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Toulouse. Les moulins du Bazacle

Quatre parties et quatre sources en ligne dans cette chronique sur les moulins du Bazacle, établis sur les chaussées de la Garonne à Toulouse du 12ème au 19ème siècle, en aval du Pont Neuf et face au Dôme de la Grave.

Diaporama de 10 photos.

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Partie 1. Source : larges extraits de FB Bourse, se référant à Aux origines des sociétés anonymes. Les moulins de Toulouse aux Moyen-âge de Germain Sicard, 1953.

« La première société française de type Société anonyme ou Société par actions trouve son origine à Toulouse au 12ème siècle, sept siècles avant la révolution industrielle. Il s’agit de la Société des Moulins du Bazacle.

A l’époque, Toulouse comptait environ 60 moulins flottants dits à nef sur la Garonne. Ces moulins étaient répartis entre trois lieux distincts : La Daurade, Le Château Narbonnais et Le Bazacle. Les moulins à nef du Bazacle sont signalés pour la première fois dans un acte d’inféodation concédé par le prieur de la Daurade en 1177. Ces types de moulins étaient difficiles d’entretien, peu productifs et sensibles aux crues.

Ils sont donc progressivement remplacés par des moulins fixes à la fin du 12ème. Vers 1180, les propriétaires des moulins du Bazacle reçoivent l’autorisation du prieur de la Daurade d’allonger leur chaussée (sorte de barrage) dans la direction du quartier Saint Cyprien. La chaussée du Bazacle faite de pieux de chêne traversait en biais la Garonne, du Bazacle jusqu’aux abords de l’Hôtel dieu St Jacques, sur une longueur d’environ 450 mètres. La construction des chaussées entraîne la substitution des moulins à nef, par des moulins terriers construits sur la terre ferme. Le premier moulin de ce type est construit en 1183 à Toulouse.

La naissance des premières sociétés par actions et la concentration importante de moulins à Toulouse au Moyen-âge résultent de plusieurs facteurs :

  • la ville de Toulouse comptait entre 30.000 et 60.000 habitants avant la phase l’urbanisation du 19ème siècle. Soit un potentiel de main d’œuvre et de débouché exceptionnel pour l’époque.
  • la production céréalière était l’activité principale des exploitations agricoles de la région.
  • la force motrice sans limite (sauf sécheresse) de la Garonne
  • des besoins en capitaux conséquents, afin de réaliser des investissements importants pour la construction, et l’entretien des moulins ainsi que des barrages. Ces moyens nécessaires à l’établissement et au fonctionnement des moulins étaient difficilement réunis par des propriétaires isolés. D’où l’orientation vers la voie du groupement.

Aux alentours de 1250, le Bazacle comptaient 12 moulins terriers. Les différents propriétaires de ces moulins décident de s’unir et de créer une société commune par action : La société des Moulins du Bazacle. Chaque associé recevait en contrepartie de sa participation dans la société, un papier notarié. La société était composée de 96 Uchaux. Chaque Uchan représentait un huitième de moulin. Les détenteurs de Uchaux sont appelés Pariers.

Au 13ème siècle, la société des Moulins du Bazacle accepte donc la coexistence des droits de propriété individuels sur les parts des moulins, et le principe d’une société collective assurant la gestion des intérêts communs des pariers. Chaque parier peut donc disposer et jouir de son uchan comme de tout autre bien immobilier. Les parts de la société pouvaient se transmettre librement par vente, donation ou héritage. Le prix de l’uchan était fixé en fonction du rendement du moulin et de son fonctionnement, ainsi que par l’environnement économique. Les parts se cèdent donc librement sans contrôle des autres associés.

En 1372, la société se transforme. Elle passe d’une société type Compagnie de meunier à une société anonyme de type moderne. Un capital social unique est mis en place. De fait, les pariers ne possèdent plus des parts de moulins, mais des parts de la société possédant les moulins. Le droit de chacun des pariers porte donc sur l’ensemble de l’entreprise.

Pour gérer cette société, des administrateurs sont désignés. Ils s’occupent de la gestion matérielle de la société. Ils ont donc autorité sur les employés, pour la réception des sacs de grains à moudre, pour la restitution des farines (après prélèvement du droit de mouture de 1/16ème), pour le règlement des dépenses (salaires, paiement des artisans pour réparation…).

Chaque année une assemblée est organisée. Lors de cette assemblée sont élus les administrateurs, le trésorier et le receveur des grains, postes clés dans la gestion des moulins. L’assemblée est chargée de déterminer la contribution des pariers aux dépenses communes (frais d’entretien et de réparation). Les pariers contribuent aux dépenses en fonction de leur participation dans la société. Si le parier ne contribue pas à payer sa part des dépenses communes, il risque que sa ou ses parts soient vendues ou saisies selon la procédure des ventes immobilières devant le Tribunal.

Au niveau des dividendes reçus, le montant est déterminé aussi en assemblée. Chaque parier reçoit en nature (c’est-à-dire en farine) sa part des bénéfices, toujours en fonction de sa participation. Le paiement en nature se fera jusqu’en 1840, date ou il passera en espèces. Les rendements générés par La Société des Moulins du Bazacle pouvaient atteindre entre 10 et 25% par an.

Robert de Hesseln dans son Dictionnaire universel de France écrit en 1771 : que le moulin du Bazacle rapporte environ 120 000 livres par an, soit à valeur constante (hors inflation) environ 1 135 000 euros La société des moulins du Bazacle regroupait environ 60 pariers, qui appartenaient pour la plupart aux catégories aisées de Toulouse. De nombreux pariers devinrent Capitouls.

En 1876, La société des moulins du Bazacle émet pour la première fois des actions nouvelles au nombre de 135, avec les mêmes droits que les anciennes.

En 1887, le site et les équipements du Bazacle sont loués à  La Société Toulousaine d’électricité. Cf. Partie 4 de cette chronique.

Partie 2. 1765. Dans l’article Moulins de l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, les moulins de Basacle sont « ce qu’il y a de mieux imaginé & de plus simple jusqu’à présent ». Ce sont évidemment les questions techniques qui sont exposées.

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26 évènements en 1749

26 évènements en 1749. Suite des chroniques sur le 18ème siècle, année par année.

Entre la guerre de succession d’Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept ans (1756-1763), des volontés de réformes centralisatrices. Réforme fiscale en France, réforme institutionnelle en Autriche, création d’un cadastre en Espagne pour fixer le montant des impôts directs. Début des antagonismes provinciaux avec les États de Bretagne.

France.   Le vingtième est un impôt établi par le contrôleur général des finances Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville, par lit de justice le 19 mai 1749, pour remplacer le dixième. Il désire établir un impôt direct touchant l’ensemble de la population (tiers-état, nobles et clergé) dont le montant correspond à 5 % (1/20) des revenus. Visant à amortir les dettes du Royaume, le vingtième entre en vigueur le 19 mai 1749, le jour même de son enregistrement, tandis que l’édit pour la suppression du dixième ne sera établi qu’à compter du 1er janvier 1750.

Autriche. Haugwitz reforme les institutions en séparant les affaires administratives de l’exercice de la justice : il crée un directoire administratif divisé en sept sections qu’il préside et une cour suprême présidée par le chancelier d’Autriche Seilern. L’administration et le financement de l’armée sont centralisés.  

Espagne. Ferdinand VI met en place un cadastre en Castille dans le but de remplacer les recettes provinciales par une contribution unique.

Huit Chroniques du blog

Fiscalité : création du vingtième par Machault d’Arnouville

Le Comte d’Argenson (1694-1764). Au renvoi de Maurepas, il se voit confier le département de Paris. Il fait dresser les plans des Champs-Élysées et de la place Louis XV.

Première variolisation à Genève. Les banquiers ont inventé un système de rentes viagères, limitant les risques financiers de la variolisation des enfants et intitulé Les Immortelles.

Diderot emprisonné au château de Vincennes (24 juillet au 3 novembre).

Mort d’Émilie du Châtelet.

Émilie du Châtelet, mathématicienne et philosophe, et qui fut un moment  la maitresse de Voltaire, est inhumée sous une dalle noire, dans l’église Saint-Jacques de Lunéville.

Couvent des Récollets (Strasbourg), édifié entre 1746 et 1749 par les architectes Gaspard-Théodore Rabaliatti et Charles Hiski.

La maison des Imlin, dynastie d’Orfèvres, 30 place Kléber (Strasbourg).

Chronologie 1749, mois par mois : 26 évènements.

4 janvier. Victoire navale des corsaires de Tripoli sur Venise au combat de Céphalonie.

8 janvier : naufrage de l’Amsterdam près de Hastings en Angleterre à la suite d’une tempête, lors de son premier voyage.

mars : rapprochement diplomatique entre l’Autriche et la France lors d’une Conférence secrète avec Königsegg, grand maître de la cour, Khevenhüller, grand chambellan, Bartenstein et Kaunitz.

23 avril. Charles Alexandre de Lorraine entre à Bruxelles après le départ des Français le 28 janvier.

24 avril : disgrâce du ministre de la Marine Maurepas, soupçonné de « poissonnade » contre Madame de Pompadour.

30 avril : Rouillé succède à Maurepas comme secrétaire d’État de la Marine

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Comte d’Argenson (1694-1764)

Le Comte d’Argenson (1694-1764)

Source 1. Présentation en ligne. Yves Combeau, Le comte d’Argenson, 1696-1764 : Ministre de Louis XV, École nationale des chartes, 1999, 534 pages.

Source 2. Extraits de l’article de Wikipédia.

Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson, est un homme d’État français né à Paris le 1696 et mort dans la même ville le 1764 (à 68 ans).

Peint par Hyacinthe Rigaud. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Il fut lieutenant général de police (1720, puis 1722-1724), à la suite de son père Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, chancelier du duc d’Orléans (1723-1740), puis ministre d’État (1742) et secrétaire d’État de la Guerre de Louis XV de janvier 1743 à février 1757.

1724. La mort de son protecteur la même année arrête son ascension pour une quinzaine d’années. Conseiller d’État (28 janvier 1724), d’Argenson entre alors dans les commissions du Conseil où il participe à la rédaction des ordonnances civiles du chancelier d’Aguesseau.

1726-1740. Il fut nommé membre honoraire de l’Académie des sciences en 1726 La disgrâce de Germain Louis Chauvelin, en 1737, le ramène aux affaires. Le cardinal de Fleury le nomme directeur de la Librairie, puis président du Grand Conseil (1738-1740), et intendant de Paris (1741). Il renonce à la chancellerie d’Orléans (1740).

1742-1745. Le 26 août 1742, il est nommé ministre d’État et appelé au Conseil comme adjoint au cardinal de Tencin. Il est nommé secrétaire d’État de la Guerre le 7 janvier 1743, au décès du marquis de Breteuil. En 1744, il est nommé surintendant des postes et relais de France. Il soutient les réformes engagées dans l’armée par le maréchal de Saxe, en particulier dans l’artillerie, qui contribuent aux succès de 1744 et 1745.

1748. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

La paix d’Aix-la-Chapelle de 1748 n’arrête pas son ambition réformatrice : réunion du corps des fortifications (1743) puis de l’artillerie (1755) au département de la guerre, institution des grenadiers royaux (1744), réforme des hôpitaux militaires (1746-1747).

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R&I sous le quinquennat de Macron

2017-2022. Recherche et Innovation sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Chroniques critiques d’Histoires d’universités : chroniques sur la Recherche, chroniques sur le Doctorat (tableaux statistiques : page 2). En fin de chronique, commentaires de fiscalistes sur la loi de finances 2022.

21 mars 2017. Guide Crédit Impôt Recherche

Guide du Crédit Impôt Recherche (CIR). Cette niche fiscale va-t-elle désormais de soi ? Le guide précise les modalités d’application du crédit d’impôt recherche. dispositif qui a été étendu à certaines dépenses d’innovation, hors R&D, afin de renforcer la compétitivité des PME françaises.… Lire la suite →

 3 mai 2017. Impact du CIR ? On ne sait pas !

Études d’impact du crédit d’impôt recherche (OFCE). Il est intéressant de lire la conclusion de cette revue de la littérature académique. Il faut, en premier lieu, observer qu’elle est basée sur des données comptables et fiscales qui ne sont pas de la dernière fraicheur ! La conclusion peut être ainsi résumée : Impact du CIR ? On ne sait rien de sérieux ! Et pourtant, chaque année qui passe, l’État y consacre des milliards d’euros… Lire la suite →

14 novembre 2017. Le CIR en 2018 : 5,5 Mds €

Projet de loi de finances 2018 en vue du débat à l’Assemblée nationale, Recherche et Enseignement supérieur, Rapporteure, Mme Amélie de MONTCHALIN, députée. Le principal instrument de l’État pour accroître la R&D des entreprises est le Crédit Impôt Recherche dont l’ampleur place la France en tête des pays de l’OCDE (pages 45 à 49).… Lire la suite →

30 mai 2018. Les 40 milliards du CIR : impact ?

Cour des Comptes, Rapport sur la Mission MIRES, Note d’analyse de l’exécution budgétaire 2017, 112 pages. Analyse des effets du Crédit Impôt Recherche (pp. 66 et suivantes) : 40 milliards d’euros de dépense fiscale de 2008 à 2017. Quelle efficacité du CIR sur l’évolution de la dépense intérieure de recherche et développement des entreprises ? La Cour des comptes avoue ne pas savoir.… Lire la suite →

22 février 2019. Les démolisseurs de la recherche

Délégation de RogueEsr, reçue à l’Élysée, au siège du CNRS et au Ministère de l’ESRI. 50 postes rétablis au CNRS dès cette année, soit 5 millions d’euros par an : « cette demande de RogueESR était si minime rapportée au budget d’une nation aussi riche que la France, si ridicule rapportée au 5,5 milliards annuels du CIR), mais c’était déjà trop. Notre démarche aura au moins eu le mérite de montrer que la volonté politique d’en finir avec l’emploi scientifique pérenne est indiscutable »… Lire la suite →

15 mars 2019. Docteurs : impact du CIR ?

Voici enfin de nouveaux résultats sur l’impact du Crédit Impôt Recherche (CIR) ! Le CIR, c’est une dépense fiscale d’environ 6 milliards d’euros, soit les trois cinquièmes de l’ensemble des aides publiques à l’innovation… Lire la suite →

3 juillet 2019. Vous avez dit Campus d’innovation ?

Jean-Lou Chameau, membre de l’Académie des technologies, Rapport de la Mission sur les campus d’innovation. Je me suis dit que répéter les mêmes choses depuis des années ne servait à rien : ce rapport est déjà oublié dans les tiroirs. Il ne peut en être autrement car il n’essaie même pas de définir Innovation et donner une vision un peu réaliste de ce qu’est ou pourrait être un Campus d’innovationLire la suite

Septembre 2020. Évaluation des effets du dispositif Cifre sur les entreprises et les doctorants participants, Institut des Politiques publiques.

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Avril 2021. Évolution du nombre de doctorats et de docteurs.

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Cabinets Conseils. Brûlot du Sénat

Sénat, Commission d’enquête, Influence des Cabinets de Conseil sur les politiques publiques, rapport final, mars 2022, 385 pages. Ce rapport critique est un brûlot.

Commandes de l’État auprès de cabinets de conseils : « Ils ont été pris la main dans le pot de confiture », France Info, Brut, 24 mars 2022, vidéo de 4’05.

Deux parties dans cette chronique. Partie 1. Un exemple d’intervention de Cabinet Conseil : celui de l’université Gustave Eiffel. Partie 2. Extraits du rapport de synthèse.

Partie 1. 90 720 euros HT attribués à l’université Gustave Eiffel.

Acheteur. Établissements et organismes de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.
Accompagnement dans la mise en place de la fonction financière et comptable de la future université Gustave Eiffel (Marne-La-Vallée).
Financement. 90 720 euros HT.
Source: DECP et Journal Le Monde.

Accompagnement dans la mise en place de la fonction financière et comptable de la future université Gustave Eiffel. Future université : cela signifie que le Cabinet Conseil est intervenu avant 2020, l’université ayant été « ouverte » le 1 janvier de cette même année. Toutes les chroniques du blog sur l’Université Gustave Eiffel.

Je n’ai pas trouvé sur le site de l’université le rapport et les recommandations du Cabinet Conseil. Pas davantage de trace dans le Rapport d’activité 2020.

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Globalement, la fonction financière et comptable est semblable à celle de toutes les universités, sauf sur trois points. Des informations figurent dans l’Organigramme des services.

Trait commun : séparation de l’agence comptable et des services financiers. Celle-ci n’était pas systématique il y a encore une vingtaine d’années. Elle s’est généralisée avec la progression de taille et de regroupement d’universités, la mise en extinction du Corps des CASU, et donc la réservation de la fonction d’Agent comptable à des fonctionnaires du ministère des finances.

Traits distinctifs :

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1775. La guerre du blé

Suite de la chronique 1774. Le Commerce des grains. Partie 2. La guerre du blé (avril-mai 1775).

Source 1. La guerre des farines, in Les essentiels de Gallica BNF.

« Suite à de mauvaises récoltes de blé, certaines régions françaises souffrent d’une véritable famine, tandis que d’autres, mieux approvisionnées, sont épargnées. En 1774, Turgot provoque une flambée des prix du pain et une disette généralisée en libéralisant le commerce des grains.

C’est l’agitation sur les lieux de distribution des farines, et la révolte gronde contre les commerçants spéculateurs. Une vague d’émeutes, appelée la « guerre des farines », a lieu dans la moitié nord du royaume en avril et mai 1775 : pillages, attaques de dépôts et de boulangeries, entrave des axes fluviaux et routiers. Marchands et fermiers sont généralement visés, mais aussi les représentants directs du pouvoir, meuniers affairistes ou conseillers aux parlements.

Signe avant-coureur de la Révolution, ces émeutes seront finalement enrayées par l’intervention massive des soldats du roi. L’ordre est rétabli par un contrôle des prix du blé et par l’organisation d’un approvisionnement des provinces en difficulté ».

Le Fermier brûlé ou la famille pauvre par François Philippe Charpentier (1734-1817). graveur, BnF, département des Estampes et de la Photographie.

Source 2. La guerre des farines. Larges extraits de l’article de Wikipédia.

« La guerre des farines (l’expression, contemporaine des événements, fut retenue par l’historiographie) désigne une vague d’émeutes survenues d’avril à mai 1775 dans les parties nord, est et ouest du royaume de France. Elle fait suite à une hausse des prix des céréales et consécutivement du pain, supposément du fait de la suppression de la police des grains royale, et des mauvaises récoltes des étés 1773 et 1774. Cette révolte singulière par son échelle fut réglée par un contrôle des prix du blé (avant le retour de l’abondance) et l’intervention de la troupe.

À travers la révolte frumentaire de l’Ancien Régime, se manifeste une crise sociale et politique. Ainsi, ces événements peuvent se lire comme une réaction envers l’édit de Turgot, qui rétablit la libéralisation du commerce des grains sous l’Ancien Régime le 13 septembre 1774 : en effet, cette libéralisation apparaît comme contraire à l’économie morale, rupture par rapport au principe qui exige du roi de veiller à la sécurité de ses sujets et à leur approvisionnement en denrées.

Des analyses récentes tendent à voir cet événement non pas seulement comme une révolte de la faim, mais également comme un prélude à la Révolution française. La guerre des farines peut être considérée, à ce titre, comme un événement prérévolutionnaire ou comme un signe avant-coureur de la Révolution. La guerre dite des farines s’inscrirait dans un mouvement frumentaire plus ancien, et annoncerait les révoltes frumentaires de l’An II ».

La guerre du blé au XVIIIe siècle. La critique populaire de la liberté économique. Florence Gauthier et Guy-Robert Ikni (eds), éditions Kimé, mai 2019, 332 pages.

Causes et étapes de la violence frumentaire

« Lors de la soudure du printemps 1775, les réserves de céréales s’épuisent alors que les nouvelles récoltes ne sont pas encore arrivées. Au printemps 1775, la disette se manifeste dans ce contexte nouveau : avant l’édit de Turgot, chaque région aurait fait face à sa propre pénurie, de sorte que certaines auraient souffert d’une véritable famine tandis que d’autres auraient été totalement épargnées et approvisionnées à des prix stables ; une intervention royale aurait été demandée, et sans doute obtenue, pour assurer l’approvisionnement des régions les plus touchées.

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1774. Le commerce des grains 

Deux chroniques successives.

  • 1. La libéralisation du commerce des grains (1774) : Mably contre Turgot
  • 2. La guerre du blé (1775). Cliquer ici.

23 mars 2022. La sécurité alimentaire est en jeu en Ukraine. France Culture, Le Journal, 12 minutes. « Reportage dans la principale usine de farine de Kiev, qui tourne encore, près d’un mois après le début de l’invasion russe ». Elle traite 450 tonnes de farine par jour. Comment serait qualifié un  bombardement pour arrêter la production de l’usine au prix de morts civils ?

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Partie 1. La libéralisation du commerce des grains sous Louis XV et Louis XVI

Source 1. Louis-Paul Abeille (1719-1807), Principes sur la liberté du commerce des grains, 1768. Gallica BNF.

Source 2. L’édit de Turgot du 13 septembre 1774. Extraits de l’article de Wikipédia sur La libéralisation du commerce des grains sous l’Ancien Régime.

« La libéralisation du commerce des grains sous l’Ancien Régime est une politique économique menée en France à partir de 1763 qui visait la libre circulation des denrées. Aboutissement politique du développement de la pensée des Physiocrates, c’est l’une des premières tentatives de libéralisation de l’économie française, comparable à celles menées en Angleterre, en Espagne ou en Toscane à la même époque ».

Louis XV meut le 10 mai 1774 ; Louis XVI lui succède. « Turgot, proche des physiocrates, est nommé ministre des finances. Son édit du 13 septembre 1774, peu à peu complété par d’autres arrêts, restaure la déclaration de 1763. La liberté du commerce des grains devient quasi complète à l’intérieur du royaume, et il est en projet de restaurer jusqu’à l’édit de 1764 autorisant l’exportation ».

« Le raisonnement est simple : les années ou les régions qui auront connu de bonnes récoltes permettront de créer des réserves qui seront utiles dans les mauvaises années ou aux régions dont la récolte aura été insuffisante. Le stockage et le transport sont donc encouragés, contre l’avis des réglementaristes, qui veulent lutter contre l’accaparement et la spéculation…

De l’expérience menée par Choiseul, Turgot a retenu qu’il est indispensable d’anticiper une éventuelle disette en cas de mauvaise récolte et de cherté des produits céréaliers. Si la situation l’exige, l’État organisera donc des ateliers de charité, grâce auxquels les ouvriers qui auront perdu leur travail, faute de grains à broyer, trier ou nettoyer, pourront, même avec un salaire modeste, continuer à se nourrir et à acheter, ce qui évitera les troubles publics et l’arrêt ou le ralentissement brutal de l’économie. Ces ateliers sont pour Turgot non pas une forme d’assistance humanitaire conçue isolément, mais un des instruments de la politique céréalière…

Le stockage et le transport des grains doivent, dans l’esprit du ministre, être aussi à l’avantage des producteurs. Les profits de ces derniers diminuent en effet dans deux cas de figure : une très faible production qui entraîne une hausse des prix sans que celle-ci compense celle-là, et une production très élevée, qui entraîne une baisse des prix, sans que celle-là compense celle-ci. Dans le premier cas, les stocks seront mobilisés afin de faire tomber les prix ; dans le second cas, le transport vers les régions souffrant de la pénurie résoudra le problème de la surproduction — que Turgot appelle, par un bel oxymore, la misère de la surabondance, et permettra de vendre un peu plus cher. Les exploitants ont donc un intérêt à réguler leur production et à fixer des tarifs raisonnables.

L’édit de Turgo s’inscrit aussi dans une politique économique globale : production céréalière et prix des grains jouent sur l’évolution des salaires, ces derniers baissant automatiquement dans les deux cas de figure évoqués plus haut. Par la libéralisation du commerce des grains, Turgot ne cherche pas moins qu’à donner à la France les moyens de la prospérité générale ».

Source 3. Un opposant à l’édit de Turgot : Gabriel Bonnot de Mably (1709-1785). Extraits d’un article de Wikipédia.

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Strasbourg. Le Sac du NeuBau (1789)

« Le NeuBau (source : Archi-wiki) est un très bel édifice de la Renaissance, construit de 1582 à 1585. Architecte, Hans Schoch, sculpteurs suisses Paul Maurer et Joerg Schmitt. Neue bau (nouvelle construction) car il s’agissait de la première construction civile entièrement en pierre à Strasbourg.

Le Neubau servit d’hôtel de ville pendant 14 ans seulement. Dès l’origine, il accueillait également des commerces au rez-de-chaussée.

Pour les étages supérieurs il faudra attendre 1588 suite à l’accueil d’une délégation Zurichoise. De fait, le Neubau sera le Palais des congrès de Strasbourg jusqu’en 1779.

L’originalité de ce bâtiment réside dans son architecture classique de la Renaissance qui tranchait avec l’architecture locale à colombages. C’est le premier bâtiment en Alsace où l’on voit la superposition canonique des trois ordres antiques. Au-dessus de chaque chapiteau de colonne on trouve des têtes d’hommes reprenant chacune les professions des corporations, rappelant ainsi l’origine commerciale de l’édifice ».

Partie 1. Un évènement révolutionnaire.

Jean-Henri CLESS, Pillage de l’Hôtel de ville de Strasbourg le 21 juillet 1789, Cabinet des dessins et estampes. Source : gravure EV15 3.

Diaporama de 13 photos (Pierre Dubois, octobre 2021).

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« Jean Henri Cless assiste aux soulèvements révolutionnaires qui aboutissent au pillage de l’Hôtel de ville le 21 juillet 1789. Le bâtiment, abritant désormais la Chambre de Commerce et d’Industrie, fut la cible de destructions importantes. Ce dessin, réalisé sur le vif, illustre la violence du moment, avec la défenestration de documents d’archives ou de meubles. Même les tuiles sont arrachées et projetées au sol » (source Cabinet des dessins et estampes).

Après le pillage de juillet 1789, le bâtiment, en 1802, est acheté et rénové par la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Le pillage vu par deux voyageurs étrangers contemporains. 1. Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788, 1789.

2. Rodolphe Baudin, Nikolaï Karamzine à Strasbourg. Un écrivain-voyageur russe dans l’Alsace Révolutionnaire, Presses Universitaires de Strasbourg. « Les Lettres d’un voyageur russe (1791-1801) fut le premier récit de voyage littéraire jamais publié en Russie et l’œuvre principale de Nikolaï Karamzine (1766-1826), figure phare du sentimentalisme et premier grand historien de son pays ».

Analyse d’un Historien du 1er quart du 20ème siècle : Rodolphe Reuss (1841-1924). Le sac de l’Hôtel de ville de Strasbourg, juillet 1789. Épisode de l’histoire de la Révolution en Alsace, Revue Historique, Presses Universitaires de France, T. 120, Fascicule 1 (1915), pp. 26-55.

Partie 2. Le Neubau du 16ème au 20ème siècle. Source : larges extraits de l’article de Wikipédia. lire la suite page 2.

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1769-1774. Terray aux Finances

Chroniques du blog sur les Contrôleurs généraux des finances. Leur nombre au 18ème siècle ? Trente et un.  

« Le contrôleur général des finances est le responsable ministériel des finances royales en France, après la suppression de la charge de surintendant des finances en 1661. Jean-Baptiste Colbert fut le contrôleur le plus célèbre, de 1665 à 1683. Il cumula cette charge avec le portefeuille de la Marine (1669-1683) et celui de la surintendance des bâtiments (1664-1683).

Le contrôleur général des finances dirigeait les finances, l’agriculture, l’industrie, le commerce, les ponts et chaussées et une partie de l’administration intérieure.

La fonction était très rémunératrice : outre le traitement de 200 000 livres par an, pouvaient s’ajouter 20 000 livres en tant que ministre d’État, et les pots de vin divers en particulier lors du renouvellement des baux de la Ferme générale ».

Partie 1. Source : le livre de Marie-Laure Legay, Finance et calomnie, L’abbé Terray (1715-1778), ministre de Louis XV, CNRS Édition, Collection Histoire, Paris, 2021, 310 pages. L’introduction de l’ouvrage peut être lue en ligne.

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4ème de couverture. « L’abbé Terray, conseiller au parlement de Paris, contrôleur général des finances et directeur des Bâtiments du roi, a laissé derrière lui une image exécrable construite dès 1776 par un libelle infamant, un véritable bestseller écrit par deux pamphlétaires virulents.

Perçu comme ambitieux, avide et libertin, le ministre déchaîne les passions à une époque où la calomnie est une puissante arme politique pour dénoncer en vrac les arrêts du Conseil, la favorite du Barry, les dépenses de cour ou les financiers, en bref le despotisme ministériel. Derrière cette colère se cache la rancœur tenace des puissants dont le ministre a réduit les pensions, taxé les domaines, augmenté les charges… La rigueur du Grand houssoir dérange la haute noblesse comme la bourgeoisie, dont les contrats de rentes font craquer les armoires des notaires.

Ce ministre est pourtant doté d’un esprit de modération, d’une grande capacité de travail et, n’en déplaise à ses détracteurs, d’une sensibilité raisonnée pour le peuple, dont il défendit les intérêts dans la guerre des grains. Père d’une fille naturelle qu’il tente de protéger, il a quelques amis auxquels il reste fidèle, sans appartenir néanmoins à aucun clan. Il fait montre d’un goût sûr pour les arts et la nature qu’il met en scène dans son château de La Motte-Tilly.

Dans cette biographie, la première sur ce personnage, Marie-Laure Legay brosse le portrait d’un homme méprisé, avec en toile de fond les dernières années du règne de Louis XV, entre relâchement des mœurs et triomphe de la spéculation ».

Bonnes feuilles du livre : table des matières et introduction.

Partie 2. Terray Joseph-Marie, dit l’Abbé (1715-1778). Source :  introduction de l’article de l’Encyclopédie Universalis.

« Élève au collège de Juilly, protégé par son oncle, médecin de la mère du Régent, conseiller clerc au parlement de Paris en 1736, Terray suit le parlement lorsqu’il est exilé en 1753. Habile dans les affaires complexes, il joue un rôle important dans l’expulsion des Jésuites, puis abandonne les intérêts de sa compagnie. Il secoue le joug des convenances ecclésiastiques et conquiert la protection de Mme de Pompadour. Entré au Conseil en 1764, il prépare la même année, avec Laverdy, l’édit d’exportation des grains.

Contrôleur général des Finances en 1769, il gagne l’appui de Mme du Barry. Après la disgrâce de Choiseul, il exerce, avec Maupeou et d’Aiguillon, le « triumvirat » jusqu’à la mort de Louis XV. Aux Finances, il se révèle un administrateur ordonné, énergique et habile ; il entreprend une série de réformes utiles : la propagation du vingtième et son aménagement plus équitable, l’assujettissement du clergé au quinzième ; il s’empare d’une partie des revenus de l’Université, réduit les rentes et les pensions sur l’État, établit des charges nouvelles dans un souci de fiscalité juste. Il rapporte l’édit de Laverdy en 1771 pour restaurer l’autorité royale et celle des intendants, propose le rachat des offices municipaux, établit un impôt nouveau en province : le don gratuit des villes. Il réduit les rentes et les pensions, recourt aux emprunts, pratique des banqueroutes partielles.

Il mécontente les contribuables et surtout les commerçants, révoque l’édit d’exportation des grains en 1770. Accusé d’accaparer les blés pour en faire monter les prix et en tirer bénéfice, il devient très impopulaire.

À la chute du triumvirat (Maupeou-Terray-d’Aiguillon) en 1774, le peuple brûle son effigie. Surnommé Vide-Gousset, il avait momentanément réussi à réduire le déficit du Trésor ».

Partie 3. Source : larges extraits de l’article de Wikipédia.

« L’abbé Joseph Marie Terray, abbé commendataire de Molesme et Troarn, seigneur de La Motte-Tilly, est un homme d’État français né le 9 décembre 1715 et mort à Paris en février 1778. Il fut le dernier contrôleur général des finances de Louis XV (1769-1774).

Joseph Marie Terray descendait d’un paysan aisé de Boën-sur-Lignon, dont la descendance s’était progressivement élevée. Son oncle, François Terray de Rosières, premier médecin de la princesse Palatine, s’enrichit considérablement dans le système de Law et lui laissa un important héritage. Son père, Jean Antoine Terray, était directeur des gabelles de Lyon. Joseph Marie fut issu de son second mariage avec Marie Anne Damas qui lui apporta des lettres de noblesse.

Conseiller au Parlement de Paris

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Jean-Joseph de Laborde (1724-1794)

Jean-Joseph Laborde, par la suite marquis de Laborde, né près de Jaca en Aragon le 27 janvier 1724 et mort guillotiné à Paris le 18 avril 1794, est un négociant, un banquier et un planteur esclavagiste. Quatre parties dans cette chronique.

Jean-Joseph de Laborde, par Ange Laurent Lalive de Jully

Partie 1. Source : citations et captures de pages, extraites de François d’Ormesson et Jean-Pierre Thomas , Jean-Joseph de Laborde (1724-1794), Banquier de Louis XV, mécène des Lumières et inventeur des jardins de Méréville, Édition Tallandier, septembre 2021, 480 pages.

4ème de couverture. « Encore trop peu connu, le destin de Jean-Joseph de Laborde est fascinant. Ce Béarnais, né en Espagne, placé à dix ans dans une maison de commerce de Bayonne, responsable à vingt ans d’une société internationale, est à trente ans à la tête d’un véritable empire commercial et l’un des hommes les plus riches de France.

Banquier de la Cour, portant sur ses épaules le ministère de Choiseul, finançant presque à lui seul la guerre de Sept Ans et, plus tard, celle d’Amérique, Laborde conseille Louis XV, la haute noblesse et même Voltaire dans la gestion de leurs portefeuilles financiers, tout en manifestant, dans ces diverses opérations, une intégrité sans faille.

Cet Européen avant la lettre s’impose non seulement comme l’un des promoteurs du nouvel urbanisme parisien, mais encore comme un véritable entrepreneur, inventeur des exceptionnels jardins de Méréville et l’un des principaux mécènes privés de son époque. Le couperet de la guillotine met tragiquement fin à sa vie en 1794″.

Extraits : table des matières, pages 11 et 12 : Une puissance venue de presque rien

Partie 2. Source en ligne. Jean-Joseph de Laborde (1724-1794), par Françoise Kermina dans Cairn info, Heurs et malheurs des grands argentiers, 2018, pages 147 à 170.

« La carrière de Jean-Joseph de Laborde commence de manière peu banale : il ne s’écrie pas, comme le fera plus tard le Rastignac de Balzac, A nous deux Paris ! Au contraire, on lui propose en haut lieu de s’installer dans la capitale, et il se fait prier. C’est alors un négociant prospère. Basque d’origine familiale mais né à Jaca en Aragon où son père, un modeste commerçant, avait cherché un meilleur sort, il a fait sa fortune seul, grâce à son intelligence, sa ténacité, son sens aigu des affaires. Il pratique à Bayonne, ville alors très florissante, le Grand commerce, c’est-à-dire le commerce d’exportation, particulièrement avec l’Espagne dont il parle couramment la langue.

Les appuis dont il y dispose auprès d’investisseurs potentiels ont fait de lui aux yeux des ministres du roi le grand argentier idéal, à savoir le personnage le plus apte à drainer des fonds de l’étranger vers le Trésor public. C’est donc un homme à avoir près de soi. Le cardinal de Bernis, Premier ministre, et le contrôleur général des Finances, Tavernier de Boullongne, en sont convaincus et le relancent avec insistance.

Laborde hésite. Pourquoi hésite-t-il devant la chance ? Parce qu’il est très attaché à son empire de Bayonne, et parce qu’il est amoureux de la princesse Léopoldine de Lorraine. Jeune femme mélancolique et fragile, elle fait de fréquentes cures thermales à Bagnères-de-Bigorre où Jean-Joseph l’accompagne. Mais finalement c’est elle qui l’écarte, ils se quittent et il part pour Paris en septembre 1758. Ils ne se reverront plus car elle meurt quelques mois plus tard »…

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