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Billet de santé et passeport vaccinal

Laissez-passer les p’tits papiers : petite histoire du passeport, Préfecture de Lozère, mars 2017.

« Glissés dans une poche, ou au fond d’un sac à main, ils nous suivent partout, nous définissent. Quoi de plus personnel que nos papiers d’identité ? Leur délivrance relève pourtant d’un acte fondateur de l’autorité régalienne. Parmi tous les documents officiels, cartes d’identité, permis de conduire, livrets militaires, le passeport incarne le plus ancien et le plus emblématique. Du sauf-conduit médiéval au dernier-né biométrique, il n’a cessé d’évoluer, avec le double objectif de permettre la circulation des hommes et d’établir leur identification.

La définition du passeport par l’Encyclopédie renvoie d’abord à la liberté de circulation. Il s’agit d’une permission accordée par une autorité souveraine, à un individu ou un groupe de passer, d’entrer ou sortir de son territoire, librement et sans être inquiété. Du XVe au XVIIIe siècle, l’usage du passe-port se répand avec la multiplication des échanges. Ces billets commandent de laisser passer sans encombre jusqu’à la destination indiquée, le porteur dont le nom est mentionné.

Dans le Gévaudan d’Ancien Régime, nul n’ignore, le nom, le sobriquet, la généalogie, des autres habitants de sa paroisse. Les papiers sont superflus pour identifier une personne, chacun étant connu de tous. Seuls les étrangers, les migrants de toutes sortes (colporteurs, vagabonds) sont exclus de ces relations d’interconnaissance. À la fin du 17ème, le pouvoir, souhaitant contrôler l’afflux de miséreux vers les villes, décide l’enfermement de ces individus dangereux dans les hôpitaux généraux. Dès 1724, seuls les pauvres munis d’un passe-port donnant leur signalement peuvent prétendre aux secours. Lors des périodes d’épidémie (peste de 1720 …), il existe des billets de santé garants du bon état sanitaire des voyageurs.

La Révolution, au nom de la liberté de circulation, supprime dès 1790 les passeports. Mais les troubles, la guerre, entraînent d’abord leur rétablissement pour les étrangers, potentiels ennemis de la Nation, puis dès 1792, l’instauration de « passeports pour l’intérieur »  pour tout citoyen circulant en France.

Selon le décret du 10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795), nul individu ne pourra quitter le territoire de son canton, ni voyager, sans être muni et porteur d’un passeport signé par les officiers municipaux de la commune ou administration municipale du canton. En réalité, ils sont seulement exigés pour sortir du département.  Tout passeport contiendra le signalement de l’individu, sa signature ou sa déclaration qu’il ne sait signer, référera le numéro de son inscription au tableau la commune, et sera renouvelé au moins une fois par an (art 3). Il indique aussi la profession et parfois le motif du voyage. Les femmes voyageant seules ont un passeport, les autres figurent sur celui de l’homme qui les accompagne, tout comme les enfants.

En 1807, pour lutter contre les fraudes, Fouché, ministre de la police, fait adopter un modèle uniformisé sur papier spécial à filigrane et encre inaltérables, avec un dessin courant à la fois sur la souche et l’original, permettant de démasquer les falsificateurs, son montant est fixé à 2 Fr. Il existe également un passeport gratuit pour les indigents, qui bénéficient aussi de secours de route auprès des bureaux de bienfaisance des communes. Tous ces papiers sont visés à chaque étape du trajet ».

B. Covid-19 : la Commission européenne mise sur un certificat sanitaire pour faciliter la liberté de mouvement, par  Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen), Le Monde, 17 mars 2021.

« Ce passeport vaccinal permettrait de fluidifier la circulation au sein de l’UE. Mais le débat sur les informations qu’il comportera et les droits qu’il ouvrira s’annonce difficile.

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L’industrie du nourrisson parisien

Nourrices (XVIIIe – XIXe siècle). L’industrie du nourrisson parisien

Pour lire l’article de Christian de la Hubaudière, s’abonner à Hérodote.net, Le media de l’Histoire (20 euros par an).

« Au XVIIIe et XIXe siècles, les nouveau-nés de la bourgeoisie citadine ne vivent pas avec leurs parents mais avec leur nourrice, à la campagne. Ces séjours peuvent se prolonger jusqu’à l’âge de deux ans, lors du sevrage. Ce phénomène prend une telle ampleur qu’il va déboucher sur une pratique professionnelle que l’administration royale devra réglementer.

Cette pratique sociale a eu un impact économique considérable par ses flux financiers entre milieux urbains et ruraux. Une contribution méconnue mais bien réelle à l’unification économique du pays ».

Lire également le roman de Christian de la Hubaudière Au Sein de Paris narrant l’histoire exemplaire de Marguerite, nourrice normande, de 1743 à 1791, année de sa mort.

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1719-1720. Que la fête commence (2)

Suite de la chronique dédiée au film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence (1) : biographie de trois personnalités-clés de la Régence et plus particulièrement des années 1719 et 1720 : le Régent, Philippe d’Orléans, son principal ministre d’État, l’Abbé Dubois, le Révolté breton, le marquis de Pontcallec.

Cette seconde chronique présente les biographies résumées de trois autres acteurs importants de la Cour en 1719-1720 : le maréchal de Villeroy (1644-1730), le médecin Pierre Chirac (1657-1732), le financier John Law (1671-1729).

A. François de Neufville de Villeroy (1644-1730 mort à l’âge de 86 ans). En 1719, il est gouverneur de Louis XV, chargé de l’éducation militaire du roi (dans le film : scène de l’essai d’un nouveau canon léger, qui tourne au désastre).

« Marquis, puis 2e duc de Villeroy et pair de France (de 1675 à 1694), c’est un militaire français. Il est élevé à la dignité de maréchal de France au printemps 1693. Profondément présomptueux, il se révèle incapable de commander en chef. Dès lors, sa carrière militaire n’est qu’une accumulation de désastres comme au siège de Namur de 1695, à la bataille de Chiari en 1701, et en particulier à la bataille de Ramillies, en 1706, qui met à nu son ineptie.

Villeroy est chef du conseil royal des Finances et ministre d’État sous Louis XIV (1714), puis chef du conseil des Finances et membre du conseil de Régence (1715), et chef du conseil du Commerce (1716). Présentant peu de dispositions pour ces emplois, il n’y figure qu’à titre honorifique. De 1717 à 1722, il exerce jalousement les fonctions de gouverneur de Louis XV. Obstacle à la politique du Régent et du cardinal Dubois, il est exilé dans le Lyonnais de 1722 à 1724″.

B. Pierre Chirac, « né en 1657 et mort en 1732 à l’âge de 75 ans, est médecin du roi Louis XV depuis 1716. En juillet 1719, le Régent l’appelle d’urgence au chevet de sa fille, Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, duchesse de Berry. Mais Pierre Chirac ne peut sauver la jeune princesse. Mal relevée de précédentes couches, alcoolique notoire et prématurément usée par une vie dissolue, elle meurt dans la nuit, à l’âge de 24 ans. Elle était fille du Régent Philippe II d’Orléans et de Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), fille de Louis XIV et de Mme de Montespan .

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La médecine des années 1793-1799

Chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle. Source. État de la médecine au 18ème siècle, Université de Paris, BIU Santé médecine, BIU Santé, Pharmacie.

6. Années 1793-1799. De la Suppression des Académies, sociétés savantes et facultés à la Création des Écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg.

1793  
Suppression des Académies, sociétés savantes et facultés. 
Pierre DURET (1745-1825) met au point un anus artificiel sur un enfant atteint d’astrésie congénitale de l’anus. 
Philippe PINEL (1745-1826) libère les aliénés de l’Hôpital de Bicêtre qui étaient jusqu’alors attachés (article d’Aude Fauvel, Pinel et les aliénistes. Aux origines de la psychiatrie, Histoire de la psychologie, 2012, pages 7 à 11).

1794-1802  
Création des Écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg.

1795  
L’École de santé de Paris ouvre le 20 janvier (article de Roselyne Rey, L’École de santé de Paris sous la Révolution,
Histoire de l’éducation, Année 1993, 57, pp. 23-57).

1796  
Création de 9 chaires théoriques et de 3 chaires cliniques à Paris au sein de l’École de Santé.

1797  
L’École pratique de l’École de santé de Paris ouvre le 7 août.

1798  
Pierre Jean Georges CABANIS (1757-1808) publie Du degré de certitude en médecine
François-Emmanuel FODERE (1764-1834) publie Les lois éclairées par les sciences physiques ou Traité de médecine légale et d’hygiène publique
Edward JENNER (1749-1823) publie An enquiry into the causes and effects on the variole vaccinae démontrant l’efficacité de la vaccination pour se protéger de la variole (lire aussi : 14 mai 1796, Édouard Jenner découvre la vaccination par Camille Vignolle, Hérodote.net, 19 avril 2019).
Philippe PINEL publie Nosographie philosophique ou de la méthode de l’analyse appliquée à la médecine.

1799  
Xavier BICHAT (1771-1802) publie la 1ère édition du Traité des membranes.

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La médecine des années 1774-1792

Chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

5. Années 1774-1792. La médecine sous le règne de Louis XVI. Source. État de la médecine au 18ème siècle, Université de Paris, BIU Santé médecine, BIU Santé, Pharmacie.

1775GUYTON de MORVEAU préconise le chlore pour désinfecter l’air, Nouveau moyen de purifier absolument et en très peu de temps une masse d’air infecté.
LE FEBURE de SAINT-ILDEPHONT préconise l’arsenic comme thérapeutique du cancer, Remède éprouvé pour guérir radicalement le cancer occulte et manifeste ulcéré.
Percival POTT décrit le cancer des ramoneurs.
1776Sous la présidence de Félix VICQ D’AZYR, le roi accorde son soutien à la création de la SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE. Chronique du blog : Vic d’Azyr, 30 ans en 1778.
L’abbé de l’Épée publie dans un ouvrage célèbre, Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques, son expérience éducative menée auprès de jeunes sourds et muets.
Jean-Paul MARAT ouvre une boutique d’électricité médicale à Paris pour soigner ses patients par l’électrothérapie.
LA SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE est fondée en 1776 sur l’initiative de François de LASSONNE et de Félix Vicq d’Azyr, elle a pour but de rassembler les médecins en France. Elle fut d’abord chargée d’étudier le problème des épizooties, des épidémies et des eaux minérales. Très vite elle eut des correspondants à travers tous les hôpitaux et les médecins de France et de l’étranger et ce malgré les vives attaques lancées par la Faculté de médecine de Paris. Elle publiera l‘Histoire et les mémoires de la Société royale de médecine entre 1776 et 1789.
1777Création du Collège de pharmacie.
Antoine LAVOISIER présente un mémoire devant l’Académie des sciences, Expériences sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l’air en passant par leurs poumons. Il explique ainsi les effets semblables entre respiration et combustion.
Annes-Charles LORRY publie le 1er traité moderne de dermatologie, Tractatus de morbis cutaneis.
Jean-René SIGAULT pratique la première symphysiotomie lors d’un accouchement laborieux.
1778  Paul-Joseph BARTHEZ, défenseur du vitalisme, publie Nouveaux éléments de la science de l’homme.
Anselme JOURDAIN décrit dans son ouvrage, Traité des maladies et des opérations chirurgicales de la bouche, l’ostéopériostite alvéolodentaire.
1779  Franz-Anton MESMER publie Mémoire sur la découverte du magnétisme animal.
1780 Les pharmaciens peuvent suivre à Paris des cours de chimie et de botanique. 
Création d’un hospice pour les femmes enceintes syphilitiques dans le quartier Vaugirard à Paris.
1781  Jean-Louis BAUDELOCQUE, qui a inventé le pelvimètre, publie L’art des accouchements.
1782Antoine LAVOISIER présente un mémoire à l’Académie royale des sciences, Mémoire sur l’affinité du principe oxygène avec les différentes substances auxquelles il est susceptible de s’unir..
1783Jean-Paul MARAT publie Mémoire sur l’électricité médicale.
1784 Un rapport des Drs. Bailly et Guillotin condamne la théorie de MESMER, « Rapport des commissaires chargés par le Roi de l’examen du magnétisme animal« 
1785Antoine-François de FOURCROY, L’art de reconnaître et d’employer les médicaments.
1786  Félix VICQ D’AZYR, Traité d’anatomie et de physiologie avec planches coloriés représentant au naturel les organes de l’homme et des animaux. Ses œuvres complètes seront publiées en 1805.
1788Pierre-Joseph DESAULT réorganise le service de chirurgie de l’Hôtel-Dieu de Paris et développe l’enseignement des étudiants en médecine au lit du malade. 
Nicolas DUBOIS de CHEMANT propose des dents en porcelaine dans sa Dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels, incorruptibles et sans odeur
Louis ODIER propose le bismuth pour soigner les affections gastriques. 
Jacques TENON dresse un tableau de l’état sanitaire des hôpitaux et propose des réformes concernant l’hygiène et un architecture propre aux besoins des hôpitaux dans un Mémoire sur les Hôpitaux de Paris.
1790  Félix VICQ D’AZYR présente devant la Société royale de médecine une réforme des études de médecine
Le docteur Joseph-Ignace GUILLOTIN présente la Guillotine.
1791 Une loi établit la liberté d’exercer la médecine. 
Joseph DAQUIN s’inquiète du sort des aliénés et publie La philosophie de la folie ou essai philosophique sur les personnes attaquées de folie.

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Montpellier. Médecine et Chirurgie

Montpellier, Médecine au 18ème siècle : diaporama de 18 photos

Deux figures de botaniste, chargés du Jardin des plantes : François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767), Antoine Gouan (1733-1821).

Le Jardin des plantes de Montpellier (photo de Pierre Dubois en 2017). Cliquer sur les images pour les agrandir

Une figure de chirurgien : François La Peyronie (1678-1747).

Une figure de médecin et d’encyclopédiste : Paul-Joseph Barthez (1734-1806).

Jardin des Plantes de Montpellier (source : citations de Wikipédia). Celui de Rochefort (le jardin reposoir) a été présenté dans la chronique Expéditions maritimes et Botanique

« Le jardin des plantes de Montpellier est un jardin botanique universitaire fondé en 1593. Henri IV confia à Pierre Richer de Belleval la création d’un jardin botanique suivant le modèle de celui de Padoue créé vers 1545. Le projet prend rapidement de l’ampleur et ne se limite pas à la culture des simples. Richer en publie le catalogue en 1598, mais les guerres de religions qui ravagent la région anéantissent également le jardin lors du siège de la ville en 1622. Richer de Belleval doit tout reprendre à zéro. Au début du XVIIe siècle, le jardin des plantes de Montpellier fut non seulement un jardin scientifique, avec son importante collection de végétaux, mais un jardin précurseur dans sa manière d’appréhender le monde végétal dans sa diversité, en reproduisant différents milieux (ombragé, ensoleillé, humide, sablonneux, pierreux…) et en consacrant un emplacement aux plantes exotiques ».

A. François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767) est médecin et botaniste (chaire de botanique de la faculté de médecine de Montpellier) (source : citations de Wikipédia).

1722. « Il entre à la faculté de médecine de Montpellier et s’intéresse particulièrement à l’étude de la botanique, grâce à Pierre Baux, célèbre naturaliste, qui l’initie. Il est reçu docteur en 1726 avec une thèse intitulée Dissertatio medica atque ludicra de amore… L’Amour peut-il être guéri par les plantes ? Il séjourne alors quelques années à Paris et revient à Montpellier en 1734.

D’abord professeur de physiologie et de pathologie, il occupe la chaire de botanique de la faculté de médecine après la mort d’Aymé-François Chicoyneau (1702–1740). C’est d’ailleurs dans cette discipline qu’il va s’illustrer. Il améliore grandement la situation du jardin botanique de la faculté (il y construit la première serre chaude), mais aussi de ses bâtiments.

Il entame en 1737 une correspondance avec Linné (1707–1778). Sauvages de Lacroix lui fait parvenir des spécimens des plantes croissant dans les environs de Montpellier. Une véritable amitié lie bientôt les deux hommes. Les envois de Sauvages de Lacroix permettent à un élève de Linné, Theophilus Erdmann Nathhorst (?–1756), de faire une thèse sur la flore de la région de Montpellier. Il obtient son titre de docteur en médecine en 1741 avec une thèse intitulée De motuum vitalium causa… Il devient membre de la Royal Society le 25 mai 1749« .

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18ème. Le cauchemar du Scorbut

Le cauchemar du Scorbut au 18ème siècle.

Photographié au Musée de l’École de médecine navale de Rochefort. Cliquer sur les images pour les agrandir

A. Le voyage du Commodore Anson est une circumnavigation (source : Wikipédia). « En 1740, pendant la Guerre de l’oreille de Jenkins qui opposa la Grande-Bretagne et l’Espagne de 1739 à 1748, le Commodore George Anson reçut du roi Georges II le commandement d’une escadre, avec la mission d’aller harceler les colonies espagnoles de l’océan Pacifique, et si possible de capturer le Galion de Manille.

Anson passa dans le Pacifique par le cap Horn, remonta le long des côtes de l’Amérique du Sud, puis traversa le Pacifique jusqu’à Macao. Il captura le galion de Manille près des côtes des Philippines, et revint en Grande-Bretagne (en 1744) par le cap de Bonne-Espérance.

Son exploit maritime est assombri par les pertes humaines que ses équipages subirent (seulement 188 hommes revinrent sur les 2 000 environ qui avaient pris la mer), mais il annonce la suprématie maritime du Royaume-Uni, dont Anson sera un promoteur actif ».

Routes commerciales de l’Empire portugais (en bleu) et celles de l’Empire espagnol avec le galion de Manille (en blanc). Source Wikipédia

B. L’histoire du scorbut par P. Berghe, Revue de Biologie médicale, n°347, mars 2019.

Extraits de l’article. « Le scorbut est une avitaminose par carence en acide ascorbique ou vitamine C. Souvent associée à des épisodes de malnutrition et de famine, cette maladie est longtemps restée d’origine mystérieuse. Entre les XVIe et XXe siècles, elle a été un terrible fléau de la navigation à voile au long cours, entraînant une forte mortalité chez les marins. Le médecin de la marine James Lind fut le premier à démontrer expérimentalement l’efficacité du jus de citron sur le scorbut.

Tout indique que le scorbut était probablement une maladie assez rare dans l’Antiquité et au Moyen Âge. Les marins semblaient épargnés car on pratiquait une navigation de cabotage de courte durée, avec de nombreuses escales de ravitaillement en Méditerranée et sur les côtes d’Afrique et d’Arabie.

Au XVIIIe siècle, le scorbut frappait beaucoup plus les flottes de guerre que les navires de la marine marchande. En effet, les grandes compagnies commerciales britanniques et hollandaises apprirent à juguler le mal en embarquant des vivres frais et en organisant un réseau d’escales judicieusement disposées. On peut citer l’exemple des Portugais qui avaient planté des citronniers et des arbres fruitiers dans l’île de Sainte-Hélène, une étape sur le chemin de l’Asie. En revanche, les vaisseaux de guerre naviguaient souvent sur de longs parcours sans escale pour des raisons de discrétion et de sécurité.

Il existe d’innombrables relations d’épidémies de scorbut dans les vaisseaux de la marine de guerre au XVIIIe siècle. Certaines sont restées célèbres, telle que l’aventure malheureuse du Mercure du duc d’Anville en 1746 ou le voyage à l’Île-de-France (la Réunion), en partance de Lorient, de Bernardin de Saint-Pierre en 1768.

Cependant, le plus tristement célèbre désastre lié au scorbut dans la marine de guerre est celui du tour du monde du commodore George Anson entre 1740 et 1744, qui reste en mémoire comme l’une des pires tragédies en mer.

À cette époque, l’Angleterre disputait à l’Espagne le contrôle des Caraïbes et des Amériques. L’amirauté britannique confie à ce capitaine anglais la mission de dévaster la côte pacifique de l’Amérique du Sud, une importante zone de commerce espagnol. George Anson part en septembre1740 avec six vaisseaux et un équipage de 2 000 marins, qu’il a eu beaucoup de mal à recruter. Plus que les Espagnols, c’est le scorbut que redoutaient les Anglais. Certes, la Royal Navy avait fourni aux équipages plusieurs traitements parmi les plus populaires d’alors, mais en réalité tous inefficaces, tels que le vinaigre, l’élixir de vitriol (un mélange d’acide sulfurique et d’alcool) et un médicament laxatif appelé Ward’s drop and pill.

Les marins resteront plusieurs mois sans accès aux fruits frais et aux végétaux. La maladie frappa au pire moment possible, après le franchissement du Cap Horn à l’extrémité de l’Amérique du Sud. Essuyant de nombreuses tempêtes, le commodore perdit trois de ses vaisseaux et une épidémie de scorbut apparut. Il réussit à rallier l’île Juan Fernandez dans le Pacifique, un havre riche de fruits et de végétaux frais.

Après la traversée du Pacifique, un seul bateau arrivera à Canton ! L’équipage était réduit à 227 personnes. Par un coup de chance incroyable, le 20 juin 1743, Anson captura un riche galion espagnol venant des Philippines après un bref combat où il perdit seulement trois hommes.

Il  se souviendra toujours du fait que, parti avec un équipage de 2 000 hommes, il en a ramené à peine 200. Malgré les très fortes pertes en vies humaines, l’Amirauté a considéré cette mission comme un succès, notamment du fait de la capture du vaisseau espagnol. Le commodore Anson devint riche et célèbre, et sera nommé Premier Lord de l’Amirauté en 1751″.

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La médecine des années 1751 à 1774

Suite des chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

4. La Médecine des années 1751-1774, seconde partie du règne de Louis XV. Source. État de la médecine au 18ème siècle, Université de Paris, BIU Santé médecine, BIU Santé, Pharmacie.

1751Denis DIDEROT et Jean le ROND d’ALEMBERT. 1er tome de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers
1752 Jean BASEILHAC, dit Frère COME publie ses travaux sur l’opération de la taille pour extraire la pierre de la vessie.
Thèophile de BORDEU, Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action influencées par le vitalisme.
1753  F. HERISSANT, Nouvelles recherches sur la conformation de l’émail des dents et sur celles des gencives.
André LEVRET, L’Art des accouchements (préconisation de l’utilisation du forceps courbe).
1754  Recueil périodique d’observations de médecine, chirurgie et pharmacie, importante revue médicale du 18ème.
Le dentiste Étienne BOURDET propose l’implantation de dents étrangères dans la cavité buccale adaptée.
Charles-Marie de la CONDAMINE expose à l’Académie royale des sciences un mémoire pour l’adoption de la variolisation.
1755 Louis LECLUSE, Éclaircissements essentiels pour parvenir à préserver les dents de la carie.
1756 Théodore TRONCHIN variolise les enfants de Philippe d’Orléans.
1760  François BOISSIER de SAUVAGES décrit le typhus exanthématique.
Thomas GOULARD préconise l’utilisation du plomb contre le cancer.
1761  Jean ASTRUC, Traité des maladies des femmes.
1762  Antoine BAUME, Éléments de pharmacie théorique et pratique.
1763  La variolisation est refusée par le Parlement.
1768François QUESNAY, Physiocratie, ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain.
1770  Edme-Claude BOURRU évoque l’utilisation du pneumothorax artificiel dans la phtisie.
Antoine PORTAL, Histoire de l’anatomie et de la chirurgie, contenant l’origine et les progrès de ces sciences.
1772 Nicolas SAUCEROTTE décrit le 1er cas d’acromégalie devant l’Académie de chirurgie.
1773  Hilaire-Marin ROUELLE découvre l’urée sous le nom Extractum saponaceum urinae.
1774  Mort du Roi Louis XV (10 mai). Le roi Louis XVI et sa famille sont variolisés à Marly par RICHARD.
Jean-Louis PETIT, Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. Cet ouvrage posthume décrit la première réussite opératoire d’une mastoïdite, et insiste sur l’importance des signes cliniques pour l’établissement du diagnostic.
Bernard PEYRILHE fait une étude expérimentale sur le cancer mammaire humain transmis à un chien.

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1788. Rochefort, Hôpital de Marine

Pierre Toufaire (1739-1794), ingénieur et architecte. « Fils de Pierre Toufaire, architecte et entrepreneur, et de Marie Audonneau, Pierre Toufaire travaille d’abord avec son père puis achève ses études à Paris.

1773. Il est nommé ingénieur des bâtiments civils de la Marine à Rochefort.

1777. Il est muté en septembre à Indret  où il est chargé de construire, sur une île de la Loire en aval de Nantes, des bâtiments destinés à abriter la fonderie de canons pour la marine (décision du ministre de la Marine Antoine de Sartine. Il termine les travaux en 1778.

1781. Il est nommé ingénieur en chef en janvier à Rochefort, ville où il accomplit une œuvre considérable, construisant en particulier les nouvelles casernes et le nouvel Hôpital de la marine et analysant la possibilité d’un dessèchement des marais de la région. Il établit aussi les plans des bâtiments de la fonderie du Creusot (1781-1782).

Le nouvel hôpital de la Marine. Cliquer sur les images pour les agrandir

1783-1788. Le nouvel hôpital de la Marine est construit en une seule campagne. Le premier hôpital datait de 1681-1683.

Mais l’approvisionnement de l’hôpital en eau pose problème. Rochefort manque d’eau potable en raison de l’absence de sources et de possibilité de forer des puits. Pierre Toufaire fait construire une pompe à feu qu’il établit sur le bord de la Charente ».

Rochefort. La Charente à marée basse. A droite : l’entrée des formes de radoub

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Rochefort 18è. Médecine, chirurgie

Suite de la chronique 1722. Médecine navale à Rochefort. Biographies de cinq personnalités qui ont enseigné dans l’école de médecine navale. Les 3 premières – Jean Cochon-Dupuy, Gaspard Cochon-Dupuy, Pierre Cochon-Duvivier – ont été nommées à la Direction de cette école. Les deux autres : René Primevère Lesson, Amédée Lefèvre.

Jean et Gaspard Cochon-Dupuy. Cliquer les images pour les agrandir

Les trajectoires professionnelles s’organisent selon des strictes hiérarchies :

  • hiérarchie des Réseaux d’appui : Ministre ou secrétaire d’État, Intendant, Commandant de la marine.
  • hiérarchie des Ordres : Noblesse, Clergé, Tiers État. Aucune de ces personnalités ne fait, à l’origine, partie d’une famille noble. Le titre de Noblesse est accordé pour services rendus ; il se matérialise par un mariage et/ou par l’attribution d’un fief.
  • hiérarchie des Disciplines : médecine, pharmacie, chirurgie. Cette dernière n’est pas enseignée dans les facultés de médecine ; elle fait partie des Arts mécaniques.
  • hiérarchie des Fonctions : médecin en second au port de, premier médecin…
  • hiérarchie des Classes : de la 3ème à la 1ère classe dans la fonction.
  • hiérarchie des Organisations savantes : l’entrée dans une Académie est plus prestigieuse que la nomination comme professeur d’université.
  • hiérarchies des Récompenses : la Légion d’honneur plutôt que l’Ordre de Saint-Michel

Sources. Citations de Wikipédia, du livret École de médecine navale de Rochefort (les Carnets de bord du Musée national de la marine, 2006).

Diaporama de 27 photographies (Pierre Dubois, octobre 2014 et octobre 2015).

A. Jean Cochon-Dupuy (1674-1757), fondateur de la première école de santé navale de Rochefort, correspondant à l’Académie des sciences.

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« Fils d’un médecin originaire de La Rochelle et devenu maire de Niort, Jean Cochon-Dupuy reçut son grade de docteur à la faculté de médecine de Toulouse. Il s’installe comme médecin ordinaire du roi à La Rochelle où il gagne une solide réputation.

C’est alors que l’intendant de la marine, Michel Bégon, l’attire à lui. En 1704, Jean Cochon-Dupuy devient médecin en second au port de Rochefort, puis premier médecin en 1712. Il fonde la première école de santé navale (école d’anatomie et de chirurgie, 1715).

Sa renommée le conduit à devenir correspondant de l’Académie des sciences (1726) et le comte de Maurepas, secrétaire d’État de la marine, fait le déplacement depuis Versailles jusqu’à Rochefort pour assister à deux leçons d’anatomie du médecin, en 1727.

Cochon-Dupuy a les faveurs de la Cour. En 1753, il est anobli. Cette ascension sociale se concrétise par le mariage de sa fille qu’il donne au chef d’escadre, marquis de L’Estenduère.

La bibliothèque de l’ancienne école de médecine conserve les trois volumes de ses cours dispensés à ses élèves. Sur décision ministérielle, ils avaient été diffusés dans les autres arsenaux du royaume (Brest et Toulon). Malgré son savoir-faire, il ne peut rien contre l’épidémie de scorbut de l’escadre du bailli de Piosin, ramenée en 1745 depuis Louisbourg (île royale). L’hôpital perd alors 150 chirurgiens, apothicaires et aumôniers, pendant que Rochefort compte 3 000 victimes. La charge de médecin et de directeur de l’école de santé navale n’est pas une sinécure dans une ville qualifiée par ses contemporains de tombeau de la marine.

B. Gaspard Cochon-Dupuy (1710-1788), fils de Jean Cochon-Dupuy. « Docteur en médecine de la faculté de Paris. Directeur de l’École de médecine navale de Rochefort. Marié avec Marie Olive Desherbiers de Letanduere, fille d’Henri François, chef d’escadre, commandant de la Marine à Rochefort.

1735 : il est nommé médecin du port de Rochefort pour aider son père Jean et pour s’occuper de l’école d’anatomie et de chirurgie.

1741 : il est nommé Directeur du jardin botanique. Enseignant, son apport à l’École fut essentiel pour la botanique et le classement des plantes. 1743 : il est nommé second médecin du port en remplacement de Louis Gilet de Champoury.

1757 : au décès de son père, il est promu premier médecin du port et Directeur de l’École de chirurgie. Il le reste jusqu’à son décès en 1788.

1758 : il hérite du titre d’écuyer attribué à son père et il est fait chevalier de l’ordre de St Michel.

1768 : il rédige le règlement des Écoles de chirurgie qui fixe, articles VIII et IX, les modalités pratiques de l’enseignement de la botanique pour les médecins des Écoles. Associé régnicole de la Société royale de médecine ».

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