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Évaluer et labelliser les médicaments

36ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : 2nde partie du texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du 18ème au début du 19ème siècle.

« L’évaluation et la labellisation des médicaments par la Société Royale de Médecine (SRM)

Depuis Henri IV, les remèdes étaient approuvés par le premier médecin du roi. Dès le 17ème siècle, des projets de création d’une sorte d’Académie de médecine pour évaluer les remèdes avaient tenté de voir le jour mais avaient été étouffés par la Faculté de médecine de Paris. Au milieu du 18ème siècle, la Commission royale de médecine était en charge de cette évaluation, mais n’avait pu fonctionner correctement, notamment du fait d’un manque de soutien fort du gouvernement.

La Société Royale de Médecine bénéficia en revanche de l’appui de Turgot, Necker, d’Alembert, Condorcet, Lavoisier et de celui de Louis XVI. Ses membres n’ont pas directement été à l’origine d’innovations thérapeutiques, mais ils ont organisé et mis en pratique ce qui avait été projeté – ou tenté – auparavant. Ils ont permis l’émergence de la science de l’évaluation des médicaments et, à terme, celle de leur découverte. En fait, l’examen méthodique des remèdes secrets devait permettre de se substituer au long travail de l’expérience du temps. La préoccupation de la qualité des règles instaurées par la SRM s’inscrivait dans deux logiques : d’une part être en conformité avec la science afin de permettre une expertise validée et témoigner d’une rigueur indispensable à la reconnaissance du monde scientifique et, d’autre part, asseoir l’existence administrative de cette compagnie par la qualité de son évaluation scientifique pour lui permettre d’être reconnue comme autorité irréfragable. Quelles étaient ces règles ?

Recevabilité du médicament par la SRM

La société a défini ce qu’elle recherchait : des médicaments nouveaux quant à leur composition, leurs propriétés, leur préparation, leur administration. La condition sine qua non pour qu’un médicament soit examiné était donc que la recette ne soit pas connue (médicament non usité, recette non inscrite au codex), et en ait été communiquée à la SRM. Les commissaires examinaient si elle peut remplir les promesses  que le possesseur annonçait, si elle n’a aucun inconvénient pour la santé (par une recherche « bibliographique »), et si on peut en faire honnêtement l’essai. La société utilisait ses compétences pour jauger celles des auteurs du médicament qui lui était soumis, et s’attachait à ne pas avoir d’a priori. Les certificats d’efficacité du remède étaient indispensables, mais ne remplaçaient pas la recette : Des certificats nombreux ne peuvent pas être regardés comme un motif suffisant, puisque personne ne se présente, même avec le plus mauvais remède possible, sans en avoir recueilli un grand nombre. Ils devaient être crédibles, et de préférence établis par des gens de l’art plutôt que par des particuliers : cuisinier de Madame, vigneron, sacristain, postillon, marchand fripier, perruquier, qui certifiaient avoir été guéris. En fait, les possesseurs de médicaments sérieux soumettaient un dossier à la SRM. Ce dossier, pour être complet, devait comporter, outre la recette (composition, doses, manière de préparer), des témoignages de l’efficacité du médicament et, enfin, l’auteur devait indiquer dans quel cas son remède était utile.

Les motifs de rejet étaient nombreux : absence de nouveauté (214 cas) ; caractère confus de la recette (58 cas) (chaos informe, monstruosité pharmaceutique) ; inefficacité, soit que les propriétés soient improbables, l’inefficacité évidente (62 cas) (substances se détruisent mutuellement, connu par tous les médecins comme de très petits moyens), ou la dangerosité (80 cas) supposée par la composition (poison très actif , nous ne doutons pas de leur efficacité mais la substance qui les composent sont si dangereuses qu’à peine la verrait-on sans effroi entre les mains même des meilleurs médecins) ou par le retard à l’utilisation d’autres méthodes plus efficaces ( l’empêcher puisque en en faisant usage les malades peuvent perdre un temps qu’ils emploieraient plus utilement s’ils confiaient leur cure aux personnes en état de la diriger).

Conduite des essais : la nécessité de l’expérience

La nécessité de l’expérience a été imposée dès la première moitié du 18ème siècle par les philosophes. Au xviisiècle, des expériences médicales sur des médicaments avaient déjà lieu : Nous avons montré qu’on pouvait mêler des médicaments aux liqueurs de notre corps pour voir l’effet qu’ils produisaient […] quantité d’autres médecins avaient commencé avant lui cette manière de guérir, particulièrement quelques anglais, mais comme elle semble hasarder la vie des hommes, ils ne la faisaient d’ordinaire que sur les animaux. Et ils firent plusieurs belles observations qui pourront servir dans la suite à la guérison des maladies. Car l’on peut dire qu’on n’a pas fait encore assez d’expériences pour se servir de cette façon de seringuer les médicaments dans le sang ; ainsi l’on ne la permettrait jamais, qu’en des maladies désespérées et où l’on ne pourrait souvent retirer aucun fruit

Ce texte induit une distinction entre des raisons méthodologiques et éthiques à la mise en place des essais. Si les raisons méthodologiques sont évidentes, celles qui ressortent de l’éthique sont plus nuancées, car, à peine refuse-t-on la moindre prise de risque (semble hasarder) que la pratique est de fait opérée sur des humains, la rigueur affichée est donc suivie, en général.… Une distinction peut donc être opérée entre ce qu’il conviendrait idéalement de faire, suivant des principes hauts placés, ce qu’il est acceptable de faire, et ce qui est finalement fait. Le flou de ces frontières amène à envisager les essais au cas par cas, ce qui ouvre la porte à des interprétations dont la motivation peut être d’ordre varié (éthique, scientifique, thérapeutique, financier, etc.).

Dans la perspective néo-hippocratique dans laquelle la SRM se situait, l’expérience étayait l’observation. Dans cette optique, les essais permettent de devancer l’expérience du temps. Les témoignages ne sont en aucun cas suffisants pour faire approuver les médicaments : si la SRM jugeait le remède potentiellement intéressant, elle tentera des essais de toute façon avant de l’approuver : toutes les assertions du sieur Dubarbier ne peuvent rien contre le témoignage de l’expérience. La SRM fera donc sien le principe de la nécessité de l’expérience, car elle avait pour but de pouvoir affirmer sans conteste l’innocuité et l’efficacité des médicaments.

Définition des critères méthodologiques

Les essais doivent être faits avec la plus grande précaution, et de manière que l’on ne puisse en infirmer l’authenticité.

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Fin 18ème. Le monde du médicament

35ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du xviiie au début du xixe siècle. Thèse de doctorat, directeur Michel Morange, Université Paris 7, 1999.

« Le paysage de la santé publique en France à la fin de l’Ancien régime

L’enseignement de la médecine avait lieu dans les facultés et collèges, et les facultés de médecine de Paris et de Montpellier dominaient.

Les médecins ne soignaient qu’une petite partie de la population, essentiellement citadine et aisée. Dans les campagnes, les soins étaient officiellement assurés par des chirurgiens, dont les compétences relevaient plus du parcours et des qualités personnelles des praticiens que d’une formation validée. La coopération entre médecins et pharmaciens, rendue nécessaire par le circuit de la prescription médicamenteuse, induisait une rivalité entre ces deux corps, les pharmaciens n’acceptant pas d’être de simples auxiliaires. Ceux-ci avaient plusieurs atouts : le contact avec le public, qui sollicitait leur avis, et leur aisance financière, qui n’avait rien à envier à celle des médecins dans de nombreux cas.

Enfin, les charlatans sévissaient en tous lieux, et sur toutes les catégories sociales. Ils étaient d’ailleurs très divers, allant de l’escroc à l’illuminé en passant par le rebouteux expérimenté ou le religieux dévoué. Un seul point leur était commun : leur activité était illégale.

Les prescripteurs étaient, légalement, les médecins et les chirurgiens (pour ce qui est des remèdes externes). Les remèdes étaient prescrits le plus souvent sous forme de formules que préparaient les pharmaciens. Certains remèdes, qualifiés de « secrets », étaient des préparations vendues avec l’approbation des autorités – diverses de fait jusqu’à la mise en place de la Société Royale de Médecine (SRM) -, ou « à la sauvette » lors des foires notamment.

La législation sanitaire n’était que très incomplètement appliquée, mais elle connut des avancées remarquables avec la création de la SRM. L’existence de la SRM a représenté un indéniable progrès dans la prise en compte de la santé publique par le gouvernement, notamment sous l’angle de la validation des remèdes secrets.

La Société Royale de Médecine. L’élite de la profession médicale

La Société Royale de Médecine (SRM), créée par un arrêt du Conseil d’État du 29 avril 1776 et enregistrée au Parlement de Paris le 1er septembre 1778, avait pour objet de s’occuper « de tous les faits de médecine théorique et pratique, et essentiellement de tout ce qui peut avoir rapport aux maladies épidémiques […] et épizootiques ». Elle devint l’interlocuteur du gouvernement pour les problèmes de santé publique et, au-delà, la référence pour la nation. L’élite intellectuelle, à laquelle appartenaient les membres de la SRM, vit, dans les premiers temps de la Révolution, l’accomplissement des Lumières, une possibilité formidable de faire aboutir en pratique et rapidement des idées dégagées des contraintes de l’Ancien régime : « elle [la SRM] a courageusement banni de l’art de guérir un despotisme qui n’était guère moins homicide que celui dont l’Assemblée nationale vient de nous délivrer ». La reconnaissance de cette fonction administrative était la première voie vers un ministère de la Santé à part entière.

La SRM était la structure la plus à même d’avoir une vision de la santé publique, du fait de ses relations avec les praticiens et de ses actions de terrain. Cette vision n’était sans doute pas exhaustive et comportait probablement de nombreuses lacunes, du fait notamment du manque d’outils statistiques, mais elle était la plus complète possible dans son contexte historique.

Vicq d’Azyr  en fut le secrétaire perpétuel depuis sa création. Médecin anatomiste célèbre, proche de l’Académie des sciences, travailleur acharné, il a été l’âme de la SRM ; elle s’est pratiquement éteinte en même temps que lui. Elle fut en effet dissoute en 1793 comme toutes les sociétés savantes ; il mourut en 1794 (le 2 messidor de l’an II). Le fonctionnement de la SRM était largement inspiré de l’Académie des sciences, dont plusieurs de ses membres faisaient partie. Mais elle fut en bute dès sa création à l’hostilité de la Faculté de médecine de Paris qui voyait en elle une concurrente et donc une menace pour son pouvoir.

  • Félix Vicq d’Azyr (1748–1794), médecin et anatomiste. Il n’existe pas à ce jour de bibliographie réellement complète, la somme de ses travaux étant considérable en quantité et en thèmes traités : anatomiste, il est l’un des pères de l’anatomie comparée. Membre de l’Académie des sciences, il fut envoyé par le gouvernement en 1775 pour endiguer une épizootie grave dans le sud-ouest de la France. À son retour, il organisa la Société Royale de Correspondance de Médecine, qui devint la Société Royale de Médecine dont il fut le Secrétaire perpétuel. Il fut élu en 1788 à l’Académie Française (il a rédigé de nombreux éloges) et devint premier médecin de la reine Marie-Antoinette en janvier 1789.
  • Lire aussi les chroniques du blog sur Vic-d’Azyr, la Société Royale de Médecine.

La SRM était constituée de personnes, le plus souvent issues de la bourgeoisie, peu de la noblesse ; quelques-unes avaient une origine modeste. Lorsqu’elles accédaient au second ordre, c’était par leur mérite ou leur fonction, et non par l’achat de charge (savonnette à vilains). Il n’y avait pas d’hégémonie parisienne parmi ses 179 membres associés : la moitié étaient issus de la province, et un tiers de l’étranger (médecins célèbres, surtout d’Europe septentrionale avec une ouverture au monde oriental). Plus de 400 correspondants étaient associés, dont une large majorité de médecins. Les membres, tous élus, constituaient l’élite de la profession médicale, ce qui leur autorisait une réelle autonomie intellectuelle, personne n’étant au-dessus d’eux dans leur domaine. Il est à noter que les critiques de leurs avis s’appuyaient sur des considérations non scientifiques.

Les assemblées de la SRM se tenaient deux fois par semaine sans exception ni vacance depuis 4 h et demie jusqu’à 6 h et demie. Il y eut notamment une séance le 14 juillet 1789 au cours de laquelle les membres présents s’interrogèrent sur l’opportunité de continuer leur travail, et décidèrent de ne pas interrompre leurs activités, dans la mesure du possible, ce qu’ils firent effectivement.

Une communication efficace avec le pouvoir, la presse, les praticiens

Outre le compte rendu régulier de ses activités au roi (Louis XVI s’intéressait aux activités de la SRM, en augmenta les revenus et prit parti pour la SRM contre la Faculté de médecine de Paris), aux ministres et aux proches du pouvoir, il faut citer le rôle très important joué par le lieutenant général de police de Paris, Jean-Charles Pierre Lenoir (Figure 2).

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1770-1771. Goethe à Strasbourg

Entre avril 1770 et août 1771, Goethe, âgé de 21 ans, séjourne à Strasbourg pour y poursuivre des études de droit.

Portrait de Goethe par Georg Melchior Kraus, 1775-1776

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Johann Wolfgang von Goethe, né en août 1749 à Francfort et mort en mars 1832 (à 82 ans) à Weimar, est un romancier, dramaturge, poète, scientifique, théoricien de l’art et homme d’État allemand.

Sources. Citations de Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, exposition Palais Rohan, Galerie Heitz, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

Un regret : prévue pour 5 mois et demi, l’expo n’a été visible que 15 jours en présentiel. Pourquoi n‘est-elle pas prolongée ?

Diaporama sur le séjour strasbourgeois de Goethe : le logement et les études (22 photos de Pierre Dubois, mai 2021). Prochain diaporama : Marie-Antoinette passait par là.

Lord Abington. Vue prise du Balcon de l’Hôtel de l’Esprit (sans date).

Visite virtuelle : vidéo de 11 minutes. Présentation par le commissariat de l’exposition, Florian Siffer, responsable du Cabinet des Estampes et des Dessins, et Aude Therstappen, conservatrice en charge des collections germaniques et scandinaves de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

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1757 et 1783. Haguenau, Hôpitaux

Source. Hôpital militaire et bourgeois de Haguenau. Extraits de Wikipédia.

Lire aussi, pour le 18ème siècle : Rochefort, Hôpital de la Marine ; Hôpital civil de Strasbourg, reconstruction en deux temps entre 1717 et 1741.

« 1757. Reconstruction de l’Hôpital civil de Haguenau : nouveau bâtiment, imaginé par Georges-Joseph Barth.

Hôpital civil de Haguenau. Cliquer sur les images pour les agrandir

1783-1788. Construction de l’Hôpital militaire. Le bâtiment est construit à l’initiative de l’Intendant d’Alsace, Antoine de Chaumont de la Galaizière, sur les plans de Charpentier, directeur des Ponts et Chaussées. Il est destiné aux militaires de la province ainsi qu’aux bourgeois de Haguenau.

Le plan de l’hôpital est conçu pour être un bâtiment fonctionnel et régulier. Le bâtiment de style de Louis XVI est émaillé de motifs néo-classiques, de triglyphes, de guirlandes et de pommes de pin. Tout cela est concentré sur le portail central. Les bâtiments sont construits en grès, briques, pierres avec briques de remplissage, avec un toit à longs pans.

1788. Une ordonnance royale supprime les hôpitaux militaires régionaux, mais l’endroit continue d’abriter des soldats blessés pendant la Révolution et l’Empire.

1812. Il sert alors de dépôt de mendicité pour le département, de caserne entre 1815 et 1818.

1822.  Les locaux sont confiés au Ministère de la Justice qui les transforme en Maison centrale pour femmes. Cette prison est jusqu’en 1957 la plus importante de France.

La prison en 1889

1883. Le bâtiment de l’ancien hôpital militaire est rattaché à l’hôpital civil.

1964-1986. Par la suite, l’établissement est transformé afin d’accueillir des détenus (hommes ou femmes) à problèmes psychiatriques, ainsi le Centre pénitentiaire de réadaptation est officiellement ouvert le 21 avril 1964. Il sert jusqu’à sa fermeture totale en 1986″.

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Billet de santé et passeport vaccinal

Laissez-passer les p’tits papiers : petite histoire du passeport, Préfecture de Lozère, mars 2017.

« Glissés dans une poche, ou au fond d’un sac à main, ils nous suivent partout, nous définissent. Quoi de plus personnel que nos papiers d’identité ? Leur délivrance relève pourtant d’un acte fondateur de l’autorité régalienne. Parmi tous les documents officiels, cartes d’identité, permis de conduire, livrets militaires, le passeport incarne le plus ancien et le plus emblématique. Du sauf-conduit médiéval au dernier-né biométrique, il n’a cessé d’évoluer, avec le double objectif de permettre la circulation des hommes et d’établir leur identification.

La définition du passeport par l’Encyclopédie renvoie d’abord à la liberté de circulation. Il s’agit d’une permission accordée par une autorité souveraine, à un individu ou un groupe de passer, d’entrer ou sortir de son territoire, librement et sans être inquiété. Du XVe au XVIIIe siècle, l’usage du passe-port se répand avec la multiplication des échanges. Ces billets commandent de laisser passer sans encombre jusqu’à la destination indiquée, le porteur dont le nom est mentionné.

Dans le Gévaudan d’Ancien Régime, nul n’ignore, le nom, le sobriquet, la généalogie, des autres habitants de sa paroisse. Les papiers sont superflus pour identifier une personne, chacun étant connu de tous. Seuls les étrangers, les migrants de toutes sortes (colporteurs, vagabonds) sont exclus de ces relations d’interconnaissance. À la fin du 17ème, le pouvoir, souhaitant contrôler l’afflux de miséreux vers les villes, décide l’enfermement de ces individus dangereux dans les hôpitaux généraux. Dès 1724, seuls les pauvres munis d’un passe-port donnant leur signalement peuvent prétendre aux secours. Lors des périodes d’épidémie (peste de 1720 …), il existe des billets de santé garants du bon état sanitaire des voyageurs.

La Révolution, au nom de la liberté de circulation, supprime dès 1790 les passeports. Mais les troubles, la guerre, entraînent d’abord leur rétablissement pour les étrangers, potentiels ennemis de la Nation, puis dès 1792, l’instauration de « passeports pour l’intérieur »  pour tout citoyen circulant en France.

Selon le décret du 10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795), nul individu ne pourra quitter le territoire de son canton, ni voyager, sans être muni et porteur d’un passeport signé par les officiers municipaux de la commune ou administration municipale du canton. En réalité, ils sont seulement exigés pour sortir du département.  Tout passeport contiendra le signalement de l’individu, sa signature ou sa déclaration qu’il ne sait signer, référera le numéro de son inscription au tableau la commune, et sera renouvelé au moins une fois par an (art 3). Il indique aussi la profession et parfois le motif du voyage. Les femmes voyageant seules ont un passeport, les autres figurent sur celui de l’homme qui les accompagne, tout comme les enfants.

En 1807, pour lutter contre les fraudes, Fouché, ministre de la police, fait adopter un modèle uniformisé sur papier spécial à filigrane et encre inaltérables, avec un dessin courant à la fois sur la souche et l’original, permettant de démasquer les falsificateurs, son montant est fixé à 2 Fr. Il existe également un passeport gratuit pour les indigents, qui bénéficient aussi de secours de route auprès des bureaux de bienfaisance des communes. Tous ces papiers sont visés à chaque étape du trajet ».

B. Covid-19 : la Commission européenne mise sur un certificat sanitaire pour faciliter la liberté de mouvement, par  Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen), Le Monde, 17 mars 2021.

« Ce passeport vaccinal permettrait de fluidifier la circulation au sein de l’UE. Mais le débat sur les informations qu’il comportera et les droits qu’il ouvrira s’annonce difficile.

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L’industrie du nourrisson parisien

Nourrices (XVIIIe – XIXe siècle). L’industrie du nourrisson parisien

Pour lire l’article de Christian de la Hubaudière, s’abonner à Hérodote.net, Le media de l’Histoire (20 euros par an).

« Au XVIIIe et XIXe siècles, les nouveau-nés de la bourgeoisie citadine ne vivent pas avec leurs parents mais avec leur nourrice, à la campagne. Ces séjours peuvent se prolonger jusqu’à l’âge de deux ans, lors du sevrage. Ce phénomène prend une telle ampleur qu’il va déboucher sur une pratique professionnelle que l’administration royale devra réglementer.

Cette pratique sociale a eu un impact économique considérable par ses flux financiers entre milieux urbains et ruraux. Une contribution méconnue mais bien réelle à l’unification économique du pays ».

Lire également le roman de Christian de la Hubaudière Au Sein de Paris narrant l’histoire exemplaire de Marguerite, nourrice normande, de 1743 à 1791, année de sa mort.

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1719-1720. Que la fête commence (2)

Suite de la chronique dédiée au film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence (1) : biographie de trois personnalités-clés de la Régence et plus particulièrement des années 1719 et 1720 : le Régent, Philippe d’Orléans, son principal ministre d’État, l’Abbé Dubois, le Révolté breton, le marquis de Pontcallec.

Cette seconde chronique présente les biographies résumées de trois autres acteurs importants de la Cour en 1719-1720 : le maréchal de Villeroy (1644-1730), le médecin Pierre Chirac (1657-1732), le financier John Law (1671-1729).

A. François de Neufville de Villeroy (1644-1730 mort à l’âge de 86 ans). En 1719, il est gouverneur de Louis XV, chargé de l’éducation militaire du roi (dans le film : scène de l’essai d’un nouveau canon léger, qui tourne au désastre).

« Marquis, puis 2e duc de Villeroy et pair de France (de 1675 à 1694), c’est un militaire français. Il est élevé à la dignité de maréchal de France au printemps 1693. Profondément présomptueux, il se révèle incapable de commander en chef. Dès lors, sa carrière militaire n’est qu’une accumulation de désastres comme au siège de Namur de 1695, à la bataille de Chiari en 1701, et en particulier à la bataille de Ramillies, en 1706, qui met à nu son ineptie.

Villeroy est chef du conseil royal des Finances et ministre d’État sous Louis XIV (1714), puis chef du conseil des Finances et membre du conseil de Régence (1715), et chef du conseil du Commerce (1716). Présentant peu de dispositions pour ces emplois, il n’y figure qu’à titre honorifique. De 1717 à 1722, il exerce jalousement les fonctions de gouverneur de Louis XV. Obstacle à la politique du Régent et du cardinal Dubois, il est exilé dans le Lyonnais de 1722 à 1724″.

B. Pierre Chirac, « né en 1657 et mort en 1732 à l’âge de 75 ans, est médecin du roi Louis XV depuis 1716. En juillet 1719, le Régent l’appelle d’urgence au chevet de sa fille, Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, duchesse de Berry. Mais Pierre Chirac ne peut sauver la jeune princesse. Mal relevée de précédentes couches, alcoolique notoire et prématurément usée par une vie dissolue, elle meurt dans la nuit, à l’âge de 24 ans. Elle était fille du Régent Philippe II d’Orléans et de Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), fille de Louis XIV et de Mme de Montespan .

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La médecine des années 1793-1799

Chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle. Source. État de la médecine au 18ème siècle, Université de Paris, BIU Santé médecine, BIU Santé, Pharmacie.

6. Années 1793-1799. De la Suppression des Académies, sociétés savantes et facultés à la Création des Écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg.

1793  
Suppression des Académies, sociétés savantes et facultés. 
Pierre DURET (1745-1825) met au point un anus artificiel sur un enfant atteint d’astrésie congénitale de l’anus. 
Philippe PINEL (1745-1826) libère les aliénés de l’Hôpital de Bicêtre qui étaient jusqu’alors attachés (article d’Aude Fauvel, Pinel et les aliénistes. Aux origines de la psychiatrie, Histoire de la psychologie, 2012, pages 7 à 11).

1794-1802  
Création des Écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg.

1795  
L’École de santé de Paris ouvre le 20 janvier (article de Roselyne Rey, L’École de santé de Paris sous la Révolution,
Histoire de l’éducation, Année 1993, 57, pp. 23-57).

1796  
Création de 9 chaires théoriques et de 3 chaires cliniques à Paris au sein de l’École de Santé.

1797  
L’École pratique de l’École de santé de Paris ouvre le 7 août.

1798  
Pierre Jean Georges CABANIS (1757-1808) publie Du degré de certitude en médecine
François-Emmanuel FODERE (1764-1834) publie Les lois éclairées par les sciences physiques ou Traité de médecine légale et d’hygiène publique
Edward JENNER (1749-1823) publie An enquiry into the causes and effects on the variole vaccinae démontrant l’efficacité de la vaccination pour se protéger de la variole (lire aussi : 14 mai 1796, Édouard Jenner découvre la vaccination par Camille Vignolle, Hérodote.net, 19 avril 2019).
Philippe PINEL publie Nosographie philosophique ou de la méthode de l’analyse appliquée à la médecine.

1799  
Xavier BICHAT (1771-1802) publie la 1ère édition du Traité des membranes.

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La médecine des années 1774-1792

Chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

5. Années 1774-1792. La médecine sous le règne de Louis XVI. Source. État de la médecine au 18ème siècle, Université de Paris, BIU Santé médecine, BIU Santé, Pharmacie.

1775GUYTON de MORVEAU préconise le chlore pour désinfecter l’air, Nouveau moyen de purifier absolument et en très peu de temps une masse d’air infecté.
LE FEBURE de SAINT-ILDEPHONT préconise l’arsenic comme thérapeutique du cancer, Remède éprouvé pour guérir radicalement le cancer occulte et manifeste ulcéré.
Percival POTT décrit le cancer des ramoneurs.
1776Sous la présidence de Félix VICQ D’AZYR, le roi accorde son soutien à la création de la SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE. Chronique du blog : Vic d’Azyr, 30 ans en 1778.
L’abbé de l’Épée publie dans un ouvrage célèbre, Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques, son expérience éducative menée auprès de jeunes sourds et muets.
Jean-Paul MARAT ouvre une boutique d’électricité médicale à Paris pour soigner ses patients par l’électrothérapie.
LA SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE est fondée en 1776 sur l’initiative de François de LASSONNE et de Félix Vicq d’Azyr, elle a pour but de rassembler les médecins en France. Elle fut d’abord chargée d’étudier le problème des épizooties, des épidémies et des eaux minérales. Très vite elle eut des correspondants à travers tous les hôpitaux et les médecins de France et de l’étranger et ce malgré les vives attaques lancées par la Faculté de médecine de Paris. Elle publiera l‘Histoire et les mémoires de la Société royale de médecine entre 1776 et 1789.
1777Création du Collège de pharmacie.
Antoine LAVOISIER présente un mémoire devant l’Académie des sciences, Expériences sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l’air en passant par leurs poumons. Il explique ainsi les effets semblables entre respiration et combustion.
Annes-Charles LORRY publie le 1er traité moderne de dermatologie, Tractatus de morbis cutaneis.
Jean-René SIGAULT pratique la première symphysiotomie lors d’un accouchement laborieux.
1778  Paul-Joseph BARTHEZ, défenseur du vitalisme, publie Nouveaux éléments de la science de l’homme.
Anselme JOURDAIN décrit dans son ouvrage, Traité des maladies et des opérations chirurgicales de la bouche, l’ostéopériostite alvéolodentaire.
1779  Franz-Anton MESMER publie Mémoire sur la découverte du magnétisme animal.
1780 Les pharmaciens peuvent suivre à Paris des cours de chimie et de botanique. 
Création d’un hospice pour les femmes enceintes syphilitiques dans le quartier Vaugirard à Paris.
1781  Jean-Louis BAUDELOCQUE, qui a inventé le pelvimètre, publie L’art des accouchements.
1782Antoine LAVOISIER présente un mémoire à l’Académie royale des sciences, Mémoire sur l’affinité du principe oxygène avec les différentes substances auxquelles il est susceptible de s’unir..
1783Jean-Paul MARAT publie Mémoire sur l’électricité médicale.
1784 Un rapport des Drs. Bailly et Guillotin condamne la théorie de MESMER, « Rapport des commissaires chargés par le Roi de l’examen du magnétisme animal« 
1785Antoine-François de FOURCROY, L’art de reconnaître et d’employer les médicaments.
1786  Félix VICQ D’AZYR, Traité d’anatomie et de physiologie avec planches coloriés représentant au naturel les organes de l’homme et des animaux. Ses œuvres complètes seront publiées en 1805.
1788Pierre-Joseph DESAULT réorganise le service de chirurgie de l’Hôtel-Dieu de Paris et développe l’enseignement des étudiants en médecine au lit du malade. 
Nicolas DUBOIS de CHEMANT propose des dents en porcelaine dans sa Dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels, incorruptibles et sans odeur
Louis ODIER propose le bismuth pour soigner les affections gastriques. 
Jacques TENON dresse un tableau de l’état sanitaire des hôpitaux et propose des réformes concernant l’hygiène et un architecture propre aux besoins des hôpitaux dans un Mémoire sur les Hôpitaux de Paris.
1790  Félix VICQ D’AZYR présente devant la Société royale de médecine une réforme des études de médecine
Le docteur Joseph-Ignace GUILLOTIN présente la Guillotine.
1791 Une loi établit la liberté d’exercer la médecine. 
Joseph DAQUIN s’inquiète du sort des aliénés et publie La philosophie de la folie ou essai philosophique sur les personnes attaquées de folie.

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Montpellier. Médecine et Chirurgie

Montpellier, Médecine au 18ème siècle : diaporama de 18 photos

Deux figures de botaniste, chargés du Jardin des plantes : François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767), Antoine Gouan (1733-1821).

Le Jardin des plantes de Montpellier (photo de Pierre Dubois en 2017). Cliquer sur les images pour les agrandir

Une figure de chirurgien : François La Peyronie (1678-1747).

Une figure de médecin et d’encyclopédiste : Paul-Joseph Barthez (1734-1806).

Jardin des Plantes de Montpellier (source : citations de Wikipédia). Celui de Rochefort (le jardin reposoir) a été présenté dans la chronique Expéditions maritimes et Botanique

« Le jardin des plantes de Montpellier est un jardin botanique universitaire fondé en 1593. Henri IV confia à Pierre Richer de Belleval la création d’un jardin botanique suivant le modèle de celui de Padoue créé vers 1545. Le projet prend rapidement de l’ampleur et ne se limite pas à la culture des simples. Richer en publie le catalogue en 1598, mais les guerres de religions qui ravagent la région anéantissent également le jardin lors du siège de la ville en 1622. Richer de Belleval doit tout reprendre à zéro. Au début du XVIIe siècle, le jardin des plantes de Montpellier fut non seulement un jardin scientifique, avec son importante collection de végétaux, mais un jardin précurseur dans sa manière d’appréhender le monde végétal dans sa diversité, en reproduisant différents milieux (ombragé, ensoleillé, humide, sablonneux, pierreux…) et en consacrant un emplacement aux plantes exotiques ».

A. François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767) est médecin et botaniste (chaire de botanique de la faculté de médecine de Montpellier) (source : citations de Wikipédia).

1722. « Il entre à la faculté de médecine de Montpellier et s’intéresse particulièrement à l’étude de la botanique, grâce à Pierre Baux, célèbre naturaliste, qui l’initie. Il est reçu docteur en 1726 avec une thèse intitulée Dissertatio medica atque ludicra de amore… L’Amour peut-il être guéri par les plantes ? Il séjourne alors quelques années à Paris et revient à Montpellier en 1734.

D’abord professeur de physiologie et de pathologie, il occupe la chaire de botanique de la faculté de médecine après la mort d’Aymé-François Chicoyneau (1702–1740). C’est d’ailleurs dans cette discipline qu’il va s’illustrer. Il améliore grandement la situation du jardin botanique de la faculté (il y construit la première serre chaude), mais aussi de ses bâtiments.

Il entame en 1737 une correspondance avec Linné (1707–1778). Sauvages de Lacroix lui fait parvenir des spécimens des plantes croissant dans les environs de Montpellier. Une véritable amitié lie bientôt les deux hommes. Les envois de Sauvages de Lacroix permettent à un élève de Linné, Theophilus Erdmann Nathhorst (?–1756), de faire une thèse sur la flore de la région de Montpellier. Il obtient son titre de docteur en médecine en 1741 avec une thèse intitulée De motuum vitalium causa… Il devient membre de la Royal Society le 25 mai 1749« .

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