Archives de Catégorie: E. Sciences humaines et sociales

Les aventures du jeune Voltaire

Les aventures du jeune Voltaire. Quatre épisodes sur france.tv/france- 2, jusqu’au 22 février 2021, avec  Thomas Solivérès, Bernard Le Coq, Victor Meutelet, Christa Théret, Hippolyte Girardot, Valérie Bonneton, Thibault de Montalembert, Pascal Demolon.

Dans la partie 2 de cette chronique : biographie des 42 premières années de François Marie Arouet, dit Voltaire

Cliquer sur les images pour les agrandir

Épisode 1. Jésuite et Libertin

« Roturier de naissance, le jeune Voltaire est éduqué chez les Jésuites. Une fois sa formation achevée, il fréquente les libertins et devient la honte de son père. Il séduit la jeune Olympe, à la grande fureur de sa mère, la journaliste-pamphlétaire Dunoyer, et de l’Ambassadeur de France à La Haye. Ces aventures ne l’empêchent pas de se consacrer à son œuvre littéraire. Cependant, la première mouture de son Oedipe est refusée par la troupe de la Comédie-Française »…

Épisode 2. La Bastille à 20 ans

« Impliqué, malgré lui, dans un complot contre le Régent Voltaire est confiné dans un beau château, où il rencontre une jeune et jolie aspirante comédienne. L’écrivain se retrouve finalement enfermé à la Bastille, mais réussit à en sortir. Oedipe, finalement joué à la Comédie-Française, est un succès, mais provoque scandale »…

Épisode 3. Courtisan ou rebelle ?

« Le complot contre le Régent se retourne contre la duchesse du Maine. Voltaire, naïf et vaniteux, manque de se faire tuer par un indicateur de la police. Sa vie amoureuse se partage entre une comédienne et une riche marquise. Tandis que la mort touche son ami Génonville, elle vient frôler Voltaire dangereusement. Il se remet cependant à l’écriture, revient en grâce à la cour malgré l’hostilité du jeune Louis XV, mais risque de tout perdre en défendant une cause et un homme »…

Épisode 4. La liberté et l’exil

« Voltaire découvre, à ses dépens, ce que vaut l’amitié des grands seigneurs qu’il fréquente et en devient fou de chagrin et de rage. Pour éviter une nouvelle fois la Bastille, il accepte un nouvel exil et découvre la démocratie anglaise. De retour à Paris, il devient riche et ne dépend plus du bon vouloir des puissants. A la mort de son amante, la comédienne Adrienne Lecouvreur, Voltaire est fou de chagrin lorsqu’il qu’il voit sa dépouille jetée dans un terrain vague »…

Biographie. Les 42 premières années de François Marie Arouet, dit Voltaire. Né à Paris en 1694, mort en 1778 à l’âge de 84 ans. Sources : citations de Wikipédia, photos de portraits de Voltaire, peints par Quentin de Latour en 1735 et 1736, exposés au Musée éponyme à Saint-Quentin (Aisne), et reproduits en fin de chronique.

1694. « François-Marie Arouet est le deuxième fils de François Arouet, notaire au Châtelet, marié avec Marie-Marguerite Daumart, fille d’un greffier criminel au Parlement. Son père revend en 1696 sa charge de notaire pour acquérir celle de conseiller du roi, receveur des épices à la Chambre des comptes.

1704-1711 (10-17 ans). François-Marie Arouet entre à dix ans au collège Louis-le-Grand chez les Jésuites. Il y reste durant sept ans. Les jésuites enseignent les langues classiques et la rhétorique mais, dans la ligne de leur Ratio Studiorum, veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers, concours de versification et théâtre.

Arouet est un élève brillant. Sa toute première publication est son Ode sur sainte Geneviève. Il apprend au collège Louis-le-Grand à s’adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages, et tisse de précieux liens d’amitié, très utiles toute sa vie : entre bien d’autres, René-Louis et Marc-Pierre d’Argenson, futurs ministres de Louis XV, et le futur duc de Richelieu.

1 commentaire

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, E. Mobilité internationale, E. Sciences humaines et sociales

Abbé Henri Grégoire, 50 ans en 1800

Source : extraits de la chronique de Wikipédia. Résumé. « L’abbé Henri Jean-Baptiste Grégoire (1750-1831) est un prêtre catholique, évêque constitutionnel et homme politique, l’une des principales figures de la Révolution française. Il se rallie au Tiers état et, à l’Assemblée constituante, il réclame non seulement l’abolition totale des privilèges et de l’esclavage mais prône aussi le suffrage universel masculin. Fondateur du Conservatoire national des arts et métiers et du Bureau des longitudes« .

1750. « L’époque est marquée par la ruralisation du bas clergé qui reste alors un moyen d’ascension sociale. Henri Grégoire commence ses études avec le curé de son village qui remarque ses dispositions intellectuelles dès l’âge de cinq ans.

1758 (8 ans). Il rejoint ensuite l’abbé Cherrier dans le village voisin d’Emberménil. Il étudie, en compagnie de fils de hauts fonctionnaires au service du duc de Lorraine.

1763-1768 (13 à 18 ans). Grégoire est ensuite orienté par l’abbé Cherrier pour suivre des études au collège jésuite de Nancy.

Il est ensuite orienté vers l’université de Pont-à-Mousson. Lorsque la Compagnie de Jésus est bannie de France en 1763, l’enseignement est réorganisé par le diocèse et Grégoire rejoint la toute neuve Université de Nancy où il a comme professeur Antoine-Adrien Lamourette, futur évêque constitutionnel de Lyon.

1769 à 1771 (19 à 21 ans). A Nancy, il étudie la philosophie et la théologie, pour faire suite aux humanités et à la rhétorique qu’il avait étudiées auparavant. Parallèlement, il suit des cours au séminaire de Metz tenu par les Lazaristes.

1773 (23 ans). Alors qu’il passe une année comme régent de collège hors du séminaire, Grégoire commence à se lancer dans le monde. Il consacre notamment une grande partie de son temps à la poésie. Son premier succès public est le prix de l’Académie de Nancy, décerné en 1773 pour son Éloge de la poésie.

1774 (24 ans). Voyageant constamment entre Nancy et Metz, il doit à l’automne de 1774, rentrer au séminaire de Metz pour la préparation à son ordination sacerdotale.

1775 (25 ans). Il est finalement ordonné prêtre le 1er avril. Durant ses années de formation, il est passé par une phase de doute sur sa foi et sa vocation religieuse… Il ne cache pas dans ses Mémoires avoir goûté aux philosophes des Lumières et être revenu à la foi après d’intenses réflexions. Il devient vicaire de paroisse, d’abord à Château-Salins

1776 (26 ans). Il devient membre de la Société philanthropique et charitable de Nancy.

1780 (30 ans). Les mauvaises conditions économiques de la décennie pré-révolutionnaire touchent de plein fouet les curés des paroisses modestes et accentuent une aigreur qui se fait plus grande encore quand la réaction nobiliaire ferme l’accès aux évêchés et même aux chapitres cathédraux (celui de Metz est anobli en 1780).

1787 (37 ans). L’Académie de Metz organise un concours intitulé Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux ? L’Abbé Grégoire est candidat. Il reprend son premier mémoire en le remaniant. C’est son Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs. Il partage le prix avec deux autres candidats. Son intérêt pour la question juive pourrait trouver son origine dans une philanthropie d’inspiration piétiste mais aussi du fait de l’importance de la communauté juive en Lorraine.

  • Le concours de l’Académie de Metz est au cœur du roman historique, L’Abbé Grégoire s’en mêle, Anne Villemin-Sicherman, Éditions 10-18, Grands détectives, 2018  (juin 2020 pour l’édition de poche), 616 pages.

Dans cet essai, Grégoire affirme qu’il tient une partie de sa documentation de ses relations dans le milieu des érudits juifs, et notamment d’Isaac Berr Bing et Simon de Gueldres. Il fustige l’attitude des gouvernements européens, qu’il accuse de cruauté et d’injustice envers les Israélites. Il considère que la discrimination qui frappe les juifs est contraire à l’utilité sociale.

1788-1789 (38-39 ans). Lettre du Roi Louis XVI (24 janvier) pour la convocation des États généraux à Versailles, le 26 avril 1789.

2 Commentaires

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Ile-de-France, E. Droit et Sciences politiques, E. Sciences humaines et sociales

1765. Encyclopédie, Manustupration

Gilles Barroux. La médecine de l’encyclopédie, CNRS Éditions, 2016, 279 pages, table des matières. Compte-rendu du livre par Adrien Paschoud.

1765. Parution du Livre X de l’Encyclopédie. Dans son livre, Gilles Barroux consacre un développement à : Le physique et le moral : passion, folie et sexualité. Il illustre sexualité par l’article Manustupration (pages 51-54 du livre X). Son auteur est non pas un théologien, mais, semble-t-il, un médecin. Il critique violemment la masturbation car elle provoque une multitude de maladies qui peuvent conduire à la mort. De larges extraits sont cités page 3 de cette chronique.

Pourquoi l’article Manustupration figure-t-il dans l’Encyclopédie ? Passe encore s’il avait été publié dans un livre de morale ou dans un catéchisme, mais pas dans un Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ! Rien de scientifique dans le texte. Une gifle pour les progrès de la médecine dans la seconde moitié du 18ème.

Depuis 1750 (publication des premiers livres) et encore au début des années 1760, les encyclopédistes – on les appelle les philosophes – ont obtenu des privilèges royaux pour leur œuvre colossale. Et pourtant ils sont anti-religieux, voire même athées. Ils se félicitent ainsi de l’expulsion des Jésuites et de la suppression de leur Ordre.

  • 1762. Expulsion des Jésuites. « Défiant le roi, le parlement de Paris, le 6 août 1762, déclare que la Compagnie de Jésus « nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse » et la bannit de France. Certains parlements régionaux (comme celui de Flandre) refusent d’emboiter le pas ; la plupart temporisent. Le roi, de nouveau, obtient un délai, mais doit finalement s’incliner tout en mitigeant les mesures prises. En novembre 1764, Louis XV édicte ce qui devient la mesure pour toute la France : son édit royal entérine l’expulsion des Jésuites. La Compagnie de Jésus est proscrite en France, et ses biens sont confisqués. .. Une alliance de circonstance entre jansénistes, gallicans et philosophes des Lumières a raison des jésuites. En 1761, dans une lettre à Voltaire, D’Alembert écrit : « Que la canaille janséniste nous débarrasse des polissons jésuites. Ne fais rien pour empêcher que ces araignées se dévorent les unes les autres ». En 1763 il triomphe : « Les jésuites étaient les troupes régulières et disciplinées luttant sous l’étendard de la Superstition ».

La situation se retourne très rapidement contre les philosophes. Ils passent d’une position de force à une position de faiblesse. En quoi et pourquoi ?

  • 1762-1765. Les volumes 8 à 17 de l’encyclopédie paraissent, sans privilège et sous une adresse étrangère.
  • 1764. Diderot découvre la censure exercée par Le Breton lui-même sur les textes de l’Encyclopédie.
  • 1765. Diderot achève le travail de rédaction et de supervision, avec une certaine amertume, même si, en mars, Catherine II de Russie lui achète sa bibliothèque.

Commentaires fermés sur 1765. Encyclopédie, Manustupration

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, D. Suisse, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences, E. Sciences humaines et sociales

Helvétius et les remèdes du Roi

Les épidémies demeurent nombreuses au 18ème siècle, mais une politique nationale de santé publique se dessine. Une organisation est mise en place pour accélérer la circulation des informations, des décisions et des remèdes. A la base, un système d’observation décentralisé sur le territoire : faits observés par les médecins de campagne (peu nombreux) et surtout les curés de paroisse. Collecte et traitement des données par les intendants des Généralités, ceux-ci assurant la transmission vers le haut : Faculté de médecine (puis dans la 2nde partie du siècle, vers la Société Royale de Médecine), Contrôle Général des finances, tel ou tel Conseil du Roi.

A. Une gestion en boucle : de la Cour au territoire, du territoire à la Cour

Cette organisation de bas en haut est bien sûr doublée d’une organisation de haut en bas. Un de ses aspects est l’envoi de « valises » contenant les remèdes dits d’Helvétius. Leur nombre ira croissant au fil du siècle. Dès le 18ème siècle, la France a cherché à combiner une gestion centralisée et une gestion décentralisée des crises épidémiques.

  • Conseil du roi. Arrêts en commandement (1721-1722)
  • « Pour organiser la lutte contre l’épidémie de peste qui, née à Marseille, ravagea la Provence à partir de la fin de l’été 1720peste qui, née à Marseille, ravagea la Provence à partir de la fin de l’été 1720, le Régent créa en janvier 1721 un bureau, puis Conseil de Santé, qu’il laissa présider par le chancelier ou le garde des sceaux, mais dont les délibérations lui étaient soumises. C’est là que fut concertée l’action énergique grâce à laquelle la peste, qui menaçait au départ la France tout entière et les états voisins, fut cantonnée dans le Midi provençal, où elle s’éteignit à la fin de 1722.
  • Le Conseil de Régence se trouvait ainsi concurrencé par la résurgence des anciens Conseils de Louis XIV et par l’apparition de Conseils nouveaux. Aussi son rôle devint-il de plus en plus effacé : il ne tenait plus qu’une séance par semaine, le dimanche, consacrée presque exclusivement à la diplomatie ».

B. Les remèdes d’Helvétius, diffusion de 1710 à 1770. Pages 171 et 172 du livre de François Lebrun, Médecins, saints et sorciers aux 17éme et 18ème siècles, Temps actuels, 1983.

Pour en savoir plus. Jean Hossard, Les remèdes du Roi et l’organisation sanitaire rurale au XVIIIe siècle, Revue d’Histoire de la Pharmacie, Année 1975, 226, pp. 465-472, Fait partie d’un numéro thématique : Communications du congrès international d’histoire de la pharmacie de Paris (24-29 septembre 1973).

Commentaires fermés sur Helvétius et les remèdes du Roi

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AF. Histoire 16-17èmes siècles, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences, E. Sciences humaines et sociales

Expo 2000 vins : visite virtuelle (1)

Présentation en visite virtuelle de l’exposition BNU : 2020. Deux mille vins. Multitude et diversité (4 septembre 2020). Quatre thématiques :

  • Esprit du vin, vin divin
  • L’or du vin.
  • Au bonheur du vin.
  • Et le vin fût.

Se référer, aussi et bien évidemment, au catalogue, en vente à l’accueil de la BNU (24 euros).

Pour cause de pandémie Covid-19, cette expo, initialement prévue en juin, a été reportée au 18 septembre et devait durer jusqu’au 17 janvier 2021. Une chronique pour patienter  (18 septembre) : 2000 vins pour garder goût et odorat.

Rebonds de la pandémie, 9 novembre 2020 : la salle d’exposition est fermée de nouveau et jusqu’à nouvel ordre. Qu’en est-il des conférences ?

Dans l’espoir d’une réouverture prochaine, m’est venue l’idée, non originale, d’une visite virtuelle de l’exposition, fondée sur deux visites successives, appareil photo en action.

Trois diaporamas

– le premier (34 photos grand format) couvre l’ensemble de l’histoire multi-millénaire du vin, du vignoble, des vignerons.

– le deuxième (à venir) est centré sur le vin au 18ème siècle. Chronique du 10 octobre 2020, Le petit vin alsacien au 18ème, chronique de la Saison 8 du blog.

le troisième (à venir) revient sur deux expositions antérieures de la BNUS : Mai 1968 en Alsace. Hors du Monde, La carte et l’imaginaire.

Au fil de l’exposition. L’ivresse de Noé. Les saints protecteurs de la vigne. Vue des remparts d’Ammerschwihr (vitrail). Familles de Vignerons : la Maison Beck-Hartweg.

A.L’ivresse de Noé, dans la Cité de Dieu de Saint-Augustin

Genèse 9, 18-27.

(18) Les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de Canaan. 
(19) Ces trois-là sont les fils de Noé. C’est à partir d’eux qu’on se dispersa sur toute la terre.

(20) Noé devint cultivateur et il planta une vigne. 
(21) Il but du vin, s’enivra et s’exposa nu à l’intérieur de sa tente. 
(22) Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et le raconta au dehors à ses deux frères. 
(23) Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leurs épaules, marchèrent à reculons et recouvrirent la nudité de leur père ; comme ils détournaient le visage, ils ne virent pas la nudité de leur père. 

(24) Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet. 
(25) Il dit alors : Maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères !
(26) Il dit encore : Béni soit le SEIGNEUR (YHWH) le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave !
(27) Que Dieu mette Japhet au large ! Qu’il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave !

 Autres représentations de l’Ivresse de Noé.

Filippo Calendario (1315 – 1355). L’ivresse de Noé, San Marco, Palais des Doges, Venise. Sculpture

Fresque de Saint-Savin

Lire aussi la chronique du blog : Dieu et Bacchus

Commentaires fermés sur Expo 2000 vins : visite virtuelle (1)

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AH. Histoire 19-20èmes siècles, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Agriculture, E. Sciences humaines et sociales

1750-1775. Querelles médicales

Jean-Baptiste Fressoz, La médecine et le “tribunal du public” au XVIIIe siècle, Hermès, la revue, vol. 3, n° 73, 2015, p. 21-30.

Bonnes feuilles de l’article de Fressoz. « La transformation de long cours dans les écrits des philosophes de la notion d’opinion-erreur à la notion d’opinion publique détentrice de vérité naturalise l’idée d’un Tribunal du public légitime à juger les actions des gouvernants… Les décennies 1750-1760 sont décisives : une série de débats (refus des sacrements jansénistes, attentat de Damiens, économie politique et commerce des blés, censure de l’encyclopédie, crise des finances publiques) conduisent progressivement à la politisation de la sphère publique.

Cet article étudie le rôle du « tribunal du public » dans le domaine médical. Il revient en particulier sur la célèbre controverse de l’inoculation de la petite vérole et sur les fonctions imparties au « public » durant cette controverse. 

Au xviiie siècle, la variole était une maladie universelle. Suivant la virulence de l’épidémie, elle tuait entre une personne sur vingt et une sur sept, principalement des enfants en bas âge. L’inoculation variolique reposait sur un principe simple : comme on n’attrape la variole qu’une seule fois, autant l’avoir en bonne santé, bien préparé, lorsque l’épidémie est bénigne. Introduite en Angleterre dès les années 1720, l’inoculation demeure presque inconnue en France jusqu’en 1754.

Au mitan du siècle, la médecine est située dans le même univers textuel que les nouvelles politiques et littéraires. Les périodiques de l’époque (Mercure de France, Journal de Trévoux, Journal de Paris, Année littéraire, Journal des Dames, etc.) regorgent de sujets médicaux. Les remèdes nouveaux font l’objet d’innombrables articles mercantiles car les lecteurs sont avant tout des clients potentiels.

Les narrations de cas médicaux très détaillés (et nominatifs) abondent dans les périodiques. En 1765, l’Année littéraire publie ainsi le récit de la petite vérole du fils de M. Racine, trésorier des guerres. L’article décrit en détail le pied droit de l’enfant, tuméfié, ses inflammations, les abcès qui y apparaissent, puis le pus sanieux qui s’en écoule.

La même année, Antoine Petit, professeur à la faculté de médecine publie une Histoire de l’inoculation de M. Andrezel dans le Journal de Trévoux. Il s’agit d’un long article de quatorze pages détaillant maintes complications. Cet article parfaitement rébarbatif réjouit pourtant l’éditeur qui ajoute : il nous serait fort agréable d’avoir souvent de pareils morceaux à présenter au lecteur. Notre ouvrage y gagnerait beaucoup.

L’idée que les médecins doivent disposer de périodiques spécialisés n’apparaît qu’au milieu du xviiie siècle. En 1755, Vandermonde fonde le Journal de médecine car, explique-t-il, les médecins ont besoin d’un recueil qui centralise les histoires dispersées aux quatre coins de la République des Lettres. Les journaux médicaux qui naissent en France dans les années 1750-1770 s’adressent d’ailleurs davantage au public généraliste qu’aux confrères. Par exemple le médecin Barbeu explique qu’il fonde la Gazette d’Épidaure parce que le public trouve à peu près le même attrait à critiquer des médecins que des généraux, des ministres ou des princes.

Le monde médical renvoie une image très conflictuelle dans l’espace public : luttes d’écoles (vitalistes contre mécanistes, naturistes contre systématistes…), conflits de thérapeutiques ou, tout simplement, rivalités de médecins pour la clientèle aisée.

Commentaires fermés sur 1750-1775. Querelles médicales

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences humaines et sociales

Huysmans. L’Art et la Religion

Suite des chroniques dédiées à l’exposition du MAMC de Strasbourg, L’œil de Huysmans.

Art médiéval et moderne : diaporama de 25 photos grand format

Grünewald, Crucifixion (Karlsruhe) et Retable d’Issenheim (Colmar) : diaporama de 19 photos grand format.

1884. Huysmans a 36 ans. Il publie À rebours. « La particularité de ce roman est qu’il ne s’y passe presque rien : la narration se concentre essentiellement sur le personnage principal, Jean des Esseintes, un antihéros maladif, esthète et excentrique, et constitue une sorte de catalogue de ses goûts et dégoûts ».

Cartel de l’exposition, citation de A rebours. Tout le tempérament du grand Artiste Flaubert éclatait en ces incomparables pages de la Tentation de Saint Antoine et de Salammbô où, loin de notre vie mesquine, il évoquait les éclats asiatiques des vieux âges, leurs éjaculations et leurs abattements mystiques, leurs démences oisives, leurs férocités commandées par ce lourd ennui qui découle, avant même qu’on les ait épuisées, de l’opulence et de la prière.

Martin Schongauer, La Tentation de saint Antoine, vers 1473, Gravure au burin,
Strasbourg, Cabinet des estampes et des dessins

1888 (40 ans). Huysmans séjourne en Allemagne où il découvre la Crucifixion de Grünewald (aujourd’hui au Musée des Beaux-arts de Karlsruhe).

Photo de Pierre Dubois, juin 2019

1891 (43 ans). Dans Là-bas, publié en feuilleton dans L’écho de Paris, Durtal, le héros du roman, explore les milieux de l’occultisme parisien de cette fin de siècle.

Après l’écriture d’À Rebours (1884), Huysmans se trouve dans une impasse existentielle. L’écrivain Barbey d’Aurevilly affirme qu’il ne lui reste plus qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet et les pieds de la croix. Ce sera la croix ; après Là-bas, consacré à l’occultisme, Huysmans se tourne vers la mystique chrétienne.

Tête de Saint Jean-Baptiste, Musée des Beaux-arts Strasbourg, par Andrea Vaccaro, milieu du 17ème

Andrea Vaccaro (1604-1670) est un peintre italien baroque de l’école napolitaine qui imita le Caravage pour ses clairs-obscurs et le style de Guido Reni pour les traits des personnages. Fort nombreuses sont ses œuvres qui traitent de sujets religieux, dont plusieurs scènes de martyres. Saint Sébastien, Sainte Catherine de Sienne, Le Mariage mystique de sainte Catherine, La Résurrection de Lazare, Adoration des bergers, La Conversion de la Marie-Madeleine, L’Enfant Jésus endormi, Sainte Barbe, Le Martyre de sainte Agathe, Madone à l’Enfant, saint Luc et sainte AnneLa Sainte Vierge avec saint Antoine et saint Roch, La Sainte Famille, Sainte Marthe,  Sainte Marie l’Égyptienne recevant la communion.

Vaccaro, Le martyre de sainte Agathe, vers 1635-1640, Musée Fabre, Montpellier

1892 (44 ans).  Première retraite à la trappe de Notre-Dame d’Igny dans la Marne sur les conseils de l’abbé Mugnier.

1893 (45 ans). Seconde retraite à la Trappe. Huysmans est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

1895 (47 ans). Anna Meunier, compagne de Huysmans, meurt des suites d’une longue maladie, possiblement la syphilis.

1895 (47 ans). En Route signe la conversion de Huysmans au catholicisme.

Je suis hanté par le Catholicisme, grisé par son atmosphère d’encens et de cire, je rôde autour de lui, touché jusqu’aux larmes par ses prières, pressuré jusqu’aux moelles par ses psalmodies et par ses chants. Je suis bien dégoûté de ma vie, bien las de moi, mais de là à mener une autre existence il y a loin ! Et puis… et puis… si je suis perturbé dans les chapelles, je redeviens inému et sec, dès que j’en sors. Au fond, se dit-il, en se levant et en suivant les quelques personnes qui se dirigeaient, rabattues par le suisse vers une porte, au fond, j’ai le cœur racorni et fumé par les noces, je ne suis bon à rien.

Pour aller plus loin. Frédéric Gugelot, Le temps des convertis, signe et trace de la modernité religieuse au début du XXe siècle, Archives de Sciences Sociales des Religions, 2002, 119, pp. 45-64.

1898 (50 ans). Après trente années passées au ministère de l’Intérieur, Huysmans prend sa retraite de ses fonctions de chef de bureau honoraire.

Commentaires fermés sur Huysmans. L’Art et la Religion

Classé dans AE. Histoire médiévale, AH. Histoire 19-20èmes siècles, AI. Art médiéval et moderne, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne, E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

Huysmans. Moreau et Redon

Suite des chroniques dédiées à l’exposition du MAMC de Strasbourg, L’œil de Huysmans. Chronique 1. Huysmans (1848-1907). Biographie. La chronique 2 mentionne les sources utilisées, Huysmans, critique d’art : la peinture.

1889 (41 ans). Huysmans découvre les œuvres d’Odilon Redon, de Gustave Moreau, de Jean-François Raffaëlli et de Félicien Rops et participe largement à faire connaître au public le mouvement du symbolisme en peinture.

Huysmans a une fervente admiration pour Gustave Moreau (1826-1898). Pour aller plus loin : Huysmans et Moreau.

L’Apparition (1876) « illustre un épisode tiré du Chapitre XIV de l’Évangile de saint Mathieu. Jean-Baptiste, pour avoir stigmatisé l’union illégitime entre Hérodiade et le roi Hérode, a été enfermé. Pour se débarrasser de cet importun, la reine, au terme d’une danse que sa fille Salomé exécute devant le roi, l’engage à demander en récompense la tête de Jean-Baptiste. Ce court récit a donné lieu à de très nombreuses œuvres se focalisant sur la figure de Salomé qui n’est pourtant pas l’instigatrice du crime. Cette princesse juive va enflammer l’imaginaire des peintres, devenant l’archétype de la femme fatale.

Gustave Moreau s’inscrit donc dans une tradition qu’il va subvertir en inventant cette apparition fantastique de la tête du précurseur nimbée, dégouttant de sang devant Salomé horrifiée. Dans ce tableau, on distingue : à gauche Hérode trônant, hiératique près de son épouse ; à droite le bourreau impassible, glaive en main ; sur le fond sombre un réseau de lignes dessine une architecture étrange et inquiétante mêlée à des figures de divinités païennes, à des motifs décoratifs médiévaux »…

Galatée (1880). Le sujet de ce tableau est tiré de la 12e fable du livre XIII des Métamorphoses d’Ovide qui relate la jalousie du cyclope Polyphème envers l’amour qu’éprouve Galatée pour le berger Acis. Voici un géant épouvantable qui aime une belle nymphe. Moreau propose une relecture personnelle, moderne et féerique de la mythologie païenne, rejette l’anecdote et se concentre sur la l’opposition entre l’horrible laideur et la beauté exquise, la bête et la belle, l’amour et le dédain.

« La composition orchestre une lutte entre l’ombre et la lumière, le minéral et le liquide, le bien et le mal. Le Polyphème de Moreau n’est pourtant pas un ogre, mais un être mélancolique, égaré dans la contemplation monoculaire de la femme inaccessible. Galatée réfugiée au fond d’une grotte trop étroite pour le géant, y apparaît comme une perle scintillante dans son écrin »…

Odilon Redon (1840-1916). Gustave Flaubert, dessins pour la tentation de Saint-Antoine. La mort, mon ironie dépasse toutes les autres (1889)

Odilon Redon. Christ en croix (1910)

Commentaires fermés sur Huysmans. Moreau et Redon

Classé dans AH. Histoire 19-20èmes siècles, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

18ème. Abbaye de Moyenmoutier

Fondée vers l’an 671 par Saint Hydulphe, chorévêque de Trèves, l’Abbaye bénédictine de Moyenmoutier fut soumise dès l’origine aux rois d’Austrasie et ensuite à l’empereur Charlemagne et à ses successeurs. Elle abrita jusqu’à 300 religieux.

Histoire de l’abbaye, 17ème et 18ème siècles. Source pour le 17ème : extraits de Pays des abbayes. Source pour le 18ème : extraits de Wikipédia.

L’Abbatiale en deux albums : extérieur (24 photos) et intérieur (22 photos).

« Moyenmoutier, Medianum Monasterium, le monastère du milieu… Lorsque les 4 premières abbayes furent édifiées, elles ont formé une croix. Il fut dit que Moyenmoutier en serait son centre… Senones et Etival situées sur l’axe est-ouest cédèrent une partie de leurs dotations à saint Hydulphe, venu en l’an 671, christianiser ces terres sauvages des Vosges. Le prestige du saint homme attire de nombreux moines et l’abbaye acquiert pouvoir et influence. Mais en 915, les invasions hongroises dévastent la Lorraine et l’abbaye de Moyenmoutier est détruite….

1612. La richesse retrouvée, les tentations sont nombreuses… Hubert de Parroy n’y résiste pas et s’autoproclame voué de Moyenmoutier et de son territoire. Alors les moines font appel au duc de Lorraine Mathieu II pour libérer l’abbaye du joug de son voué. En 1612, la réforme de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe insuffle à la Lorraine un nouvel élan spirituel.

1661. Un nouvel abbé régulier est élu, Philibert Galavaux, mais l’abbé commendataire Nicolas-François de Lorraine est également nommé. Finalement ce dernier se désiste en 1662, ce qui marque la fin du régime de commende à l’abbaye.

1676-1705. Sous l’abbatiat de Hyacinthe Alliot, une académie des sciences est créée. Moines théologiens, historiens, naturalistes, archéologues, entomologistes, médecins, on retrouve à l’abbaye l’élite savante de l’ordre bénédictin sous la tutelle de l’abbé humaniste. Le premier « Traité du Cancer » y est écrit et publié à Paris sous le nom de Jean Baptiste Alliot, médecin de Louis XIV et frère de l’abbé. Les premières fouilles gallo-romaines sont entreprises au sommet du Donon.

1705-1727. Abbatiat de Humbert Belhomme (1653-1727). La bibliothèque s’enrichit considérablement et compte 11 000 volumes.

L’Abbé mène une politique documentaire d’envergure. Il la définit dans une lettre datée de 1710, adressée à Dom Calmet : je désire que nous continuions à former notre bibliothèque selon le plan que nous nous sommes proposé, qui est d’avoir tous les auteurs originaux grecs et latins, toutes les nouvelles éditions de Paris et tous les nouveaux livres qui en vaudront la peine.

Dom Calmet y écrit Les commentaires sur l’ancien testament, Le dictionnaire de la bible pendant ses huit années de séjour à Moyenmoutier. Chronique du blog sur Dom Calmet.

Humbert Belhomme fait également entièrement reconstruire l’abbaye, sur les bords de la rivière Rabodeau. Sur son tombeau, ses frères moines écrivent cette épitaphe : Homme humble d’origine, il apprit à goûter et à réaliser de grandes choses. Il fut d’une piété sincère, d’un esprit pénétrant, d’un goût cultivé et raffiné en toutes choses, d’une habileté remarquable dans la conduite des affaires et le maniement des âmes. Il reconstruisit le monastère qu’il rendit aussi agréable que commode. Ceux qui étaient sous son autorité, ils les aima d’une telle charité qu’ils ne le craignaient pas comme un maître mais le vénéraient et l’aimaient comme un père« .

Construction de la 3ème abbaye à partir de 1767

1727-1790. « Sous les abbatiats de Humbert Barrois (1727-1771) et François Maillard (1771-1790), la construction d’une nouvelle abbaye est entreprise sur le site actuel à partir de 1767.

La réalisation est confiée à l’architecte Ambroise Pierson, un bénédictin de Senones. L’ancienne abbaye est détruite au fur et à mesure que la nouvelle se construit. Dix années suffisent à l’architecte pour faire ce chef-d’œuvre d’architecture, inauguré en 1776. C’est cette troisième abbaye que l’on peut admirer aujourd’hui et qui est le « plus bel édifice baroque de Lorraine ».

Lors de la Révolution française, l’abbaye de Moyenmoutier est une des rares à ne pas être dépeuplée. François Maillard est encore entouré d’une vingtaine de moines (dont Joseph Fréchard). Les dernières prises d’habit datent de 1788 ! Tout est calme en ce mois de juillet 1789 à Moyenmoutier, les relations sont bonnes entre les bénédictins et les habitants.

À la salle capitulaire, le 30 juillet, François Maillard dresse un acte officiel devant ses religieux : Dans les circonstances actuelles où l’esprit d’insubordination, d’insoumission et d’anarchie parait s’être répandu dans toutes les parties du royaume de France, l’abbaye de Moyenmoutier ayant à craindre qu’il ne lui soit fait violence, soit pour abandonner ses droits, ses propriétés, ses titres et archives, proteste par cet acte contre tous abandons ou cessions que la crainte, les menaces, la violence, la force ou les voies de faits pourraient leur arracher et extorquer sous quelque prétexte que ce soit.

1790. François Maillard meurt le 2 février. Entre les 13 et 19 février, l’Assemblée constituante décide l’abolition des vœux monastiques et la suppression des ordres et congrégations régulières autres que d’éducation publique et de charité. C’est à partir du 10 mai que les autorités municipales de Moyenmoutier se rendent à l’abbaye pour procéder aux inventaires des biens et à l’interrogatoire des religieux. Il est à peu près certain que ceux-ci optèrent pour la liberté de rentrer dans le monde. L’histoire des bénédictins à l’abbaye de Moyenmoutier se termine avec le départ des moines au cours de l’année 1791.

1791-1792. À la suite du décret du 2 décembre 1789, les domaines et possessions de l’Église sont déclarés biens nationaux. Les ventes mobilières à Moyenmoutier s’effectuent de février 1791 à mai 1792 (meubles, fauteuils, nappes, lampes, horloges, bottes, souliers, estampes, prie-Dieu, bureaux, vaches, chevaux, fourrage, chariots, charrues, harnais…) ».

Description de l’édifice actuel (source :Pays des Abbayes)

« L’abbaye est construite en grès rose des Vosges.

L’intérieur de l’abbatiale est de facture baroque, mais reste assez sobre si on la compare aux édifices de même style d’Allemagne ou d’Autriche. Le badigeon coloré « jaune Marie-Thérèse » procurait une agréable lumière, comme à l’église Saint-Jacques de Lunéville, mais n’existe plus aujourd’hui, laissant la place à un gris délavé.

L’abbatiale surprend par ses dimensions: 60 m de long, 16 m de large et 30 m de haut. La construction sans contrefort à l’extérieur et sans pilier à l’intérieur réside dans la charpente en forme de bateau renversé. Un savant entrelacs de poutres renvoie, par le jeu d’équilibre des forces, la charge sur les pilastres et les murs de l’église. La cage à écureuil y est toujours présente. La nef de 5 travées et le chœur sont couverts de voûtes bombées séparées par des doubleaux à caissons ornés de rosaces.

L’autel (dont la croix et les six chandeliers de 1734) est en marbre XVIIIe siècle, et le tableau de 1740 de la Cène est attribué à Dumont le Lorrain.

Dans l’avant-chœur sont installées des stalles de 1698, sous une large coupole sur pendentif. L’ensemble compte 36 sièges dont les miséricordes sculptées montrent des visages. Toutes les stalles sont adossées à des panneaux en bois sculptés appelés dorsaux, composés de trois étages inégaux : en haut une frise avec des feuillages et fruits divers, au centre des perspectives de cloître et en bas des motifs religieux et musicaux alternés. Aux portes des stalles, des bas-reliefs illustrent quatre vertus (la Charité, la Justice, la Force et la Prudence).

Enfin, à l’extrémité des stalles, deux grands panneaux entourés de cariatides représentent St Hydulphe exorcisant un possédé qui crache son démon, et l’autre Saint Hydulphe et son frère Saint Erhard baptisant Sainte Odile.

Dans la nef, 4 trophées-appliques provenant de la deuxième abbaye, placés sur 4 piliers des voûtes.

1 commentaire

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AF. Histoire 16-17èmes siècles, BA. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Ingénierie, Architecture, E. Sciences, E. Sciences humaines et sociales

1728. Dom Calmet, abbé de Senones

Portrait sur une des façades de la BNUS

Abbaye de Senones. Source : extraits de Wikipédia

Après les invasions hongroises de la 1ère moitié du 10ème siècle, le monachisme renaît après 960 sous la règle bénédictine. Le moine de Gorze Adalbert est envoyé pour faire cesser les exactions des moines de Moyenmoutier. Après de nombreuses vicissitudes, son successeur l’abbé Allmann peut lancer une vie spirituelle et intellectuelle en s’appuyant sur de solides rentrées de dîmes, basée sur une administration et une gestion assagie et efficace.

L’abbaye s’enrichissant, les moines sont obligés de demander la création d’une charge d’avoué pour protéger leurs biens et ceux de l’abbé. Les chevaliers, servant le châtelain de Langstein, s’acquittent de cette tâche de surveillance pour le compte de l’évêque de Metz…

Un village se forme à proximité de l’abbaye, qui devient la petite ville de Senones. L’abbé Antoine de Pavie déplace et reconstruit l’abbatiale au début du XIIe siècle. Il fait édifier la rotonde, chapelle circulaire incluse dans l’église abbatiale aujourd’hui disparue.

Apogée de l’abbaye au siècle des Lumières

Le monastère est radicalement reconstruit au XVIIIe siècle, d’abord sous l’abbatiat de Dom Calmet, puis sous celui de son successeur. Les bâtiments que l’on voit aujourd’hui datent de cette période, à l’exception de deux éléments :

  • le clocher de l’église, seul élément conservé du XIIe siècle ;
  • l’église reconstruite vers 1860 sur l’un des côtés du cloître.

Dom Calmet (1672-1757). Source : extraits de Wikipédia.

Augustin Calmet est un exégète (commentaire de la Bible) et un historien lorrain.

1687 (15 ans). Ses parents le font entrer au prieuré bénédictin de Breuil. Il entre à 15 ans à l’université de Pont-à-Mousson et suit les cours de rhétorique du père jésuite Ignace L’Aubrussel. À la fin de ces études, il entra chez les bénédictins de la congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe.

1689 (17 ans). Son noviciat se fit à l’abbaye Saint-Mansuy de Toul où il prononça ses vœux le 23 octobre. Il fut envoyé ensuite suivre les cours de philosophie à l’abbaye Saint-Èvre de Toul et ceux de théologie à l’abbaye de Munster.

1696 (24 ans). Il est ordonné prêtre le 1er mars à Arlesheim, près de Bâle, et dit sa première messe à l’abbaye de Munster le 24 avril.

1704 (32 ans). Il est chargé d’expliquer les saintes Écritures dans l’abbaye de Moyenmoutier et à Munster.

1714 (42 ans). Il est nommé prieur à Lay-Saint-Christophe (1714-1715)

1718 (46 ans). Il devient abbé de Saint-Léopold de Nancy. Il parcourt les divers monastères de son ordre, dévorant les bibliothèques et rédigeant de nombreuses compilations historiques.

Commentaires fermés sur 1728. Dom Calmet, abbé de Senones

Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, AE. Histoire médiévale, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne, E. Sciences humaines et sociales