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Paris, 18ème. Enseignes de boutiques

Paris, 18ème siècle. Enseignes de boutiques.

Parcours historique dans les 31 salles du Musée Carnavalet qui concernent le 18ème siècle. Dans certaines, ont été remontées des boiseries et apportés des plafonds peints. Les regroupements et subdivisions majeurs pour la période sont les suivants : Paris de 1715 à 1740, Paris de 1751 à 1788, Claude Nicolas Ledoux (chronique de ce blog), Paris au siècle des Lumières.

Diaporama de 33 photos (Pierre Dubois, 24 septembre 2021).

A. Histoire du musée Carnavalet / Histoire de Paris, le plus ancien musée de la Ville de Paris. « Il ouvre au public le 25 février 1880. Il est aujourd’hui composé de deux hôtels adjacents dans le quartier historique du Marais.

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Au 23 rue de Sévigné, l’Hôtel des Ligneris (dit Carnavalet) est, avec la Cour carrée du Louvre, l’un des rares témoins de l’architecture de l’époque Renaissance à Paris. Construit au milieu du 16e siècle (1548-1560) pour Jacques des Ligneris, président au parlement de Paris. À partir de 1660, le célèbre architecte François Mansart surélève le porche de l’hôtel et crée deux nouvelles ailes.

Au 29 rue de Sévigné, l’Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau est construit entre 1688 et 1690, sur les plans de Pierre Bullet (1639-1716), architecte du Roi et de la Ville, pour le compte de Michel Le Peletier de Souzy (1640-1725).

En octobre 2016, le musée a fermé au public pour engager un grand chantier de rénovation, mené par l’architecte en chef des Monuments historiques François Chatillon« .

Après plus de 4 années de travaux, le Musée est ré-ouvert. Source : extraits du site : Le nouveau Musée.

« Les donations constituent le mode d’acquisition principal. Depuis la création du musée, des dizaines de milliers de donateurs ont ainsi contribué à la constitution et l’enrichissement des collections,

Le musée rassemble plus de 625 000 œuvres, de la préhistoire à nos jours. Peintures, sculptures, maquettes, enseignes, dessins, gravures, affiches, médailles et monnaies, objets d’histoire et de mémoire, photographies, boiseries, décors et pièces de mobilier.

Escalier de l’ancien Hôtel de Luynes, élevé en 1660-1661 par l’Architecte Pierre Le Muet pour la duchesse de Chevreuse. Première grande demeure de la rue Saint-Dominique, cet hôtel reçoit en 1747 un imposant décor pour son escalier. Paolo Antonio Brunetti (1723-1783), spécialiste de la perspective, y déploie une architecture en trompe-l’œil animée d’une élégante assemblée, incarnant les thèmes de l’amour et de la musique.

B. Visite des salles concernant le 18ème siècle (Source : citations des cartels à l’entrée de certaines salles).

« Enseignes parisiennes. La première salle des enseignes du musée est inaugurée le 4 juillet 1914 ; elle remporte un succès public immédiat. La commission du Vieux Paris a joué un rôle important dans les acquisitions, signalant au musée les enseignes pittoresques menacées de disparition. Une majorité d’entre elles provient de la rive droite de la Seine, où l’activité marchande était plus largement implantée.

L’enseigne placée en devanture d’un commerce a pour fonction de le signaler ; elle facilité aussi le repérage dans la ville, à une époque où les adresses ne sont pas encore individualisées. Tout au long du 18ème siècle, des dispositions successives fixent les dimensions, la hauteur et la pose, saillante ou non, des enseignes.

Peintes, sculptées, forgées ou émaillées, les enseignes peuvent être composées en différents matériaux : pierre, bois, plomb, fer, toile, céramique… Leurs formes, couleurs et messages sont variés. Leurs thèmes montrent également une grande diversité, évoquant un roi, portant le nom d’une ville, d’un saint, figurant un animal, un personnage, un symbole. Certaines indiquent clairement le type de commerce, tandis que d’autres sont présentées sous formes de devinette ou de rébus. Un corps de métier concentré dans une rue peut lui donner son nom.

Les noms des rues étaient parfois inscrits sur des plaques, mais celles-ci ne sont devenues obligatoires à Paris qu’à partir du 30 juillet 1729″.

C. Enseignes à travers les âges : fruits d’une inspiration goguenarde égayant maisons et rues. Source. Extraits d’après Le Petit Journal. Supplément du dimanche, paru en 1914.

« Même, la fureur des grandes enseignes parlantes prend à cette époque un développement considérable. Chacun veut avoir une enseigne plus volumineuse que celle de son voisin. Et tous ces attributs gigantesques qui se balancent en avant des maisons, au bout de longues potences, ne vont pas sans quelques inconvénients.

Si bien qu’au XVIIIe siècle, le lieutenant de police Antoine de Sartine (1759-1774) se résolut à mettre ordre à cet abus. Par ordonnance de 1766, il prescrivit la suppression de ces potences menaçantes et ordonna que les enseignes seraient dorénavant appliquées en tableaux sur les murs, scellées de plâtre et cramponnées en haut et en bas. Le pittoresque y perdit, mais la sécurité des passants y gagna.

Mercier, dans son Tableau de Paris, a applaudi à cette réforme. Les enseignes, écrit-il, sont maintenant (1780) appliquées contre le mur des maisons et des boutiques ; au lieu qu’autrefois elles pendaient à de longues potences de fer ; de sorte que l’enseigne et la potence, par les grands vents, menaçaient d’écraser les passants dans les rues. Quand le vent soufflait, toutes ces enseignes, devenues gémissantes, se heurtaient et se choquaient entre elles ; ce qui composait un carillon plaintif et discordant… De plus, elles jetaient, la nuit, des ombres larges qui rendaient nulle la faible lueur des lanternes.

Ces enseignes avaient pour la plupart un volume colossal, et en relief. Elles donnaient l’image d’un peuple gigantesque, aux yeux du peuple le plus rabougri de l’Europe. On voyait une garde d’épée de six pieds de haut, une botte grosse comme un muid, un éperon large comme une roue de carrosse, un gant qui aurait logé un enfant de trois ans dans chaque doigt, des têtes monstrueuses, des bras armés de fleurets qui occupaient toute la largeur de la rue. La ville, qui n’est plus hérissée de ces appendices grossiers, offre pour ainsi dire, un visage poli, net et rasé.

Et Mercier termine son article par un brillant éloge d’Antoine de Sartine, qui supprima impitoyablement le pittoresque des enseignes à potence. D’ailleurs, dès cette époque, les rues portaient des noms inscrits sur des plaques de tôle à toutes les encoignures ; de ce fait, les enseignes étaient moins indispensables qu’auparavant. Mais les maisons n’étaient pas encore numérotées. Une ordonnance de 1768 avait bien prescrit ce numérotage, mais les habitants n’en avaient guère tenu compte ; et ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que, dans les voies les plus importantes de la capitale, les maisons portèrent régulièrement des numéros ».

D. La boutique à Paris au XVIIIe siècle

Source. Extraits de Natacha Coquery, La boutique à Paris au XVIIIe siècle, Histoire, Université Paris I Panthéon Sorbonne, dossier en vue de l’obtention d’une habilitation à diriger des recherches, 26 juin 2006.

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1790, Nantes. Palais de la Bourse

1790, Nantes. Palais de la Bourse. Source 1. Visite guidée pédestre dans le cadre de la croisière CroisiEurope sur la Loire (chroniques précédentes) et larges extraits de l’article de Wikipédia.

Diaporama de 17 photos de deux édifices néo-classiques de la fin du 18ème : le Théâtre Graslin et le Palais de la Bourse.

« 1641. Premier palais de la Bourse. Le bureau de la ville, dont le maire est alors Pierre Poullain de la Vincendière, décide de faire construire une bourse de commerce. La réalisation en est confiée à Hélie Brosset.

1686. Il est déjà question de remplacer l’édifice, dont la qualité laisse à désirer. Au début du XVIIIe siècle, le bâtiment menace ruine.

1718. La démolition est décrétée.

1722-1724. La commande de construction d’une nouvelle Bourse est effectuée. L’ingénieur du roi David Delafond en établit le projet, et l’architecte Jean Laillaud obtient l’adjudication. L’ancien ouvrage est détruit en 1723, et les travaux commencent en 1724.

Pendant les travaux, le maire, Gérard Mellier, met à disposition des commerçants le Jeu de boules du Bouvet qui est une halle plus longue que l’ancienne Bourse, et où les commerçants qui la fréquentent se plaisent. La nouvelle Bourse est implantée en bord de Loire, pour satisfaire les propriétaires des immeubles dont la vue risquerait d’être gênée par le bâtiment. Celui-ci est installé, en partie, sur pilotis. La chapelle Saint-Julien est incluse dans ce nouveau palais de la Bourse, qui est apprécié, et où se tiennent, outre son activité principale, des réunions, la plus prestigieuse étant celle des États de Bretagne, en 1764.

1725-1734. Le Pont de la Bourse, qui relie la partie est du quai à l’île Feydeau, dont le lotissement à destination des plus fortunés de la ville est lancé par Gérard Mellier, est construit en 1725. Mais l’ouvrage s’écroule en juillet 1729 et doit être reconstruit par Jean Laillaud entre 1731 et 1734. Il s’appelle alors le Pont Feydeau jusqu’à son remplacement en 1869.

1736. La nature du sol, instable à cause de la vase sur laquelle les remblais ont été déposés, menace de faire s’écrouler Le palais de la Bourse. Jean Laillaud en est réduit, dès 1736, à venir la nuit pour reboucher les fissures.

1769. Le bâtiment est finalement détruit.

1767. Après l’évacuation du bâtiment, devenu dangereux, Jean-Baptiste Ceineray, devenu architecte de la ville, répond à la demande des négociants de construire un bâtiment provisoire. C’est donc dans une loge en bois, située place de la Petite-Hollande, qu’ils sont installés. Puis Ceineray propose successivement trois plans pour la reconstruction d’une Bourse de commerce à Nantes.

1790. C’est finalement son successeur, Mathurin Crucy, un architecte nantais qui a fait ses preuves en dressant les plans du théâtre Graslin et de la place Royale, qui est sollicité pour construire le bâtiment. Celui-ci est commencé le 1er juillet. C’est la 3ème bourse de Nantes.

1792-1799. La construction de la Bourse s’interrompt dans les premières années de la Révolution, la municipalité ne disposant alors plus des fonds nécessaires à la poursuite du projet. Seul le gros œuvre est achevé, et sans toiture l’édifice est inutilisable. La loge en bois de la place de la Petite-Hollande n’ayant pas été conçue pour durer aussi longtemps, la mairie, propose aux négociants d’installer la Bourse sous le péristyle du théâtre Graslin, puis, devant le mécontentement des intéressés, dans la Salle haute de la halle au blé en 1795, puis de nouveau sur la place de la Petite-Hollande en 1799″.

1815. Achèvement du Palais de la Bourse.

Pour aller plus loin : liste des Architectes ayant exercé à Nantes au XVIIIéme.

Source 2. Statues du Palais de la Bourse, larges extraits de Nantes Patrimoine, 22 juillet 2021.

« Le Palais Crucy est un monument rectangulaire de style néo-grec. La façade ouest (côté jardin) est constituée d’un portique d’ordre ionique composé de dix colonnes ornées de statues allégoriques. Ces statues, placées en 1812, mesuraient six pieds de hauteur (soit environ deux mètres) et ont été réalisées par Jean-Baptiste-Joseph Debay père. Dès la fin du 19e siècle, suite aux travaux d’agrandissement de la Bourse, des copies ornent la façade.

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1788, Nantes. Le Théâtre Graslin

Nantes, 1788. Inauguration du Théâtre Graslin. Sources. Visite guidée pédestre dans le cadre de la croisière CroisiEurope sur la Loire (chroniques précédentes) et larges extraits de l’article de Wikipédia.

Diaporama de 17 photos de deux édifices néo-classiques de la fin du 18ème : le Théâtre Graslin et le Palais de la Bourse.

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« Au XVIIIe siècle, le commerce nantais est florissant. De nombreux armateurs s’enrichissent, notamment par la traite négrière. Cet enrichissement des négociants nantais entraîne la construction d’hôtel particuliers et de bâtiments publics. Pour pouvoir réaliser ces projets, des opérations immobilières sont menées. La plus spectaculaire est la réalisation de l’île Feydeau. Après des débuts difficiles, cette opération démontre la possibilité de faire des profits sur la vente de biens immobiliers.

1760. À partir de la nomination de Jean-Baptiste Ceineray comme architecte-voyer, en 1760, la transformation de la ville s’accélère. Le problème principal est le manque de place.

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1727. Le Théâtre des Variétés possède une salle jugée trop petite, et l’académie de musique, fondée par le maire Gérard Mellier en 1727, ne dispose pas de lieu approprié pour donner ses concerts. La demande est donc forte pour la construction d’une nouvelle salle de spectacle.

1755. L’architecte Pierre Vigné de Vigny envisage la construction de ce type d’équipement à la place d’une halle au blé et aux poissons. Ceineray conçoit d’édifier une salle de spectacle et une salle de concert tout d’abord au sud de la place Royale alors en projet. Mais à chaque fois, le manque d’espace disponible empêche la réalisation des projets.

1758. Jean-Joseph-Louis Graslin (1728-1790) n’avait encore que trente ans, quand il acheta, en 1758, du titulaire lui-même la charge de Receveur général des fermes du roi à Nantes, fonctions qu’il devait exercer avec intégrité jusqu’à sa mort.  

À la fin des années 1770, receveur général des fermes du roi, il décide de financer une opération immobilière privée d’envergure, dans un but spéculatif. Il achète des terres agricoles afin d’y faire construire des hôtels particuliers et de rapport dans le but de les revendre. Pour en augmenter la valeur, il compte les desservir par des voies publiques de qualité, le long desquelles seront implantés des bâtiments publics de prestige, destinés à attirer la fraction la plus fortunée de la population. L’ouverture et l’attraction d’une salle de spectacle de prestige ont suffi à déplacer le centre de gravité de la ville vers le nouveau quartier (rive droite de la Loire).

1780. Jean-Joseph-Louis Graslin confie à Mathurin Crucy (1749-1826) la mission de dresser le plan de la salle de spectacles. L’architecte, plus au fait des nouveautés en matière de construction de ce type de bâtiments, œuvre dans une optique plus moderne que son prédécesseur Jean-Baptiste Ceineray.

Le modèle en vogue à l’époque où Crucy conçoit ses plans est celui de l’opéra de Lyon, réalisé par Jacques-Germain Soufflot entre 1753 et 1756. Lorsqu’il prend en main la conception du théâtre, en 1780, d’autres nouvelles salles marquent cette époque : le Grand Théâtre de Bordeaux, inauguré cette année-là ; le théâtre de l’Odéon, en construction, inauguré en 1782 ; le lancement de l’aménagement du théâtre du Palais-Royal, inauguré en 1784 ; et enfin le théâtre de Besançon, commencé en 1778 et inauguré en 1784 (Claude-Nicolas Ledoux, Théâtre de Besançon : chronique et photos du blog).

L’aménagement intérieur est guidé par des considérations liées à la visibilité et à l’acoustique. Les références des architectes français sont italiennes, Par contre, Crucy choisit un plafond en coupole et des loges non pas fermées, comme le modèle italien, mais seulement séparées par des cloisons s’arrêtant à hauteur d’appui.

1783-1785. Jean-Joseph-Louis Graslin fait procéder aux excavations et nivellement pour permettre l’installation des fondations, anticipant l’accord du bureau de la ville et celui de l’Académie royale d’architecture, qui sont obtenus en septembre 1784. L’accord de construction est donné en février 1785. La durée prévue des travaux est alors de 18 mois ; ils vont durer quatre ans.

Durant cette période, les conflits d’intérêt entre Graslin, Crucy, le bureau de la ville et les entrepreneurs sont nombreux. Une des principales causes de ces heurts est la volonté d’économie de la ville… Les conflits financiers sont également nombreux, Graslin ayant du mal à obtenir les remboursements de frais qu’il avait engagés pour accélérer l’avancement des travaux.

1784. Le budget estimé par Crucy, 263 233 livres, est énorme, et la capacité financière du promoteur et de la ville ne suffisent pas : il faut recourir à un emprunt, autorisé par le Roi en mars 1784, et à un appel aux dons. Mais le devis initial ne tenait compte que du gros-œuvre : il fallait ajouter le décor de la salle, les sculptures, le décor de scène, les machineries… Le dépassement du budget provoque tensions et retards.

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18ème, conflits sur la réforme fiscale

Conflits sur la réforme fiscale. Bourgogne et finances au 18ème siècle : rôle des États, de l’Intendant, du Parlement.

Larges extraits de Daniel Ligou, Les États de Bourgogne au 18ème siècle, in Roger Dupuy, Pouvoir local et Révolution, 1780-1850, Presses universitaires de Rennes, p. 19-31.

« En matière financière, les États ont conservé le droit de voter l’impôt royal, le “don gratuit” et de le répartir. Mais cela n’a pas été sans difficultés et sans conflits. Les rapports ont été généralement bons avec l’Intendant qui joue un rôle occulte, mais puissant, puisqu’il participe à la répartition.

La Chambre des Comptes avait l’important pouvoir de vérifier et d’apurer les comptes des Receveurs et Trésoriers. Les litiges furent constants, mais sans réelle gravité, les magistrats se plaignant régulièrement des retards. Quant au Bureau de Finances, il n’avait aucun pouvoir sur les officiers des États, mais seulement sur ceux du Roi et sur les comptes municipaux. D’ailleurs, un de ses membres participait aux travaux des Élus. Sa présence, ainsi que celle des membres de la Chambre, restreignait la possibilité de divergences importantes.

En fait, l’adversaire des États en matière fiscale fut le Parlement de Dijon qui était aussi Cour des Aides et qui défendit ses pouvoirs par les moyens traditionnels et solidement expérimentés : remontrances, refus d’enregistrement, jugements sur les litiges de répartition (trop imposés, contraintes…. Le conflit devint aigu dans les années 1760 et opposa le Président de Brosses (1709-1777) au secrétaire en chef des États Jacques Varenne et, comme à l’habitude, se termina par l’arbitrage du Conseil d’État ».

« Dans l’ensemble, le pouvoir central, et probablement aussi Condé, ont été le plus souvent hostiles aux “longues robes”. Mais il n’en demeure pas moins que, notamment en matière cadastrale, le Parlement a été un sérieux obstacle à toute modernisation de la fiscalité. La cour des Aides de Paris était compétente pour les trois comtés, mais n’intervint qu’avec mesure, sauf au moment de l’Affaire Varenne.

La Bourgogne payait la taille sous le nom de “don gratuit” et de ses annexes. Ce don gratuit a fortement augmenté sous Mazarin, puis dans la deuxième partie du règne de Louis XIV, puis est restée stable autour de 2 millions de livres jusqu’en 1789, tandis que les “charges provinciales” perçues de la même manière ont augmenté de 2 à 3 millions entre 1715 et 1789. La Bourgogne était pays de taille personnelle. Les Élus faisaient la distribution entre recettes et paroisses et, à l’intérieur de chaque communauté, on élisait “asséeurs” et “collecteurs” selon des systèmes variés.

La capitation, instaurée en 1695, amena de longs débats. Les États réussirent à en obtenir l’abonnement en 1695, puis à partir de 1701. L’impôt resta stable, les communautés rurales payant au “marc la livre” de la taille, tandis que les “corps” ainsi que les officiers royaux avaient conservé l’anachronique “tarif” de 1695. Cette politique d’abonnement fut régulièrement pratiquée, notamment en matière de créations d’offices. Les Élus préféraient payer une grosse somme d’un seul coup, sommes qu’ils récupéraient en impôts indirects (octrois sur la Saône et crues du sel notamment), que d’augmenter les impôts. Bien entendu, le recours à l’emprunt était fréquent, mais les finances de la Province – comme celle de tous les pays d’État – avaient bonne réputation.

Il en fut de même pour les Vingtièmes. La Province s’était abonnée aux dixièmes en 1710, 1733, et 1741. En 1749, la gestion des vingtièmes fut confiée à l’Intendant, Machaut ne voulant pas entendre parler d’abonnement. Mais, à la chute du ministre, le Contrôle général  finit par céder (1756). Comme partout, cet impôt a été beaucoup plus sensible à la conjoncture que les autres puisqu’il est passé, non sans quelques variations de 900 000 Livres en 1756 à 2 millions en 1782 et à 1 million 500 000 en 1786. Les vingtièmes étaient perçus différemment des autres impôts, sur des registres particuliers pour chaque classe de contribuables. Mais ils étaient confectionnés à Dijon, dans les bureaux des Élus sur déclarations. L’Intendant intervenait dans la répartition de la taille, mais pas des vingtièmes. La capitation noble était réglée par l’Élu de la Noblesse assistée de quatre gentilshommes.

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1744. Le magistrat et l’avocat

Je préparais une chronique sur la célèbre affaire Jacques Varenne (1760-1763), opposant ce secrétaire des États de Bourgogne au Parlement de Bourgogne, à propos d’un troisième vingtième, impôt pour financer la Guerre de sept ans. Je restais insatisfait sur les sources mobilisées, n’ayant pas trouvé de biographie sur le principal protagoniste. Par chance, j’ai suffisamment persévéré et ai déniché un texte analysant un procès de 1744 avec Jacques Varenne pour avocat. La chronique qui suit en cite de très larges extraits.

1744. Le magistrat, l’avocat et la queue de l’étang, Honneur et Obscénités. Archives départementales de la Côte d’Or, mai 2018.

« La queue de l’étang de Quain est, au milieu du Siècle des lumières, l’objet d’un procès entre un parlementaire et un avocat dijonnais : affaire minuscule, dont les obscénités ne doivent pas occulter la question de fond juridique et politique qui trouvera sa solution à la Révolution.

Une affaire minuscule

Le procès relatif à l’étang de Quain est apparemment l’illustration parfaite de l’esprit de chicane d’Ancien Régime. Le sujet est minuscule ; l’enjeu, très mince ; le procès, interminable. Ce décalage problématique invite à chercher les raisons qui opposent Mme de la Marche, puis son avocat Jacques Varenne (Dijon 1700-Paris 1791, à Philibert Gagne de Perrigny, président au Parlement de Bourgogne.

Le droit de censive et de justice sur environ huit soitures de prés, soit au maximum 280 ares, fait l’objet d’une procédure depuis 1713 entre le seigneurs de Simard et celui de Clemencey. Ce pré est appelée « la queue de l’étang de Quain », dans la commune de Simard, dans la Bresse louhanaise, dans l’actuel département de Saône-et-Loire[2]. Ce « petit climat » est un ancien étang devenu un pré. Gagne prétend qu’il y a une confusion entre la « queue de Quain » et « la queue de l’étang de Quain ». On le voit, il s’agit d’une querelle d’autant plus pichrocoline que les deux parties, chefs de familles parlementaires dijonnaises plus qu’opulentes, n’ont pas besoin des revenus de ces prés pour vivre… mais il s’agit de défendre les droits seigneuriaux. Question de principe, et d’honneur. Ces 2,8 hectares de prés sont disputés par la veuve de Philippe Fyot de la Marche, président au Parlement de Dijon et seigneur de Clemencey († 1723) à Philibert Gagne de Perrigny, seigneur de Simard et président au parlement de Dijon (1689-1759) ; ce dernier le tient du chef de sa femme, Jeanne-Marie de Thésut (1693-1773), depuis leur mariage en 1713.

L’avocat Jacques Varenne occupait les fonctions de conseil des États de Bourgogne depuis 1730. Il était aussi subdélégué de Dijon, et il dressait les rapports présentés ensuite au conseil de l’intendance, avant que l’intendant ne prenne ses décisions. C’est donc un personnage important, spécialiste de droit administratif. En 1740, lors du décès de l’intendant de la Briffe, c’est lui qui régente l’intendance de Bourgogne en attendant l’arrivée du successeur. IL exerce aussi les fonctions de directeur de l’université de Dijon.

Si les protagonistes sont des personnages importants de la vie de la province, l’objet du litige est presque plus mince encore que Le lutrin de Boileau quelques décennies auparavant. Mme de la Marche exhibe un bail de 1434, M. de Perrigny, une quittance de lods de 1700.

Dans le procès entre M. Gagne et Mme de La Marche représentée par son avocat, le ton a monté. Le parlementaire et l’avocat se sont sentis insultés, comme en témoigne le lexique utilisé (« aigreur », « injure », « insulte », « indécence », « calomnie », « venin », « invective », « calomnies », « outrage », « diffamation »). Le procès devient alors celui qui oppose le magistrat à l’avocat sur le terrain de l’honneur. C’est ainsi que Varenne termine son second mémoire additionnel : « La Justice peut seule me justifier, & me rendre l’honneur que M. de Périgny s’efforce si injustement de me ravir. »

L’avocat Varenne a manifestement envie de s’amuser. Cette affaire de queue d’étang lui en offre une occasion facile, qu’il va exploiter copieusement. « La queue de l’étang ne peut être au flanc de l’étang, ni si voisine de la Chaussée (…) voilà une queue prodigieuse, une queue sans fin, jamais queue d’étang n’eut une telle étendue : l’étang de Quain est donc une queue sans corps ; tout comme il vous plaira, répondra M. de Perigny ; peu m’importe où la queue de Quain soit placée, pourvu qu’elle ne le soit pas dans l’endroit où l’ignorance, l’erreur et la rusticité la mettent depuis trois ou quatre siècles, car j’y ai intérêt »…

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C-N. Ledoux, Barrières de Paris

Claude-Nicolas Ledoux. Construction des Barrières de Paris, 1784-1790. Pour taxer les marchandises entrant dans Paris, création d’un octroi, exigeant la construction du Mur des Fermiers généraux (collecteurs des impôts), appelé également les Barrières de Paris.

4ème chronique sur le célèbre architecte. Les trois précédentes chroniques sur Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) : 35 ans en 1771, le Théâtre de Besançon, la Saline royale d’Arc-et-Senans.

Source 1. Citations de Solange Marin, Imposer les parisiens, article d’Universalis.

« Depuis la fin de la guerre de Cent Ans, les Parisiens étaient exemptés de l’impôt direct : la taille. Ces conditions avantageuses étaient destinées à attirer de nouveaux habitants vers la capitale ravagée et dépeuplée.

 En revanche, la royauté institua un impôt indirect (ou aide) sur la plupart des marchandises entrant dans Paris, et ces taxes augmentèrent au fur et à mesure que croissaient les besoins du Trésor. Les plus élevées et les plus détestées de ces taxes frappaient le vin, breuvage dont les Parisiens faisaient une consommation considérable puisque, si l’on retient le chiffre élevé de 650 000 habitants dans les années 1780, on obtient une moyenne annuelle de plus de cent litres par tête.

Pour échapper à ces droits qui doublaient le prix du vin, la contrebande sévissait sur une grande échelle ; les fraudeurs avaient inventé toutes sortes de moyens dont le plus original était l’emploi de larges tuyaux enterrés qui permettaient de faire passer les barriques sous la barrière de l’octroi. Cette barrière, enfermant depuis le début du siècle les vingt quartiers de Paris, s’avérait à la fois trop étroite et trop perméable.

Aussi la construction d’une nouvelle enceinte aux allures de fortification fut-elle entreprise. Le mur des Fermiers généraux, long de vingt-trois kilomètres, englobait les nouveaux quartiers de l’ouest et les anciens faubourgs, encore partiellement champêtres, et où prospéraient les auberges et guinguettes. Ces établissements vendaient du vin à 3 sous, frelaté et de mauvaise qualité.

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Source 2. Article de Wikipédia, Le mur des Fermiers généraux

Le mur des Fermiers généraux fut l’une des enceintes de Paris, construite juste avant la Révolution, de 1784 à 1790. L’objectif du mur était de permettre la perception par la Ferme générale, aux points de passage, d’un impôt sur les marchandises entrant dans la ville.

Source Wikipédia. Le Mur des Fermiers généraux en 1859 (enceinte en bleu).

Les passages ménagés dans l’enceinte s’appelaient des barrières. La plupart des barrières étaient munies de bâtiments (ou bureaux d’octroi) appelés Propylées par leur concepteur, l’architecte Claude-Nicolas Ledoux.

Caractéristiques.

  • Mur continu (maçonnerie de pierre), interrompu par la Seine, par les barrières et le long du parc Monceau (où, au lieu de construire un mur, on aménagea un fossé).
  • Hauteur du mur : environ 3,24 mètres.
  • Côté intérieur : un chemin de ronde de 11,69 mètres de large.
  • Côté extérieur : boulevards de 29,23 mètres de large.
  • Longueur du tracé du mur initial : sept lieues (24 kilomètres).

Avant 1784. La capitale n’avait pour limites que des murailles informes et grossières, et plus souvent encore de faibles cloisons de planches mal jointes.

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C-N. Ledoux, Saline Arc-et-Senans

Saline Royale d’Arc-et-Senans. Architecte, Claude-Nicolas Ledoux. Dates de la construction : 1775-1779.

Diaporama par Pierre Dubois : 30 photos de la Saline, le 1 juin 2021.

Première partie de la chronique. Histoire de la Saline, en activité de 1779 à 1895. Source : extraits de l’article de Wikipédia.

Seconde partie (cf infra page 2). La Saline, un échec industriel et financier ? Un financement partagé entre public et privé, un coût final plus élevé et une production plus faible que prévus.

Lire également les deux chroniques précédentes : Claude-Nicolas Ledoux, 35 ans en 1771, Claude-Nicolas Ledoux et le Théâtre de Besançon.

Saline d’Arc-et-Senans (photo juin 2021). Cliquer sur les images pour les agrandir

Partie 1. « Au 18ème siècle, le sel était utilisé pour la conservation de certains aliments comme la viande ou le poisson. Un impôt basé sur sa consommation, la gabelle, était perçu par la Ferme générale. La Franche-Comté était une région relativement riche en gisements de sel gemme dans son sous-sol. En conséquence, on trouvait de nombreux puits salés dont on extrayait le sel par ébullition dans des chaudières chauffées au bois. On trouvait de nombreux puits à Salins-les-Bains et à Montmorot. On avait construit les chaudières près de ces puits et l’on amenait le bois des forêts voisines.

Cependant, après de nombreuses années d’exploitation, ces forêts s’appauvrissaient de plus en plus rapidement, et le combustible devait en conséquence parcourir des distances de plus en plus importantes pour être acheminé, ce qui coûtait de plus en plus d’argent. De plus, au fil des années, la teneur en sel de la saumure diminuait.

1771. Claude-Nicolas Ledoux est nommé Commissaire aux salines de Lorraine et de Franche-Comté le 20 septembre par Louis XV. Il a 35 ans.

1773. Mme du Barry appuie sa nomination en tant que membre de l’Académie royale d’architecture, ce qui permet à Claude-Nicolas Ledoux de porter le titre d’Architecte du Roi. C’est ainsi que la construction de la saline royale d’Arc-et-Senans lui est confiée.

En tant que commissaire, il a pour mission d’inspecter les différentes salines de l’Est de la France. Ceci lui permettra de se forger une opinion quant à la physionomie d’une usine efficace.

1773. La décision de construire la nouvelle saline fut prise par un arrêt du Conseil du 29 avril. Le lieu de sa construction fut défini par une commission technique désignée par la Ferme générale : ce sera entre les villages d’Arc et de Senans. Ce site présentait plusieurs intérêts : plaine dégagée, située à proximité de la Loue et de la forêt royale de Chaux, forêt de plus de 40 000 arpents. De plus, la saline pouvait communiquer avec la Méditerranée par le canal de Dole, et avec la mer du Nord par le Rhin. Enfin, la Suisse était relativement proche : un atout important du fait de la forte demande de ce pays en sel.

Projet de maison des surveillants de la source de la Loue

1773. Le roi, en quête d’argent, fait entrer dans la Manutention générale des Salines une société d’entrepreneurs à laquelle il fut accordé une autorisation d’exploitation de 24 ans. Cette société avait des volontés financières et donc de rentabilité. Le projet d’édification approuvé par le roi lui confiait également la construction.

Ledoux planche sur un projet de saline. Il n’a aucune idée de la topographie du lieu où elle serait réalisée, ni aucune indication. Il laisse donc libre cours à son imagination, n’ayant pas à s’affranchir de quelconques difficultés.

Il rompt en mettant en place un projet d’une géométrie implacable : l’enceinte est organisée autour d’une immense place carrée. Les différents bâtiments sont placés tout autour de cette cour, reliés par des portiques. Ainsi, il n’y a en quelque sorte qu’un unique bâtiment. De même, afin d’accélérer les services, la cour est découpée en diagonale par des galeries couvertes, formant une circulation abritée. Les bâtiments devaient être faits de nombreuses colonnes, ainsi que les galeries couvertes qui devaient être soutenues par 144 colonnes doriques ».

Planche 12. L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Paris, 1804

« C’est cette vision grandiose et luxueuse qui mènera le projet à l’échec : aucun bâtiment industriel de l’époque n’était si imposant. Le roi refuse le projet, en précisant : Pourquoi tant de colonnes, elles ne conviennent qu’aux temples et aux palais des rois.

De plus, un plan carré avait des défauts mis en avant dès l’Antiquité par l’architecte Vitruve : il favorisait la propagation des incendies, était relativement peu hygiénique et la cour avait forcément une de ses parties ombragée au cours de la journée.

Le projet prévoyait la production d’environ 60 000 quintaux de sel par an, ce qui représentait environ 100 000 tonnes d’eau à évaporer par an à raison d’une concentration de 30 grammes de sel par litre de saumure ».

Au final, le premier projet est rejeté par le Roi, appuyé par la Société d’entrepreneurs.

« Claude-Nicolas Ledoux profita de la remise en cause de son premier projet pour en présenter un second profondément différent baptisé Ville de Chaux. Cette fois, les locaux industriels forment un cercle (diamètre, 370 m) ».

… puis seulement un demi-cercle.

« 1774. Le second projet d’édification fut validé par Louis XV le 27 avril, peu de temps avant sa mort, le 10 mai 1774. Louis XVI, son petit-fils, lui succède.

Le plan-masse du projet fut signé par Trudaine le 28 octobre.

1775. La première pierre fut posée le 15 avril.

Les travaux se poursuivirent jusqu’en 1779, date du début de la production.

1790. Conséquence de la Révolution, la Saline intègre la Régie nationale des Salines domaniales de l’Est qui possède dès lors le monopole de l’exploitation du sel gemme de Franche-Comté.

Au 19ème siècle, l’activité périclite, car le rendement n’est pas celui escompté. La concurrence du sel marin acheminé par chemin de fer et la pollution du puits alimentant le village d’Arc amènent la fermeture de la saline en 1895. Elle n’est plus entretenue ».

1779-1895 : la Saline d’Arc-et-Senans produisit du sel gemme pendant 116 ans.

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1759. Hôtel du banquier Franck

1759. Hôtel du banquier Franck, 7 quai Saint-Nicolas, Strasbourg. Sources : extraits du Petit Patrimoine et Wiki-Archi.

Diaporama de 18 photos (Pierre Dubois, avril 2021).

A l’origine, antique hôtel particulier des Wurmser de Vendenheim, il fut reconstruit en 1759 alors qu’il était devenu la propriété du banquier Philippe-Jacques Franck, qui fut élu Ammeister en 1767.

Philippe-Jacques Franck, Source Gallica, BNF

Synthèse entre les styles Régence et le Rococo (le fronton est de style baroque).

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Au rez-de-chaussée, les quatre fenêtres munies de solides grilles à mirador étaient censées protéger la banque qui se situait donc à ce niveau. A gauche après le porche d’entrée, se trouve un accès constitué d’une porte et d’une petite fenêtre à grille qui devait certainement servir de guichet à la banque.

Un avant-corps médian en grès rose se détache de la façade et présente au premier étage deux portes-fenêtres en plein cintre desservant un balcon en ferronnerie à la française. En partie haute du bâtiment, le fronton central est doté d’un cartouche à motif végétalisé baroque.

La clé de cintre du porche d’entrée est ornée des armes de l’hôpital civil qui serait encore propriétaire de la demeure.

La maison reçut des personnages prestigieux : Moreau, Desaix, Kellermann, Bernadotte, le Duc de Rovigo…

Hôtel attribué à l’architecte Gaspard Théodore Rabaliatti (1709-1766), né vers 1709 à Rüthen, en Westphalie et décédé le 25 juin1766 à Strasbourg à l’âge de 57 ans.

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Gouverneur général ou particulier

Cette chronique fait partie d’une série sur l’Administration du Royaume au 18ème siècle. Lire la chronique sur la Genèse de l’Intendance.

A. Les gouvernements généraux et particuliers (source Wikipédia) étaient des circonscriptions militaires de l’Ancien Régime : chacune constituait une portion du royaume de France soumise à l’administration militaire avec à sa tête un gouverneur nommé par le roi.

Selon l’ordonnance de 1499, le gouverneur avait pour mission de tenir le pays à eux commis en sûreté, le garder de pillerie et visiter les places et forteresses.

Jusqu’au 16ème siècle, il n’existait que 12 gouvernements, mais par suite de démembrements ce nombre s’éleva jusqu’à une quarantaine.

Par ordonnance du 18 mars 1776, le roi Louis XVI distribua les gouvernements généraux des provinces, au nombre de trente-neuf, en deux classes :

  • La première classe comprit dix-huit gouvernements généraux, dont les titulaires percevaient chacun annuellement, soit en appointements, soit en émoluments, une somme de 60 000 livres ;
  • La seconde classe comprit vingt-un gouvernements, à chacun des titulaires desquels il n’était attribué que 30 000 livres par an.

Les dix-huit gouvernements généraux de la première classe étaient les suivants :

  • Gouvernement de l’Isle de France (chef-lieu : Paris) ;
  • Gouvernement de Picardie (chef-lieu : Amiens) ;
  • Gouvernement de Flandre et de Hainaut (chef-lieu : Lille) ;
  • Gouvernement de Champagne et de Brie (chef-lieu : Troyes) ;
  • Gouvernement de Metz et Pays messin, Verdun et Verdunois ou des Évêchés (chef-lieu : Metz) ;
  • Gouvernement de Lorraine et Barrois (chef-lieu : Nancy) ;
  • Gouvernement d’Alsace (chef-lieu : Strasbourg) ;
  • Gouvernement du Comté de Bourgogne (chef-lieu : Besançon) ;
  • Gouvernement du Duché de Bourgogne (chef-lieu : Dijon) ;
  • Gouvernement de Lyonnais, Forez, Beaujolais (chef-lieu : Lyon) ;
  • Gouvernement de Dauphiné (chef-lieu : Grenoble) ;
  • Gouvernement du Pays et Comté de Provence (chef-lieu : Aix) ;
  • Gouvernement de Languedoc (chef-lieu : Toulouse) ;
  • Gouvernement de Roussillon (chef-lieu : Perpignan) ;
  • Gouvernement de Haute et Basse Navarre et Béarn (chef-lieu : Pau) ;
  • Gouvernement de Guyenne et Gascogne (chef-lieu : Bordeaux) ;
  • Gouvernement de Bretagne (chef-lieu : Rennes) ;
  • Gouvernement de Normandie (chef-lieu : Rouen) ».

B. Source Encyclopédie Larousse.

« Commissaires institués par la royauté à partir de la fin du 13ème siècle dans les provinces frontières au-dessus des baillis et des sénéchaux, les gouverneurs étaient nommés par lettres de provisions temporaires et révocables. Issus de la haute noblesse, ils avaient des attributions essentiellement militaires. Aux 15ème et 16ème, ils accrurent leurs pouvoirs au détriment des officiers locaux et, lors des guerres de Religion, ils exercèrent toutes les prérogatives du roi dans leurs gouvernements. Henri IV et Richelieu réduisirent leur rôle. Dépouillés par Louis XIV de leurs pouvoirs, attribués aux intendants et aux lieutenants généraux, ils n’eurent plus qu’un rôle honorifique. Leurs charges furent supprimées le 22 décembre 1789« .

C. Source Encyclopédie Universalis (article de Solange Marin)

« Commissaire ordinaire du roi, le gouverneur chargé de le représenter dans une circonscription administrative appelée gouvernement. Créés au 15ème siècle, ces gouvernements étaient au 16ème au nombre de douze ; ils recouvraient les grandes provinces frontières et en fait la plus grande partie du territoire français, soit la Bretagne, la Normandie, la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, la Bresse, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, la Guyenne, l’Orléanais et l’Île-de-France. Les gouverneurs répondaient à une nécessité : celle de maintenir l’ordre et d’assurer la défense des provinces pendant la période troublée de la guerre de Cent Ans. Chefs de l’armée, ils pouvaient en réalité intervenir en toutes occasions où l’ordre public, la sécurité des populations ou l’autorité royale étaient menacés. En raison de leurs pouvoirs militaires, ils étaient choisis exclusivement dans l’ordre de la noblesse.

 N’étant point propriétaires de leur charge, les gouverneurs sont révocables à tout instant, et les souverains ne se privèrent pas d’user de ce droit, surtout à partir du 17ème siècle, estimant que l’influence de ces hauts personnages contrebalançait la leur. Ils leur adjoignent des lieutenants généraux qui prennent le véritable commandement de l’armée, et Louis XIV leur interdit de résider dans leur gouvernement sans sa permission.

Ce sont les Intendants qui ont alors la réalité du pouvoir dans le royaume ainsi que la confiance du roi, et ce sont eux qui sont l’objet de l’hostilité des parlements. Au 18ème siècle, néanmoins, les parlements s’attaqueront aux gouverneurs et lieutenants généraux, comme en témoigne l’affaire de Bretagne ».

D. Bernard Barbiche, Les gouverneurs, in Les institutions de la monarchie française à l’époque moderne, 2012, pages 323 à 333.

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17ème. Genèse de l’Intendance

Michel Antoine, Genèse de l’institution des intendants, Journal des Savants, Année 1982, 3-4, pp. 283-317. Texte intégral en ligne sur Persée.

Page 283 de l’article de Michel Antoine. Cliquer sur les images pour les agrandir

Les deux premières parties de l’article d’Antoine (pages 283 à 301) démontrent l’antériorité de la fonction de Gouverneur par rapport à celle d’Intendant. « Les gouverneurs, représentant le roi dans une ou plusieurs provinces, avaient d’abord une fonction militaire et s’entouraient de conseillers qu’ils connaissaient dans cette fonction. Dès le milieu du 16ème siècle, le roi leur a enjoint de s’entourer également de gens de robe pour affronter les questions judiciaires, administratives et financières ».

Les anciens gouvernements en 1789

Page 291. « Cette solution donnait satisfaction à tous, au Roi et aux gouverneurs : au Roi qui, en les flanquant d’un robin désigné ou au moins agréé par lui, y trouvait un moyen non seulement de leur garantir un concours compétent et indispensable, mais peut-être aussi de les surveiller, et aux gouverneurs, assurés de bénéficier d’une aide éclairée en des matières délicates ».

Page 296. « On voit l’extrême importance de la période des guerres de religion dans l’histoire administrative de la France. L’usage de placer près des gouverneurs des hommes de robe et de plume nommés ou reconnus par le Roi, déjà courant sous Henri II, fut renforcé sous le règne de ses fils par le recours à des commissaires de l’édit » (de droit).

Page 299. « Henri IV, dès 1589, chaussant les bottes de ses prédécesseurs, envoya des intendants de justice auprès des gouverneurs, mais l’on ne relève guère d’innovations de sa part avant 1597 : suppression des offices de trésorier de France qui viendraient à vaquer jusqu’à ce que leur nombre fût réduit à deux par généralité… Même décision pour les officiers des bureaux des finances ».

Page 300. « Par édit de novembre 1608, Henri IV et Sully, ayant contraint les bureaux des finances à l’effacement, députèrent dans les provinces des commissaires chargés  de l’intendance et direction de nosdictes finances… Ces commissaires n’étaient plus mis à la disposition des gouverneurs et n’avaient aucune part à leurs opérations ».

Page 301. « Pour l’observation de l’édit de Nantes ou pour les besognes financières les plus variées, Henri IV envoya dans les provinces de préférence des conseillers d’Etat, des maîtres des requêtes et des officiers des compagnies parisiennes ».

Page 306 et 307. La troisième partie et la conclusion de l’article de Michel Antoine sont plus souvent citées que les deux premières car le 17ème siècle diffuse la fonction d’Intendant dans toutes les provinces du Royaume.

« Rôle clé joué par Pierre Séguier dans le développement de l’institution de l’intendance. Citations de Wikipédia. « Le 28 février 1633, il est nommé garde des sceaux sous le ministère du cardinal de Richelieu puis, à la mort du chancelier Étienne I d’Aligre, devient chancelier de France ; il prête serment le 19 décembre 1635… Rétabli comme garde des sceaux le 8 septembre 1651, Mathieu Molé les garde jusqu’à sa mort le 3 janvier 1656. De 1651 à 1656, le chancelier Séguier revenu au Conseil cohabite avec Molé dans des conditions assez difficiles. À la mort de Molé, les sceaux lui reviennent jusqu’à sa propre mort en 1672.

Tous les officiers de justice dépendent donc de lui pendant à peu près quarante années (1633-1672), ce qui veut dire que toute l’administration du royaume pendant cette période repose sur lui. Laissé dans l’ombre par les fortes personnalités de Richelieu et de Mazarin, il joue pourtant un rôle essentiel dans la continuité des politiques de centralisation et d’acheminement vers un gouvernement qu’on appellera plus tard absolutiste ».

Page 308 du livre d’Antoine

« Déclaration de 1643. Désormais l’intendant de justice, police et finances assurerait l’essentiel de la répartition et de la levée de cet impôt [la taille] et de ses annexes… Cette évolution contribua évidemment à distendre encore davantage les liens entre gouverneurs et intendants sans toutefois les rompre »…

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