Archives de Catégorie: E. Sciences humaines et sociales

Le travail étudiant en confinement

Le travail étudiant en période de confinement, Elsa Martin et Simon Paye, Université de Lorraine, UFR SHS Nancy, département de sociologie, avril 2020, 22 pages.

Extraits du rapport. « Ce compte-rendu d’enquête vient s’ajouter à ceux déjà publiés par des collègues des universités de Grenoble, de Nanterre, de Dauphine, de Paris 8, ainsi que de Rennes 2.

A Nancy, le conseil de formation de l’Université de Lorraine a indiqué que des possibilités d’examen à distance sont bien réelles et opérationnelles. Il appartient à chacun d’adapter l’évaluation au regard des possibilités offertes.

Nous souhaitions avant tout vérifier s’il était possible pour tous les étudiants de poursuivre leurs études à distance et sans interaction en présentiel avec leurs enseignants et leurs camarades de promotion. Sont abordés ici les aspects matériels de la question du travail à distance, ce qui constitue à nos yeux une des bases essentielles pour l’appréhender sereinement.

Quelques résultats de l’enquête.

  • 89 étudiants sur 299 n’ont pas répondu au sondage. Les problèmes identifiés dans ce compte-rendu, calculés sur les seuls répondants au sondage, sont sans doute sous-estimés
  • Seuls 17,6% des répondants déclarent avoir une connexion stable, rapide et illimitée
  • Près de la moitié (44,8%) disent rencontrer des problèmes de connexion sur une ou deux des dimensions (stabilité, rapidité et quantité illimitée)
  • Plus d’un tiers des répondants (37,6%) n’ont pas de connexion individuelle ou, s’ils en ont une, cumulent les trois problèmes de connexion (instabilité, lenteur et limitation)

Les décisions relatives au maintien des évaluations du deuxième semestre ou du calendrier universitaire ne peuvent faire l’économie des faits qui sont ici exposés.

Il convient pour finir de rappeler que ce sondage sur les conditions matérielles de travail à distance n’a traité que des dimensions techniques du problème. En ce sens, nous n’abordons ici que la partie visible de l’iceberg.

 La dégradation des conditions d’études et de travail liée à l’assignation à domicile provient également de la détérioration des conditions de vie (économiques, sociales, psychologiques) et de l’atomisation des enseignants et des étudiants ».

Commentaires fermés sur Le travail étudiant en confinement

Classé dans AA. Universités et COVID 19, C. Bretagne Normandie, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Ile-de-France, C. Rhône-Alpes Auvergne, E. Sciences humaines et sociales

Enterrer la Fondation MSH

Objet. Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH). Rapport de la Cour des Comptes, 9 pages, 17 janvier 2020. Signalement par Michel Abhervé, blog Alternatives Économiques.

Le Premier président de la Cour des Comptes à Madame Frédérique VIDAL, Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Héritière de la tradition d’excellence des sciences humaines et sociales françaises des années 60 et 70, la FMSH voit aujourd’hui sa spécificité et sa valeur ajoutée propre très fortement questionnées dans un contexte que l’ouverture du Campus Condorcet fait considérablement évoluer. Elle apparaît secouée par des crises multiples qui ont pour conséquence une perte d’influence et d’attractivité marquée. En l’absence, à ce stade, de toute orientation forte de la part des pouvoirs publics sur son positionnement, elle privilégie une stratégie autonome et aventureuse, radicalement différente de son ambition originelle.

1. UNE INSTITUTION EN CRISE

  • 1.1. Une gouvernance défaillante et divisée
  • 1.2. Un climat social très dégradé
  • 1.3. Des activités à la peine

2. UNE TENTATION DE FUITE EN AVANT

  • 2.1. Une absence anormale de pilotage de la part des pouvoirs publics
  • 2.2. Une volonté de positionnement autonome dans un environnement institutionnel et scientifique en très forte recomposition
  • 2.3. Une stratégie patrimoniale aventureuse

3. UNE NÉCESSITÉ DÉSORMAIS URGENTE DE CLARIFIER L’AVENIR

  • 3.1. Un scénario a minima de redéfinition, à périmètre institutionnel inchangé, des modalités de fonctionnement et de financement de la FMSH
  • 3.2. Un scénario d’adossement universitaire: une entrée dans le droit commun synonyme de perte d’originalité scientifique
  • 3.3. Le scénario de l’ambition pour les SHS : l’apport des activités de la fondation au Campus Condorcet pour contribuer à la réussite de ce projet majeur.

La Cour formule donc les principales recommandations suivantes:

Recommandation n°1 (MESRI). Clarifier, au plus vite, la place et le rôle de la FSMH et de ses activités, en priorisant un scenario d’intégration complète à l’établissement public du Campus Condorcet, dont les conséquences devront être tirées sur le maintien de la fondation;.

En cas de maintien d’une fondation autonome. Recommandation n°2 (MESRI): établir un nouveau contrat quinquennal définissant, de manière précise, les objectifs fixés à la fondation et revoir les modalités de financement de l’État, en conformité avec le statut de fondation reconnue d’utilité publique en les liant à l’atteinte des objectifs ainsi déterminés et en mettant fin au système de concours sous forme de dotation globale de financement.

Commentaires fermés sur Enterrer la Fondation MSH

Classé dans C. Ile-de-France, E. Mobilité internationale, E. Sciences humaines et sociales

Témoignages d’étudiants confinés

Débats en Lorraine sur les modalités de contrôle des connaissances (cf les deux chroniques Pour ou contre le 10 améliorable, Aucun semestre ne sera neutralisé). Deux enseignants-chercheurs publient des témoignages recueillis par enquête auprès  d’étudiants de licence.

10 avril 2020. « Il y a beaucoup de discussions et de débats en cours actuellement sur les modalités de contrôle des connaissances dans le contexte particulier que nous vivons. Ces discussions et ces débats portent souvent sur des points réglementaires et/ou techniques (et je salue ici tous les personnels qui ne comptent pas leur temps pour proposer leur expertise et leurs solutions).

Au-delà de ces points, il y a des vies, parfois très difficiles, et on les oublie trop souvent quand nous discutons entre nous de modalités d’aménagement.

Les représentant.e.s étudiant.e.s élu.e.s au conseil du département de …  ont pris l’initiative d’interroger leurs camarades de licence (près de 1500 inscrits) sur les examens et leur vécu de la situation. Ils ont recueilli plus de 400 réponses. Et parmi celles-ci, plus de 200 témoignages. Ce sont quelques uns de ces témoignages que je reprends ci-dessous.

Ils sont poignants, désarmants, touchants, effrayants et me paraissent en décalage complet avec les aménagements sur lesquelles nous sommes tou.te.s en train de passer beaucoup de temps.

Quels sens vont avoir ces aménagements pour ces étudiant.e.s. et sans doute pour beaucoup d’autres ? Et quelle signification donner in fine aux évaluations qui découleront de ces « nouveaux » examens ? Allons-nous pouvoir dire à ces étudiant.e.s, que le « principe d’égalité de traitement des candidats » a bien été respecté ?

Une étudiante atteinte du Covid : « et le confinement, c’est vraiment pas bénéfique dans mes révisions, je suis démotivée et j’ai le moral à zéro, j’ai peur de faire une rechute … »

Le débit de connexion internet a été réduit, mon ordinateur est lent, les conditions pratiques et techniques ne sont pas optimales. La situation est globalement anxiogène, peu de motivation à travailler lorsque ses proches sont malades, j’ai moi même été malade et le suis encore. Je passe le confinement seule, 0 contact humain depuis 1 mois, dans 20m2.

« En confinement chez ma famille. C’est très difficile car nous sommes nombreux, tout le monde ne vie pas le confinement de la même manière. De plus j’habite dans une petite ville sans la fibre (internet très lent), ce qui rend compliqué l’accès à des sites de base type arche ou discord. Dans mon studio à Nancy je n’avais pas internet non plus; d’où l’utilisation de Eduroam. De plus, nous sommes quand même dans une situation de crise sanitaire, je connais beaucoup de personnes autour de moi qui sont décédées et je vis dans la peur que ma mère soit contaminée (maladie auto-immune) par ses propres enfants qui sortent faire les courses ou qui vont à la pharmacie. C’est une situation angoissante, réviser c’est bien pour oublier mais ça en devient compliqué lorsque nous devons faire face à la réalité et que nous ne sommes pas dans des conditions optimales »

« Dû à la quarantaine, il y a énormément de gens connectés en même temps ce qui fait que mon internet se coupe ou a du mal à charger. J’ai des proches touchés par le virus et je vis dans un appartement avec 1 seule chambre sans balcon et avec ma mère. Nous sommes en situation précaire (moi étant boursière et ma mère au rsa) nous devons donc faire des sacrifices financiers pour pouvoir stocker de la nourriture et éviter les sorties. Nous n’avons pas de voiture et le seul magasin à proximité est vide. Nous ne pouvons plus accéder au resto du cœur. Niveau psychologie c’est des montagnes russes. Je passe du rire aux pleurs et cela est surtout du à la fac. Je suis de nature assez dépressive en tant normal et je dois l’avouer, ne pas me faire suivre psychologiquement. Les psys gratuit sont surchargés et les psy payants sont trop chers, je ne sais pas à qui m’adresser pour de l’aide. J’ai l’impression d’avoir été submergée de travail par les professeurs. Je pense surtout que pour moi ce sera l’après cou-présentes au sein de beaucoup de foyer, pour moi tous les jours ne sont pas faciles, ma mère étant dépressive dans le contexte actuel ça devient dur, des scènes de ménages éclatent de temps à autres qui vont parfois à des pétages de plomb tellement puissants que les assiettes y passent, et l’aider n’est pas toujours simple. J’ai parfois l’impression d’être tiré vers le bas aussi. Dans mon foyer nous sommes 6, ma mère, moi, mon frère et mes 3 sœurs, qu’il faut aider malgré la connexion en dents de scies pour leurs devoirs, mais aussi trouver des activités pour les occuper. Nous sommes dans une grande précarité, plus le temps passe plus nous allons avoir des difficultés à nous nourrir tant financièrement va vite devenir très très compliqué. Pour ma part, je ne peux plus travailler et je ne gagne aucun argent pour aider ma mère financièrement, ce qui est une source de stress intense. Pour le moment je n’ai pas eu le courage d’ouvrir un cours, je n’y arrive pas, les problèmes autour sont beaucoup trop stressant, je me sens de plus en plus en besoin d’extérioriser tout ça, mais je ne sais pas encore comment faire. Malgré tout j’essaye de tenir pour les autres membres de ma famille, c’est aussi mon rôle de grande »

« Personnellement, j’ai quasiment toute ma famille qui travaille dans la santé avec ma mère aide-soignante, mes deux tantes sont infirmières libérales, et ma sœur est sage-femme. Le fait qu’elles soient sur le terrain, en vue de la situation, me fait déjà énormément stresser. De plus, ma mère m’a demandé de venir travailler à l’EHPAD avec elle, afin d’aider, mais j’ai refusé car je suis tellement préoccupé par la situation à la fac que j’ai refusé, je me suis senti mal parce que j’aurais pu aider à l’hôpital. De plus, je suis en isolement social, dans le sens où la journée, je ne vois personne car ma mère travaille toute la journée, donc je suis seul, et je me sens, souvent, triste »

« Mon père est décédé des suites du coranavirus, j’ai dû donc rentrer voir ma famille et n’ai plus vraiment la tête à penser aux cours à vrai dire »

« Bonjour, j’aimerai faire mon petit témoignage de la situation. J’ai déjà redoublé ma L3 et j’ai ainsi deux fois plus de raisons de vouloir obtenir ma licence cette année. Malheureusement, dans ces conditions, ce sera pratiquement impossible. Je dois m’occuper de mes petits frères et sœurs qui n’ont pas école, les aider dans leurs devoirs toute la matinée. Mes parents étant en télétravail ou réquisitionné, je dois faire les heures de queues pour acheter les courses, m’occuper de la maison (j’ai la chance d’être tout de même dans une maison). Normalement, en cette période, c’est un stress lié à la peur d’échouer aux examens mais en ce moment, c’est plus une angoisse de mort, une angoisse de voir nos proches se faire contaminer et de nous même le ramener à la maison. Voir sa propre mère devoir confectionner elle-même des masques dans de vieux torchons pour qu’elle puisse faire de son mieux en se protégeant elle et nous ; devoir expliquer à des petits ce qui se passe dans le monde … Réviser ? Lorsque mon pc n’est pas réquisitionné pour les devoirs des petits ou le télétravail, internet nous fait défaut. Devoir attendre deux heures pour charger le dossier pdf de madame XX (enseignante) n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Et même lorsque je trouve un petit créneau, je me retrouve perdue dans cette masse d’informations, de nouvelles qui vont et viennent. Je ne sais quoi réviser, où m’arrêter dans les diapos que j’ai.. La situation ne me permet pas de me focus autant que je le voudrai, mes pensées étant portées ailleurs.. Tout cela pour dire qu’une passation à distance des partiels serait la goutte de trop dans un vase qui déborde bien assez en ce moment. Merci d’avoir lu et prenez soin de vous et de votre famille.

« J’étais en Erasmus ce semestre mais j’ai dû l’interrompre à cause du coronavirus. C’était assez difficile et fatigant pour réussir à rentrer. Cette situation m’a fait perdre beaucoup de temps car quand je suis rentrée j’ai mis du temps à comprendre comment tout allait se dérouler, et il y a encore beaucoup de choses que je ne sais pas. Je sais, en tout cas, que je dois rattraper tout le semestre fait en France et c’est assez difficile car j’ai loupé absolument tous les cours de ce semestre, j’ai dû envoyer une tonne d’e-mails à la fac en France en plus de la fac à XXX, régler les problèmes avec le loyer que j’avais à XXX, les problèmes de bourse… Enfin bref, j’ai pris énormément de retard et la situation me stresse beaucoup et me plombe un peu le moral. »

Revenue pour le confinement en famille mais c’est pas pratique pour réviser les partiels. Du mal à se concentrer avec un parent très violent. »

Commentaires fermés sur Témoignages d’étudiants confinés

Classé dans AA. Universités et COVID 19, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

Hommage à J-C Chamboredon

Le sociologue Jean-Claude Chamboredon est mort le 30 mars 2020, à l’âge de 81 ans, extraits de l’article de Pierre-Paul Zalio, Le Monde, mis à jour le 6 avril 2020.

Souvenirs de l’année universitaire 1964-1965. Ce fut la seule année où nos chemins se sont croisés. Jean-Claude Chamboredon avait 26 ans et était l’assistant de Pierre Bourdieu.

Les 12 étudiants qui allaient obtenir, en 1966, la licence de sociologie, avaient 20 ans en moyenne. Cette licence, ainsi d’ailleurs que le doctorat de sociologie, avaient été créés en 1958.

Le lieu de la rencontre en cours, rue Auguste Angellier, Faculté des Lettres, Lille.

Les apprentis sociologues ignoraient tout du statut de Chamboredon. C’était un parisien. Nous étions des provinciaux, plutôt impressionnés par cet habitué du TEE, Trans Europe Express, 1 heure 57 pour faire Paris-Lille. Impressionnés bien qu’il fût de petite taille et habillé toujours pareil : veston bleu marine, pantalon gris, chemise blanche ; une cravate ? Je ne sais plus.

Nous ignorions son excellent parcours scolaire ; il ne le mettait d’ailleurs jamais en avant.

  • Extrait de l’article de Pierre-Paul Zalio. Né en octobre 1938 à Bandol (Var), Jean-Claude Chamboredon fut reçu en 1959 à l’Ecole normale supérieure (ENS), où il fit partie des quelques normaliens littéraires (il est lauréat de l’agrégation de lettres classiques en 1962) qui, dans les années 1960, se tournèrent vers la sociologie, dans un milieu intellectuel alors dominé par la philosophie (dont Louis Althusser était, rue d’Ulm, la figure éminente). Il rejoignit alors, au sein du laboratoire fondé par Raymond Aron, un groupe de sociologues qui, autour de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron, jeta les bases d’une entreprise collective visant à édifier une sociologie scientifique.

Les 12 étudiants lillois n’étaient pas des Héritiers. Ils en étaient fiers. La plupart avaient choisi la sociologie pour changer la société. Comment ? Et pourraient-ils en vivre ? Ils n’en savaient trop rien. Bourdieu, Passeron et Chamboredon ne publieront le Métier de sociologue qu’en 1966.

Nous trouvions assez marrant que Chamboredon nous demande d’apporter en TD des photos de famille pour les analyser en tant que sociologues. Nous jouions le jeu.

Les photos qui me représentent en 1954-1955 (j’ai 10 ans en octobre 1954) étaient marquées socialement. La famille posait, devant la maison familiale en rang d’oignons, ou dans le jardin (fort petit). Famille ouvrière qualifiée (le chef d’œuvre de mon père), famille nombreuse (4 enfants mais ma sœur, âgée de 17 ans, meurt dans un accident de la route, fin 1954), famille qui met ses habits du dimanche, qui est de religion catholique pratiquante et militante, qui me photographie en communiant avec brassard blanc et en garçon d’honneur pour le mariage de ma grande sœur et la naissance d’une première petite fille pour mes parents. Une nouvelle vie, un mois après une mort.

Jean-Claude Chamboredon nous a appris, par des TD ludiques, les usages sociaux de la photographie. Petit dernier de quatre enfants, je découvrais par les photos les questions de mobilité professionnelle et sociale ascendante d’une famille ouvrière.

Merci, Jean-Claude Chamboredon, de m’avoir fait découvrir un des champs de la sociologie et certains de ses instruments d’investigation (la photo, le film, le magnétophone). Cette histoire de photos demeure un des meilleurs souvenirs de mon parcours étudiant.

1 commentaire

Classé dans AH. Histoire 19-20èmes siècles, C. Hauts-de-France (Nord Pas-de-Calais Picardie), E. Sciences humaines et sociales

Annuler les comités de suivi de thèse

Université de Lorraine. 1. Courriel d’Emmanuel JOVELIN, directeur, et Bernard BALZANI pour les membres du conseil du Laboratoire Lorrain des Sciences Sociales (2L2S), 8 avril 2020.

à l’attention de Madame la Vice Présidente, Clotilde Boulanger

Suite à votre message adressé aux doctorant-e-s de façon unilatérale concernant le maintien des Comités de Suivi de Thèse dans un calendrier inchangé, nous tenons à ajouter notre réaction dans les suites de la lettre ouverte de la section SNESUP et de l’Unité de recherche des Archives Poincaré, auquel nous ajoutons le mail des doctorant-e-s du 2L2S (mail ci-dessous, point 2 de la chronique) qui s’indignent et s’inquiètent du maintien d’un tel calendrier, qui omet complètement la situation difficile que nous traversons.

Annulation des Comités de Suivi de Thèse.L’ensemble du 2L2S soutient largement les revendications de nos collègues ainsi que celles de nos doctorant-e-s de ne pas maintenir les CST pendant la période de confinement, pendant la période de déconfinement, ni pendant les vacances, ni à la rentrée des vacances.

Dans ce contexte exceptionnel, nous demandons l’annulation des CST, sauf sur demande du doctorant ou de la doctorante, et que le droit à se réinscrire pour l’année universitaire 2020-2021 soit automatique.

Report de la sélection des contrats doctoraux. Nous trouvons également illogique la décision du conseil de l’ED SLTC du 26 mars dernier ainsi que celle de l’ED HN, de maintenir le calendrier de recrutement des Contrats Doctoraux 2020. La période à venir n’est absolument pas propice à un tel maintien.

Il est indispensable de reporter ces calendriers dans un tel contexte, où les étudiants voient leur formation perturbée et rendue difficile : ils ne pourront pas préparer leur candidature ni au plan scientifique, ni au plan administratif dans des conditions suffisantes, tout comme les  enseignants-chercheurs ne pourront pas préparer les sujets et participer avec sérénité et efficacité aux différentes étapes du processus.

Non, ce n’est pas une question d’allègement des agendas ni une « occasion » de ne pas exercer nos missions comme vous l’avez sous-entendu. Nous demandons donc un report de la sélection des contrats doctoraux à une date ultérieure.

Commentaires fermés sur Annuler les comités de suivi de thèse

Classé dans AA. Universités et COVID 19, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Sciences humaines et sociales

1918. Wear a mask or go to jail

Chroniques sur la pandémie Covid-19. Billet de Fabrice Montebello, Professeur, Arts et industries culturelles, Université de Lorraine, siège de Metz.

Le 11 novembre 1918, la foule de San Francisco fête la fin de la guerre. Sur ces deux premières photos, toutes les personnes – et même le chat – portent un masque pour se protéger de la grippe espagnole.

Le premier cas avait été reporté dans la ville, le 23 septembre 1918. En trois semaines, on enregistrait 500 cas et 50 morts. On ferma les dancings, les écoles, les églises et on obligea le port du masque sous peine d’amende ou d’arrestation, « wear a mask or go to jail ».

La situation d’aujourd’hui n’a donc rien d’exceptionnel et on a peut-être mis un certain temps avant d’adopter les réflexes californiens d’il y a un siècle…

Peter Hartlaub, San Francisco Chronicle, Long before the coronavirus, SF faced the 1918 Spanish flu. It was horrifying, March 14, 2020.

Au total, la grippe espagnole fit plusieurs milliers de morts à San Francisco, beaucoup plus que le tremblement de terre de 1906. 

Darmon Pierre. Une tragédie dans la tragédie : la grippe espagnole en France (avril 1918-avril 1919), Annales de démographie historique, 2000-2. pp. 153-175.

On remarquera que le 11 novembre 1918 à Paris place de l’Opéra, aucune personne ne porte de masque.

L’épidémie était au plus fort à Paris, lors de la 3ème semaine d’octobre, 1473 morts ; 771 morts lors de la première semaine de novembre, et 226, la seconde. Une décrue est amorcée, mais l’épidémie sévira en France jusqu’en avril 1919.

Nombre total  de morts : 210.900 morts en France

2 Commentaires

Classé dans AA. Universités et COVID 19, AH. Histoire 19-20èmes siècles, E. Médecine Pharmacie, E. Mobilité internationale, E. Sciences humaines et sociales

Décès quotidiens par département

Surmortalité due au Covid-19 ? Le temps du politique n’est pas le temps de la statistique. La communication politique s’exerce dans l’immédiateté. La communication statistique doit s’exercer dans le temps long, celui de la collecte exhaustive des données, de leur vérification, de leur traitement, de leur consolidation, de leur éventuel ajustement.

Il me semble que l‘INSEE a été forcée, par le politique, de publier le nombre de décès quotidiens en France, par région, par département, pour montrer qu’entre le 1er et le 23 mars 2020, il y avait eu moins de décès que durant la même période de 2018. Rassurer les bonnes gens ! Le message des pouvoirs publics : le Covid-19, ce n’est donc pas si grave que cela !

L’INSEE, dans cette publication hors norme, multiplie les infos méthodologiques, les messages de prudence statistique. Mais qui prend le temps et le soin de les lire ? Elles sont tellement et structurellement arides qu’elles en sont souvent illisibles. Utiliser le confinement pour développer la culture statistique ?

La surmortalité, provoquée par le Covid-19, ne pourra être mesurée rigoureusement que plusieurs mois après la fin de la pandémie. On n’en est pas là !

Nombre de décès quotidiens par département, INSEE. Extraits.

Exceptionnellement, pendant la pandémie du covid-19, l’Insee diffuse le nombre de décès par jour et par département.

Au niveau national, le nombre de décès totaux enregistrés à la date du 2 avril 2020 et survenus entre le 1er et le 23 mars 2020 est dorénavant supérieur à celui enregistré sur la même période en 2019 : 40 684 décès ont été enregistrés en 2020, dont 39 707 pour la France hors Bouches-du-Rhône contre 39 141 en 2019 en France hors Bouches-du-Rhône. Ce nombre reste néanmoins encore inférieur aux décès enregistrés sur la même période en 2018 (44 443 décès en France hors Bouches-du-Rhône), année où la grippe saisonnière était encore virulente au mois de mars.

Au niveau régional, les régions Grand-Est et Île-de-France comptent désormais un nombre de décès totaux, survenus entre le 1er et le 23 mars, supérieur de plus de 10 % à celui enregistré sur la même période en 2019 (respectivement de 19 % et de 11 %) ; il avoisine le nombre de décès survenus au cours de la même période en 2018. Le nombre de décès survenus entre le 1er et le 23 mars 2020 est également supérieur à celui de 2019 en Corse (+ 6 %) ou dans les Hauts-de-France (+ 5 %), mais reste encore inférieur à 2018 dans ces régions.

1 commentaire

Classé dans AA. Universités et COVID 19, E. Economie Gestion, E. Médecine Pharmacie, E. Sciences humaines et sociales

Science Po à Reims (2009-2020)

Le Pdf de cette chronique d’Histoires d’universités (21 pages) peut être téléchargée : cliquer ici.

L’Histoire de l’implantation de Sciences Po à Reims commence début 2009. A peine chargé par Xavier Darcos d’une mission sur la Réforme du lycée, Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris, initie une première visite de lycée, le lycée Roosevelt de Reims. Retraité depuis fin 2008, je commence le blog Histoires d’universités le 6 janvier 2009. J’habite Reims depuis l’automne 2006. Où ça ? Dans le lycée Roosevelt ! J’assiste à la visite de Descoings.

Dès avril 2009, visitant un lycée puis un autre, Richard Descoings fait son marché, à la recherche d’une ville pouvant accueillir; hors île de France, une préparation de 1er cycle à Sciences Po Paris. Il porte son dévolu sur Reims et est très vite assuré du soutien financier des collectivités territoriales (ville, département et région)

De 2009 à 2011, je publie des chroniques très critiques contre les projets de 1er cycle de Sciences Po dans différentes villes de province. Critiques car ce projet est antinomique de celui que je défends alors : une réforme de l’ensemble du 1er cycle en 3 ans, regroupant, dans des Instituts d’Enseignement Supérieur à créer (les IES), Licence, DUT, BTS, CPGE, Instituts de l’ordre de 2000 étudiants et répartis dans toutes les villes grandes et moyennes.

2017. La Cour des Comptes dresse un bilan financier sévère de l’implantation de Sciences Po à Reims.

2020. Sciences Po à Reims. Le collège universitaire fait feu de tout bois, poursuit une croissance tous azimuts… mais hors-la-loi.

Cette synthèse reprend, intégralement, toutes les chroniques que j’ai publiées sur Sciences Po Reims depuis 2009

2009 (février). Réforme du lycée (1)

Richard Descoings commence son tour de France. D’ici mai 2009, il visitera au moins un lycée par département. Le 6 février, durant près de 3 heures dans le nouvel amphi du lycée Franklin Roosevelt, il a écouté plus de 200 personnes, professeurs (de la Seconde à la 2nde année de CPGE ou de BTS), CPE et COP, syndicalistes, élèves et parents d’élèves. Il a confirmé, dans une brève introduction, qu’il n’y a plus de réforme Darcos de la classe de seconde. On repart totalement à zéro. Rien n’est encore décidé aujourd’hui. Son souhait: prendre en compte les choses qui marchent dans les lycées, ces multiples expériences qui associent tous les acteurs du système éducatif pour faire progresser les parcours de réussite : tutorat, passerelles entre les filières et décloisonnements, orientation qui ne soit pas une sanction (réorientation vers une filière professionnelle), construction du projet professionnel, préparation à l’enseignement supérieur, partenariats entre universités et classes supérieures du lycée, entre celles-ci et les entreprises… Un forum de discussion en ligne sera ouvert en mars.

Richard Descoings a-t-il été éclairé ? Déçu ? Il est difficile pour la majorité des professeurs de sortir d’un discours revendicatif sur les moyens dans un contexte de suppressions d’emplois et pour les élèves de prendre de la distance par rapport à ce qu’ils vivent au quotidien. Toujours est-il qu’il y avait beaucoup de bonne volonté participative chez les participants.

2009 (12 février). Voies post-bac

Réforme du lycée. 3 défis pour la préparation des élèves à l’enseignement supérieur. Rééquilibrer la voie technologique par rapport à la voie générale… Préparer les lycéens à la poursuite d’études supérieures en termes de méthodes de travail et d’aide à l’orientation… Développer la reconnaissance de la responsabilité et de l’engagement des lycéens dans la vie de leur établissement et dans l’organisation de leurs études. Il s’agit là d’un appel clair au développement de la pédagogie de projet : projets individuels et collectifs dans les études et en partenariat avec des associations, des entreprises industrielles et de services, des collectivités territoriales…. La pédagogie de projet fait de l’élève un acteur de son parcours. Elle est un support pour l’orientation et une condition de la réussite dans le cycle « licence » de l’université. Mais la pédagogie de projet demande des moyens importants : elle suppose en effet un travail en petits groupes ! 

Pour réaliser sa mission, Richard Descoings doit prendre en compte les données statistiques sur les voies empruntées par les bacheliers qui poursuivent des études dans le supérieur : l’évolution des chiffres démontre une grave crise des entrées en 1ère année de licence universitaire.  

Il doit taper sur la table : il est totalement anormal que la DEPP fasse de la rétention de Notes d’information. Pas de note sur l’enseignement supérieur depuis août 2008 ! 

Extraits de L’université déchiffrée par Pierre Dubois et Andrea Cammelli (AlmaLaurea). Chapitre 2. Les parcours de formation. 1.1. Poursuivre des études après l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires (version de novembre 2008).  « Entre le milieu des années 90, point culminant des effectifs inscrits dans les universités françaises, et la fin de la 1ère décennie du 21ème siècle (Fabre, 2007), les poursuites d’études des bacheliers ont évolué très sensiblement pour ce qui concerne les différentes voies empruntées…

2009 (19 février). Créer 480 IES

Créer 480 Instituts d’Enseignement Supérieur (IES). Texte paru le 17 février dans les Chroniques d’abonnés du Monde sous le titre : Réformes bloquées : une chance pour la Réforme

Assez de temps perdu pour réformer l’enseignement supérieur public. Chaque partie prenante au mouvement et à la réforme doit bouger ses lignes. Le gouvernement : il doit retirer immédiatement les deux décrets (celui sur le statut des enseignants-chercheurs et celui sur la formation des maîtres) ; il doit faire voter une loi de programmation pour l’enseignement supérieur et la recherche, loi garantissant durant les 5 années à venir une progression nette du budget de l’enseignement et de la recherche (supprimant ainsi la crainte constante de suppressions d’emplois) ; il doit mettre au travail le comité de suivi de la LRU qui a critiqué la loi sur un nombre important de points aux fins de trouver des solutions de progrès : la transparence voudrait que Valérie Pécresse donne accès à ce rapport sur le site du Ministère (MESR) et sur celui de l’Université Nouvelle.

Les enseignants-chercheurs et les chercheurs doivent solennellement affirmer qu’ils sont en faveur d’une évaluation renforcée de leurs enseignements et de leurs recherches, qu’ils acceptent que les résultats de cette évaluation soient à l’origine de sanctions positives ou négatives.  

Les étudiants et leurs syndicats doivent se décrisper sur la question de la sélection à l’entrée des masters, d’un numerus clausus souple à l’entrée du nouveau cycle licence, et sur celle des droits d’inscription (sous la condition d’un développement significatif des bourses sur critères sociaux, de prêts à taux zéro ou encore de réelles avancées sur le Chantier Vie étudiante). 

Tous les acteurs de l’enseignement supérieur ayant bougé leurs lignes, il faut que tous se posent la Question : quelles universités et quels grands organisme de recherche voulons-nous en 2020 ? De quoi le pays et l’Europe ont-ils besoin ? Comment égaliser, élargir les chances d’accès à l’enseignement supérieur ? La base de la Réforme, totalement réalisée en 2020, pourrait être : « faire accéder 50% des jeunes à l’enseignement supérieur et faire qu’ils y obtiennent un diplôme ». Cet objectif est assez consensuel, à droite comme à gauche. Valérie Pécresse croit qu’on peut parvenir à le réaliser en 2010 ; elle rêve, et ce en dépit du Plan pour la réussite en Licence.  

Les propositions qui suivent s’appuient sur les données statistiques produites par la DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance) : nombre de bacheliers, filières d’enseignement supérieur suivies par les bacheliers qui poursuivent des études, nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, dépense par étudiant inscrit dans l’enseignement supérieur. 

Les études universitaires commencent en Master (450.000 inscrits) et se poursuivent éventuellement en doctorat (60.000 inscrits). L’enseignement universitaire se fonde sur la recherche. Le corps enseignant est composé de professeurs (le corps des maîtres de conférences est mis en extinction). Un numerus clausus par grands champs disciplinaires de master et de doctorat est établi chaque année et fait l’objet d’une large concertation ; ce numerus clausus est inscrit dans la Loi de programmation mentionnée ci-dessus. La sélection est donc pratiquée à l’entrée du master et du doctorat. La perspective 2020 est de parvenir à 20 à 25 universités de 20 à 25.000 étudiants ; les grandes écoles sont incitées à s’intégrer dans ces nouvelles universités à vocation nationale ou internationale.  

Des Instituts d’Enseignement Supérieur (IES) sont créés : ce sont des entités juridiques autonomes des lycées actuels. Ils ont la mission d’organiser un cycle de 3 ans après le baccalauréat, cycle dénommé « licence ». Ils regroupent des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE, actuellement 80.000 inscrits), des Sections de techniciens supérieurs (STS, 210.000 inscrits), des départements des ex-Instituts universitaires de technologie (IUT, 115.000 inscrits) et les 3 années de la licence universitaire actuelle (730.000 inscrits). Les BTS et les DUT sont fusionnés ; la disparition des BTS était prévue par le décret de 1966 créant les IUT ; les lois de décentralisation, dès la première moitié des années 80, ont empêché cette disparition, chaque ville moyenne ou grande luttant jusqu’à satisfaction pour obtenir un morceau d’enseignement supérieur. Il s’en est suivi une concurrence absurde entre STS et IUT. Les économies issues de la fusion BTS-DUT permettent de faire progresser la dépense publique pour les étudiants des ex-licences universitaires. Avec un encadrement meilleur, ceux-ci abandonnent moins et réussissent davantage. Le lycée d’enseignement supérieur prépare à des études « longues » (accès aux masters et aux grandes écoles) et à des études débouchant sur le marché du travail (diplôme de licence professionnelle). Le baccalauréat devient le diplôme de fin d’études secondaires et n’est donc plus le premier diplôme universitaire. 

Les IES ont la mission de permettre l’accès de 50 % des jeunes à un premier diplôme de l’enseignement supérieur. Ils ont aussi la mission de participer au développement économique et social de leur territoire (formation des professions intermédiaires agricoles, industrielles et tertiaires). L’offre et la carte des formations des LES sont co-décidées par l’Etat et chacune des Régions.  

Pour parvenir à diplômer 50% des jeunes (42% en 2006 – État de l’École), les IES offrent une capacité d’accueil égale à 55% des effectifs d’une génération, soit un ordre de grandeur de 400.000 places en 1ère année ; cette capacité d’accueil est supérieure à la capacité actuelle des classes supérieures des lycées, des IUT et du premier cycle universitaire (licence). Une capacité d’accueil est définie pour chaque grand champ disciplinaire. L’admission dans le nouveau premier cycle de l’enseignement supérieur se fait sur dossier et/ou sur examen d’entrée ; elle doit être organisée pour que la capacité d’accueil (400.000 places en 1ère année) soit réellement réalisée.  

Quelle répartition des 400.000 bacheliers entrant chaque année dans les IES ? Une répartition 60% d’étudiants dans la voie professionnelle et 40% dans la voie permettant l’accès au Master semble pouvoir être une base de la concertation à venir. Ceci veut dire qu’il faut augmenter, significativement et progressivement, le nombre de places en CPGE et le nombre de places dans la filière BTS-DUT. Les bacheliers, admis en LES et qui n’ont pas en début d’année de projet professionnel affirmé, font l’objet d’un semestre de mise à niveau et d’orientation. Au second semestre, ils optent pour la voie longue ou la voie courte. L’intégration dans une grande école demeure possible après deux ans de CPGE et réussite au concours ; cette disposition devient également valable pour l’entrée en master. Dans la filière professionnelle, les sorties vers le marché du travail demeurent possibles à bac+2 ; la poursuite d’études après l’obtention d’une licence professionnelle (ou technologique pour reprendre le terme de la revendication de l’Association des directeurs d’IUT) est possible mais doit rester nettement minoritaire. Des passerelles sont organisées, à chaque étape de la licence, entre la voie longue et la voie courte.      

Les IES accueillent donc une population totale de l’ordre d’1,2 million d’étudiants. Chaque IES accueille en moyenne 2.500 élèves dans les filières courtes et longues. 480 IES sont donc créés d’ici 2020 ; chaque département dispose d’au moins un LES. Chaque LES peut afficher une dominante (scientifique, lettres, langues, sciences humaines et sociales, économie et gestion, santé) mais doit obligatoirement comporter des formations permettant l’accès au master et des formations ouvrant les portes du marché du travail à bac+3. 

L’enseignement en IES, dans les filières conduisant au master /grandes écoles et dans les filières professionnelles, est assuré par des professeurs agrégés. Cela suppose une redéfinition de la carte des agrégations, une très forte progression du nombre de places ouvertes aux concours d’agrégation, la fin des tentations de malthusianisme de la part de certains jurys d’agrégation, une ouverture de la thématique des concours (pouvoir mesurer la capacité des candidats à mener à bien un projet de recherche).  

L’agrégation obtenue, les agrégés sont nommés dans un IES. Ils y effectuent un minimum d’une année d’enseignement en tant que fonctionnaire stagiaire. Des professeurs agrégés titulaires sont incités à s’inscrire en doctorat à temps plein ou à temps partiel ; durant leurs études doctorales, les agrégés perçoivent leur salaire. Le doctorat obtenu, ils peuvent continuer à être détachés dans un centre de recherche pour y poursuivre des recherches et préparer une habilitation à diriger des recherches, préalable à l’acquisition du statut de professeur d’université.

Cette réforme ouvre un énorme chantier : l’échéance de 2020 paraît requise. Elle est très difficile à réussir car elle va faire monter au créneau de nombreux groupes d’opinion et de pression. Même l’obstacle logistique peut être levé : à parc immobilier constant, les locaux pour les universités / grandes écoles et les LES existent ; certes, il faudra reconfigurer des bâtiments existants et organiser de multiples déménagement. Mais que ne ferait-on pas pour parvenir à 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur ? 

Universités centrées sur l’enseignement de master et de doctorat, Instituts d’Enseignement Supérieur préparant à des professions qualifiées pour le marché du travail et aux études de master ou de grandes écoles.Une réforme qui rend nettement plus lisible l’enseignement supérieur français au niveau international ! Une utopie ? Une utopie rationnelle ! Le débat est ouvert ! La concertation doit commencer !

2009 (5 avril). Sciences Po à Reims ?

Sciences Po a, ces années dernières, délocalisé deux années préparatoires dans plusieurs villes de province. Le Journal l’Union de Reims fait état de négociations de Sciences Po avec la Mairie et présente l’implantation comme quasiment acquise : 200 élèves pourraient être accueillis dès la rentrée de 2009, dans l’ex-collège des Jésuites.

3 certitudes. 1. Le collège des Jésuites à Reims existe et son histoire vaut le coup d’être contée. 2. Richard Descoings est venu à Reims le 6 février 2009 pour discuter de la réforme du lycée. 3. Aucune mention de l’éventuelle implantation à Reims sur le site de Sciences Po et sur celui de la mairie. Si Sciences Po s’installait à Reims et portait progressivement ses effectifs à plus de 1.000 étudiants, on pourrait évidemment prévoir une concurrence accrue avec les classes supérieures des lycées et avec le cycle Licence de  l’université !

2009 (9 avril). Le marché de Descoings

Richard Descoings, conseiller d’Etat, est directeur de l’Institut d’études Politiques de Paris (dit Sciences Po) et administrateur de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. Depuis janvier 2009, il est chargé d’une mission sur la réforme du lycée et, à ce titre, il a entrepris un tour de France. Enfin, il est de notoriété publique qu’il veut « faire le ministre » ; il a des idées : n’est-ce pas lui qui a été pionnier pour faire venir à Sciences Po les très bons élèves des lycées classés en Zone d’Éducation Prioritaire ! Il faut d’ailleurs lui en être reconnaissant.

Mais, dans la période récente, Richard Descoing a allégrement confondu ses intérêts personnels (devenir Ministre), les intérêts de Sciences Po et l’intérêt général. Ses déplacements dans le cadre de sa mission d’intérêt général (la réforme du lycée) lui ont permis de faire son marché entre les différentes villes de France, au profit de Sciences Po.

Le Monde du 8 avril titre ainsi : Sciences Po Paris crée un sixième campus régional. Un ancien collège de jésuites sera aménagé pour abriter l’antenne rémoise de l’IEP , antenne spécialisée dans les relations transatlantiques et l’Amérique du Nord. 600 étudiants de premier cycle, voire très rapidement 2.000 étudiants pour le cycle complet de Sciences Po. Reims a de nombreux atouts dont celui de n’être qu’à 45 minutes de Paris en TGV : belle commodité pour les « turboprofs » parisiens et pour les étudiants américains qui vont être démarchés pour venir étudier dans la Cité des Sacres et dans la Cité reconstruite à l’aide de capitaux américains après les destructions de la 1ère guerre mondiale.

Mais quelque chose ne va pas. Richard Descoings, en charge de la réforme du lycée, a-t-il vraiment compris que le lycée Roosevelt accueille des élèves de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) et de Sections de Techniciens Supérieurs (STS) ? Sans vergogne, sans avoir à en demander l’autorisation au Ministre de tutelle mais avec l’aide financière des collectivités territoriales, il arrive à Reims grandement perturber le marché de l’offre de formation post-bac, marché déjà bouleversé par la désaffection des bacheliers à l’égard des filières de la licence universitaire. Richard Descoings confond ainsi l’intérêt de Sciences Po et l’intérêt général du service public d’enseignement supérieur. Il devrait lire attentivement la chronique : Créer 480 Instituts d’enseignement supérieur.

La mission de Richard Descoings sur la réforme du lycée doit s’achever en mai par la remise d’un rapport. Gageons que le Directeur de Sciences Po en attend sa nomination comme ministre (accepterait-il de n’être que secrétaire d’Etat ?) à l’occasion du remaniement ministériel qui va suivre les élections européennes. Richard Descoings satisfera ainsi son intérêt personnel. Vraiment dommage qu’il ait confondu pendant un semestre l’intérêt général et l’intérêt de Sciences Po. A-t-il vraiment le sens du service public, de l’intérêt général ?

2009 (2 juin). Descoings. Orientation

Le rapport de Richard Descoings sur la réforme du lycée est intitulé Lycée pour tous. Deuxième partie du rapport : Accompagner l’orientation des élèves.

Les préconisations du rapport en matière d’orientation méritent un « zéro pointé », parce qu’elles ne sont pas issues d’une vision stratégique de l’enseignement supérieur de demain. Orienter pour quoi faire ? Pour parvenir à ce que 50% d’une génération de jeunes obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur ? On s’en éloigne : en 2008, la proportion de jeunes qui a obtenu le baccalauréat est en diminution ; le taux de poursuite immédiate d’études dans le supérieur est lui aussi en baisse. Orienter vers quelle filière ? Vers les classes supérieures des lycées (CPGE, STS), vers les IUT ou vers les licences universitaires. Les bacheliers 2009 ont tranché : une forte majorité d’entre eux ne souhaite pas aller à l’université. La dispersion de l’enseignement supérieur entre les lycées et les universités ne doit-elle pas cesser d’exister : il faut créer des Instituts d’Enseignement Supérieur. Orienter vers les filières sélectives ou vers la licence universitaire non sélective : Richard Descoings ne se pose même pas la question de la sélection à l’entrée du Supérieur.

Richard Descoings aurait dû prendre exemple sur Charles De Gaulle, le pionnier de l’orientation. Le premier président de la 5ème République avait, lui, une réelle vision stratégique de l’orientation, mais n’est pas De Gaulle qui veut !

Le rapport Descoings reflète certes l’écoute des usagers du lycée et de ses professionnels, enseignants et conseillers d’orientation psychologues, mais il ne reprend que ce que ceux-ci pensent : c’est insuffisant. Richard Descoings dit ne pas vouloir une révolution de l’éducation. On attend pourtant d’un homme qui veut être ministre autre chose que des recettes d’orientation sans envergure. Les préconisations d’orientation doivent découler d’une vision stratégique de l’enseignement supérieur de demain : ne pas faire de vagues pour devenir ministre est presque indécent.

Préconisations du rapport Descoings en matière d’orientation.  

1. Le temps de l’orientation inclus dans le temps scolaire.

2. Rencontres et parrainages : un réseau des anciens dans chaque lycée ; un référent adulte pour chaque lycéen ; des stages en entreprises possibles pour tous les lycéens ; une préparation pédagogique des stages ; des mesures incitatives pour les professionnels ; la mobilisation systématique des parents d’élèves dans les rencontres métier.

3. Une égale information sur les voies et les filières en continu dès le collège : investir dans une égale information dès le collège ; des journées de découverte au lycée pour tous les collégiens ; rencontres et parrainages ; assister à des cours dans les établissements d’enseignement supérieur ; plus d’enseignants du secondaire dans l’enseignement supérieur ; plus d’enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur dans les lycées ; des partenariats lycée-établissement d’enseignement supérieur ; des soutiens rapides et sur mesure, à tous les niveaux du lycée et accompagnées dans le temps ; des formations passerelles sur mesure ; des réorientations en cours d’année ; des journées d’information pour les parents ; une exigence de lisibilité des filières ; des bilans de compétence proposés dans le cadre du service public ; des carnets de l’orientation.

2009 (2 juillet). Sciences Po Reims. Non!

Richard Descoings est une personnalité incontournable dans l’enseignement supérieur et dans les médias. Il a accepté en janvier 2009 et conclu en juin une mission sur la réforme du lycée : ce blog a critiqué la faiblesse de la partie de son rapport consacrée à l’orientation pour son absence de vision stratégique.

Richard Descoings n’est pas ministre de l’Éducation nationale : il n’a pas voulu ou le Président de la République n’a pas voulu. Le voici donc rentré à Sciences Po pour y concevoir et mettre en œuvre de nouveaux projets, dont celui de l’installation de Sciences Po à Reims, dans le collège des Jésuites.

Richard Descoings, vous êtes aujourd’hui au pied du mur. Etes-vous prêt à détruire l’image très positive que vous avez intelligemment construite, celle du pionnier de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, par l’accueil à Sciences Po de bacheliers originaires de zones d’éducation prioritaires ? Tout le monde vous en a été reconnaissant.

Voulez-vous détruire cette image ou retrouver celle d’un patron qui défend « bec et ongles » le développement d’un établissement socialement élitiste, Sciences Po. Pourquoi ? Parce que, pour vous installer à Reims, vous négociez une convention financière avec 3 collectivités territoriales de Champagne-Ardenne, le Conseil régional , le Conseil général de la Marne, la ville de Reims. Ces 3 collectivités, qui n’ont pourtant pas de compétence légale en matière d’enseignement supérieur, vont investir des dizaines de millions d’euros, en investissement mais aussi en dotations annuelles de fonctionnement. Combien exactement ? Plus de 100 millions à terme ?

Richard Descoings, cet argent mobilisé, c’est celui des contribuables de la Champagne-Ardenne. Votre projet ne figurait pas dans les professions de foi des candidats aux dernières élections régionales, cantonales et municipales. Opportunismes des collectivités. On peut comprendre l’envie de celles-ci d’attirer sur leurs terres un établissement de renom international. Mais cet argent mobilisé pour l’élite n’ira pas aux étudiants de l’université de Reims Champagne-Ardenne, université dont le recrutement social est plus « démocratique » que celui de Sciences Po. Etes-vous prêts, Richard Descoings, à renoncer à implanter Sciences Po à Reims si les 3 collectivités concernées n’attribuent pas la même somme, en investissement et en fonctionnement et par étudiant universitaire, à celle qu’elles vont consacrer à Sciences Po ?

Richard Descoings, il faut prouver que vous continuez à être un réformateur visionnaire, un homme qui lutte pour une plus grande égalité des chances de tous les étudiants de toutes les origines sociales. C’est le moment pour vous de choisir ! Les jeunes étudiants champardennais demandent l’égalité de traitement !

2009 (11 juillet). Président Meyer

Jacques Meyer, 8ème adjoint de la maire de Reims, en charge de la recherche, de l’innovation et de l’éducation, a voté fin juin 2009, comme ses 58 collègues du Conseil municipal, la venue de Sciences Po dans la « ville des Sacres ». Le coût pour les 3 collectivités territoriales (Commune, Conseil général, Conseil régional) : 76 millions d’euros d’investissement et 3.000 euros par étudiant et par an au titre de la participation des collectivités aux frais de scolarité des étudiants.

Le blogueur a dit sa ferme opposition à ce projet (Sciences Po à Reims : Non !) et demande qu’en lieu et place soit créé à Reims un premier Institut d’Enseignement Supérieur de 2.500 élèves. La chronique d’aujourd’hui questionne le Président Jacques Meyer. Ce professeur de mathématiques de l’université de Reims Champagne Ardennes (URCA) est une personnalité régionale, qui a toujours pris des responsabilités gestionnaires et politiques, à gauche.

Jacques Meyer au fil des ans. 1986 à 1989 : directeur de l’UFR de Sciences de l’URCA. 1989 à 1997 : premier directeur de l’IUFM de Champagne Ardenne. 1997 à 2002 : président de l’université. Faute de pouvoir candidater à un second mandat de Président, il redevient, de 2002 à 2004, directeur de l’UFR de Sciences (en avril 2004, le blogueur l’interviewe : lire le compte-rendu de l’entretien). 2004 : Jacques Meyer est élu Conseiller régional sur la liste de gauche et devient Vice-président, délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et au sport. 2008, il est élu adjoint au maire.

Jacques Meyer ne cumule pas seulement deux mandats d’élu. Il est également premier secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de la Marne ; à ce titre, il accueille le Congrés du Parti socialiste à Reims en novembre 2008. Il écrit régulièrement des articles pour le blog de sa Fédération, dont un article sur le PS et le mouvement des universités.

Adeline Hazan, maire de Reims, est ardente partisane du campus Sciences Po. L’est également son 1er adjoint en charge de l’enseignement supérieur, Serge Pugeault. Mais pourquoi Jacques Meyer, ancien Président de l’université, en charge de responsabilités pour l’enseignement supérieur à la commune et à la région, premier secrétaire du PS dans la Marne accepte-t-il le mirage du Transatlantic Campus in Reims et les inégalités sociales qu’il crée ? Les inégalités de traitement sont en effet flagrantes. 3.000 euros par an et par étudiant de Sciences Po ? Combien d’euros les collectivités donnent-elles à chaque étudiant champardennais au titre des frais de scolarité ?

Tout est « mirage » dans le projet Sciences Po, à part son coût. Les effectifs annoncés par Sciences Po sont un premier mirage : 80 étudiants à la rentrée 2010, oui ! Mais 1.800 étudiants d’ici 5-6 ans, impossible, Sciences Po ne s’engageant à ouvrir qu’un Bachelor of Arts de 3 années d’études (dont une année à l’étranger).

Reprenons les autres arguments des partisans du projet Sciences Po. Renforcer « l’image de dynamisme et de vitalité » de la ville de Reims : dépenser l’argent des contribuables, alors que la ville est endettée et que la promesse de non-augmentation des impôts locaux a été martelée durant la campagne des municipales, c’est faire preuve d’une vitalité dépensière irresponsable. « Compléter l’offre de formation » : de quel droit les collectivités territoriales s’arrogent-elles une prérogative qui est celle de l’État ? « 20 à 25 millions d’euros par an au titre des retombées économiques » : de qui se moque-t-on ? Seule une chose est certaine et d’innombrables projets le prouvent tout au long de l’histoire : au final, tout projet est plus coûteux que prévu et les retombées financières sont inférieures à celles attendues. 

« Revitaliser la vie universitaire« . Avec quelques centaines d’étudiants et des professeurs qui rentreront à Paris dès leurs cours dispensés ? L’argument doit plutôt être inversé : Sciences Po Reims « dévitalisera la vie universitaire » parce que ce campus affaiblira l’université URCA. L’histoire du Collège des Jésuites, lieu hautement symbolique choisi pour l’implantation de Sciences Po, a été celle d’un combat, ouvert ou larvé, contre l’Université de Reims. 

Jacques, prenez la tête du combat de gauche pour la création d’un premier Lycée d’Enseignement Supérieur à Reims, projet qui concernera 2.500 étudiants, projet permettant une plus grande démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur que le campus élitiste de Sciences Po. Et même, proposez-vous comme premier directeur pionnier de ce lycée. Il reste moins d’un an avant les élections régionales : ce serait dommage que la Gauche perde la région parce qu’elle a commis l’erreur de soutenir un projet « mirage », un projet à classer dans la société « bling, bling ». A bientôt de lire votre contribution sur le blog de la Fédération du PS de la Marne : « stop au projet Sciences Po !« .

2010 (25 juillet). Transatlantic Campus in Reims

Sciences Po Paris ouvre en septembre 2010 son campus de Reims, campus de 1er cycle. Que de tromperies dans la communication de Sciences Po ! Les collectivités territoriales (conseil régional, conseil général, conseil municipal) vont investir 75 millions d’euros.

2010 (7 septembre). Sciences Po in Reims. Shocking !

Suite de mes chroniques Contre l’installation de Sciences Po à Reims. 3 septembre 2010, inauguration en grandes pompes du Transatlantic Campus in Reims : communiqué de presse de Sciences Po, 6 vidéos sur France 3, Site de Sciences Po Reims. Adeline Hazan, maire de Reims, et Richard Descoings dévoilent la plaque commémorative de l’évènement. Ils rient tous les deux. Ils ne devraient pas ! Depuis plus d’un an, je crie sur ce blog que l’installation de Sciences Po à Reims est un scandale parce que 3 collectivités territoriales (la ville, le conseil général, la région) se sont engagées à financer la rénovation du Collège des Jésuites pour permettre cette venue (76 millions d’euros) et à financer le fonctionnement pendant 20 ans à concurrence de 3.000 euros par étudiant.

Quelles contreparties de Sciences Po en échange de cet investissement énorme des collectivités territoriales ? Beaucoup de vent, et aujourd’hui de promesses écrites dans un protocole. Seront-elles tenues ? Détournement de l’argent des contribuables champardennais au profit de qui ? A cette rentrée : au profit de 80 étudiants seulement. En annoncer 600 à la rentrée 2012 (200 par promo du Bachelor) et éventuellement 1.800 en 2016, c’est vraiment se moquer de toutes et de tous !

Combien de bacheliers champardennais parmi ces 80 ? Combien de jeunes issus des classes populaires parmi eux ? Combien de boursiers, hors bourses sponsorisées par le Crédit Agricole (!) et hors bourses à taux zéro ? Richard Descoings, faites publier immédiatement ces données ! Montrez qu’il vous est impossible de prouver que Sciences Po Reims n’est pas déjà un ghetto élitiste, réservé aux enfants d’une bourgeoise fortunée, internationale et bilingue franco-anglais. Dites que vous n’avez pas honte de faire payer votre « danseuse » par les contribuables du territoire !

6 septembre 2010, signature du protocole de coopération entre la Région Champagne Ardenne et Sciences Po. C’est assez drôle de consacrer quatre pages aux engagements que Sciences Po devra tenir. La Région ne croirait-elle pas à la parole de Descoings ? Le nombre d’engagements fait sourire.

Surtout ne pas rire en lisant le 1er paragraphe : La Région et Sciences Po unissent leurs moyens et leur savoir-faire pour faire émerger, au cœur de la Champagne-Ardenne, un pôle d’excellence universitaire ayant vocation à rayonner à l’échelle mondiale, tout en étant parfaitement ancré et intégré au niveau local. Quels moyens mobilisés par Sciences Po : son image de marque ? son logo ?

Sciences Po ne mobilise même pas ses propres enseignants ; il faut d’ailleurs rappeler sans cesse la faiblesse numérique du corps enseignant statutaire de Sciences Po. 25 enseignants sont annoncés dont… 10 en provenance de l’université URCA et 2 de Reims Management School : il serait moins coûteux pour les finances publiques si les étudiants allaient écouter ces enseignants dans leur institution d’origine et non dans le bâtiment provisoire du Collège des Jésuites. Il y aura bien sûr quelques cours d’amphi par des vedettes « à l’américaine » : il ne faudra pas oublier de leur faire signer la feuille de présence !

Trois mauvaises surprises concernant les cours : le programme est généraliste et mortellement ennuyeux ; 45 crédits par semestre et non 30 (c’est une entrave à la mobilité !), 12 semaines de cours seulement par semestre : mais où sont donc les 10 mois de scolarité prescrits par Valérie Pécresse ? Descoings serait-il devenu un mauvais élève ? Engagements prévisionnels de Sciences Po prévus par le Protocole signé hier. 1. Promouvoir à l’international le Campus transatlantique et sa région d’accueil : combien de millions d’euros prévus dans le budget de communication de Sciences Po pour cette promotion ? 2. Animation de la vie culturelle, intellectuelle et citoyenne régionale : organisation d’un cycle de conférences pour le grand public lors de la rentrée 2010… 3. Actions à l’intention des lycéens de la région (ZEP et Cordées de la réussite) et promotion de l’égalité des chances : supercherie ! Qui peut croire que ces lycéens d’origine populaire pourraient suivre avec profit des cours majoritairement donnés en anglais ? 4. Soutien au développement économique de la région : offre de formation continue pour les cadres locaux : ce seront les enseignants de l’Université et de RMS qui feront les cours ? 5. Coopération avec d’autres établissements régionaux d’enseignement : mutualisation des ressources et offre de formations conçues en commun ; on aurait pu y croire si Sciences Po avait implanté son diplôme de Bachelor dans l’université même. Pour Sciences Po, la mutualisation se fait à sens unique.

En guise de bouquet final, il faut se retenir pour ne pas hurler quand Jacques Meyer, vice-président du Conseil régional et ancien président de l’université, déclare que les fonds dépensés pour Science Po sont utiles et nécessaires : demain, il y aura dix grands pôles universitaires au niveau national. Pour la ville de Reims et sa région, l’enjeu est de savoir si elle veut continuer à jouer dans la cour des grands. Jacques Meyer voudrait nous faire croire que l’investissement en faveur de Sciences Po permettra à Reims d’accéder à ce décapôle.

Il y en a assez de ces gesticulations politico-médiatiques, de ces gabegies financières. Soyons clairs : il n’y aura pas ni retombées économiques, ni retombées sociales de l’implantation du micro Sciences-Po de Reims !

2010 (14 octobre). Reims. Meyer et Sciences Po

Sciences Po in Reims. Shocking ! et Transatlantic Campus in Reims. Suite à ces chroniques, Jacques Meyer, ancien président de l’université de Reims (URCA) et premier vice-président de la région Champagne Ardenne, m’a adressé un courriel. Il en a fait copie à Gérard Mary, également ancien président de l’URCA. . Quelques extraits du courriel. « Je pense que l’on peut débattre de la question [de Sciences Po] sans injure ni blessure personnelle… Et je n’ai jamais dit ni pensé que Reims pouvait figurer parmi les 10 pôles d’excellence de réputation mondiale que les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années cherchent à instaurer ».

La décision de soutenir le projet d’implantation de Sciences Po est le fruit d’une réflexion mûrement pensée concernant la situation des villes universitaires de la grande couronne parisienne : elle n’est évidemment pas antagonique d’un soutien actif à l’Université.

Si vous voulez connaître ma position, je vous joins le texte de mon intervention à ce sujet devant les élus du conseil régional en novembre 2009. Ce document de géostratégie universitaire pose très bien la question du devenir de l’université de Reims Champagne Ardenne et plus largement des universités relativement proches de Paris. Je partage pleinement l’analyse de Jacques Meyer mais non sa conclusion sur l’implantation de Sciences Po à Reims et le soutien financier qu’y apportent les collectivités régionales.

Dans un contexte budgétaire difficile et de concentration des ressources publiques sur un nombre limité de pôles d’enseignement supérieur, Jacques Meyer met à l’épreuve les trois scénarios envisageables pour les 2 universités de la région (URCA et UTT), scénarios qu’il reprend de différents rapports officiels. Scénario 1. Concentration de l’enseignement supérieur et de la recherche de haut niveau en Ile-de-FranceUn service minimum se maintiendrait d’une part dans les universités régionales autour des formations de niveau licence pour les filières générales, d’autre part autour de formations professionnelles courtes dans des villes secondaires.

Scénario 2. Organisation multipolaire : constitution ou renforcement de 4 grands pôles universitaires généralistes régionaux ou interrégionaux, à travers le regroupement d’universités aujourd’hui distinctes : Rouen, Caen et Le Havre ; Orléans-Bourges, Tours et Poitiers ; Le Mans, Angers, Nantes ; Reims et Amiens ». L’objectif est d’atteindre ou de maintenir une taille critique d’au moins 40.000 étudiants par pôle universitaire au moyen d’une offre complète de disciplines LMD. Jacques Meyer montre les avantages et les atouts d’un tel scénario, mais un inconvénient majeur : l’éloignement relatif des différents sites d’un même pôle.

Scénario 3. Réseaux éclatés. Ce scénario expose un maillage territorial de l’offre d’enseignement supérieur limité aux premières années d’études supérieures« … « Mais, dès le niveau L3, les universités régionales se spécialiseraient et fonctionneraient en réseau avec d’autres établissements nationaux voire internationaux.

Dans ce contexte de 3 scénarios, auxquels il faut ajouter le fait que l’URCA ne bénéficie pas de l’opération Campus et qu’elle ne sera pas bien placée dans les réponses aux différents appels d’offres de l’emprunt national, quelle peut être sa stratégie ? Quelles sont les initiatives prises par les directions successives de l’université et par l’équipe présente, présidée par Richard Vistelle.

Jacques Meyer semble déplorer l’échec de la négociation d’un PRES avec l’université de technologie de Troyes (UTT). J’avais moi-même dressé, en mars 2009, le constat d’échec de ce projet de PRES : Pas de PRES à Reims .

Jacques Meyer poursuit et c’est là que nos analyses divergent sur Sciences Po à Reims. L’université de Reims paraît donc seule, isolée et l’arrivée de Sciences Po va en quelque sorte desserrer l’isolement… et permettre d’atteindre une taille suffisante pour résister à l’attraction parisienne. L’arrivée de Sciences Po à Reims, c’est donc comme si une nouvelle université s’installait à Reims. Excusez du peu ! C’est, pour le monde de la formation et de la culture, quelque chose d’équivalent en importance à la décision de faire passer et s’arrêter le TGV à Reims. C’est une chance extraordinaire pour notre région, pour son développement économique, culturel et scientifique. C’est aussi une opportunité pour son rayonnement et sa notoriété. Et c’est aussi une chance et une opportunité pour son université. Alors évidemment la facture est là ! C’est indéniable.

Je ne crois pas une seconde à la possibilité de réussir ce scénario optimiste. En un mot : les collectivités territoriales de Champagne-Ardenne ont déroulé le tapis rouge pour Sciences Po, pour permettre à ce Grand établissement public de tisser, sans autofinancement, une « toile » nationale, un « réseau » international, constitués d’une tête de réseau à Paris et d’antennes de premier cycle en province, antennes destinées à n’être qu’un vivier de recrutement pour le second cycle parisien. Richard Descoings n’en a rien à faire de l’université de Reims et de son avenir !

Je reconnais que je vois mal l’avenir de l’université de Reims Champagne Ardenne : le scénario 3 (Réseaux éclatés) me semble le plus probable. Le temps n’est pas au beau fixe entre l’université et les collectivités territoriales. Deux faits récents sont pour moi symptomatiques d’un futur problématique. Pas de PRES avec l’UTT et donc une négociation est entreprise avec l’université de Picardie Amiens. Un PRES de 2ème génération, dixit le président de l’URCA, Richard Vistelle, devrait voir le jour en 2011 (5 ans après la création des PRES !). Ce PRES inclurait même la Wallonie ! Où se situerait le siège du PRES ? A Saint-Quentin dans l’Aisne, à mi-distance de Reims et d’Amiens. C’est où Saint-Quentin ?

Deuxième fait : des données statistiques sur les parcours de formation et le devenir professionnel des diplômés en nombre encore trop limité. A l’URCA, la création d’un observatoire était devenue un serpent de mer (Observatoire OSIPE). Des moyens ont été affectés dont un poste d’ingénieur de recherche en 2010. Des moyens, pour quels résultats ? La nouvelle ingénieur de recherche aurait dû pourtant donner l’exemple de la réactivité : n’est-elle pas devenue en juin dernier vice-présidente de RESOSUP ?

2011 (15 décembre). Descoings entre Public et Privé

Richard Descoings, né en 1958, énarque devenu Conseiller d’État, est administrateur de la Fondation Nationale de Sciences Politiques (FNSP, fondation de droit privé), et directeur de Sciences Po Paris depuis 1996 (4ème mandat). Sciences Po est membre du PRES Sorbonne Paris Cité (établissement public) et Richard Descoings a animé le comité de pilotage pour répondre au 2ème appel à projets IDEX (la candidature du PRES a franchi une première étape : il fait partie des pré-sélectionnés). Richard Descoing joue trop habilement de la double appartenance de Sciences Po : grand établissement public quand ça l’arrange ; grand établissement privé quand ça l’arrange. C’en est devenu insupportable !

L’initiative de Richard Descoings d’accueillir à Sciences Po de jeunes lycéens d’origine populaire m’était plutôt sympathique. Plusieurs années ont passé. Le personnage m’est aujourd’hui antipathique. Ses initiatives me révoltent chaque jour davantage. L’annonce en grande pompe d’une réforme du concours d’entrée à Sciences Po, pour la rentrée… 2013, m’a agacé. Pourquoi les médias ont-ils besoin de relayer une information somme toute banale ? Tous les responsables universitaires d’une formation sélective (DUT, licence pro, master, doctorat) ne procèdent-ils pas à une sélection sur dossiers et entretiens ? Ils ne font pas pour autant La Une des médias !

L’enquête de Médiapart, reproduite par Sauvons l’université, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je suis sûr que ma révulsion, à la lecture des rémunérations et des bonus d’une partie des cadres et des enseignants de Sciences Po, sera partagée par un grand nombre. Grand établissement public, financé largement par l’État et les collectivités territoriales (près de 60% de ses ressources), Sciences Po verse des rémunérations à ses dirigeants, enviables par bien des cadres du privé. Grand établissement privé, Sciences Po pratique des droits d’inscription, enviables par bien des écoles supérieures privées. Public et privé, le beurre et l’argent du beurre.

Mon jugement sur Richard Descoings a commencé à changer quand j’ai ouvert ce blog et l’ai vu, entendu et photographié début 2099 au lycée Roosevelt à Reims ; il y faisait son premier déplacement dans le cadre de sa mission sur la réforme du lycée. Mission d’intérêt public ou mission d’intérêt privé pour Sciences Po ? J’ai trouvé et je trouve scandaleux que Richard Descoings ait réussi à ouvrir un campus du Collège universitaire de Sciences Po à Reims avec l’appui financier des collectivités territoriales.

Sept campus en province pour approvisionner Sciences Po Paris. A quel droit se réfère cette toile tissée sans vergogne ? Imagine-t-on les universités de Strasbourg, d’Aix-Marseille, de Lorraine, les trois premières universités réunifiées, implanter des campus de 1er cycle à Paris, à Rennes, à Lille, à Bordeaux, à Lyon, à Toulouse, à Montpellier…

Agacement également contre les fort peu rigoureuses enquêtes sur le devenir professionnel des diplômés de Sciences Po. Coups de pub et coups de com incessants. Instrumentalisation des médias. Quand cela va-t-il s’arrêter ? Un petit espoir pour remettre en cause ce mélange public-privé : la Cour des Comptes est à Sciences Po pour y auditer les comptes.

Peut-on attendre une prise de position de la CPU et de son président Louis Vogel, une stigmatisation des comportements de Sciences Po et de son directeur ? Je suis presque sûr que Louis Vogel y serait personnellement favorable, tant la concurrence que Sciences Po fait à son établissement, Paris 2 Panthéon Assas, se fait à armes fort inégales.

2012 (4 avril). Décès de Richard Descoings

La mort de Richard Descoings m’attriste profondément car elle est « injuste » : on ne meurt pas, on ne doit pas mourir à 53 ans. Tant de réformes encore à faire pour l’enseignement supérieur ! Richard Descoings, une personnalité fort et des idées plein la tête. Un pionnier. Un homme de débats. Ainsi, je ne dois pas regretter mes désaccords avec lui, en particulier pour l’implantation de collèges de Sciences Po en province.

Commentaires fermés sur Science Po à Reims (2009-2020)

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Ile-de-France, E. Droit et Sciences politiques, E. Mobilité internationale, E. Sciences humaines et sociales

Grèves à Toulouse Jean Jaurés

Université Toulouse Jean Jaurès, Préavis de grève du 24 février au 22 mars 2020, du 2 au 31 mars 2020,

25 janvier 2020. Grève des notes des chargé.e.s de cours du département Histoire de l’Art et Archéologie,

Nous souhaitons aborder le problème des conditions de travail des chargé.e.s de cours. Au niveau national, le recours de plus en plus important aux chargé.e.s de cours pour assurer les enseignements est un des symptômes de la précarisation de l’enseignement supérieur.

Lors de la dernière assemblée générale du département Histoire de l’Art et Archéologie (janvier 2019), un bilan faisait état de 157 chargé.e.s de cours qui assuraient « pratiquement la moitié des enseignements » et jusqu’à 2/3 des enseignements de Licence 1 pour l’année 2018/2019. Depuis bien trop d’années, l’Université est dépendante des chargé.e.s de cours qui assurent l’essentiel des enseignements…

28 janvier 2020. Grèves des précaires du Mirail

Avec les réformes de la retraite et du chômage, mais aussi avec la Loi Pluriannuelle de Programmation de la Recherche (LPPR) à venir qui concernent les étudiant.e.s et tout le personnel des universités, titulaire ou non, le projet du gouvernement est de continuer à précariser tout le monde du berceau au tombeau !

Commentaires fermés sur Grèves à Toulouse Jean Jaurés

Classé dans C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

E. Garnier, présidente rebelle ?

2020, année d’élections aux conseils centraux et à la présidence dans un bon nombre d’universités. A l’université de Toulouse Jean Jaurès (ex Toulouse le Mirail), il n’y aura pas d’élections. Et pourtant il y a eu des élections en 2016 : Daniel Lacroix a été élu président pour un mandat de quatre ans (PV des résultats de l’élection au conseil d’administration).

Que s’est-il passé ? Un évènement exceptionnel ! Daniel Lacroix l’explique dans un long entretien à la Dépêche en date du 22 mars 2018. Comment avez-vous analysé la décision, prise par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, de dissoudre les conseils centraux de l’Université Jean-Jaurès ? Cette décision, à laquelle je m’attendais, faisait partie des options possibles dans la mesure où la démission des deux-tiers du conseil d’administration n’avait pas été validée en interne. Comme nous n’avons pas réussi à nous entendre, le ministère a pris la main. Cette décision, que je respecte, a l’avantage de nous conduire rapidement à de nouvelles élections. L’ex-président revient sur la crise qui agite son établissement, les enjeux du projet Idex retoqué par le jury international, sa vision de la future université de Toulouse, ses regrets…

Un administrateur provisoire est nommé, Richard Laganier, avec pour mission d’organiser de nouvelles élections aux fins de pouvoir procéder à l’élection à la présidence. Ce sera une présidente, la première pour cette université de Sciences Humaines et Sociales. Chronique d’Histoires d’universités, Emmanuelle Garnier a été élue lors du conseil d’administration du vendredi 30 novembre 2018 au second tour de scrutin (19 pour, 14 blancs). Le 5 décembre 2018, La nouvelle présidente dit comprendre l’inquiétude des étudiants. Son CV.

Fin février 2020, Emmanuelle Garnier est présidente depuis près de 15 mois. Elle est confrontée à de nouvelles mobilisations dans son université.

Commentaires fermés sur E. Garnier, présidente rebelle ?

Classé dans C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales