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Épitaphes pour Schoepflin et Koch

Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771) et Christophe-Guillaume Koch (1737-1813) ont été professeurs d’Histoire à l’Académie de Strasbourg.

Jean-Daniel Schoepflin. Cliquer sur les images pour les agrandir

Le second a succédé au premier, après en avoir été l’assistant et le bibliothécaire. Ils sont morts au même âge, 76 ans, et bénéficient tous deux d’un  monument funéraire dans l’église protestante de Saint-Thomas à Strasbourg.

Christophe-Guillaume Koch

Diaporama de 18 photos de Pierre Dubois (juin 2021).

Source de la chronique. Jean Arbogast, Christophe Hamm (photographie), Épitaphes et monuments funéraires de l’Eglise Saint-Thomas, Strasbourg, éditions du Signe, octobre 2013, 144 pages, 20 euros. Une dizaine de monuments concernent des personnalités actives au 18ème siècle (certaines le sont encore au début du 19ème).

4ème de couverture. « L’église Saint-Thomas de Strasbourg abrite une riche collection de monuments funéraires et épitaphes, dont le visiteur pressé ne soupçonne pas l’intérêt historique et religieux. À son intention, le pasteur Jean Arbogast, entouré de quelques amis, a entrepris d’en dresser l’inventaire et d’en décrypter les messages. Cette publication soutenue par le Chapitre de Saint-Thomas contient :  

Quelques repères historiques concernant les rites de la mort et leur évolution en Alsace depuis la période romaine jusqu’à la fin du XlXème siècle.

Une présentation chronologique de chaque monument avec reproduction photographique, transcription des épitaphes, traduction du texte en français, commentaires et indications bibliographiques.

Une brève analyse des structures des épitaphes pour comprendre les modes de communication, suivre l’évolution des pratiques et saisir l’importance des engagements du Chapitre de Saint-Thomas au service de l’éducation, et l’implication culturelle, politique et religieuse de ses membres les plus éminents.

Un tableau récapitulatif des emplacements des monuments, suivi d’un plan ».

A. Monument funéraire du professeur Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771)

Source : article de Wikipédia.

« L’œuvre principale de Schoepflin est l’Alsace Illustrée en deux volumes, associé à l’Alsace diplomatique, tous deux écrites en latin. Par son exhaustivité et la rigueur de ses démonstrations, elle constitue la plus importante compilation de données sur l’histoire alsacienne et reste aujourd’hui une référence, même si des découvertes postérieures ont permis d’en contester ou compléter certaines parties.

Schoepflin meurt le 7 août 1771 à Strasbourg, sans avoir pu exécuter son Alsace sacrée et son Alsace littéraire« .

L’église Saint-Thomas de Strasbourg abrite son monument funéraire. « Au centre d’un ensemble architectural en grès, une grande urne sépulcrale en marbre blanc repose sur un piédestal orné du portrait de Schoepflin, entre deux colonnes corinthiennes cannelées surmontées d’un fronton circulaire. Le médaillon est l’œuvre du sculpteur Jean-Baptiste Pertois (1733-1812) ».

Épitaphe

à Jean-Daniel Schoepflin, enseveli en ce lieu, à l’initiative des premiers de la cité,

Sophie Elisabeth, sa sœur et héritière, fit ériger ce monument.

Il est décédé le 7 août de l’année du Christ 1771, à l’âge de soixante-seize ans, et onze mois.

B. Monument funéraire de Christophe-Guillaume Koch (1737-1813). Chronique du blog.

Source sur le monument funéraire et l’épitaphe : Jean Arbogast, op. cité, pp 96-97.

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Goethe et Blessig (1747-1816)

Source : larges extraits de Marcel Thomann, Jean-Laurent Blessig, Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace, 1984.

« Prédicateur, responsable d’Église, professeur, philanthrope. Strasbourg, 29 mars 1747. Strasbourg, 17 février 1816.

J.-L. Blessig fut l’aîné de 12 enfants. Sa famille est originaire de Wasselonne, au moins depuis le milieu du XVIIe siècle. Fils de Jean Laurent Blessig, pêcheur et marchand de poisson, et de Suzanne Siegwald, fille d’un aubergiste.

Anonyme, Portrait de Jean-Laurent Blessig, fin du 18ème siècle.
Celui-ci côtoyait Goethe dans les sociétés littéraires strasbourgeoises. A deux ans près, ils avaient le même âge.
Cliquer sur les images pur les agrandir

Blessig fréquenta le Gymnase protestant où il s’enthousiasma pour l’étude des langues et de l’Antiquité et se lia d’amitié avec ceux qui furent, sa vie durant, des compagnons de lutte : les frères Jean et Frédéric de Turckheim, les deux frères Spielmann et Frédéric Rodolphe Saltzmann.

En 1762 et grâce à diverses bourses, Blessig put engager des études universitaires. Docteur en philosophie en 1770. Une importante subvention lui permit d’entreprendre un périple universitaire de deux ans et demi qui le conduisit à Vienne, Venise, Prague, Dresde, Leipzig, avec séjours à Halle et léna ; de là par Berlin, Magdebourg, Braunschweig et les Pays-Bas jusqu’à Dunkerque, retour vers l’Allemagne du Nord où il passa l’hiver 1774/1775 à Goettingen. Des séjours à Paris (1779 et 1803) complétèrent sa formation.

À son retour à Strasbourg, Blessig termina ses études avec le doctorat en théologie suivi de l’ordination (1778) et entama une carrière assez extraordinaire dont voici les principales étapes au plan pastoral : vicaire au Gymnase (1775, peu de temps) ; prédicateur du soir à Saint-Pierre-le-Vieux, puis diacre de la paroisse française, prédicateur du mardi au Temple Neuf, du dimanche à Saint-Nicolas, et enfin de 1781 à sa mort, à la suite de son beau-père, prédicateur principal du Temple Neuf.

Stèle dans le Temple neuf (Strasbourg). A notre divin maître. Digne enseignant

À ces activités, s’ajoutèrent les responsabilités les plus importantes à la tête des structures ecclésiales : président de la conférence générale de Strasbourg (1797-1801), président du consistoire, et inspecteur ecclésiastique du Temple Neuf (1804) et, la même année, membre du consistoire général et du directoire de la Confession d’Augsbourg.

Parallèlement sa carrière universitaire suivit un cours assez normal à compter de 1778 (31 ans) : professeur, professeur titulaire de philosophie (1786), de théologie (1787) ; recteur de l’Université (semestre d’hiver 1786/87 – semestre d’été 1789) ; chanoine de Saint-Thomas (1794).

La réputation strasbourgeoise et internationale de Blessig est d’abord celle d’un prédicateur hors pair, l’un des meilleurs de l’Europe protestante et le seul à pouvoir s’exprimer avec un bonheur égal, a-t-on dit, en français et en allemand. Les dimanches ordinaires, il excellait dans des thèmes de l’actualité la plus quotidienne : les soins à donner aux malades, l’honnêteté commerciale, la lecture, les dangers de la loterie ou l’éducation des enfants.

Aussi des postes enviés – qu’il refusa – lui seront offerts à Francfort, Berlin ou Vienne. Mais il était avant tout l’orateur des grandes célébrations politiques ou historiques. Les textes de son discours pour le centenaire du rattachement à la France ou pour la translation du corps du maréchal de Saxe – discours qui eut un retentissement européen – de même que les panégyriques annuels de Louis XVI qu’il proposa de 1784 à 1789 sont imprimés, traduits ou recopiés et circulent de main en main.

L’activité de Blessig au service des églises de la Confession d’Augsbourg n’est pas le moindre de ses mérites. Avant, pendant et après les évènements de 1789 il a largement contribué à la pérennité du culte évangélique. Il participa à la rédaction d’un projet de décret – non suivi d’effet – pour la Constitution civile des Églises de la Confession d’Augsbourg (début 1791) puis, après la Terreur et la réorganisation napoléonienne, il fut chargé, au sein du Directoire, de l’organisation générale et du recrutement des pasteurs. ll s’inspira alors largement des structures en place en Rhénanie et sur la rive droite du Rhin. Dans le cadre de sa mission il réorganisa le collège Saint-Guillaume, fit avancer le projet d’un recueil de cantiques et d’un catéchisme, mit en place le Séminaire, se préoccupa du Gymnase et de son autonomie face au lycée impérial. Il s’intéressa tout autant aux écoles primaires paroissiales pour lesquelles il avait préconisé, dès 1792, l’adjonction d’un enseignement technique. Il y introduisit un livre de lecture, étendit l’enseignement obligatoire aux mois d’été et applaudit à la création des écoles normales qu’il dota d’une bibliothèque. Par ailleurs, il fit collaborer les pasteurs avec l’autorité préfectorale en faisant recommander en chaire des affaires aussi profanes que la vaccination, la conscription ou l’entretien des chemins ruraux…

Blessig a été un fervent partisan de la Révolution à ses débuts. Membre élu de la municipalité, il recommanda le futur « terroriste » Euloge Schneider pour un poste de vicaire épiscopal. Mais dès août 1789 il rédigea un appel aux luthériens pour les inciter au calme, signa en août 1792 une adresse à la Constituante contre la déposition de Louis XVI et, à l’assemblée municipale, il s’éleva contre l’anarchie et la dictature des clubs.

En février 1793 il fut d’abord exilé à Nancy, puis dans sa maison de campagne de Dorlisheim et enfin enfermé pendant 11 mois, et au delà de Thermidor, au Séminaire épiscopal de Strasbourg (du 2.12.1793 au 3.11.1794).

Au plan des idées, Blessig tenta davantage que ses confrères d’accorder les principes du luthéranisme traditionnel à la philosophie rationaliste de l’Aufklärung. Si la majorité des juristes protestants strasbourgeois de l’époque avaient, comme Blessig, complété leur formation à Goettingen, bastion avancé du rationalisme « moderniste », il n’en était pas de même des théologiens, davantage influencés par le piétisme ou l’orthodoxie de Halle ou de Tübingen. Aussi les cours de B. sur Leibniz, Locke ou Malebranche comme celui de psychologie pratique (1785) étaient sans aucun doute les plus « modernes » de France et même d’Europe dans la mesure où ils supposent un bilinguisme total. Mais on ne saurait, pour autant, les assimiler aux « Lumières » françaises. Foncièrement spiritualiste, Blessig admirait Descartes, Leibniz, Newton et Christian Thomasius. Mais il n’adhéra pas aveuglément à Locke, combattit Rousseau comme Voltaire et se méfiait de Kant, de Fichte et de Schelling. Blessig n’avait rien d’un sectaire.

Son idéal est double : d’abord justifier la foi évangélique par des arguments tirés de la Raison, puis la concrétiser dans la pratique quotidienne. Son engagement social et politique ne s’explique pas autrement. Il a reconnu avoir participé aux activités maçonniques dont ses amis de toujours, F.-R. Saltzmann et les frères de Turckheim, étaient les dirigeants à l’échelle européenne ; et la formule de liberté, d’égalité et de fraternité le fascinait.

Sous la terreur, Blessig a fait preuve d’un attachement sincère à ses convictions chrétiennes, à la Révélation et à son Église, rassurant ainsi des coreligionnaires que son rationalisme progressiste avait effrayés.

Blessig, dit un biographe, avait l’esprit pratique et était un homme d’affaires né. Sa vie est jalonnée par la multitude de structures et de groupements spécifiques qu’il a créés ou animés. Dès 1767, il était secrétaire perpétuel d’une société de Philosophie et de Belles Lettres et vers 1779 Blessig faisait partie de la Deutsche Gesellschaft et de loges maçonniques. Durant les années 1775-1780 il organisa des séminaires libres qui ont formé une bonne partie de l’élite strasbourgeoise du XIXe siècle, notamment L. Stoeber et G.-D. Arnold. Il participa, vers 1796, à l’inspection des monuments et bibliothèques nationales du département. À partir de 1803 il présida la conférence pastorale, dont il faut admirer l’efficacité sociale et culturelle, notamment dans l’institution de cours du dimanche et de bibliothèques de prêt pour les ouvriers-artisans. De 1805 à sa mort, Blessig dirigea la Société biblique. D’autres activités étaient orientées vers la bienfaisance.

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Goethe et Herder (1744-1803)

Goethe (1749-1832) et Herder (1744-1803).

Johann Gottfried (von) Herder « est un poète, théologien et philosophe allemand. Ce disciple de Kant est considéré comme l’inspirateur du Sturm und Drang et des deux grands Classiques de Weimar Goethe et Schiller, dans leur jeunesse ». Source principale de la chronique : citations de Wikipédia.

Herder peint en 1785 par Anton Graff (1736-1813). Exposition du Palais Rohan, Galerie Heitz, Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

Photo de Pierre Dubois. Cliquer sur les images pour les agrandir

« À Königsberg, Herder ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’était pas fait pour le métier de chirurgien, et s’inscrivit à la faculté de théologie de l’Université.

 Il trouva en la personne du libraire Johann Jakob Kanter un protecteur, qui avait été conquis par un de ses poèmes anonymes, Ode à Cyrus ; Kanter lui procura un emploi de répétiteur au Collegium Fridericianum, ce qui permit à Herder de se consacrer en toute quiétude à ses études.

De tous les professeurs de l’université, Emmanuel Kant fut le seul à captiver le jeune étudiant. Hors du cercle universitaire, il lisait avidement Jean-Jacques Rousseau. Il suivit de 1762 à 1764 tous les cours de Kant sur l’astronomie, la logique, la métaphysique, la philosophie morale, les mathématiques et la physiographie.

Herder rapporta plus tard à ce sujet : je me remémore avec reconnaissance la rencontre et l’enseignement d’un philosophe qui, dans mes années de jeunesse, fut pour moi un véritable modèle d’humanité… Sa philosophie incitait à penser par soi-même, et je ne puis pratiquement rien me représenter de plus érudit ni de plus pertinent que sa conversation.

Herder fut reçu franc-maçon à l’âge de 22 ans, lors de son séjour à Riga (1765-66), dans la loge de la Stricte Observance (A l’Epée), fondée en 1750 ). Il y exerça l’office de secrétaire. Son influence fut prépondérante au sein de l’Ordre allemand, au même titre que Goethe et Wieland ».

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Goethe. 25 ans en 1774

Goethe (1749-1832) est né à Francfort. Il commence son droit à Leipzig en 1765 et obtient sa licence à Strasbourg en 1771 à l’âge de 22 ans. Il publie Les souffrances du jeune Werther en 1774 ; il a alors 25 ans « et, selon les dires de Napoléon en 1809, devient l’auteur allemand le plus lu ».

Inscription de Goethe à l’université de Strasbourg

Diaporama de 14 photos de Pierre Dubois (mai 2021).

à Leipzig. « Le père de Goethe voulait faire de son fils un juriste et l’envoya étudier le droit à Leipzig, grande cité marchande comme Francfort, mais qui avait une université, fondée en 1409. Le jeune Goethe y arriva au cours de l’automne 1765 et y demeura trois ans ; il y fit du droit, sans plaisir, mais surtout il y connut la vie d’étudiant et fit ses débuts poétiques.

Plus que les professeurs de droit, il visita les maîtres du Parnasse allemand qui enseignaient à Leipzig : le majestueux Gottsched (1700-1766), le fabuliste et romancier Gellert (1715-1769). Leipzig avait la réputation d’être un petit Paris.

Il chanta les charmes de Käthchen Schönkopf.

Il connut une série d’amitiés décisives : après Ernst Wolfgang Behrisch (1738-1809) à Leipzig, Herder à Strasbourg et Johann Heinrich Merck (1741-1791) à Darmstadt ».

à Strasbourg. Cinq chroniques du blog déjà parues :

« Goethe fait de grandes rencontres : la cathédrale tout d’abord, qu’il visita le jour même de son arrivée en avril 1770″.

« Ce chef-d’œuvre lui donna sa première grande émotion architecturale : il avait devant les yeux l’œuvre  incommensurable d’une suite de génies. Devant la flèche, il a évoqué la figure de Prométhée, le titan qui brave les dieux. Il fait aussi d’Erwin de Steinbach, architecte badois de la cathédrale, un génie spécifiquement allemand ».

Grafiti de Goethe sur la plateforme de la cathédrale

« Il se garda de pousser plus loin son voyage et d’aller à Paris. Il savait bien le français ; il s’en est servi pour des lettres et des œuvrettes de sa jeunesse. Pourtant, il lui apparut clairement à Strasbourg qu’il était mieux fait pour demeurer en pays allemand, loin des fastes trompeurs et des artifices. Herder (1744-1803), pasteur de Courlande qui revenait justement de Paris et qui faisait étape à Strasbourg, le confirma dans son sentiment : la poésie allemande pouvait revivre, mais en puisant dans la tradition populaire des Volkslieder et, au théâtre, en se mettant à l’école de Shakespeare. Ce sont là les sujets des premiers écrits en prose de Goethe, publiés avec Herder en 1773″.

Herder peint par Anton Graff, 1785

« À cet étudiant peu assidu, l’université de Strasbourg délivra en 1771 une licence en droit« .

à Francfort et Wetzlar. « Goethe retourna à Francfort avec son parchemin et devint avocat stagiaire, comme le souhaitait son père. Un an plus tard, il était auditeur à la Chambre d’Empire de Wetzlar. Celle-ci avait à connaître des litiges entre les États qui formaient le Saint Empire. Elle travaillait très lentement ; Goethe continua à faire des vers et surtout des visites à Charlotte Buff (1753-1828), qui était fiancée à Johann Christian Kestner (1741-1800), un de ses collègues.

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Goethe et la belle Alsacienne

Goethe et la belle Alsacienne, Frédérique Brion.

Johann Wolfgang von Goethe, né en août 1749 à Francfort et mort en mars 1832 (à 82 ans) à Weimar, est un romancier, dramaturge, poète, scientifique, théoricien de l’art et homme d’État allemand.

Goethe par Georg Melchior Kraus (1775-1776). Cliquer sur les images pour les agrandir

Lors de son séjour à Strasbourg (1770-1771), il s’éprend de Frédérique Brion.

Frédérique Brion par Georges Engelbach, milieu du 19ème siècle

Cinq sources mobilisées pour cette chronique.

A. Les notices de Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, exposition Palais Rohan, Galerie Heitz, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

B. Poésie et Vérité, souvenirs de ma vie

Titre original : Aus meinem Leben. Dichtung und Wahrheit) est une « autobiographie de l’écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe, que celui-ci écrivit entre 1808 et 1831 et dans laquelle il décrit des épisodes marquants de son enfance et de sa jeunesse, de 1749 à 1775 ».

« C’est dans Poésie et vérité que Goethe relate, entre autres, son principal amour de jeunesse pour Friederike Brion, la fille du pasteur de Sessenheim en Alsace, qui inspira le célèbre personnage de Gretchen dans Faust. Friederike n’était pas le premier amour du jeune Goethe qui avait rencontré auparavant à Francfort-sur-le-Main une Gretchen au sein d’une société de jeunes gens peu recommandables.

C’est pour oublier Gretchen que le jeune homme quitta une première fois sa ville natale pour se rendre à Leipzig.

Après un second départ de la ville de son enfance, eut lieu l’important séjour en Alsace avec la découverte de la cathédrale de Strasbourg en même temps que la fréquentation de Herder. À Strasbourg, où il devait terminer ses études de droit, au cours d’un curieux imbroglio, le jeune Goethe était tombé amoureux de la plus jeune fille du professeur de danse auprès duquel il prenait des leçons pour se produire dans la haute société, tandis que la seconde fille plus âgée du professeur de danse était tombée amoureuse de lui : celle-ci, en conflit avec sa sœur, maudit Goethe pour qui ce fut le second échec amoureux de sa jeunesse ».

C. Paul Decharme, Goethe et Frédérique Brion, Hachette, Paris, 1908, 65 pages (thèse complémentaire de Lettres de l’université de Caen).

D. Ernest Seillière, La vraie Marguerite de Faust : Frédérique Brion dans la légende et dans la réalité, Revue des Deux Mondes, 6e période, tome 3, 1911 (p. 146-172).

« Le jeune Wolfgang Gœthe poursuivait en Alsace ses études de droit lorsqu’il fut présenté à ces braves gens par un camarade au mois d’octobre 1770.

Le soir même du jour où il regagna Strasbourg après cette courte villégiature, le 14 octobre 1770, il écrivait à l’une de ses correspondantes : J’ai passé quelques jours à la campagne, chez des gens bien agréables. La société des aimables filles de la maison, ce joli pays et ce ciel souriant ont remué dans mon cœur des sentiments trop longtemps assoupis, y réveillant le souvenir de tous ceux que j’aime.

Et à Frédérique Brion elle-même, il s’adressait le lendemain en ces termes : Chère nouvelle amie, je n’hésite pas à vous donner dès à présent ce nom. Si en effet je me connais le moins du monde en fait de regards, j’ai trouvé dans le premier de ceux que nous avons échangés l’espoir de cette amitié que j’invoque à présent, et je jurerais que nos cœurs vont se comprendre. Comment donc, bonne et tendre ainsi que je vous connais, ne seriez-vous pas un peu favorable à qui vous aime autant que je le fais ?… Chère, chère amie, que j’aie en ce moment quelque chose à vous dire, cela n’est aucunement douteux en vérité, mais que je sache au juste pourquoi je vous écris dès à présent et ce que je voudrais vous écrire, c’est une autre affaire ! En tout cas, certaine agitation que je ressens me fait juger à quel point je voudrais me sentir encore près de vous. Un petit morceau de papier devient une consolation sans égale en pareil cas : il me fournit une sorte de cheval ailé qui me permet d’échapper à ce bruyant Strasbourg, comme vous le tenteriez vous-même dans votre calme retraite si seulement vous déploriez l’absence de vos amis…

L’épître est aimable autant que naturelle : il n’en est pas beaucoup de ce ton dans la correspondance de son auteur. Mais c’est malheureusement, à peu de chose près, tout ce que nous possédons d’authentique sur les relations des deux amoureux et nos sources directes s’arrêtent au prologue de leur aventure ».

E. Frédérique Brion, l’amour alsacien de Goethe, par Paul Christian Wolff, 21 février 2021.

« S’il est une Alsacienne devenue célèbre, c’est bien Frédérique Brion. Célébrité acquise bien malgré elle, pour être uniquement due à Goethe. Pour lui, jeune étudiant en droit à Strasbourg en 1770-1771, qui la courtisait régulièrement chez ses parents au presbytère de Sessenheim et où il la revit brièvement en 1779, ce ne fut pas le dernier flirt. Mais il l’a révélé avec un souvenir ému dans Dichtung und Wahrheit et dans ses Sesenheimer Lieder. Pour elle, cette idylle resta sans lendemain.

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Jupeoner. Bulbe bleu sur le Rhin

L’industrie Magnifique à Strasbourg, édition 2021, place Broglie.

Bulbe bleu de Jupeoner : à propos de l’œuvre

Diaporama de 11 photos

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Photo de l’artiste plasticien, publié par Coze, l’Agenda culturel alsacien, 7 juin 2021.

« Georges Eric Majord alias JUPEONER vit et travaille à Strasbourg. Il y pratique le spraycan art depuis plus de 20 ans. Aussi à l’aise devant un écran d’ordinateur que devant un mur, il décline un style retro-futuriste en marge du graffiti classique. Les comics books américains, Transformers et classic gaming ont fait de son travail un univers singulièrement cosmique peuplé de lettres et formes géométriques.

Bulbe bleu. Dans cette fresque mobile, l’univers technique et industriel qui inspire l’artiste rencontre celui d’EDF. Pour les 50 ans de la centrale hydroélectrique de Strasbourg, Georges-Eric s’est glissé dans ses entrailles : un lieu qui fascine tant par son gigantisme que par ses lignes graphiques qu’il a souhaité valoriser dans Bulbe Bleu. On y retrouve simultanément la linéarité robuste de l’architecture et les courbes du mouvement de l’eau ; celle du Rhin dont l’énergie est transformée en continu en une électricité performante et durable. Le container symbolise la navigation sur le fleuve assurée par EDF à Strasbourg comme à l’amont » (source : texte pour l’Industrie magnifique).

Mécénat d’EDF. « En service depuis 1970, l’aménagement hydroélectrique EDF de Strasbourg est l’une des dix grandes centrales EDF du Rhin franco-allemand.

Source. EDF Centrale de Strasbourg

Il est composé d’un barrage, des écluses, d’une centrale de production et d’une passe à poissons. La centrale « au fil de l’eau » est située en amont du port fluvial de Strasbourg. Elle est équipée de six groupes turbines d’une puissance totale de 150 mégawatts, installés en extérieur pour alléger la structure du bâtiment. La hauteur de chute entre l’amont et l’aval du barrage est d’environ 13 mètres.

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1770. Goethe et Marie-Antoinette

Mai 1770 sur une île du Rhin, entre Kehl et Strasbourg. Remise de Marie-Antoinette à la France. Goethe estime que la tapisserie exposée à cette occasion constitue une grave faute de goût. Suite de la chronique : 1770-1771. Goethe à Strasbourg.

Diaporama de 30 photos de Pierre Dubois (mai 2021).

A. Marie-Antoinette d’Autriche, un mariage politique. Source : Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793), article de Wikipédia.

« Marie-Thérèse d’Autriche, comme tous les souverains de l’époque, met le mariage de ses enfants au service de sa politique diplomatique, qui vise à réconcilier, après des siècles de guerres, les Maisons d’Autriche et de France, dans le contexte du renversement des alliances et de la fin de la guerre de Sept Ans, et ainsi faire face aux ambitions conjointes de la Prusse et de la Grande-Bretagne.

Marie-Antoinette d’Autriche par Vigée Le Brin, 1783.

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Le 7 février 1770 au soir, Marie-Antoinette, âgée de 14 ans et 3 mois est réglée, donc prête à être donnée en mariage et à donner un dauphin à la couronne de France. Les négociations en vue du mariage sont menées à un rythme plus soutenu. Dès le 17 avril, Marie-Antoinette renonce officiellement à ses droits sur les couronnes dépendant de la Maison d’Autriche. Le 19 avril 1770, on célèbre son mariage par procuration, à cinq heures du soir, dans l’église des Augustins.

Deux jours plus tard, le 21 avril, au petit matin, la benjamine de la famille impériale, âgée de 14 ans et 5 mois, quitte définitivement Vienne et l’Autriche. Sa mère lui fait alors un grand nombre de recommandations. De douloureux pressentiments entourent alors son départ de Vienne.

Une anecdote raconte que l’abbé Joseph Gassner, ecclésiastique venu chercher l’asile à Vienne, se croyant inspiré par Dieu, à une question de Marie-Thérèse lui demandant comment allait sa fille, ne répondit pas, pâlit, et finit par articuler : Madame, il est des croix pour toutes les épaules.

Après environ trois semaines de voyage, le 7 mai 1770, la jeune Marie-Antoinette arrive à Kehl où elle doit participer au rite de remise de l’épouse, tradition de l’Ancien Régime ».

B. Une faute de goût, dénoncée par le jeune Goethe. Sources : article des DNA et exposition du palais Rohan.

« Le 7 mai 1770, Strasbourg accueille la dauphine Marie-Antoinette, déjà mariée par procuration au futur Louis XVI, petit-fils de Louis XV. Goethe assiste à un événement dont le faste est pour lui entaché par une extraordinaire faute de goût, typique de la désinvolture française…

C’est une tapisserie sortie des ateliers de la Manufacture des Gobelins, aujourd’hui conservée au musée national du château de Compiègne, qui en est la cause. Réalisée en 1755 d’après un carton de Jean-François de Troy, elle représente deux personnages de la mythologie grecque, Jason et Médée, dont on sait combien l’histoire finira mal – dans la folie et dans le sang…

Avec ses 4,30 m de haut et 4,43 m de large, la tapisserie en imposait par sa dimension dans le vaste décorum mis en place pour accueillir Marie-Antoinette. Mais elle choqua le jeune Goethe, qui avait acquitté le prix d’entrée pour découvrir les splendeurs du goût français. Il relate la bévue dans ses mémoires : Quoi ! m’écriai-je sans m’inquiéter des assistants, est-il permis de mettre si inconsidérément sous les yeux d’une jeune reine, dès le premier pas qu’elle fait dans son royaume, l’exemple des plus horribles noces qui furent peut-être jamais célébrées ? N’y a-t-il donc parmi les architectes, les décorateurs, les tapissiers français, personne qui comprenne que les images représentent quelque chose, que les images agissent sur l’esprit et le cœur, qu’elles produisent des impressions, qu’elles éveillent des pressentiments ?

A contrario, il célèbre une autre tapisserie déployée pour accueillir la jeune dauphine. La pièce reprenait la célèbre fresque de Raphaël, L’École d’Athènes. C’est à travers elle que Goethe découvre avec ravissement l’art italien de la Renaissance. Il y voyait l’expression du juste et du parfait, résume Florian Siffer, commissaire de l’exposition Goethe à Strasbourg.

  • Visite virtuelle de l‘exposition de Strasbourg : vidéo de 11 minutes. Présentation par le commissariat de l’exposition, Florian Siffer, responsable du Cabinet des Estampes et des Dessins, et Aude Therstappen, conservatrice en charge des collections germaniques et scandinaves de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg ».

C. Acte officiel de la remise de la dauphine Marie-Antoinette au royaume de France. Source. Archives de Strasbourg. Actes constitutifs et politiques de la commune, correspondance politique, archives du Prêteur royal (XIIe – XVIIIe siècle) dans les archives de la Ville antérieures à 1790.

Un rite qui obéissait à un protocole très strict…

« L’acte de remise de Madame la Dauphine en une halle construite dans une Isle du Rhin près de Strasbourg » date du 7 mai 1770.

Ce document manuscrit de plusieurs pages relate avec minutie les détails de la cérémonie du passage à Strasbourg de Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche, dauphine de France (1755-1793) avant son mariage officiel avec le dauphin à Versailles, à savoir :

  • l’annonce faite par le duc de Choiseul de la prochaine arrivée de la princesse,
  • la relation détaillée des fêtes et cérémonies qui ont eu lieu à cette occasion,
  • les minutes des harangues adressées à la princesse,
  • la correspondance du magistrat et de M. d’Autigny, Prêteur royal, avec le duc de Choiseul,
  • des listes nominatives des dames de la noblesse d’Alsace présentées à Marie-Antoinette et des personnes de sa suite,
  • des états de répartition de 2500 ducats aux bas-officiers de la princesse et des 50 louis qu’elle a fait donner à l’écuyer de la ville,
  • un compte des dépenses occasionnées par la construction et l’ameublement de la maison destinée à la cérémonie de la remise de Marie-Antoinette et par les fêtes données en son honneur,
  • des pièces relatives à l’établissement d’une route à travers les banlieues de Hoerdt et de Niederweyer, pour faciliter le voyage de Marie-Antoinette,
  • une indication de l’itinéraire suivi par la princesse depuis Vienne jusqu’à Strasbourg ».

… et qui constituait un passage obligé dans la vie d’une future souveraine de France.

« Le symbole le plus visible de ce rite de remise de l’épouse était le bâtiment construit en bois sur l’île aux Épis, une zone neutre au milieu du Rhin, entre les villes de Kehl et de Strasbourg, où la jeune Marie-Antoinette venant de Vienne après près de trois semaines de voyage, était arrivée dépouillée de ses vêtements et de ses biens d’origine avant de repartir avec ses nouveaux habits de princesse française.

Les deux entrées du bâtiment ont été disposées de telle sorte qu’elle y entre du côté autrichien et en ressorte du côté français : pour Marie-Antoinette, c’était ainsi un rite de passage de sa vie de jeune fille à sa vie de femme.

Une fois entrée dans la ville de Strasbourg, elle a été reçue au palais épiscopal par le cardinal de Rohan et le soir même du 7 mai 1770, elle s’est rendue au spectacle à la Comédie.

Elle a quitté Strasbourg le lendemain pour cinq jours de voyage au bout duquel elle rencontrera enfin le dauphin à qui elle est promise.

C’est le 16 mai 1770 que Marie-Antoinette l’épousera à Versailles et c’est le 18 mai 1774, à la mort du roi Louis XV, qu’elle deviendra reine de France, à l’âge de 18 ans ».

D. La colère provoquée par le passage à Strasbourg de Marie-Antoinette en 1770. Source : Blog Antonia Forum actif

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1770-1771. Goethe à Strasbourg

Entre avril 1770 et août 1771, Goethe, âgé de 21 ans, séjourne à Strasbourg pour y poursuivre des études de droit.

Portrait de Goethe par Georg Melchior Kraus, 1775-1776

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Johann Wolfgang von Goethe, né en août 1749 à Francfort et mort en mars 1832 (à 82 ans) à Weimar, est un romancier, dramaturge, poète, scientifique, théoricien de l’art et homme d’État allemand.

Sources. Citations de Goethe à Strasbourg. L’éveil d’un génie, exposition Palais Rohan, Galerie Heitz, du 16 décembre 2020 au 31 mai 2021.

Un regret : prévue pour 5 mois et demi, l’expo n’a été visible que 15 jours en présentiel. Pourquoi n‘est-elle pas prolongée ?

Diaporama sur le séjour strasbourgeois de Goethe : le logement et les études (22 photos de Pierre Dubois, mai 2021). Prochain diaporama : Marie-Antoinette passait par là.

Lord Abington. Vue prise du Balcon de l’Hôtel de l’Esprit (sans date).

Visite virtuelle : vidéo de 11 minutes. Présentation par le commissariat de l’exposition, Florian Siffer, responsable du Cabinet des Estampes et des Dessins, et Aude Therstappen, conservatrice en charge des collections germaniques et scandinaves de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

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D’Ixnard, architecte néo-classique

Pierre Michel dit d’Ixnard (1723-1795) est architecte dès 1754 et est célèbre pour son style néo-classique précoce. Il a travaillé surtout en Allemagne Méridionale. De 1780 à 1795, il est installé à Strasbourg.

Sources principales pour sa biographie : Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg, citations de l’exposition Archi-Classique : dessins d’architecture 1770-1780 et du billet d’Archi-Wiki sur Pierre Michel d’Ixnard.

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1723. Naissance à Nîmes de Pierre Michel.

1743 (20 ans). Maître-menuisier (comme son père).

1751 (28 ans). Mariage avec Thérèse Isnard.

1751-1755 (28-32 ans). Établi à Cadenet (près d’Avignon). En 1754, il se fait appeler maître-architecte-menuisier.

1755-1763 (32-40 ans). Installé à Paris. A sans doute travaillé pour le prince de Rohan-Montauban, frère du cardinal Louis-Constantin de Rohan, puis pour l’évêque de Metz et le prince-évêque de Trèves.

Avis critique de Blondel, architecte du roi, sur Pierre Michel (vers 1755) : j’ai vu ses desseins et me suis transporté chez lui pour examiner quelques modèles qu’il avait faits. En général il sait très peu de théorie ; il entend davantage la pratique, mais il ne peut être employé qu’en second, sous la direction d’un habile homme. D’ailleurs il me paraît laborieux, avec de bonnes mœurs et s’offre pour très peu, s’avouant sobre et sans ambition. Chroniques du blog Histoires d’Universités sur Blondel.

1763 (40 ans). La piste de Michel est claire. Il accompagne comme dessinateur Jean Servandoni, architecte et décorateur de théâtre à Stuttgart, puis reste sur place comme décorateur indépendant. A cette date, il est encore Michel architecte.

1764 (41 ans). Mais en février, il ajoute le nom Dixnard (s’inspirant du patronyme de son épouse) à son patronyme Michel, dont il fait un second prénom. Et à partir de 1767, il détache le d initial par une apostrophe, pour signer désormais d’Ixnard.

Sa carrière commence alors vraiment : il est directeur des bâtiments du prince Joseph Guillaume de Hohenzollern-Hechingen.

1764 (41 ans). Il est très mobile, comme le montrent ses résidences successives ou simultanées : 1764-1766 à Hechingen, 1767 à Buchau en Haute Souabe, 1769-1774 à St-Blasien en Forêt-Noire, 1774 à Ellingen en Franconie, 1775 à Constance.

À partir de 1768 (45 ans), chantier de l’abbaye Sankt-Blasien (Saint-Blaise) en Forêt-Noire. Le complexe abbatial est reconstruit au 18ème siècle dans le style baroque. Après l’incendie de 1768, la nouvelle église est refaite en style classique : l’imposante abbatiale, œuvre de Pierre-Michel d’Ixnard, est surmontée d’un dôme de 46 mètres de large et de 63 mètres de haut. L’abbaye, dirigée par le prince-abbé Martin Gerbert, était en plein épanouissement. Les moines dirigeaient de nombreuses écoles populaires et trois collèges à Constance, Blinggau et bien sûr à Saint-Blaise. Ils avaient charge de 20 000 âmes.

« Ce n’est que vers la fin du 18ème siècle que les travaux de la cathédrale Notre-Dame de Constance reprennent, sur le modèle du classicisme français. L’architecte d’églises et de châteaux réputé Pierre Michel d’Ixnard, qui avait reçu peu auparavant la charge de l’aménagement d’une église par l’abbaye de Salem, dessine pour la cathédrale de Constance un maître-autel (1774) et une réorganisation autour de l’autel, de la croisée et des bras du transept dans un style antique ».

1777-1779 (54-56 ans). Pierre-Michel d’Ixnard travaille à Coblence.

1780 (57 ans). Il s’installe définitivement à Strasbourg.

Certains projets, qui correspondent à une commande, ne sont pas réalisés car la ville manque de moyens financiers pour assurer la mise en œuvre de grands travaux, sans compter les difficultés liées aux opérations d’expropriation et de démolition dans une ville engoncée dans les fortifications de Vauban. Pierre-Michel d’Ixnard signe presque systématiquement ses plans.

Projet de salle de spectacle pour Strasbourg

1782-1785 (59-62 ans). Construction de la façade du poêle de la corporation du Miroir (sur la rue Gutenberg) à Strasbourg. A partir de 1785, il a son logement au-dessous de la salle Mozart. Chronique et photos d’Histoires d’universités : Le Poêle du Miroir.

1785-1787 (62-64 ans). Salle des actes et bibliothèque du collège royal de Colmar (actuel lycée Bartholdi).

1790 (67 ans). Église Saint-Georges d’Epfig. La première église datant du 8ème siècle a probablement été détruite en 1198 et remplacé par un édifice de style roman. L’église actuelle est reconstruite à la fin du 18ème par l’architecte d’Ixnard.

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1771. La Monnaie, Antoine, Huvé

1771-1775. Hôtel des Monnaies à Paris. Architectes, Antoine et Huvé

Jean-Jacques Huvé (1742-1708) travaille auprès de Jacques-Denis Antoine entre 1767 et 1773. Là encore, il est le principal collaborateur de l’architecte. Le projet est de premier ordre puisqu’il s’agit de construire le nouvel hôtel des Monnaies.

« La première pierre fut posée par l’abbé Terray le 1771. La façade sur le quai, longue de 117 m, fut achevée en 1773 et le gros œuvre, ainsi que l’essentiel du décor, en 1775. Cet édifice, très admiré, valut à Antoine d’entrer en 1776 à l’Académie royale d’architecture.

Hôtel des Monnaies, quai de Conti, Anonyme, 19ème siècle

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Huvé participe à la réalisation des plans de l’édifice, puis à la construction du bâtiment en tant qu’inspecteur des travaux..

A. Source principale de la chronique : larges extraits du résumé de la thèse de Sébastien Chaufour, Jean-Jacques Huvé, architecte. Retour à Palladio

Jean-Jacques Huvé par Suvée, 1775 (source Wikipédia)

Première partie. Les années de jeunesse et d’apprentissage (1742-1773). La jeunesse et la formation théorique

« L’entrée de Jean-Jacques Huvé dans la carrière d’architecte est étroitement liée à la protection de la famille Savalette, des fermiers généraux qui emploient le père d’Huvé comme régisseur de leur domaine de Magnanville, près de Mantes. Les Savalette permettent à Huvé de développer son talent pour le dessin et l’envoient à Paris suivre l’enseignement de l’École des Arts de Jacques-François Blondel (1705-1774).

Là, Huvé bénéficie de la meilleure formation de l’époque en architecture. Étienne-Louis Boullée (1728-1799), Richard Mique (1728-1794), Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813) ont été les élèves de Blondel. Celui-ci a été le premier à mettre en place une institution qui rassemble toutes les disciplines permettant de former un architecte honnête homme. L’enseignement se partage entre des cours théoriques, des visites de monuments, des leçons de danse et d’escrime.

Chez Blondel, Huvé est formé au grand goût du style Louis XIV. Le maître est un partisan du classicisme de François Mansart (1598-1666) et de Claude Perrault (1613-1688). En 1763, lorsqu’il devient professeur à l’Académie royale d’architecture, Huvé le suit. L’intérêt de l’école de l’Académie ne réside pas tant dans son enseignement que dans la reconnaissance que peut apporter le succès aux concours.

Les sujets proposés s’inscrivent parfaitement dans l’actualité politique ou artistique comme la réorganisation militaire du pays ou le développement des loisirs urbains. Huvé remporte ainsi deux prix sur des projets d’établissements de bains, puis le Grand Prix, en 1770, sur un projet d’arsenal.

Rétrospectivement, l’architecte minore l’influence que Blondel a pu avoir sur lui. Il dénonce le conservatisme du vieux professeur et valorise au contraire l’enseignement de son adjoint Julien-David Leroy (1724-1803). L’auteur des Ruines des plus beaux monuments de la Grèce (1758) a régénéré l’architecture en introduisant parmi les élèves de l’Académie le goût de l’antique ».

L’apprentissage pratique

« La formation des architectes est longue et laborieuse. L’école de l’Académie réunit un vivier d’élèves particulièrement brillants. Tous concurrents, ils ne remportent le Grand Prix que tardivement.

Le travail sur les chantiers leur permet de patienter tout en leur apportant une formation pratique. Huvé débute cette formation en 1762, avant même son entrée à l’école de l’Académie. Il travaille pour le cercle d’architectes qui s’est constitué autour de Jacques-François Blondel. Les projets sur lesquels il est employé sont liés aux préoccupations architecturales de l’époque : la reconstruction de bâtiments monastiques en rapport avec la réforme des ordres, l’aménagement des places royales et des centres urbains en rapport avec l’embellissement des villes.

D’abord employé par Samson‑Nicolas Lenoir (1726-1810) au château de Pouilly-lès-Dijon, Huvé travaille de nouveau auprès de lui sur le projet de reconstruction de l’abbaye de Cîteaux, entre 1762 et 1764, puis sur celui de l’abbaye de Saint-Antoine à Paris en 1765. Dans le même temps, il est employé par l’architecte François II Franque (1709-1794) pour aménager la place du Peyrou, à Montpellier ».

Enfin, entre 1765 et 1766, Huvé est le principal collaborateur de Blondel sur les projets d’urbanisme de Metz (chroniques  du blog Histoires d’universités) et de Strasbourg (chroniques  du blog Histoires d’universités).

Jean-Jacques Huvé travaille auprès de Jacques-Denis Antoine entre 1767 et 1773.

« Là encore, il est le principal collaborateur de l’architecte. Le projet est de premier ordre puisqu’il s’agit de construire le nouvel hôtel des Monnaies. Huvé participe à la réalisation des plans de l’édifice, puis à la construction du bâtiment en tant qu’inspecteur des travaux.

Dans ses souvenirs, l’architecte insiste particulièrement sur l’importance de sa formation auprès d’Antoine. Elle lui a permis de suivre les différentes étapes de la construction d’une œuvre, d’apprendre à traiter avec les commanditaires et les entrepreneurs, de faire face aux imprévus d’un chantier.

L’influence d’Antoine se remarque très clairement chez Huvé. Le maître est issu d’une famille de maçons rompus aux règles de l’appareillage, il a donné à son élève le goût de la solidité et de la performance technique. Ses leçons se traduisent chez Huvé par une recherche d’austérité qui puisse rivaliser avec l’architecture des Anciens. Afin de suivre le chantier de la Monnaie, Huvé a repoussé son départ pour l’Académie de France. Ses fonctions ayant pris fin en 1773, il peut partir pour Rome »…

Deuxième partie. Le voyage en France et en Italie (1773-1776).

« Les maîtres de la Renaissance, au premier rang desquels Huvé place Palladio (1508-1580), doivent permettre de retourner aux principes qui guident l’architecture antique. Huvé considère Palladio comme le meilleur connaisseur de l’architecture des Anciens, et comme celui qui a su adapter leur architecture aux besoins de la vie moderne. Huvé trouve dans les œuvres de Palladio, et notamment dans ses villas, la dignité et la simplicité de l’antique qu’il recherche tant. Il les trouve également dans les temples grecs de la Sicile. Chez lui, la volonté de remonter toujours plus loin aux sources de son art est une obsession ».

Vicence, Palladio, Villa Rotonda, 1566-1571. Photos de Pierre Dubois, avril 2012

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