Archives de Catégorie: E. Droit et Sciences politiques

1700. Carte de l’Europe

Source. Les relations internationales dans l’Europe moderne, Jérôme Hélie, Chapitre 12 : Guerre générale en Europe (1700-1721), 2008, pages 196 à 214.

Carte de l’Europe en 1700

« Au lendemain de la paix de Ryswick, un climat de paix précaire règne. La rapide croissance des commerces maritimes montre que la fin des hostilités ne peut qu’apporter la prospérité aux puissances occidentales. Pourtant nul n’écarte l’hypothèse d’une nouvelle guerre dont l’Espagne et son empire seraient l’enjeu.

Dès la signature de la paix de Ryswick, toutes les capitales européennes se sont préparées à la mort de Charles II, au mépris de l’Espagne elle-même, comme si l’ensemble du système espagnol était entré en agonie, à l’image du roi. Il est vrai que le spectacle offert par la monarchie espagnole ressemble fort à celui d’un régime en décomposition.

Seconde femme de Charles II, Marianne de Neubourg a acquis un tel ascendant sur son époux que l’ambassadeur de France, Harcourt, la décrit comme l’unique souverain. Simulant régulièrement les grossesses, elle multiplie les intrigues, décidée à pousser vers le trône son neveu, l’archiduc Charles d’Autriche, tandis que la reine-mère Marianne d’Autriche forme un parti rival en faveur de son arrière-petit-fils, Ferdinand-Joseph de Bavière.

Entre ces deux femmes, le valido du moment, revenu en grâce en 1698, le comte d’Oropesa, semble pouvoir jouer un rôle d’arbitre, mais son incapacité à faire face à des émeutes de la faim provoque sa chute en 1699 et l’arrivée sur le devant de la scène du cardinal de Portocarrero, qui devient l’animateur du parti favorable à une solution française.

Il est clair que malgré une hérédité espagnole évidente, Louis XIV n’a jamais voulu la couronne pour lui-même »…

La guerre de Succession d’Espagne va durer 13 ans, de 1701 à 1714.

Plan du chapitre

Un roi Bourbon sur le trône d’Espagne : Partages et testament. La marche à la guerre.

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1799. Du Directoire au Consulat

Source. Extraits de l’article Gabriel Vital-Durand, 9 novembre 1799, Le Dix-Huit Brumaire inaugure le Consulat, Hérodote.net, 3 mai 2021.

« Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII, selon le calendrier républicain), le général Napoléon Bonaparte (alors âgé de 30 ans) met fin au régime du Directoire par un coup d’État parlementaire. Il instaure un nouveau régime, le Consulat, qui ouvre la voie à sa propre dictature.

Il s’ensuit cinq années durant lesquelles le Premier Consul Bonaparte va mener à bien les réformes initiées par le Directoire. Il va moderniser les institutions et ramener la paix civile ».

  • Source. Version abrégée de l’article de Gabriel Vital-Durand.
  • Pour lire la version intégrale de l’article, devenez Amis d’Hérodote.net (20 euros par an).

« Mais il va échouer à faire reconnaître par les autres puissances les conquêtes de la Révolution et ne pourra empêcher la formation d’une nouvelle coalition européenne contre la France… 

Dix ans après la prise de la Bastille, la Révolution s’essouffle. Le gouvernement du Directoire est désemparé par les difficultés économiques et militaires, et menacé par un retour prématuré des royalistes…

Le retour d’Égypte du général Napoléon Bonaparte lui offre l’occasion qu’il cherchait. Sieyès voit en ce jeune général couvert de gloire le dictateur de salut public dont la République française a besoin pour éviter le retour de Louis XVIII et de l’Ancien Régime. Il concocte avec lui un coup d’État parlementaire qui passerait par une révision de la Constitution.

Le 18 Brumaire, sous le prétexte d’un «complot des terroristes (royalistes), les deux assemblées des Cinq-Cents et des Anciens sont convaincues de se transporter au château de Saint-Cloud, à l’extérieur de Paris, et de confier la garde de la capitale à Bonaparte.

Complices du complot, trois des cinq Directeurs, Sieyès, Barras et Ducos, démissionnent. Les deux autres, Gohier et Moulin, suspects de sympathies jacobines, sont destitués et arrêtés. 

Le lendemain, la troupe boucle le château de Saint-Cloud. Mais les élus des Cinq-Cents réunis dans la salle de l’Orangerie refusent de modifier la Constitution comme on le leur demande.

Bonaparte, qui a déjà prononcé une médiocre harangue devant les Anciens, fait de même devant les Cinq-Cents. Sa déplorable prestation est accueillie par des huées et les cris : À bas le dictateur !

Violemment pris à partie par les députés et même menacé d’arrestation, il a un moment de faiblesse. Il est sauvé par des grenadiers qui l’amènent hors de la salle. Son frère Lucien qui préside fort opportunément l’assemblée sort à son tour et fait valoir à la troupe que son frère et les élus sont menacés d’assassinat. Le général Murat qui commande les grenadiers leur demande de faire évacuer la salle.

Les députés tout de rouge vêtus sautent à qui mieux mieux par les fenêtres et se dispersent dans le brouillard !

La nuit venue, sur les deux heures du matin, le Conseil des Anciens et quelques élus des Cinq-Cents que l’on a rassemblés manu militari votent enfin une révision de la Constitution. Ils nomment un gouvernement provisoire en la personne de trois Consuls, Napoléon Bonaparte, Emmanuel Joseph Sieyès et Roger Ducos. L’affaire est liquidée et chacun rentre à Paris »…

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1698. Fontaine de vin, feu d’artifice

1698, Strasbourg. Fontaine de vin et Feu d’artifice.

Diaporama de 14 photos.

A. Suite de la publication des estampes archivées au Cabinet des dessins et estampes de Strasbourg.

Une fontaine de vin est mise à disposition des strasbourgeois et un feu d’artifice est tiré en réjouissance de la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et des traités de Ryswick qui l’ont conclue. Des gravures marquent cet évènement.

Plusieurs fois, au cours du 18ème siècle, des feux d’artifice célébreront à Strasbourg ou la « remise » de la dauphine, ou un mariage royal ou la venue du Roi. Les chroniques à venir montreront des feux d’artifice beaucoup plus imposants, des jeux d’eau sur la rivière Ill. Mais les gravures ne montrent plus de fontaine de vin…

Gravure EV14, 15, Jean-Adam Seupel (1662-1714), la décoration de la fontaine de vin, donné au peuple par les magistrats de Strasbourg, la nuit du 6 Février 1698 dans la place et au-devant de la principale entrée de l’Hôtel de cette ville, en réjouissance de la Paix conclue entre le Roy Louis XIV, l’Empereur et l’Empire, au château de Ryswick le 30 Octobre 1697.

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Gravure EV14, 16. ANONYME, Feu d’artifice donné à Strasbourg en 1698

B. Le contexte historique : les Traités de Ryswick marquent la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

B1. Extraits de la chronique du blog du 7 avril 2021 : 1697, Ryswick : Louis XIV restitue.

« Les traités, signés les 20-21 septembre 1697 à Ryswick, ville hollandaise des faubourgs de La Haye, mirent fin à la guerre entre Louis XIV et la ligue d’Augsbourg (1688-1697)…

Toutefois les actions de Louis XIV, en particulier la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et ses tentatives d’expansion au-delà du Rhin, entraînèrent une détérioration de sa domination militaire et politique. La décision royale de franchir le Rhin et d’assiéger Philippsburg en septembre 1688 était destinée à empêcher une attaque contre la France par l’empereur Léopold Ier et à forcer le Saint-Empire romain germanique à accepter les revendications françaises. Cependant, l’empereur et les princes allemands étaient déterminés à résister et après que le Parlement hollandais et Guillaume III eurent déclaré la guerre à la France, Louis XIV devait faire face à une puissante coalition résolue à restreindre ses ambitions

Les traités. Le roi renonçait à toutes les places annexées par la France par la politique des réunions, qui lui avait aliéné toutes les cours d’Europe et rendait la plus grande partie des Pays-Bas espagnols à Charles II d’Espagne, notamment la place-forte de Luxembourg. Le calcul du roi de France était de ménager l’opinion espagnole, afin de préparer la succession du monarque espagnol, dont l’état de santé était préoccupant. De la même façon, la Catalogne et Barcelone étaient restituées.

Les Provinces-Unies signèrent des accords commerciaux avec la France et obtinrent le droit d’entretenir des garnisons dans certaines forteresses des Pays-Bas espagnols.

Louis XIV rétrocédait le duché de Lorraine et de duché de Bar à leur souverain légitime après 64 ans d’occupation militaire, mais ceux-ci devaient rester neutres et le royaume de France annexait quelques places-fortes stratégiques, telle Phalsbourg.

En Allemagne, Louis XIV fit définitivement reconnaître à la France la possession des quatre cinquièmes de l’Alsace (Strasbourg, villes de la Décapole, Basse-Alsace), alors que l’accord de Ratisbonne (1684) en avait initialement prévu la rétrocession à l’Allemagne pour 1704.

En outre, la France obtenait une compensation financière pour les droits dynastiques de la belle-sœur du roi sur le Palatinat.

Cependant, la mort du roi Charles II d’Espagne et la question de sa succession allaient entraîner la France et la Grande Alliance dans un nouveau conflit, la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) ».

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1795. De la Convention au Directoire

26 octobre 1795. La Convention cède la place au Directoire, Hérodote-net, par Gabriel Vital-Durand, 7 octobre 2021.

« Le 4 Brumaire An IV (26 octobre 1795), la Convention cède la place au Directoire. Par ce changement de régime, les conventionnels modérés, ou Thermidoriens, qui ont renversé Robespierre le 9 Thermidor An II (27 juillet 1794) veulent signifier la fin de la Terreur et de la Révolution.

Le nouveau régime commence par décréter une amnistie générale. Il abolit toutes les poursuites judiciaires portant sur des faits purement relatifs à la Révolution. Il élargit les détenus politiques… à l’exclusion de ceux qui ont participé à l’insurrection royaliste de Vendémiaire, trois semaines plus tôt. Symboliquement, la place de la Révolution, ci-devant place Louis XV, change son nom pour celui de place de la Concorde. C’est encore le nom que porte ce haut lieu de Paris où fut installée la guillotine sous la Terreur ».

  • Source. Version abrégée de l’article de Gabriel Vital-Durand.
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Une nouvelle Constitution

« Par la Constitution votée le 5 Fructidor An III (22 août 1795) et approuvée par un vote populaire le 20 Fructidor suivant (6 septembre 1795), les députés de la Convention séparent très strictement les pouvoirs législatif (la confection des lois) et exécutif (l’exécution des lois et le gouvernement du pays). C’est une nouveauté conforme à l’Esprit des Lois de Montesquieu :

Le pouvoir législatif est confié à un Corps législatif constitué de deux assemblées : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens, au nombre de 250, ainsi nommés parce qu’ils doivent avoir plus de 40 ans. Les Cinq-Cents doivent se contenter de faire des propositions de lois. Les Anciens votent sur ces propositions pour les transformer en lois. Les deux assemblées sont destinées à se neutraliser l’une l’autre et à éviter le retour de la dictature comme à l’époque de la Convention montagnarde. Elles sont renouvelables par tiers tous les ans.

Le pouvoir exécutif est confié à un Directoire de cinq membres âgés d’au moins 40 ans. Chaque année, l’un d’eux est changé par tirage au sort ! Les Directeurs sont désignés par les Anciens sur une liste de dix candidats proposés par les Cinq-Cents. Ils n’ont aucun pouvoir sur les assemblées ».

Des électeurs sous contrôle

« Le mode d’élection du Corps législatif ne relève que de très loin des règles démocratiques usuelles. À la base, dans les cantons, les hommes de plus de 21 ans qui paient un impôt élisent un électeur pour 200 citoyens. Ces électeurs doivent avoir 25 ans et justifier d’un revenu conséquent. C’est à eux qu’il appartient de désigner les futurs membres des assemblées ainsi que les juges des tribunaux civils.

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Guerre de succession d’Autriche

20 octobre 1740. Avènement tumultueux de Marie-Thérèse par Fabienne Manière, Hérodote-net, 20 octobre 2021.

« Le 20 octobre 1740, à Vienne, Marie-Thérèse (23 ans) monte sur le prestigieux trône d’Autriche laissé vacant par la mort de son père, Charles VI de Habsbourg.

Celui-ci a gouverné en souverain absolu les États héréditaires de la maison des Habsbourg (grand-duché d’Autriche, royaumes de Bohème et de Hongrie…). Comme ses prédécesseurs depuis trois siècles, il a assumé également la fonction symbolique d’empereur du Saint Empire romain germanique« .

  • Source.  Version abrégée de l’article de Fabienne Manière.
  • Pour lire la version intégrale de l’article, devenez Amis d’Hérodote.net (20 euros par an).
Vienne, avril 2016

« N’ayant que des filles pour lui succéder, Charles VI a prévu par la Pragmatique Sanction du 19 avril 1713 que son héritage pourrait revenir à l’aînée de celles-ci, Marie-Thérèse. L’ordonnance impériale doit éviter le morcellement de ses États héréditaires. Mais elle n’est agréée que du bout des lèvres par les souverains européens.

Marie-Thérèse devient donc archiduchesse d’Autriche et reine de Hongrie, mais ne peut en tant que femme se faire élire à la suite de son père à la tête du Saint Empire romain germanique. C’est donc pour son mari le grand-duc François III de Lorraine-Teschen qu’elle revendiquera ce titre.

L’avènement de Marie-Thérèse à la tête de l’Autriche et de son mari à la tête de l’Empire sont aussitôt contestés par les principaux souverains d’Europe. Mais la souveraine va faire front et gagner ses galons de grand chef d’État au terme d’une longue guerre de Succession d’Autriche

En 29 ans de mariage, Marie-Thérèse a donné le jour à seize enfants. C’est mieux que la douce Marie Leszczinska, épouse du roi de France Louis XV, qui s’était arrêtée à dix enfants. Parmi les enfants de Marie-Thérèse : les futurs empereurs Joseph II et Léopold II, ainsi que Marie-Antoinette, future reine de France, Ferdinand, duc de Modène, Marie-Caroline, reine de Naples…

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1789 et les biens ecclésiastiques

10 octobre-2 novembre 1789, les biens du clergé sont nationalisés, par André Larané, Hérodote-net, 30 septembre 2020.

« Le 10 octobre 1789, à Versailles, Talleyrand, évêque d’Autun et député, propose à l’Assemblée constituante de nationaliser les biens de l’Église de France, à charge pour l’État de subvenir à l’entretien du clergé. Sans s’en douter, les députés mettent le doigt dans un engrenage qui va diviser le pays »…

  • Source.  Version abrégée de l’article d’André Larané,
  • Pour lire la version intégrale de l’article, devenez Amis d’Hérodote.net (20 euros par an).

« Les états généraux ont été réunis par Louis XVI le 5 mai 1789 pour trouver une solution à la crise financière qui place le royaume au bord de la faillite.

Les premières secousses révolutionnaires n’arrangent rien. Les impôts ne rentrent plus du tout et les épargnants refusent de continuer à prêter de l’argent au Trésor. « La banqueroute, la hideuse banqueroute est à nos portes ! » s’exclame Mirabeau devant ses collègues députés, en septembre 1789.

C’est alors que le député Charles Maurice de Talleyrand, par ailleurs évêque d’Autun, propose à ses collègues de nationaliser les biens du clergé. Ces biens, constitués de propriétés agricoles et d’immeubles, sont très importants. On les évalue à 3 milliards de livres (environ dix fois le montant du budget annuel du royaume). Ils résultent des innombrables dons et legs des fidèles au cours des siècles passés.

La nationalisation des biens du clergé reçoit un accueil plutôt favorable des catholiques français et les paysans comptent bien en profiter pour arrondir leurs propriétés en se portant acquéreurs des domaines de l’Église ».

Décret du 2 novembre 1789 sur les biens ecclésiastiques, par Camus Armand Gaston, Archives Parlementaires de la Révolution Française, Année 1877, 9, p. 649.

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1700. Carte d’une Alsace morcelée

La province d’Alsace au début du XVIIIe siècle : frontière et mosaïque seigneuriale.

Source :  Citation du résumé en ligne de BOEHLER (Jean-Michel) : Une société rurale en milieu rhénan : la paysannerie de la plaine d’Alsace (1648-1789), Strasbourg, 1994, t. I, p. 132-133.

« La première impression qui se dégage de cette carte est celle de la bigarrure politique de la province, héritière d’un long processus remontant au Moyen Age, et de sa pérennité au-delà des traités de 1648. C’est qu’en vertu des traités de Westphalie le roi de France se substitue à l’empereur, en assumant les droits de souveraineté exercés jusque là  par ce dernier et en laissant aux seigneurs alsaciens, personnages individuels ou entités collectives, les droits liés à la supériorité territoriale et consacrés par la tradition. Quelles que soient les ambiguïtés des traités, l’affirmation progressive de l’autorité royale et les constants empiètements et « réunions » successives, une telle politique, qui ne bouleverse pas les structures existantes lors du rattachement de la province au royaume, ne saurait être génératrice d’homogénéité : cet émiettement territorial n’est pas sans rappeler, certes à petite échelle, la situation existant dans les principautés germaniques, marquées par la Kleinstaaterei, même si en Alsace la monarchie administrative centralisatrice tente, par intendant et Conseil souverain interposés, l’unification institutionnelle d’une province récemment rattachée à la France.

Au milieu de cette mosaïque, à la fois politique et religieuse, se détachent cependant les anciennes possessions autrichiennes de Haute Alsace, inféodées par le roi de France, dès le milieu du XVIIe siècle, aux Mazarin, qui, dans ces territoires d’« ancienne domination », héritent, en tant que seigneurs territoriaux,  des biens et droits que la Maison d’Autriche possédait dans une région comptant, à l’instar du Brisgau et du Tyrol, au nombre des vorösterreichischen Länder. Mais l’influence française s’essouffle, en dépit de la situation privilégiée qu’occupe le grand bailliage de Haguenau, à mesure que l’on pénètre dans les pays de « nouvelle domination » où peut subsister une certaine forme d’autonomie, principal obstacle à la mainmise royale et à la centralisation monarchique, caractérisant, au XVIIIe siècle, l’Etat moderne.

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Parmi les plus étendues, on relèvera les possessions des Wurtemberg, des Ribeaupierre et des Deux-Ponts qui voisinent avec une poussière de principautés laïques ou ecclésiastiques, parfois minuscules : une douzaine de bailliages alsaciens pour le comté de Hanau-Lichtenberg et guère davantage pour la régence épiscopale de Saverne, une dizaine de seigneuries se partageant l’Outre-Forêt, la république urbaine de Strasbourg flanquée de ses bailliages ruraux et la foule des membres de la noblesse immédiate d’Alsace, dont certains se partagent un ou plusieurs villages …

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Nantes, 18ème. Mort d’une université

Nantes 18ème. Mort d’une université

L’université ducale de Bretagne est fondée à Nantes en 1460. Une tentative de déplacement de l‘université de Nantes à Rennes a lieu dès la fin du 16ème siècle ; elle n’aboutit pas. Dès le début du 18ème, l’université entre en déclin ; sa faculté de droit est transférée à Rennes en 1735. Toutes les universités du royaume sont fermées au moment de la Révolution. Nantes ne verra rouvrir une université sur son territoire qu’à la suite d’un décret du 29 décembre 1961.

A. La fondation de l’université à Nantes en 1460. Les premières mises en cause dès le 16ème siècle. Source : extraits de l’article de Wikipédia, Université de Nantes.

« L’université ducale de Bretagne est fondée par Bertrand Milon le 4 avril 1460, à l’initiative du duc François II de Bretagne, et ce par une bulle pontificale du pape Pie II, donnée à Sienne, que l’évêque de Nantes Guillaume de Malestroit promulgua le 21 juillet suivant en qualité de protecteur de la nouvelle institution avec le titre de Chancelier et la dota 5 000 saluts d’or.

Charte de fondation

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Celle-ci incarne le vœu de François II d’affirmer son indépendance vis-à-vis du roi de France, alors qu’aux abords du duché à Angers en 1432, Poitiers en 1432 et Bordeaux en 1441 s’ouvrent des universités.

Une première tentative de déplacement de l’université de Nantes à Rennes a lieu à la fin du 16ème siècle : le roi Henri IV cherchant ainsi à punir Nantes, ville ligueuse, pour son soutien au duc de Mercœur. L’université reçoit par lettre patente du 8 août 1589 l’ordre de transfert à Rennes, ville restée fidèle à la monarchie. L’institution n’est cependant pas déplacée, faute de financement. Une nouvelle lettre patente du 5 septembre 1591 réitère cet ordre de transfert, mais là encore reste inappliquée. Une dernière lettre patente d’avril 1598 fixe la situation en confirmant l’établissement de l’université à Nantes ».

2. Louis XIV et l’enseignement du droit français. Source : extraits d’Info-Bretagne, Faculté de droit.

« L’édit de 1679, par lequel Louis XIV exige que le Droit français, contenu dans les ordonnances royales et les coutumes, soit enseigné publiquement aux futurs avocats, aurait pu rendre un peu de vie à la faculté de Droit, si le Roi avait pris en même temps des mesures pour faire vivre le professeur nouveau.

Et afin de ne rien omettre, dit-il, de ce qui peut servir à la parfaite instruction de ceux qui entreront dans les charges de judicature, nous voulons que le Droit français soit enseigné publiquement, et à cet effet, nous nommerons des professeurs qui expliqueront les principes de jurisprudence française (Archives de la mairie).

Dès 1681, l’avocat Douteau accepta d’occuper la chaire nouvelle, et son cours se continua pendant 17 ans, bien que le Roi eût négligé de lui assurer un traitement. En 1698, son grand âge lui fournissant un prétexte pour se retirer, il s’empressa de résigner ses fonctions. Personne ne s’étant présenté pour le remplacer, la chaire demeura vacante pendant près de 25 ans.

L’enseignement du Droit ne fut repris que le 18 novembre 1722, par le Sieur Bizeul, docteur agrégé en l’Université de Nantes, qui, pour ses honoraires, était autorisé à prélever sur chaque étudiant une taxe de 6 livres d’inscription dont le produit, bon an mal an, valait environ 300 livres. Pour l’encourager, les États de Bretagne lui accordèrent, en 1724, une gratification de 1,000 livres à laquelle il ajoutait les revenus de son grade d’agrégé, soit 25 livres. Le sieur Bizeul s’étant plaint d’être moins bien traité que ses collègues, l’intendant fit une enquête de laquelle il ressortit que chaque chaire de professeur de Droit civil ou canonique rapportait 1 862 livres, et que les émoluments du sieur Bizeul ne dépassaient pas 516 livres.

Les querelles intérieures qui agitèrent l’existence de la faculté de Droit ne mériteraient pas d’être signalées, si elles ne nous apprenaient quels rapports existaient entre les professeurs et les élèves.

Dans la contestation qui s’éleva en 1723, à propos de la présidence des thèses, le Conseil du Roi intervint par un arrêt, du 12 mai, qui fixe le droit de présidence à 9 livres, sans compter les droits des professeurs qui tous ensemble n’auront pas plus de 80 livres (Archives d’Ille-et-Vilaine, F 95). Par le même arrêt, il est enjoint aux professeurs de ne pas s’ingérer dans les répétitions de Droit, mais de laisser aux étudiants la liberté de choisir parmi les agrégés ; il est également défendu de prélever des taxes abusives et de dispenser des étudiants de l’examen sur le Droit français.

Depuis que la Faculté était sortie des salles primitives de la rue Saint-Gildas, elle n’était pas parvenue à trouver un local convenable pour ses leçons. En 1732, ses exercices, même les plus solennels, se passaient dans une sale obscure et malsaine qu’elle louait au couvent des Carmes ».

3. Le transfert du droit à Rennes. Source : capture de pages de B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, Histoire ancienne de notre université, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, Année 1948, 55-1, pp. 156-182.

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18ème. Portraits, peints ou sculptés

Le portrait, peint ou sculpté : dix œuvres du 18ème siècle au Musée d’arts de Nantes. Dans cette chronique, six portraits de célébrités du temps : un conseiller à la Grand’Chambre du Parlement de Paris, son fils, un trésorier des États de Bretagne, un sculpteur attitré de Louis XV, un pape – Clément XIII -, un premier architecte de la ville de Nantes.

Diaporama de 31 photos.

En guise d’introduction. Ressource pédagogique : Portrait et pouvoir aux 17ème et 18ème siècles. Service culturel des musées d’Orléans, dossier réalisé par les enseignants détachés, Hervé Finous, Nadine Mazier, Odile Ringuedé, Dominique Massardier, 27 pages.

« Aux origines du portrait. Lié à la conception religieuse et à l’organisation sociale et politique d’une société, le portrait est initialement associé à la notion de survie et à la transmission de l’image d’une personne aux générations futures. Il témoigne de l’apparence d’un individu à un moment donné de sa vie et représente un moyen de conjurer l’état éphémère lié à la condition humaine. Par conséquent, le portrait joue un rôle social important… :

Des portraits de pouvoir. A une époque où la peinture d’histoire se situe au sommet de la hiérarchie des genres, le portrait est d’autant plus légitime qu’il est au service de l’histoire, qu’il est un portrait d’un personnage engagé dans l’histoire. Aussi les portraits des 17ème et 18ème siècles sont-ils bien souvent des portraits de pouvoir, qui, d’une manière ou d’une autre, exaltent chez la personne portraiturée la possession ou la pratique d’un pouvoir.

L’exaltation du pouvoir peut s’exprimer à travers des accessoires, des attributs symboliques : regalia du souverain, ordres religieux et militaires, coiffure et costume révélateurs du rang social ou caractéristiques de la fonction, instruments propres à une profession… Elle peut se manifester à travers la richesse du décor, la somptuosité de la mise en scène. Elle peut aussi s’étendre à l’ensemble de la personne portraiturée : sa pose, ses gestes, son regard. Elle peut enfin prendre une tournure allégorique par le truchement d’une identité d’emprunt qui se superpose à l’identité réelle du modèle »…

A. Charles-Paul-Jean-Baptiste de Bourgevin de Vialart de Saint-Morys, Conseiller à la Grand Chambre du Parlement de Paris par Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), œuvre de la 2nde moitié du 18ème, huile sur bois.

« La Chambre au Plaid, devenue ensuite la Grand’Chambre, est le cœur du Parlement. Elle juge en appel les sentences des juridictions inférieures de son ressort. Les cas de crime de lèse-majesté lui sont soumis, ainsi que les procès concernant les pairs, les apanages, les parlementaires et les affaires de la régale. Au total y siègent plus de cent magistrats (premier président nommé par le roi, présidents à mortier, conseillers) et les princes du sang, ducs et pairs, qui tiennent particulièrement à ce grand privilège.

En 1753, translation de la Grand Chambre du Parlement à Pontoise ; dispersion et exil des magistrats des autres chambres en province ; enfin exil des magistrats de la Grand Chambre à Soissons (jusqu’à l’automne 1754) ».

Monsieur de Saint-Morys

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B. Cartel de l’œuvre du musée de Nantes. « Monsieur de Saint-Morys a certainement commandé ce portrait en même temps que celui de son fils.  A cette époque, la famille dispose d’une grande fortune grâce à l’héritage échu au jeune garçon, dont ses  parents avaient l’usufruit. Greuze connaît très bien la famille chez qui il a séjourné à plusieurs reprises. Cette relation explique sans doute l’approche directe et intime de ce portrait ».

C. Portrait de Monsieur 0live, trésorier des États de Bretagne, et de sa famille, par Marie-Geneviève Bouliard (Paris, 1763 – Château d’Arcy, 1825), 1791 ou 1792, huile sur toile.

« Les États de Bretagne s’assemblaient à partir de 1632 tous les deux ans, le plus souvent en hiver, après les récoltes et principaux travaux agricoles. Comme tous les états provinciaux, ceux de Bretagne comportaient en 1755 un nombre fixe de cent quatre sièges. Le vote se faisait par ordre et non par tête, chaque ordre ayant une voix. Aux représentants de la province s’unissait une vingtaine de commissaires du roi. Dans l’intervalle entre les assemblées, divers agents et organes assuraient l’exécution des décisions prises, dont le trésorier ».

Cartel de l’œuvre. « Ce portrait collectif n‘insiste pas sur le statut social du trésorier Olive, mais sur la représentation du bonheur conjugal et familial. Ceci illustre la nouvelle approche de l’éducation et de la place des enfants au sein de la famille, en écho aux écrits de Jean-Jacques Rousseau.

La carrière de Marie-Geneviève Bouliard, élève de Joseph Duplessis, témoigne de l’importance grandissante des femmes artistes à la fin du 18ème, comme Elisabeth Vigée Le Brun ».

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Louis 15 crée le secret du Roi

A. Le secret du Roi, une histoire du renseignement sous Louis XV (vidéo de 18’07).

« Le secret du roi est une officine importante sous Louis XV, permettant d’établir une diplomatie parallèle, de disséminer dans toute l’Europe des agents doubles comme le chevalier d’Éon, tout en luttant contre l’inflation des libelles à l’encontre de la monarchie ».

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Jean-Christophe Deschamps, professeur d’Histoire et Géographie, créateur de la chaîne d’Histoire diffusée sur Youtube : Le Prof Présente (LPP).

« Cette chaîne est accessible tant aux scolaires qu’aux amoureux de l’histoire. Ses sujets sont vastes. Ils touchent tous les continents, toutes les époques et font aussi la part belle à des personnages historiques moins mis en valeur habituellement. Si vous y êtes déjà abonné et que vous la connaissez, je vous remercie. Sinon, n’hésitez pas à la découvrir. Bonne journée à vous.

Chaîne fondée en octobre 2011 : une douzaine de vidéos par an, de quelques minutes à quelques dizaines, une iconographie dynamique. Le texte en voix off pourrait avoir une place plus centrale – il la mérite – s’il était téléchargeable pour être lu. Le débat n’est pas nouveau : lire un texte demande moins de temps que de regarder une vidéo dans laquelle ce même texte est lu de vive voix ; mais dans quel cas le contenu du texte est-il le plus facilement mémorisé et compris ?

Une autre vidéo très instructive sur LPP,  L’Europe des Lumières sur le chemin de la raison. Les grands personnages  (10’21).

B. Louis XV et le secret du roi (1740-1774). Source : extraits de Géraldine Colleu et Richard Fremder, Hérodote.net, mars 2021.

« Durant les années 1740, l’Europe des Lumières est déchirée par la guerre de la Succession d’Autriche. Bourbons et Habsbourgs s’affrontent une fois de plus et chacun met en place un système d’alliances : l’Autriche compte sur la Russie, la France sur la Prusse. Le conflit s’achève par le traité d’Aix-la-Chapelle, en 1748, source de vives déceptions en France, où l’on a le sentiment de s’être battu pour rien.

Tandis que l’on songe de part et d’autre à en découdre de nouveau, la santé chancelante du roi de Pologne Auguste III laisse augurer d’une prochaine élection royale par la diète polonaise et ce pays devient l’enjeu de toutes les attentions… Les électeurs sont courtisés par toutes les chancelleries, désireuses de placer un des leurs ou à tout le moins un allié sur le trône de Pologne.

Le prince de Conti, cousin du roi de France, se voit proposer par certains nobles polonais de se porter candidat. Cette idée arrange bien le roi Louis XV, qui cherche à éloigner les princes de sang susceptibles de se dresser contre son pouvoir et souhaite par ailleurs placer un allié en Pologne.

L’épisode ne serait qu’une péripétie de plus dans la tumultueuse histoire diplomatique du XVIIIe siècle si le roi n’avait chargé son cousin, au moment de partir pour la Pologne, en 1752, de mettre en place une correspondance secrète. Ainsi naît le « Secret du roi ». L’objectif est d’assurer la couronne de Pologne au Prince mais aussi de nouer des liens avec la Suède, la Prusse et la Turquie.

Louis XV, d’un naturel secret, veut se réserver toutes les informations collectées par le prince de Conti, aux dépens de sa propre administration des affaires étrangères ! Le Prince recrute divers agents dans le corps diplomatique en les soumettant au secret absolu et en empêchant qu’ils se connaissent entre eux.

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