entre 100 et 130 cm, tandis que les modèles rectangulaires vont jusqu’à plus de 3 mètres. La forme carrée est la plus répandue, facile à porter en pointe, une fois le châle plié en deux dans la diagonale ».

Châle carré rouge à bordure de grandes palmes

Mulhouse, Thierry Mieg, 1846-1849. Assemblage de 5 morceaux, laine, fonds teint en rouge, bordure imprimée à la planche, 6 couleurs (noir, rouge, rose, orange, bleu, vert), effilés gaufrés, 182 x 182 cm. Mulhouse, Musée de l’impression sur étoffes.

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Restaurer le portail Saint-Laurent

Journées européennes du Patrimoine, Strasbourg, Cathédrale Notre Dame, Le portail Saint-Laurent, Samedi 18 septembre 2021.

Visite du chantier de conservation-restauration (2020-2024). Montée dans les échafaudages. Explications fournies par Alexandre Cojannot conservateur à la DRAC, Frédéric Degenève tailleur de pierre et responsable des ateliers de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, Aymeric Zabollone tailleur de pierre et chargé des études, et il y avait aussi Nicolas Eberhardt tailleur de pierre et appareilleur. La voûte en béton recouvert de plomb n’est évidemment pas d’origine et pose bien des problèmes ; le béton n’est pas l’ami du grès !

Source écrite : larges extraits du dossier de l’Œuvre Notre-Dame.

48 photos de Pierre Dubois (19 septembre) : monter sur le toit du portail (diaporama de 24 photos), dessin du portail et statues du musée de l’œuvre Notre Dame (diaporama de 24 photos).

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« La façade de l’ancienne chapelle Saint-Laurent, dite portail Saint-Laurent, située sur le côté nord de la cathédrale, est érigée entre 1494 et 1505 sous la direction du maître d’œuvre Jacques de Landshut. Ce chef-d’œuvre est un parfait exemple de l’art gothique flamboyant où s’entremêlent prouesses techniques et artistiques.

L’Œuvre Notre-Dame, Loge Suprême du Saint Empire Romain Germanique depuis 1459, est au sommet de sa notoriété grâce à l’achèvement de la flèche de la cathédrale, vingt ans plus tôt. Elle fait notamment appel à deux sculpteurs de renom Conrad Sifer et Jean d’Aix-la-Chapelle qui réaliseront le programme iconographique du portail Saint-Laurent.

Ce programme est consacré au martyre de saint Laurent, le saint patron de la paroisse du même nom dont l’ancienne chapelle paroissiale était située dans l’aile nord du transept de la cathédrale.

L’iconographie des contreforts reflète en partie celle de l’ancien portail du transept nord avec la représentation de la Vierge à l’Enfant, entourée des trois Rois mages (détruit lors de la Révolution).

  • Le contrefort est du portail présente ainsi la Vierge à l’Enfant et les trois Rois mages, accompagnés d’un serviteur Maureé.
  • Le contrefort ouest du portail figure aujourd’hui saint Laurent, accompagné du pape Sixte, saint Étienne, saint Jacques et saint Maurice. Le dessin conservé au Musée de l’œuvre depuis plus de cinq siècles (ci-dessous) figure effectivement saint Laurent, mais les saintes femmes sont disparues. Qui a pris la décision de substitution?

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Melon de Bourgogne (Muscadet)

Croisière sur le Loire Princesse de CroisiEurope. Excursion dans le vignoble du Muscadet.

Diaporama de 17 photos.

1740, le berceau du Muscadet. Cliquer sur les images pour les agrandir

Source 1 : extraits de l’article de Wikipédia.

« Le melon B (ou melon de Bourgogne) est un cépage blanc de cuve français. Cette variété de vigne est originaire du vignoble de Bourgogne ; peu utilisée dans sa région d’origine, elle est toutefois très répandue en Loire-Atlantique sous le nom de muscadet.

Cépage Melon de Bourgogne (Muscadet)

Le melon est introduit vers 1635 sur les coteaux de la Loire où il s’est définitivement imposé après l’hiver 1709 et sa résistance relative au terrible froid qui gela la mer.

L’importance de sa culture en Loire-Atlantique est liée à la demande des négociants hollandais au XVIIIe siècle.

En 1999, des chercheurs de l’Université de Californie à Davis ont soumis 322 échantillons de vigne à des analyses génétiques poussées. En tout, 16 cépages, dont le melon B, sont le résultat de croisements entre le Gouais blanc et le Pinot. Il s’agit de la famille des Noiriens.

En France, sa culture occupe plus de 10 000 hectares dont la majeure partie pour les appellations Muscadet. Il occupe le plus grand vignoble monocépage blanc d’Europe.

Le vignoble comporte plusieurs appellations : le muscadet-sèvre-et-maine, le muscadet-côtes-de-grandlieu, le muscadet-coteaux-de-la-loire et le muscadet sans dénomination particulière. Le muscadet est un vin sec aux arômes floraux et fruités qui peut être élevé sur élevé sur lie d’où il tirera une légère effervescence dite perlante.

Source 2 : Souvenirs de la 1ère moitié des années 60. Chez mes parents, à Tourcoing (59), les jours de fête, on buvait du Monbazillac, vin blanc moelleux. Ma surprise a donc été grande quand j’ai bu, pour la 1ère fois, du Muscadet directement tiré du fût avec une pipette. C’était chez un vigneron de la Chapelle-Heulin (44) dont la famille avait accueilli des évacués du Nord lors de la drôle de guerre.

  • « La construction de la ligne Maginot a été accompagnée d’une réflexion afin de préserver les civils et de laisser le champ libre aux mouvements des troupes. Le plan mis en place prévoyait le déplacement des populations loin du théâtre des opérations, dans des départements peu peuplés pour faciliter leur accueil. Dans un premier temps le choix de l’état-major s’est porté sur la Savoie mais c’est finalement le Sud-Ouest de la France qui est choisi.
  • L’application de ce plan en 1939 concerne principalement 530 000 Alsaciens, 280 000 Lorrains et 130 000 Francs-Comtois pour l’Est de la France mais aussi 865 000 Nordistes et 140 000 Ardennais pour le nord de la France » (in Wikipédia, Évacuation des populations civiles en France en 1939-1940).

Source 3 : visite du château Cassemichère (août 2021). « Un domaine historique. Construit au début du XVIIème siècle à La Chapelle-Heulin près de Nantes et proche de la Loire, le Château Cassemichère est entouré de 45 hectares de vignes et 5 hectares de bois. ​

Du terroir au Chais. Ce muscadet a des origines très anciennes, car son ancêtre est né en Bourgogne et le plant fut importé dans la région par des moines. Le truculent Rabelais n’a pas manqué de le signaler dans ses écrits, ce qui confirme la notoriété du produit apprécié par ces érudits, modèles des Humanistes de la Renaissance.

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1722. Dijon, université mort-née

Dijon, 1722. Une université mort-née. Source principale. Stéphane Pannekoucke, Des princes en Bourgogne. Les Condé, gouverneurs au 18ème siècle, CTHS Histoire, 2010, 340 pages.

A. Vers l’université de Bourgogne (source)

1422. Les écoles publiques de Dijon jouissent au Moyen Âge d’une grande réputation. Aussi, la création de l’université de Dôle, en 1422, vont leur porter gravement atteinte, car elles se voient privées d’étudiants et surtout des étrangers. L’université de Dôle était une université fondée pour les deux Bourgogne (comté et duché), par le duc Philippe le Bon.

  • Histoire de l’université du Comté de Bourgogne, par Nicolas-Antoine Labbey de Billy, ancien vicaire général de Langres, professeur d’histoire de l’Académie Royale de Besançon, Président annuel de l’Académie des Belles-Lettres de cette même ville, Tome second, 1815, Imprimeur Mourgeon.

1424. « Les Recteurs et autres Officiers de l’université furent très longtemps choisis parmi les élèves. Les nominations qui d’abord se renouvelaient de six en six mois, ne furent plus faites, à partir de l’année 1464, qu’une fois chaque année.

Antoine Desnoyers, premier Recteur de l’université, fut ensuite Archidiacre d’Autun, bailli de Macon en 1431, vers le Duc de Savoie de la part du Duc de Bourgogne. Sa famille était noble et ancienne dans le Comté de Bourgogne »…

1425. Fondation de l’université de Louvain, par le duc Jean de Bourgogne (duc Jean IV de Brabant), ainsi que par les autorités municipales de la ville de Louvain (source). Cette fondation fut confirmée par une bulle papale de Martin V.

1516. À la demande du maire et des échevins appuyés par Georges de la Trémoille, gouverneur de la province de Bourgogne, François Ier de France (1515-1547) institue à Dijon une université avec quatre facultés en 1516, mais cette décision reste lettre morte, même si les patentes royales sont très flatteuses pour les Dijonnais.

1531 et 1581. Le Collège des Martinots (fondé en 1531), puis le collège jésuite des Godrans (fondé en 1581), en exécution du testament d’Odinet Godran, président du Parlement de Bourgogne, tentent avec plus ou moins de succès de pallier cette situation.

1691. « À la suite de la conquête de la Franche-Comté en 1678, le roi Louis XIV fait transférer l’université de Dôle à Besançon, nouvelle capitale de la Franche-Comté. Ce transfert incite les États de Bourgogne à solliciter du roi Louis XIV la création d’une université à Dijon. Les deux villes deviennent alors rivales.

B. 1710. L’entrée en scène du Gouverneur de Bourgogne, Louis IV Henri de Bourbon-Condé (1692-1740). Celui-ci est né à Versailles le 18 août, 7e prince de Condé (1710), duc de Bourbon, duc d’Enghien et duc de Guise, pair de France, duc de Bellegarde et comte de Sancerre.

A la mort du son père, il devient Prince de Condé. On l’appela cependant Monsieur le Duc, la maison de Condé ayant renoncé au titre de Monsieur le Prince, au profit de la maison d’Orléans.

Il devient également Gouverneur de la province de Bourgogne.

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Majolique, faïence, porcelaine

Céramique, Majolique, Faïence, Porcelaine. Prochaine chronique : index des chroniques du blog dédiées aux manufactures de faïence et de porcelaine au 18ème siècle.

Point sur l’Histoire du 18ème siècle : 332 articles publiés.

Qu’est-ce que la céramique ? Manufacture de Sèvres. Plan de l’article : les poteries, les faïences, les porcelaines, les grès.

« Mot d’origine grecque : keramos signifie argile. Le terme générique de céramique désigne l’ensemble des objets fabriqués en terre qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d’une cuisson à température plus ou moins élevée ».

Pour aller plus loin. Jean Rosen. La faïence en France du XIIIe au XIXe siècle : technique et histoire, Archives Ouvertes, 163 pages, 2018.

Vases de monstrance. Éléments de la pharmacie de Stanislas Lesczynski, manufacture de Niderviller, faïence à décor à petit feu, 1750-1755

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A. Faïence (de Faenza, Italie)

« Céramique à pâte argileuse, tendre, poreuse, recouverte d’un enduit imperméable et opaque. Le décor peint sur émail cru et cuit avec lui définit les faïences dites de grand feu. Le décor posé sur émail déjà cuit exigera une cuisson supplémentaire à basse température pour les couleurs (faïences dites de petit feu) ».

La faïence à Faenza : vidéo de 4’05.

B. Majolique 

« Il s’agit dans un premier temps d’une céramique à lustre métallique, technique héritée principalement de la Perse musulmane de la seconde moitié du IXe siècle. La céramique lustrée fait alors son chemin en Espagne, puis en Italie, s’éloignant de son modèle oriental. Une majolique est le nom générique qui désigne, en français, une faïence, soit hispano-mauresque, soit italienne de la Renaissance, ou l’une des premières faïences françaises, soit fabriquée par des Italiens, soit fabriquée selon la technique et dans le goût italiens aux XVIe et XVIIe siècles.

Le terme majolique désigne par la suite une faïence à émail stannifère. Après séchage, une première cuisson dite de Biscuit est réalisée aux alentours de 1 000 – 1100 °C. La poterie peut alors être émaillée à l’aide d’une glaçure au plomb opacifiée avec de l’oxyde d’étain. Le décor coloré est ensuite peint sur l’émail blanc sec, pulvérulent mais non cuit. Une fois le décor peint, une glaçure de finition translucide à base de plomb – la coperta – permet de rehausser les nuances et d’apporter un brillant uniforme. L’objet est alors prêt pour une seconde et dernière cuisson à 800 – 900 degrés ».

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Rosheim, roman et néoclassique

Rosheim (Bas-Rhin), du Roman (12ème siècle : église Saint-Pierre et Saint-Paul) au Néoclassique (18ème siècle : église Saint-Étienne, hôtel de ville, puits aux 6 seaux).

Rosheim, ville médiévale. « Rosheim est citée en 1303 comme étant une ville libre d’Empire et, en 1354, elle forme, jusqu’en 1679 avec neuf autres villes une alliance d’entraide rendue nécessaire par l’affaiblissement du pouvoir impérial et par la difficulté pour les villes d’assumer seules la défense de leurs intérêts : ce fut la Ligue des dix villes libres d’Empire d’Alsace qu’on appela plus tard la Décapole. Rosheim, la plus petite de ces cités, avait alors le même statut que Mulhouse ou Colmar. En 1366, l’empereur lui donne le droit de se doter de statuts et de percevoir des amendes destinées en partie à l’édification de l’enceinte ».

A. Église Saint-Pierre et Saint-Paul, église romane du 12ème siècle, en croix latine (nef, transept, chœur, abside). Extérieur : album de 56 photos. Intérieur : 37 photos (chronique du blog du 24 février 2015).

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B. Église Saint-Étienne, 1781-1786. Église de style néoclassique, dont les plans datés de 1781 sont de l’architecte Nicolas Alexandre de Salins de Montfort.

L’adjudication des travaux date de 1782 et la réception de l’ouvrage de 1786. Le Maitre d’œuvre est Jean-Baptiste Pertois.

Outre quatre colonnes doriques, la façade, monumentale, accueille les statues de sainte Odile et saint Arbogast. Le clocher, conservé de la précédente église, date du 13è siècle.

Source : Église Saint-Étienne. Blog La gazette des 9

C. Biographie de l’architecte Nicolas Alexandre de Salins de Montfort (source : Archi-Wiki). « Il est né le 6 février 1753 à Versailles, fils de Pierre-Antoine Salins, financier dans les sous-fermes du roi. Il s’est marié le 29.10.1781 à Strasbourg en l’église Saint-Pierre-le-Vieux catholique avec Christine Caroline Rame, fille de Jean Louis Rame, conseiller du roi. Il est décédé le 11 mars 1839 à Nantes.

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La Cène dans la peinture

Chroniques sur la Semaine sainte dans l’Art :

5ème chronique. Cinq Cènes peintes entre 1303 et 1520, dont celles de Giotto, de Schongauer, de Léonard de Vinci.

« Au moyen âge, la représentation de la Cène a d’abord une valeur pédagogique. Utilisée au Moyen Âge central comme instrument de lutte contre les hérésies qui rejettent l’Eucharistie, elle ne devient un thème iconographique majeur qu’à la Renaissance.

Le renforcement de la doctrine et de la doctrine eucharistique de l’Église à partir du concile de Latran IV (1215) ne réussit pas à imposer la Cène comme une des grandes images chrétiennes : elle demeure loin derrière, par exemple, le Lavement des pieds, qui la jouxte dans les programmes où elle est présente » (source Wikipédia)

1.1303-1306. Les fresques de la chapelle Scrovegni à Padoue. Source Wikipédia : Giotto de Bondone.

« Giotto di Bondone, dit Giotto (1266 ou 1267 -1337), est un peintre, sculpteur et architecte florentin du Trecento.

Les fresques qu’il a peintes à Florence (basilique Santa Croce), à Assise (basilique Saint-François) et à Padoue (chapelle des Scrovegni dans l’église de l’Arena) figurent parmi les sommets de l’art chrétien.

Il a probablement autour de quarante ans quand il commence la décoration de la chapelle : les cinquante-trois fresques qui sont considérées comme son chef-d’œuvre. Il les termine dans un temps étonnamment court qui ne peut s’expliquer que par la totale maîtrise technique à laquelle il était parvenu.

La dernière Cène par Giotto, 1303-1306

Source Google Images, Ciné club de Caen. Cliquer sur les images pour les agrandir

Commandé par le banquier padouan Enrico Scrovegni, ce cycle iconographique réunit dans un même espace les scènes de la vie de Joachim, de la Vierge et du Christ, une synthèse quasi inédite dans l’art occidental.

Le bleu profond utilisé par le peintre dans l’ensemble de ses fresques, contrastant avec l’or également très présent (utilisé notamment pour les auréoles des personnages saints et les étoiles de la voûte) constitue une des caractéristiques marquantes de l’œuvre de Giotto ».

« Le 15ème siècle, puis la Contre-Réforme donnent au Dernier Repas une place de choix dans l’art occidental : il suffit de penser à la production quasi industrielle de représentations de la Cène par le Tintoret à Venise ».

2. Vers 1480. La cène dans le retable de Martin Schongauer, dédié à la Passion du Christ. Source : chronique de mon blog.

« Schongauer n’a que 30 ans quand lui et son atelier livrent aux dominicains un retable en 24 panneaux représentant la Passion du Christ (seize panneaux en intérieur) et les Sept Joies de la Vierge (huit peintures extérieures). C’est sa destination qui finira par lui donner son titre, le Retable des Dominicains, exposé aujourd’hui dans le Musée Unterlinden de Colmar.

Album 1 : 13 photos de Pierre Dubois. De l’entrée du Christ dans Jérusalem (les Rameaux) à sa condamnation à mort, en passant par la Cène (deux photos ci-dessous).

Album 2 : 18 photos de Pierre Dubois. Du chemin de croix vers le Golgotha à l’Ascension du Christ en passant par sa Crucifixion et sa Résurrection.

Le retable ouvert donne à voir seize scènes de la Passion depuis l’Entrée à Jérusalem jusqu’à la Pentecôte, incluant le Noli me tangere et l’Incrédulité de Saint-Thomas. Certains panneaux s’inspirent directement des gravures de Martin Schongauer tels que l’Arrestation du Christ ou le Christ devant Caïphe ».

3. 1485. La cène dans la Passion du Christ, église Saint-Pierre le Vieux, Strasbourg. Source Wikipédia.

« C’est en 1130 qu’il est fait pour la première fois mention publique de son nom. Construite le long de l’une des plus importantes voies romaines de la ville, la Strata Superior, l’église comporte, en effet, certains vestiges datés de l’époque mérovingienne.

1382. La construction gothique est édifiée.

La passion du Christ. Dix scènes peintes par Henri Lutzelmann (1473-1505), et insérées dans les boiseries du chœur. Source : Commons Wikimédia.

Parmi ces scènes, la Dernière Céne, Jésus avec ses disciples. Photos de Pierre Dubois

En 1529, l’église Saint-Pierre-le-Vieux passe dans le giron luthérien.

En 1683, deux ans après la conquête de Strasbourg, Louis XIV ordonne la restitution du chœur de l’église aux catholiques, et fait construire un mur au niveau du jubé, pour limiter le culte protestant à la nef.

4. 1495-1498. La cène de Léonard de Vinci. Source Wikipédia.

« Le Dernier Souper de Léonard de Vinci est une peinture murale à la détrempe de 460 × 880 cm, pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan.

La Cène est le nom donné par les chrétiens au dernier repas que Jésus-Christ pris avec les Douze Apôtres le soir du Jeudi saint, avant la Pâque juive, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa Crucifixion. Depuis le Moyen Âge les murs des réfectoires monastiques sont illustrés de la Cène. Ainsi, durant leur repas, les moines avaient-ils sous les yeux l’image de celui que partagea leur Seigneur pour la dernière fois.

Source : Wikipédia. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Le commanditaire en est sans aucun doute le duc de Milan, Ludovic Sforza. La Cène est indissociable du projet qu’il mène dès 1492, pour faire de Santa Maria delle Grazie, le mausolée des Sforza.

Le programme iconographique du réfectoire fait d’ailleurs clairement référence à Ludovic Sforza : outre les trois blasons qui surmontent la fresque, une main anonyme a rajouté sur la Crucifixion de Giovanni Antonio Donato Montorfano, les figures agenouillées et de profil  de Ludovic Sforza et Béatrice d’Este, accompagnés de leurs deux fils.

La technique de la buon fresco consistait à appliquer directement les pigments sur l’enduit encore frais, ce qui assurait une excellente conservation à l’œuvre. L’artiste fixait chaque jour une partie de la fresque à peindre, une giornata. Léonard ne pouvait se satisfaire d’une telle contrainte. Il a donc appliqué une technique personnelle qui lui permettait de peindre quand il le souhaitait et autorisait les retouches.

Léonard a d’abord étendu sans doute en une seule fois  sur le mur l’intonaco (l’élément préparatoire qui va protéger les pigments) composé de 30 % de sable fluvial, et 70 % de quartz. Il a dessiné directement dessus le dessin préparatoire au pinceau avec de la terre rouge (la sinopia).

Il a ensuite appliqué un enduit (composé de carbonate de calcium et de magnésium). Puis il a appliqué, comme il le faisait pour ses tableaux, une fine préparation blanche, exaltant la luminosité des couleurs grâce à sa base blanche (l‘imprimatura). Il a ensuite peint à sec probablement en émulsionnant des huiles avec des œufs ».

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Metz, Toul, Verdun au 18ème siècle

Source : citations de l’encyclopédie Larousse : Les trois évêchés.

14ème et 15ème siècles. La France prend Metz, Toul et Verdun sous sa protection

« À la faveur du désordre qui règne en Lorraine au 14ème siècle, la France intervient dans cette région où elle convoite, en particulier, les trois cités épiscopales de Metz, Toul et Verdun, qui tiennent des positions stratégiques et possèdent chacune d’importants domaines.

Menacés par le duc de Lorraine, par les comtes de Bar et de Luxembourg et par le duc de Deux-Ponts, Toul (1300) et Verdun (1315) acceptent la Garde française. Reprenant à son compte la politique française, Louis d’Orléans prend sous sa protection ces deux cités (1402-1407).

Au cours d’une expédition en Lorraine (1444-1445), Charles VII rétablit la Garde française sur Toul et Verdun et tente en vain d’attirer Metz dans sa vassalité.

Annexion des Trois-Évêchés par la France

1544. L’invasion en Lorraine des troupes de Charles Quint, qui s’avancent jusqu’à Meaux, détermine les trois villes, trop faibles pour assurer leur défense, à choisir pour maître le roi de France, désireux, quant à lui, de renforcer la frontière du nord-est du royaume par l’annexion de ces cités.

1552. Profitant des luttes intestines de l’Empire, Henri II conclut le traité de Chambord (15 janvier) avec les princes protestants allemands qui lui accordent – moyennant la promesse de subsides – le droit d’occuper les villes d’Empire de langue française, notamment Metz, Toul et Verdun, en qualité de vicaire d’Empire. En avril, le roi entre à Toul et à Metz, puis occupe Verdun en juin.

1553. Le siège victorieux que soutient à Metz le duc François de Guise contre Charles Quint (octobre 1552-janvier 1553) assure à la France la possession des Trois-Évêchés, où la suzeraineté de l’Empire demeure cependant reconnue en principe.

1631-1632. Les biens temporels des évêques de Metz, Toul et Verdun sont saisis.

1648. L’annexion de facto n’est transformée en annexion de jure que le 24 octobre 1648 au traité de Münster (traités de Westphalie). Les Trois-Évêchés forment dès lors un gouvernement et une généralité (ou intendance) placés sous l’autorité d’un gouverneur et d’un intendant installés à Metz. Mais ils avaient perdu définitivement leur indépendance dès 1633 avec la création à Metz d’un parlement.

1659-1661. Les trois-évêchés s’agrandirent ensuite du Luxembourg français, partie du duché de Luxembourg cédée à la France par le traité des Pyrénées (1659), puis d’un corridor, cédé à la France par le traité de Vincennes (1661). Ces territoires et les duchés de Bar et de Lorraine formaient jusqu’alors une mosaïque territoriale complexe, objet de conflits récurrents.

Les Trois-évêchés en 1789

Dotés des institutions françaises, les Trois-évêchés deviennent un pays de salines en ce qui concerne la gabelle et un pays d’étranger effectif au point de vue des traites : à ce titre, ils commercent librement avec les pays étrangers, mais se heurtent à un dense réseau de douanes du côté des provinces françaises.

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La croix monastique des Vosges

Source de la chronique : fondation du patrimoine, Église abbatiale d’Etival-Clairefontaine.

Diaporama de 24 photos en grand format.

« Construite au milieu du VIIe siècle, à l’initiative de Bodon Leudin, futur évêque de Toul, Etival fait partie de la Croix monastique des Vosges (Senones, Moyenmoutier, Etival, Bonmoutier et Saint-Dié).

Le monastère de femmes aurait accueilli Sainte Odile avant qu’elle ne soit baptisée par Saint Hydulphe, abbé de Moyenmoutier. Deux siècles plus tard, c’est l’impératrice Richarde, épouse de Charles le Gros, qui redonne une nouvelle vie au monastère d’hommes en y installant des chanoines et en les plaçant sous l’autorité des abbesses d’Andlau. Cette relation entre Etival, Andlau et le mont Sainte Odile perdurera jusqu’à la Révolution Française.

L’église que l’on admire aujourd’hui a été construite par les chanoines prémontrés en 1147. Conçue sur le modèle des églises cisterciennes, elle s’organise en carrés de toutes tailles. La croisée du transept témoin de ce passé en est le point de départ. Son évolution architecturale n’a jamais été figée comme le prouvent les voûtes en croisée d’ogive de la nef, la chapelle sainte Richarde et l’abside avec sa voûte en lierne et tierceron toutes deux construites en 1516 et ses ouvertures gothiques flamboyantes.

Les malheurs du XVIIe siècle (guerre de 30 ans) ont provoqué une reconstruction des bâtiments monastiques et ont poussé les chanoines à édifier, au XVIIIe siècle, une façade classique plus majestueuse pour cette église, avec un projet d’encadrement par deux tours (une seule fut construite). En 1726, l’architecte Nicolas Pierson réalisa le corps de logis nord de l’abbaye et la façade classique de l’église.

Le dernier abbé mourut en 1739. Les archives de l’ordre de Prémontré recensent 11 chanoines en 1698, 29 en 1768 et, en 1790, 10 chanoines résidents et 8 travaillant dans les paroisses avec cinq ecclésiastiques et dix moines.

Le jardin de plantes médicinales ou « simples » est situé à l’emplacement du cloître de l’Abbaye. Il en respecte le tracé : un quadrilatère partagé par quatre allées perpendiculaires symbolisant les quatre Fleuves sortant du Jardin d’Éden. Au centre une fontaine qui, par son eau,  représente la vie.

Liste de « simples » figurant dans les recettes du 18ème siècle, classées par ordre alphabétique, et avec leurs vertus. Source, François Lebrun. Se soigner autrefois, médecins, saints et sorciers au 17e et 18e siècles, Temps actuel, 1983, page 68.

Etival est considérée comme la plus belle église romane des Vosges, et fut classée à ce titre en 1840 sur la première liste des monuments historiques ».

Nef romane non accessible le jour de notre passage. Source de la photo

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Huysmans. L’Art et la Religion

Suite des chroniques dédiées à l’exposition du MAMC de Strasbourg, L’œil de Huysmans.

Art médiéval et moderne : diaporama de 25 photos grand format

Grünewald, Crucifixion (Karlsruhe) et Retable d’Issenheim (Colmar) : diaporama de 19 photos grand format.

1884. Huysmans a 36 ans. Il publie À rebours. « La particularité de ce roman est qu’il ne s’y passe presque rien : la narration se concentre essentiellement sur le personnage principal, Jean des Esseintes, un antihéros maladif, esthète et excentrique, et constitue une sorte de catalogue de ses goûts et dégoûts ».

Cartel de l’exposition, citation de A rebours. Tout le tempérament du grand Artiste Flaubert éclatait en ces incomparables pages de la Tentation de Saint Antoine et de Salammbô où, loin de notre vie mesquine, il évoquait les éclats asiatiques des vieux âges, leurs éjaculations et leurs abattements mystiques, leurs démences oisives, leurs férocités commandées par ce lourd ennui qui découle, avant même qu’on les ait épuisées, de l’opulence et de la prière.

Martin Schongauer, La Tentation de saint Antoine, vers 1473, Gravure au burin,
Strasbourg, Cabinet des estampes et des dessins

1888 (40 ans). Huysmans séjourne en Allemagne où il découvre la Crucifixion de Grünewald (aujourd’hui au Musée des Beaux-arts de Karlsruhe).

Photo de Pierre Dubois, juin 2019

1891 (43 ans). Dans Là-bas, publié en feuilleton dans L’écho de Paris, Durtal, le héros du roman, explore les milieux de l’occultisme parisien de cette fin de siècle.

Après l’écriture d’À Rebours (1884), Huysmans se trouve dans une impasse existentielle. L’écrivain Barbey d’Aurevilly affirme qu’il ne lui reste plus qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet et les pieds de la croix. Ce sera la croix ; après Là-bas, consacré à l’occultisme, Huysmans se tourne vers la mystique chrétienne.

Tête de Saint Jean-Baptiste, Musée des Beaux-arts Strasbourg, par Andrea Vaccaro, milieu du 17ème

Andrea Vaccaro (1604-1670) est un peintre italien baroque de l’école napolitaine qui imita le Caravage pour ses clairs-obscurs et le style de Guido Reni pour les traits des personnages. Fort nombreuses sont ses œuvres qui traitent de sujets religieux, dont plusieurs scènes de martyres. Saint Sébastien, Sainte Catherine de Sienne, Le Mariage mystique de sainte Catherine, La Résurrection de Lazare, Adoration des bergers, La Conversion de la Marie-Madeleine, L’Enfant Jésus endormi, Sainte Barbe, Le Martyre de sainte Agathe, Madone à l’Enfant, saint Luc et sainte AnneLa Sainte Vierge avec saint Antoine et saint Roch, La Sainte Famille, Sainte Marthe,  Sainte Marie l’Égyptienne recevant la communion.

Vaccaro, Le martyre de sainte Agathe, vers 1635-1640, Musée Fabre, Montpellier

1892 (44 ans).  Première retraite à la trappe de Notre-Dame d’Igny dans la Marne sur les conseils de l’abbé Mugnier.

1893 (45 ans). Seconde retraite à la Trappe. Huysmans est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

1895 (47 ans). Anna Meunier, compagne de Huysmans, meurt des suites d’une longue maladie, possiblement la syphilis.

1895 (47 ans). En Route signe la conversion de Huysmans au catholicisme.

Je suis hanté par le Catholicisme, grisé par son atmosphère d’encens et de cire, je rôde autour de lui, touché jusqu’aux larmes par ses prières, pressuré jusqu’aux moelles par ses psalmodies et par ses chants. Je suis bien dégoûté de ma vie, bien las de moi, mais de là à mener une autre existence il y a loin ! Et puis… et puis… si je suis perturbé dans les chapelles, je redeviens inému et sec, dès que j’en sors. Au fond, se dit-il, en se levant et en suivant les quelques personnes qui se dirigeaient, rabattues par le suisse vers une porte, au fond, j’ai le cœur racorni et fumé par les noces, je ne suis bon à rien.

Pour aller plus loin. Frédéric Gugelot, Le temps des convertis, signe et trace de la modernité religieuse au début du XXe siècle, Archives de Sciences Sociales des Religions, 2002, 119, pp. 45-64.

1898 (50 ans). Après trente années passées au ministère de l’Intérieur, Huysmans prend sa retraite de ses fonctions de chef de bureau honoraire.

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