Archives de Tag: Collectivités territoriales

1685. Père Dez et Collège Royal

1685-1687. Strasbourg, le Père Jean Dez (1643-1712) et le Collège Royal Louis le Grand. Ouvrage publié en 1686, La Réunion des Protestants de Strasbourg à l’Église romaine.

Source principale des citations ci-dessous : Jean-Marie Valentin, Collège royal, collège épiscopal. Strasbourg et la pratique du théâtre de 1681 à 1765, p. 301-313.

« 1681. Le roi de France considère, comme Louvois d’ailleurs, que la sécurité du royaume face aux Habsbourg nécessite la mise en place d’une sorte de cordon, à l’est et au nord. L’Alsace entre dans ce plan désigné du terme de « réunions » (Reunionspolitik) que l’on peut – c’est plus brutal, mais ce serait plus approprié – qualifier tout aussi bien d’annexions successives. Louis, maître d’une bonne partie de la province, estime qu’il pourra rendre définitive cette cession en s’emparant de Strasbourg, cité prestigieuse, dont la conquête fait progresser l’idée de frontière naturelle et constitue un enjeu décisif dans la politique confessionnelle toujours plus agressive du souverain. La complicité, plus ou moins marquée, de l’évêque Franz Egon de Fürstenberg, désireux de retrouver son siège, lui permettra de faire son entrée dans la cité « argentine » louée par Érasme, sans vraiment coup férir, le 30 septembre 1681.

Ville désormais française, Strasbourg va devenir très vite ville catholique. Si Franz Egon meurt le 1er avril 1682, ce qui l’empêche d’agir en ce sens, son frère Guillaume qui lui succède s’aligne sur les mêmes principes politiques et religieux.

Le roi et Louvois, conformément à l’esprit qui va conduire en 1685 à la révocation de l’Edit de Nantes (« une foi, une loi, un roi »), tenteront d’abord d’imposer la conversion aux habitants de Strasbourg. Mais s’ils sont agréablement surpris par le caractère plus souple des luthériens alsaciens que celui des calvinistes auxquels ils se heurtaient en France, en deçà des Vosges donc, ils doivent prendre en compte la parfaite osmose qui s’est opérée, avec le temps, entre le luthéranisme, la société urbaine, la vie intellectuelle et l’école.

1682-1683. Une série de dates fait bien voir l’intérêt qu’attache la monarchie française à ces différents changements. En 1682, est fondé un séminaire qui ouvre effectivement en 1683. La France sait la politique adoptée précédemment en Haute-Alsace anciennement habsbourgeoise, à Ensisheim : on se détourne des oratoriens, jugés trop proches du cartésianisme et d’un augustinisme austère, pour donner la préférence aux jésuites. De surcroît, face au délicat problème des subdivisions administratives de l’Institutum Jesuiticum, on se détermine pour un rattachement à la province de Champagne aux dépens de celle du Rhin. Il est vrai que Molsheim demeurera dans l’orbite germanique. Mais de toute évidence, l’important ici était de permettre aux enfants des administrateurs venus de l’« intérieur », comme l’on dit, d’acquérir la maîtrise des deux langues dans une région où l’allemand était l’instrument de communication de la quasi-totalité de la population. La francisation avait donc ses limites comme le donne clairement à entendre l’adjonction, au personnel d’encadrement du séminaire, de prédicateurs de langue allemande (concionatores germanici) qui interviennent en ville, mais aussi dans les missions villageoises. Au demeurant, on ne saurait oublier qu’il s’agit, dans l’esprit du Concile de Trente, de former des prêtres aptes à arracher Strasbourg et le monde protestant alsacien à l’espace où régnaient en maîtres les pasteurs et leurs ouailles.

C’est le Père Jean Dez (1643-1712) qui est chargé de la nouvelle institution, la signature du contrat entre Dez et Guillaume de Furstenberg intervenant le 25 août (fête de saint Louis).

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1681. Capitulation de Strasbourg

30 septembre 1681. Capitulation de Strasbourg. Source : citations de Wikipédia

24 octobre 1681. Louis XIV fait son entrée à Strasbourg. Source : citations de Hérodote.net

Constantyn Francken (1661-1717). Remise des clefs de Strasbourg à Louis XIV

La prospère métropole alsacienne perd son indépendance. Jusque-là tournée vers la Rhénanie, elle va se réorienter vers les Vosges et Paris.

Française malgré elle. Ville libre du Saint empire romain germanique, Strasbourg affichait une neutralité de façade dans les griefs qui opposaient le roi de France à l’empereur et au reste de l’Europe.

Ces griefs s’étaient multipliés avec la politique des Réunions» : profitant de la paix consécutive au traité de Nimègue (1678), le Roi-Soleil utilisait des arguments juridiques plus ou moins valides pour rattacher au royaume des places fortes frontalières. 

Louis XIV ne cachait pas ses visées sur Strasbourg mais n’ignorait pas l’hostilité de ses habitants envers les Français et il les savait prêts à se mobiliser contre ses troupes.

Lorsqu’il apprend en 1681 qu’un général des armées impériales, le baron de Mercy, est dans les murs de la ville, il y voit les préparatifs de manœuvres militaires. Aussitôt, dans la nuit du 27 au 28 septembre, trois régiments de dragons se postent devant Strasbourg. Le lieutenant général Pons de Guimera, baron de Montclar, signifie aux habitants qu’ils doivent se soumettre.

Ce déploiement de force sème la panique et le magistrat de la ville envoie un émissaire à Louvois. Ce dernier lui répond sans ménagement que la ville a vingt-quatre heures pour se soumettre. Le 30 septembre, les Français investissent Strasbourg sans avoir à combattre.

Acte de capitulation (archives de l’eurométropole et de la ville de Strasbourg)

Moins d’un mois plus tard, le 24 octobre, le Roi-Soleil, âgé de 43 ans et à l’apogée de sa gloire, franchit les murs de la ville. Les privilèges et les institutions de Strasbourg sont confirmés. La liberté de culte est garantie, mais la cathédrale rendue aux catholiques.

Comme souvent, on fait frapper une médaille qui commémore l’événement. Elle a pour légende : « Clausa Germanis Gallia » (la Gaule fermée aux Germains).

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Le rouge, c’est pour longtemps !

Dans ma chronique du 7 mai, Covid-19. Critères et Indicateurs, j’écrivais :

  • « quels indicateurs pour le 3ème critère d’accès au déconfinement en vert : la capacité de couverture des besoins en tests !
  • quant aux malades asymptomatiques, il faut tester pour en repérer. Et pour tester, il faut avoir des tests. Au début de l’épidémie, il n’y en avait guère. Et aujourd’hui ?
  • Si les « brigades d’anges gardiens » sont très rapidement performantes, la diffusion du virus se ralentira à terme, mais dans l’immédiat, il pourrait y avoir une accentuation des tensions sur les tests ».

Les 4 régions en rouge vont le rester longtemps car la capacité de couverture des besoins en tests est actuellement très mauvaise comme le révèle une enquête assassine de la cellule investigation de Radio France.

11 mai 2020. Dépistage du Covid-19 : pourquoi la France est encore loin de l’objectif de 700 000 tests virologiques par semaine ?

Extraits. « Pour réussir le déconfinement, le gouvernement table sur 700 000 tests virologiques par semaine. L’enquête de la cellule investigation de Radio France montre que cet objectif sera très difficile à atteindre. Révélations sur les véritables chiffres du dépistage, et sur des robots de test chinois installés dans la plus grande improvisation.

« Testez, testez, testez. » Depuis le 16 mars 2020, c’est le message très clair martelé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Mais en France, les retards s’accumulent dans l’organisation de ce dépistage, poussant même le gouvernement à mandater un cabinet privé afin de l’assister « dans le développement des capacités de production nationale » de tests. Le 28 avril 2020, le Premier ministre, annonce « 700 000 tests virologiques à partir du 11 mai » et la mise en place de « brigades » dans chaque département, chargées d’identifier les contacts des personnes présentant des symptômes du coronavirus Covid-19. « À la sortie du confinement, nous serons en capacité de massifier nos tests », assure Édouard Philippe. Mais qu’en est-il réellement ?

« Le nombre de dépistages a connu de fortes fluctuations au cours des dernières semaines. Il varie entre 200 000 et 270 000 tests par semaine », assure le ministère de la Santé à la cellule investigation de Radio France. Mais sur quoi reposent ces chiffres ? Difficile de le savoir »…

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Qui présidera Bordeaux Montaigne ?

Trois chroniques de ce 6 mai 2020 sur l’université Bordeaux-Montaigne

Rappel des résultats des élections aux conseils centraux de l’université de Bordeaux Montaigne (11 et 12 février 2020). Chronique du blog : Deux gagnants ? L’élection du président, par le Conseil d’administration en formation complète (36 membres) devait avoir lieu le 25 mars. Suite à la crise sanitaire, elle a été reportée, un administrateur provisoire a été nommé par le Recteur (chronique à suivre)

Courriel reçu le 10 mars 2020. Source : un universitaire de Bordeaux Montaigne commente les résultats et prévoit l’élection de Lionel Larré à la présidence.

« Hier se sont déroulées les élections des quatre représentants extérieurs. Elles ont été favorables à Lionel Larré, qui s’oppose depuis le début de la campagne à l’équipe sortante.

Quelques chiffres : Lionel Larré disposait chez les enseignants de huit élus (6+2), Patrick Baudry de sept (1+6), Laurent Coste de un.

Les étudiants ont massivement suivi Lionel Larré : les quatre élus d’une association (rattachée à la FAGE), un élu de l’UNEF ont voté pour lui. Un élu d’extrême gauche a refusé de voter pour qui que ce soit. 5 voix pour Lionel Larré : les étudiants feront l’élection du président.

Les BIATSS n’avaient pas donné d’indication sur leur vote à l’exception de l’UNSA qui, avant les élections, avaient annoncé qu’ils voteraient Lionel Larré (2 élus). La CGT (1) la FSU (1) ont voté à coup sûr Patrick Baudry, le SGEN (1 élu) sans doute aussi. L’élu dont la liste s’était rattachée à celle de Laurent Coste a voté une fois pour un extérieur présenté par la CGC (qui n’a obtenu que deux voix), trois autres fois pour ceux présentés par Patrick Baudry.

Les quatre extérieurs institutionnels semblent s’être partagés à part égale, sans que l’on puisse être certains du sens de leur vote. La rumeur ambiante veut que le CNRS et le Conseil Régional aient voté pour les candidats de Patrick Baudry, la mairie de Bordeaux et Bordeaux Métropole pour ceux de Lionel Larré.

En tout cas, la configuration du CA tel que complétée hier donne des résultats très nets : une élection dès le premier tour pour Lionel Larré.

L’affaire n’est pas complètement jouée mais il faudrait de bien curieux retournements pour que le résultat final (prévu le 25 mars, hors coronavirus) s’inverse.

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Quiz. Journées des OVE en… 2010

C’était il y a 10 ans. 6èmes Journées nationales des observatoires de la vie étudiante, 2, 3 et 4 juin 2010, Strasbourg.

Une galerie de portraits. Intercalées dans le texte de la chronique, photos de 5 des personnalités présentes. Quiz : Qui sont-elles ? Leurs responsabilités, il y a dix ans ? Les réponses figurent dans les albums.

Extraits du programme des journées. « L’Observatoire régional de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle des étudiants (ORESIPE), du service d’aide au pilotage de l’Université de Strasbourg, s’emploie à faire de cette manifestation une rencontre fructueuse et conviviale pour tous ceux que nous aurons plaisir à accueillir en Alsace.

Le thème retenu pour ces journées est : De l’observation à l’action : information, orientation, pilotage.

Depuis quelques années, avec l’enquête nationale sur les diplômés des IUT, puis sur ceux des licences professionnelles et, en 2010, avec l’enquête « master », le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche impose aux universités de réaliser les enquêtes d’insertion selon une méthodologie unique et commune.

Désormais, les critères de répartition des moyens attribués aux universités par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche ne tiennent plus au seul nombre des inscrits dans les formations habilitées. Ils intègrent déjà la notion de présents aux examens et tendent également à intégrer des indicateurs de performance comme les taux de réussite ou l’insertion professionnelle des diplômés. La qualité, la fiabilité et l’impact des études réalisées par les observatoires deviennent donc primordiaux, à tous les niveaux de responsabilité : Ministère, universités, composantes, responsables de diplômes.

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Covid-19. Surmortalités régionales

Nombre de décès quotidiens par département, INSEE, 10/04/2020. Suite de la chronique Décès quotidiens par département (6 avril 2020).

Extraits. Exceptionnellement, pendant la pandémie du covid-19, l’Insee diffuse le nombre de décès par jour et par département…

Au niveau national, le nombre de décès totaux enregistrés à la date du 10 avril 2020 et survenus entre le 1er et le 30 mars 2020 est supérieur à celui enregistré sur la même période en 2019 : 57 441 décès ont été enregistrés en 2020 en France contre 52 011 en 2019. Ce nombre reste néanmoins inférieur au nombre des décès enregistrés sur la même période en 2018 (58 641 décès en France), année où la grippe saisonnière était encore virulente au mois de mars.

Au niveau régional, les régions Grand Est et Île-de-France comptent un nombre de décès totaux, survenus entre le 1er et le 30 mars, désormais supérieur de 39 % à celui enregistré sur la même période en 2019, et supérieur également au nombre de décès survenus au cours de la même période en 2018 (de + 17 % dans le Grand Est, de + 22 % en Île-de-France). Le nombre de décès survenus entre le 1er et le 30 mars 2020 est supérieur d’un peu plus de 10 % à celui de 2019 dans les Hauts-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté, mais reste encore inférieur à 2018 dans ces régions.

Au niveau départemental, le Haut-Rhin se distingue toujours par un très fort excédent de mortalité entre le 1er et le 30 mars 2020 par rapport à la même période en 2019 (+ 128 %). Cinq autres départements enregistrent un nombre de décès survenus en mars 2020 supérieur de plus de 40 % à celui observé en 2019 aux mêmes dates : la Seine-Saint-Denis (+ 62 %), les Hauts-de-Seine (+ 56 %), les Vosges (+ 55 %), l’Oise (+ 42 %), la Moselle (+ 41 %).

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B. Stalter, emporté par le Covid-19

Le leader de l’artisanat Bernard Stalter s’est éteint, DNA, 13 avril 2020. « Le conseiller régional et président des Chambres de métiers d’Alsace, du Grand Est et de France est décédé ce lundi à Strasbourg du coronavirus. Coiffeur de métier, l’homme de 63 ans à la moustaches emblématique a consacré une grande partie de sa vie à la défense des intérêts des métiers de l’artisanat ».

Hommage à cette personnalité régionale, attachante et dévouée à l’intérêt collectif.

Août 2018. 11èmes Universités de l’Artisanat d’Alsace. J’avais pu y saluer et photographier Bernard Stalter (ci-dessous). Toutes les interventions s’étaient centrées sur la mise en œuvre de la loi Choisir son Avenir Professionnel : quels décrets d’application et quels délais ? J’y avais alors consacré une longue chronique

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Député LREM confiné dans le Sud

Actualisation de la chronique du 4 avril 2020, L’ex-président de l’université de Metz se confine dans le Sud

Le député La République en Marche de la Moselle Richard Lioger vit son confinement dans sa résidence secondaire du sud de la France. Un choix qui pose question dans sa ville, à Metz, article de Nicolas Zaugra, Lorraine Actu, 10 avril 2020.

L’information a fait le tour de la ville de Metz (Moselle) en un rien de temps. Un député de la majorité présidentielle, sèchement battu dès le premier tour des municipales de mars à Metz, vit le confinement dans sa résidence secondaire et ça ne passe pas vraiment.

Selon nos informations, Richard Lioger, élu en 2017 dans la 3e circonscription de la Moselle, a migré vers le sud de la France à près de 800 kilomètres de son fief électoral pour vivre son confinement. Un choix qui interroge dans le parti et qui révolte habitants et collègues élus locaux. 

Le parlementaire a donc quitté sa circonscription. Impossible de dire toutefois s’il est parti juste avant l’annonce présidentielle d’Emmanuel Macron à la télévision le 16 mars 2020 au sujet du confinement ou peu après. Le député refuse de s’étendre sur son départ. 

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Covid 19. Tests sanguins de dépistage

L’Alsace pourrait bientôt devenir zone pilote pour réaliser des tests sanguins de dépistage massif, par Sabine Pfeiffer, France Info 3 Grand Est, 9 avril 2020.

« Annoncée dans une tribune lundi 6 avril, l’organisation de tests de dépistage à grande échelle au niveau de l’Alsace pourrait être validée par la préfecture avant Pâques, et entrer dans sa phase active dès la semaine prochaine.

Le projet, d’envergure, a été révélé dans une tribune adressée à l’AFP ce lundi 6 avril, et co-signée par quatre Alsaciens: deux personnalités politiques (Catherine Trautmann, ancienne ministre et tête de liste PS aux dernières élections municipales à Strasbourg, et Olivier Becht, député du Haut-Rhin), le dirigeant de la société de laboratoires d’analyses Biogroup, Stéphane Eimer, et l’investisseur Eric Goetzmann. Leur synergie a permis d’élaborer un dispositif de dépistage à grande échelle, destiné à identifier chaque jour en Alsace jusqu’à 30.000 personnes ayant produit des anticorps -et donc immunisées contre le covid19- afin d’accélérer le déconfinement.

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Science Po à Reims (2009-2020)

Le Pdf de cette chronique d’Histoires d’universités (21 pages) peut être téléchargée : cliquer ici.

L’Histoire de l’implantation de Sciences Po à Reims commence début 2009. A peine chargé par Xavier Darcos d’une mission sur la Réforme du lycée, Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris, initie une première visite de lycée, le lycée Roosevelt de Reims. Retraité depuis fin 2008, je commence le blog Histoires d’universités le 6 janvier 2009. J’habite Reims depuis l’automne 2006. Où ça ? Dans le lycée Roosevelt ! J’assiste à la visite de Descoings.

Dès avril 2009, visitant un lycée puis un autre, Richard Descoings fait son marché, à la recherche d’une ville pouvant accueillir; hors île de France, une préparation de 1er cycle à Sciences Po Paris. Il porte son dévolu sur Reims et est très vite assuré du soutien financier des collectivités territoriales (ville, département et région)

De 2009 à 2011, je publie des chroniques très critiques contre les projets de 1er cycle de Sciences Po dans différentes villes de province. Critiques car ce projet est antinomique de celui que je défends alors : une réforme de l’ensemble du 1er cycle en 3 ans, regroupant, dans des Instituts d’Enseignement Supérieur à créer (les IES), Licence, DUT, BTS, CPGE, Instituts de l’ordre de 2000 étudiants et répartis dans toutes les villes grandes et moyennes.

2017. La Cour des Comptes dresse un bilan financier sévère de l’implantation de Sciences Po à Reims.

2020. Sciences Po à Reims. Le collège universitaire fait feu de tout bois, poursuit une croissance tous azimuts… mais hors-la-loi.

Cette synthèse reprend, intégralement, toutes les chroniques que j’ai publiées sur Sciences Po Reims depuis 2009

2009 (février). Réforme du lycée (1)

Richard Descoings commence son tour de France. D’ici mai 2009, il visitera au moins un lycée par département. Le 6 février, durant près de 3 heures dans le nouvel amphi du lycée Franklin Roosevelt, il a écouté plus de 200 personnes, professeurs (de la Seconde à la 2nde année de CPGE ou de BTS), CPE et COP, syndicalistes, élèves et parents d’élèves. Il a confirmé, dans une brève introduction, qu’il n’y a plus de réforme Darcos de la classe de seconde. On repart totalement à zéro. Rien n’est encore décidé aujourd’hui. Son souhait: prendre en compte les choses qui marchent dans les lycées, ces multiples expériences qui associent tous les acteurs du système éducatif pour faire progresser les parcours de réussite : tutorat, passerelles entre les filières et décloisonnements, orientation qui ne soit pas une sanction (réorientation vers une filière professionnelle), construction du projet professionnel, préparation à l’enseignement supérieur, partenariats entre universités et classes supérieures du lycée, entre celles-ci et les entreprises… Un forum de discussion en ligne sera ouvert en mars.

Richard Descoings a-t-il été éclairé ? Déçu ? Il est difficile pour la majorité des professeurs de sortir d’un discours revendicatif sur les moyens dans un contexte de suppressions d’emplois et pour les élèves de prendre de la distance par rapport à ce qu’ils vivent au quotidien. Toujours est-il qu’il y avait beaucoup de bonne volonté participative chez les participants.

2009 (12 février). Voies post-bac

Réforme du lycée. 3 défis pour la préparation des élèves à l’enseignement supérieur. Rééquilibrer la voie technologique par rapport à la voie générale… Préparer les lycéens à la poursuite d’études supérieures en termes de méthodes de travail et d’aide à l’orientation… Développer la reconnaissance de la responsabilité et de l’engagement des lycéens dans la vie de leur établissement et dans l’organisation de leurs études. Il s’agit là d’un appel clair au développement de la pédagogie de projet : projets individuels et collectifs dans les études et en partenariat avec des associations, des entreprises industrielles et de services, des collectivités territoriales…. La pédagogie de projet fait de l’élève un acteur de son parcours. Elle est un support pour l’orientation et une condition de la réussite dans le cycle « licence » de l’université. Mais la pédagogie de projet demande des moyens importants : elle suppose en effet un travail en petits groupes ! 

Pour réaliser sa mission, Richard Descoings doit prendre en compte les données statistiques sur les voies empruntées par les bacheliers qui poursuivent des études dans le supérieur : l’évolution des chiffres démontre une grave crise des entrées en 1ère année de licence universitaire.  

Il doit taper sur la table : il est totalement anormal que la DEPP fasse de la rétention de Notes d’information. Pas de note sur l’enseignement supérieur depuis août 2008 ! 

Extraits de L’université déchiffrée par Pierre Dubois et Andrea Cammelli (AlmaLaurea). Chapitre 2. Les parcours de formation. 1.1. Poursuivre des études après l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires (version de novembre 2008).  « Entre le milieu des années 90, point culminant des effectifs inscrits dans les universités françaises, et la fin de la 1ère décennie du 21ème siècle (Fabre, 2007), les poursuites d’études des bacheliers ont évolué très sensiblement pour ce qui concerne les différentes voies empruntées…

2009 (19 février). Créer 480 IES

Créer 480 Instituts d’Enseignement Supérieur (IES). Texte paru le 17 février dans les Chroniques d’abonnés du Monde sous le titre : Réformes bloquées : une chance pour la Réforme

Assez de temps perdu pour réformer l’enseignement supérieur public. Chaque partie prenante au mouvement et à la réforme doit bouger ses lignes. Le gouvernement : il doit retirer immédiatement les deux décrets (celui sur le statut des enseignants-chercheurs et celui sur la formation des maîtres) ; il doit faire voter une loi de programmation pour l’enseignement supérieur et la recherche, loi garantissant durant les 5 années à venir une progression nette du budget de l’enseignement et de la recherche (supprimant ainsi la crainte constante de suppressions d’emplois) ; il doit mettre au travail le comité de suivi de la LRU qui a critiqué la loi sur un nombre important de points aux fins de trouver des solutions de progrès : la transparence voudrait que Valérie Pécresse donne accès à ce rapport sur le site du Ministère (MESR) et sur celui de l’Université Nouvelle.

Les enseignants-chercheurs et les chercheurs doivent solennellement affirmer qu’ils sont en faveur d’une évaluation renforcée de leurs enseignements et de leurs recherches, qu’ils acceptent que les résultats de cette évaluation soient à l’origine de sanctions positives ou négatives.  

Les étudiants et leurs syndicats doivent se décrisper sur la question de la sélection à l’entrée des masters, d’un numerus clausus souple à l’entrée du nouveau cycle licence, et sur celle des droits d’inscription (sous la condition d’un développement significatif des bourses sur critères sociaux, de prêts à taux zéro ou encore de réelles avancées sur le Chantier Vie étudiante). 

Tous les acteurs de l’enseignement supérieur ayant bougé leurs lignes, il faut que tous se posent la Question : quelles universités et quels grands organisme de recherche voulons-nous en 2020 ? De quoi le pays et l’Europe ont-ils besoin ? Comment égaliser, élargir les chances d’accès à l’enseignement supérieur ? La base de la Réforme, totalement réalisée en 2020, pourrait être : « faire accéder 50% des jeunes à l’enseignement supérieur et faire qu’ils y obtiennent un diplôme ». Cet objectif est assez consensuel, à droite comme à gauche. Valérie Pécresse croit qu’on peut parvenir à le réaliser en 2010 ; elle rêve, et ce en dépit du Plan pour la réussite en Licence.  

Les propositions qui suivent s’appuient sur les données statistiques produites par la DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance) : nombre de bacheliers, filières d’enseignement supérieur suivies par les bacheliers qui poursuivent des études, nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, dépense par étudiant inscrit dans l’enseignement supérieur. 

Les études universitaires commencent en Master (450.000 inscrits) et se poursuivent éventuellement en doctorat (60.000 inscrits). L’enseignement universitaire se fonde sur la recherche. Le corps enseignant est composé de professeurs (le corps des maîtres de conférences est mis en extinction). Un numerus clausus par grands champs disciplinaires de master et de doctorat est établi chaque année et fait l’objet d’une large concertation ; ce numerus clausus est inscrit dans la Loi de programmation mentionnée ci-dessus. La sélection est donc pratiquée à l’entrée du master et du doctorat. La perspective 2020 est de parvenir à 20 à 25 universités de 20 à 25.000 étudiants ; les grandes écoles sont incitées à s’intégrer dans ces nouvelles universités à vocation nationale ou internationale.  

Des Instituts d’Enseignement Supérieur (IES) sont créés : ce sont des entités juridiques autonomes des lycées actuels. Ils ont la mission d’organiser un cycle de 3 ans après le baccalauréat, cycle dénommé « licence ». Ils regroupent des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE, actuellement 80.000 inscrits), des Sections de techniciens supérieurs (STS, 210.000 inscrits), des départements des ex-Instituts universitaires de technologie (IUT, 115.000 inscrits) et les 3 années de la licence universitaire actuelle (730.000 inscrits). Les BTS et les DUT sont fusionnés ; la disparition des BTS était prévue par le décret de 1966 créant les IUT ; les lois de décentralisation, dès la première moitié des années 80, ont empêché cette disparition, chaque ville moyenne ou grande luttant jusqu’à satisfaction pour obtenir un morceau d’enseignement supérieur. Il s’en est suivi une concurrence absurde entre STS et IUT. Les économies issues de la fusion BTS-DUT permettent de faire progresser la dépense publique pour les étudiants des ex-licences universitaires. Avec un encadrement meilleur, ceux-ci abandonnent moins et réussissent davantage. Le lycée d’enseignement supérieur prépare à des études « longues » (accès aux masters et aux grandes écoles) et à des études débouchant sur le marché du travail (diplôme de licence professionnelle). Le baccalauréat devient le diplôme de fin d’études secondaires et n’est donc plus le premier diplôme universitaire. 

Les IES ont la mission de permettre l’accès de 50 % des jeunes à un premier diplôme de l’enseignement supérieur. Ils ont aussi la mission de participer au développement économique et social de leur territoire (formation des professions intermédiaires agricoles, industrielles et tertiaires). L’offre et la carte des formations des LES sont co-décidées par l’Etat et chacune des Régions.  

Pour parvenir à diplômer 50% des jeunes (42% en 2006 – État de l’École), les IES offrent une capacité d’accueil égale à 55% des effectifs d’une génération, soit un ordre de grandeur de 400.000 places en 1ère année ; cette capacité d’accueil est supérieure à la capacité actuelle des classes supérieures des lycées, des IUT et du premier cycle universitaire (licence). Une capacité d’accueil est définie pour chaque grand champ disciplinaire. L’admission dans le nouveau premier cycle de l’enseignement supérieur se fait sur dossier et/ou sur examen d’entrée ; elle doit être organisée pour que la capacité d’accueil (400.000 places en 1ère année) soit réellement réalisée.  

Quelle répartition des 400.000 bacheliers entrant chaque année dans les IES ? Une répartition 60% d’étudiants dans la voie professionnelle et 40% dans la voie permettant l’accès au Master semble pouvoir être une base de la concertation à venir. Ceci veut dire qu’il faut augmenter, significativement et progressivement, le nombre de places en CPGE et le nombre de places dans la filière BTS-DUT. Les bacheliers, admis en LES et qui n’ont pas en début d’année de projet professionnel affirmé, font l’objet d’un semestre de mise à niveau et d’orientation. Au second semestre, ils optent pour la voie longue ou la voie courte. L’intégration dans une grande école demeure possible après deux ans de CPGE et réussite au concours ; cette disposition devient également valable pour l’entrée en master. Dans la filière professionnelle, les sorties vers le marché du travail demeurent possibles à bac+2 ; la poursuite d’études après l’obtention d’une licence professionnelle (ou technologique pour reprendre le terme de la revendication de l’Association des directeurs d’IUT) est possible mais doit rester nettement minoritaire. Des passerelles sont organisées, à chaque étape de la licence, entre la voie longue et la voie courte.      

Les IES accueillent donc une population totale de l’ordre d’1,2 million d’étudiants. Chaque IES accueille en moyenne 2.500 élèves dans les filières courtes et longues. 480 IES sont donc créés d’ici 2020 ; chaque département dispose d’au moins un LES. Chaque LES peut afficher une dominante (scientifique, lettres, langues, sciences humaines et sociales, économie et gestion, santé) mais doit obligatoirement comporter des formations permettant l’accès au master et des formations ouvrant les portes du marché du travail à bac+3. 

L’enseignement en IES, dans les filières conduisant au master /grandes écoles et dans les filières professionnelles, est assuré par des professeurs agrégés. Cela suppose une redéfinition de la carte des agrégations, une très forte progression du nombre de places ouvertes aux concours d’agrégation, la fin des tentations de malthusianisme de la part de certains jurys d’agrégation, une ouverture de la thématique des concours (pouvoir mesurer la capacité des candidats à mener à bien un projet de recherche).  

L’agrégation obtenue, les agrégés sont nommés dans un IES. Ils y effectuent un minimum d’une année d’enseignement en tant que fonctionnaire stagiaire. Des professeurs agrégés titulaires sont incités à s’inscrire en doctorat à temps plein ou à temps partiel ; durant leurs études doctorales, les agrégés perçoivent leur salaire. Le doctorat obtenu, ils peuvent continuer à être détachés dans un centre de recherche pour y poursuivre des recherches et préparer une habilitation à diriger des recherches, préalable à l’acquisition du statut de professeur d’université.

Cette réforme ouvre un énorme chantier : l’échéance de 2020 paraît requise. Elle est très difficile à réussir car elle va faire monter au créneau de nombreux groupes d’opinion et de pression. Même l’obstacle logistique peut être levé : à parc immobilier constant, les locaux pour les universités / grandes écoles et les LES existent ; certes, il faudra reconfigurer des bâtiments existants et organiser de multiples déménagement. Mais que ne ferait-on pas pour parvenir à 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur ? 

Universités centrées sur l’enseignement de master et de doctorat, Instituts d’Enseignement Supérieur préparant à des professions qualifiées pour le marché du travail et aux études de master ou de grandes écoles.Une réforme qui rend nettement plus lisible l’enseignement supérieur français au niveau international ! Une utopie ? Une utopie rationnelle ! Le débat est ouvert ! La concertation doit commencer !

2009 (5 avril). Sciences Po à Reims ?

Sciences Po a, ces années dernières, délocalisé deux années préparatoires dans plusieurs villes de province. Le Journal l’Union de Reims fait état de négociations de Sciences Po avec la Mairie et présente l’implantation comme quasiment acquise : 200 élèves pourraient être accueillis dès la rentrée de 2009, dans l’ex-collège des Jésuites.

3 certitudes. 1. Le collège des Jésuites à Reims existe et son histoire vaut le coup d’être contée. 2. Richard Descoings est venu à Reims le 6 février 2009 pour discuter de la réforme du lycée. 3. Aucune mention de l’éventuelle implantation à Reims sur le site de Sciences Po et sur celui de la mairie. Si Sciences Po s’installait à Reims et portait progressivement ses effectifs à plus de 1.000 étudiants, on pourrait évidemment prévoir une concurrence accrue avec les classes supérieures des lycées et avec le cycle Licence de  l’université !

2009 (9 avril). Le marché de Descoings

Richard Descoings, conseiller d’Etat, est directeur de l’Institut d’études Politiques de Paris (dit Sciences Po) et administrateur de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. Depuis janvier 2009, il est chargé d’une mission sur la réforme du lycée et, à ce titre, il a entrepris un tour de France. Enfin, il est de notoriété publique qu’il veut « faire le ministre » ; il a des idées : n’est-ce pas lui qui a été pionnier pour faire venir à Sciences Po les très bons élèves des lycées classés en Zone d’Éducation Prioritaire ! Il faut d’ailleurs lui en être reconnaissant.

Mais, dans la période récente, Richard Descoing a allégrement confondu ses intérêts personnels (devenir Ministre), les intérêts de Sciences Po et l’intérêt général. Ses déplacements dans le cadre de sa mission d’intérêt général (la réforme du lycée) lui ont permis de faire son marché entre les différentes villes de France, au profit de Sciences Po.

Le Monde du 8 avril titre ainsi : Sciences Po Paris crée un sixième campus régional. Un ancien collège de jésuites sera aménagé pour abriter l’antenne rémoise de l’IEP , antenne spécialisée dans les relations transatlantiques et l’Amérique du Nord. 600 étudiants de premier cycle, voire très rapidement 2.000 étudiants pour le cycle complet de Sciences Po. Reims a de nombreux atouts dont celui de n’être qu’à 45 minutes de Paris en TGV : belle commodité pour les « turboprofs » parisiens et pour les étudiants américains qui vont être démarchés pour venir étudier dans la Cité des Sacres et dans la Cité reconstruite à l’aide de capitaux américains après les destructions de la 1ère guerre mondiale.

Mais quelque chose ne va pas. Richard Descoings, en charge de la réforme du lycée, a-t-il vraiment compris que le lycée Roosevelt accueille des élèves de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) et de Sections de Techniciens Supérieurs (STS) ? Sans vergogne, sans avoir à en demander l’autorisation au Ministre de tutelle mais avec l’aide financière des collectivités territoriales, il arrive à Reims grandement perturber le marché de l’offre de formation post-bac, marché déjà bouleversé par la désaffection des bacheliers à l’égard des filières de la licence universitaire. Richard Descoings confond ainsi l’intérêt de Sciences Po et l’intérêt général du service public d’enseignement supérieur. Il devrait lire attentivement la chronique : Créer 480 Instituts d’enseignement supérieur.

La mission de Richard Descoings sur la réforme du lycée doit s’achever en mai par la remise d’un rapport. Gageons que le Directeur de Sciences Po en attend sa nomination comme ministre (accepterait-il de n’être que secrétaire d’Etat ?) à l’occasion du remaniement ministériel qui va suivre les élections européennes. Richard Descoings satisfera ainsi son intérêt personnel. Vraiment dommage qu’il ait confondu pendant un semestre l’intérêt général et l’intérêt de Sciences Po. A-t-il vraiment le sens du service public, de l’intérêt général ?

2009 (2 juin). Descoings. Orientation

Le rapport de Richard Descoings sur la réforme du lycée est intitulé Lycée pour tous. Deuxième partie du rapport : Accompagner l’orientation des élèves.

Les préconisations du rapport en matière d’orientation méritent un « zéro pointé », parce qu’elles ne sont pas issues d’une vision stratégique de l’enseignement supérieur de demain. Orienter pour quoi faire ? Pour parvenir à ce que 50% d’une génération de jeunes obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur ? On s’en éloigne : en 2008, la proportion de jeunes qui a obtenu le baccalauréat est en diminution ; le taux de poursuite immédiate d’études dans le supérieur est lui aussi en baisse. Orienter vers quelle filière ? Vers les classes supérieures des lycées (CPGE, STS), vers les IUT ou vers les licences universitaires. Les bacheliers 2009 ont tranché : une forte majorité d’entre eux ne souhaite pas aller à l’université. La dispersion de l’enseignement supérieur entre les lycées et les universités ne doit-elle pas cesser d’exister : il faut créer des Instituts d’Enseignement Supérieur. Orienter vers les filières sélectives ou vers la licence universitaire non sélective : Richard Descoings ne se pose même pas la question de la sélection à l’entrée du Supérieur.

Richard Descoings aurait dû prendre exemple sur Charles De Gaulle, le pionnier de l’orientation. Le premier président de la 5ème République avait, lui, une réelle vision stratégique de l’orientation, mais n’est pas De Gaulle qui veut !

Le rapport Descoings reflète certes l’écoute des usagers du lycée et de ses professionnels, enseignants et conseillers d’orientation psychologues, mais il ne reprend que ce que ceux-ci pensent : c’est insuffisant. Richard Descoings dit ne pas vouloir une révolution de l’éducation. On attend pourtant d’un homme qui veut être ministre autre chose que des recettes d’orientation sans envergure. Les préconisations d’orientation doivent découler d’une vision stratégique de l’enseignement supérieur de demain : ne pas faire de vagues pour devenir ministre est presque indécent.

Préconisations du rapport Descoings en matière d’orientation.  

1. Le temps de l’orientation inclus dans le temps scolaire.

2. Rencontres et parrainages : un réseau des anciens dans chaque lycée ; un référent adulte pour chaque lycéen ; des stages en entreprises possibles pour tous les lycéens ; une préparation pédagogique des stages ; des mesures incitatives pour les professionnels ; la mobilisation systématique des parents d’élèves dans les rencontres métier.

3. Une égale information sur les voies et les filières en continu dès le collège : investir dans une égale information dès le collège ; des journées de découverte au lycée pour tous les collégiens ; rencontres et parrainages ; assister à des cours dans les établissements d’enseignement supérieur ; plus d’enseignants du secondaire dans l’enseignement supérieur ; plus d’enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur dans les lycées ; des partenariats lycée-établissement d’enseignement supérieur ; des soutiens rapides et sur mesure, à tous les niveaux du lycée et accompagnées dans le temps ; des formations passerelles sur mesure ; des réorientations en cours d’année ; des journées d’information pour les parents ; une exigence de lisibilité des filières ; des bilans de compétence proposés dans le cadre du service public ; des carnets de l’orientation.

2009 (2 juillet). Sciences Po Reims. Non!

Richard Descoings est une personnalité incontournable dans l’enseignement supérieur et dans les médias. Il a accepté en janvier 2009 et conclu en juin une mission sur la réforme du lycée : ce blog a critiqué la faiblesse de la partie de son rapport consacrée à l’orientation pour son absence de vision stratégique.

Richard Descoings n’est pas ministre de l’Éducation nationale : il n’a pas voulu ou le Président de la République n’a pas voulu. Le voici donc rentré à Sciences Po pour y concevoir et mettre en œuvre de nouveaux projets, dont celui de l’installation de Sciences Po à Reims, dans le collège des Jésuites.

Richard Descoings, vous êtes aujourd’hui au pied du mur. Etes-vous prêt à détruire l’image très positive que vous avez intelligemment construite, celle du pionnier de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, par l’accueil à Sciences Po de bacheliers originaires de zones d’éducation prioritaires ? Tout le monde vous en a été reconnaissant.

Voulez-vous détruire cette image ou retrouver celle d’un patron qui défend « bec et ongles » le développement d’un établissement socialement élitiste, Sciences Po. Pourquoi ? Parce que, pour vous installer à Reims, vous négociez une convention financière avec 3 collectivités territoriales de Champagne-Ardenne, le Conseil régional , le Conseil général de la Marne, la ville de Reims. Ces 3 collectivités, qui n’ont pourtant pas de compétence légale en matière d’enseignement supérieur, vont investir des dizaines de millions d’euros, en investissement mais aussi en dotations annuelles de fonctionnement. Combien exactement ? Plus de 100 millions à terme ?

Richard Descoings, cet argent mobilisé, c’est celui des contribuables de la Champagne-Ardenne. Votre projet ne figurait pas dans les professions de foi des candidats aux dernières élections régionales, cantonales et municipales. Opportunismes des collectivités. On peut comprendre l’envie de celles-ci d’attirer sur leurs terres un établissement de renom international. Mais cet argent mobilisé pour l’élite n’ira pas aux étudiants de l’université de Reims Champagne-Ardenne, université dont le recrutement social est plus « démocratique » que celui de Sciences Po. Etes-vous prêts, Richard Descoings, à renoncer à implanter Sciences Po à Reims si les 3 collectivités concernées n’attribuent pas la même somme, en investissement et en fonctionnement et par étudiant universitaire, à celle qu’elles vont consacrer à Sciences Po ?

Richard Descoings, il faut prouver que vous continuez à être un réformateur visionnaire, un homme qui lutte pour une plus grande égalité des chances de tous les étudiants de toutes les origines sociales. C’est le moment pour vous de choisir ! Les jeunes étudiants champardennais demandent l’égalité de traitement !

2009 (11 juillet). Président Meyer

Jacques Meyer, 8ème adjoint de la maire de Reims, en charge de la recherche, de l’innovation et de l’éducation, a voté fin juin 2009, comme ses 58 collègues du Conseil municipal, la venue de Sciences Po dans la « ville des Sacres ». Le coût pour les 3 collectivités territoriales (Commune, Conseil général, Conseil régional) : 76 millions d’euros d’investissement et 3.000 euros par étudiant et par an au titre de la participation des collectivités aux frais de scolarité des étudiants.

Le blogueur a dit sa ferme opposition à ce projet (Sciences Po à Reims : Non !) et demande qu’en lieu et place soit créé à Reims un premier Institut d’Enseignement Supérieur de 2.500 élèves. La chronique d’aujourd’hui questionne le Président Jacques Meyer. Ce professeur de mathématiques de l’université de Reims Champagne Ardennes (URCA) est une personnalité régionale, qui a toujours pris des responsabilités gestionnaires et politiques, à gauche.

Jacques Meyer au fil des ans. 1986 à 1989 : directeur de l’UFR de Sciences de l’URCA. 1989 à 1997 : premier directeur de l’IUFM de Champagne Ardenne. 1997 à 2002 : président de l’université. Faute de pouvoir candidater à un second mandat de Président, il redevient, de 2002 à 2004, directeur de l’UFR de Sciences (en avril 2004, le blogueur l’interviewe : lire le compte-rendu de l’entretien). 2004 : Jacques Meyer est élu Conseiller régional sur la liste de gauche et devient Vice-président, délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et au sport. 2008, il est élu adjoint au maire.

Jacques Meyer ne cumule pas seulement deux mandats d’élu. Il est également premier secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de la Marne ; à ce titre, il accueille le Congrés du Parti socialiste à Reims en novembre 2008. Il écrit régulièrement des articles pour le blog de sa Fédération, dont un article sur le PS et le mouvement des universités.

Adeline Hazan, maire de Reims, est ardente partisane du campus Sciences Po. L’est également son 1er adjoint en charge de l’enseignement supérieur, Serge Pugeault. Mais pourquoi Jacques Meyer, ancien Président de l’université, en charge de responsabilités pour l’enseignement supérieur à la commune et à la région, premier secrétaire du PS dans la Marne accepte-t-il le mirage du Transatlantic Campus in Reims et les inégalités sociales qu’il crée ? Les inégalités de traitement sont en effet flagrantes. 3.000 euros par an et par étudiant de Sciences Po ? Combien d’euros les collectivités donnent-elles à chaque étudiant champardennais au titre des frais de scolarité ?

Tout est « mirage » dans le projet Sciences Po, à part son coût. Les effectifs annoncés par Sciences Po sont un premier mirage : 80 étudiants à la rentrée 2010, oui ! Mais 1.800 étudiants d’ici 5-6 ans, impossible, Sciences Po ne s’engageant à ouvrir qu’un Bachelor of Arts de 3 années d’études (dont une année à l’étranger).

Reprenons les autres arguments des partisans du projet Sciences Po. Renforcer « l’image de dynamisme et de vitalité » de la ville de Reims : dépenser l’argent des contribuables, alors que la ville est endettée et que la promesse de non-augmentation des impôts locaux a été martelée durant la campagne des municipales, c’est faire preuve d’une vitalité dépensière irresponsable. « Compléter l’offre de formation » : de quel droit les collectivités territoriales s’arrogent-elles une prérogative qui est celle de l’État ? « 20 à 25 millions d’euros par an au titre des retombées économiques » : de qui se moque-t-on ? Seule une chose est certaine et d’innombrables projets le prouvent tout au long de l’histoire : au final, tout projet est plus coûteux que prévu et les retombées financières sont inférieures à celles attendues. 

« Revitaliser la vie universitaire« . Avec quelques centaines d’étudiants et des professeurs qui rentreront à Paris dès leurs cours dispensés ? L’argument doit plutôt être inversé : Sciences Po Reims « dévitalisera la vie universitaire » parce que ce campus affaiblira l’université URCA. L’histoire du Collège des Jésuites, lieu hautement symbolique choisi pour l’implantation de Sciences Po, a été celle d’un combat, ouvert ou larvé, contre l’Université de Reims. 

Jacques, prenez la tête du combat de gauche pour la création d’un premier Lycée d’Enseignement Supérieur à Reims, projet qui concernera 2.500 étudiants, projet permettant une plus grande démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur que le campus élitiste de Sciences Po. Et même, proposez-vous comme premier directeur pionnier de ce lycée. Il reste moins d’un an avant les élections régionales : ce serait dommage que la Gauche perde la région parce qu’elle a commis l’erreur de soutenir un projet « mirage », un projet à classer dans la société « bling, bling ». A bientôt de lire votre contribution sur le blog de la Fédération du PS de la Marne : « stop au projet Sciences Po !« .

2010 (25 juillet). Transatlantic Campus in Reims

Sciences Po Paris ouvre en septembre 2010 son campus de Reims, campus de 1er cycle. Que de tromperies dans la communication de Sciences Po ! Les collectivités territoriales (conseil régional, conseil général, conseil municipal) vont investir 75 millions d’euros.

2010 (7 septembre). Sciences Po in Reims. Shocking !

Suite de mes chroniques Contre l’installation de Sciences Po à Reims. 3 septembre 2010, inauguration en grandes pompes du Transatlantic Campus in Reims : communiqué de presse de Sciences Po, 6 vidéos sur France 3, Site de Sciences Po Reims. Adeline Hazan, maire de Reims, et Richard Descoings dévoilent la plaque commémorative de l’évènement. Ils rient tous les deux. Ils ne devraient pas ! Depuis plus d’un an, je crie sur ce blog que l’installation de Sciences Po à Reims est un scandale parce que 3 collectivités territoriales (la ville, le conseil général, la région) se sont engagées à financer la rénovation du Collège des Jésuites pour permettre cette venue (76 millions d’euros) et à financer le fonctionnement pendant 20 ans à concurrence de 3.000 euros par étudiant.

Quelles contreparties de Sciences Po en échange de cet investissement énorme des collectivités territoriales ? Beaucoup de vent, et aujourd’hui de promesses écrites dans un protocole. Seront-elles tenues ? Détournement de l’argent des contribuables champardennais au profit de qui ? A cette rentrée : au profit de 80 étudiants seulement. En annoncer 600 à la rentrée 2012 (200 par promo du Bachelor) et éventuellement 1.800 en 2016, c’est vraiment se moquer de toutes et de tous !

Combien de bacheliers champardennais parmi ces 80 ? Combien de jeunes issus des classes populaires parmi eux ? Combien de boursiers, hors bourses sponsorisées par le Crédit Agricole (!) et hors bourses à taux zéro ? Richard Descoings, faites publier immédiatement ces données ! Montrez qu’il vous est impossible de prouver que Sciences Po Reims n’est pas déjà un ghetto élitiste, réservé aux enfants d’une bourgeoise fortunée, internationale et bilingue franco-anglais. Dites que vous n’avez pas honte de faire payer votre « danseuse » par les contribuables du territoire !

6 septembre 2010, signature du protocole de coopération entre la Région Champagne Ardenne et Sciences Po. C’est assez drôle de consacrer quatre pages aux engagements que Sciences Po devra tenir. La Région ne croirait-elle pas à la parole de Descoings ? Le nombre d’engagements fait sourire.

Surtout ne pas rire en lisant le 1er paragraphe : La Région et Sciences Po unissent leurs moyens et leur savoir-faire pour faire émerger, au cœur de la Champagne-Ardenne, un pôle d’excellence universitaire ayant vocation à rayonner à l’échelle mondiale, tout en étant parfaitement ancré et intégré au niveau local. Quels moyens mobilisés par Sciences Po : son image de marque ? son logo ?

Sciences Po ne mobilise même pas ses propres enseignants ; il faut d’ailleurs rappeler sans cesse la faiblesse numérique du corps enseignant statutaire de Sciences Po. 25 enseignants sont annoncés dont… 10 en provenance de l’université URCA et 2 de Reims Management School : il serait moins coûteux pour les finances publiques si les étudiants allaient écouter ces enseignants dans leur institution d’origine et non dans le bâtiment provisoire du Collège des Jésuites. Il y aura bien sûr quelques cours d’amphi par des vedettes « à l’américaine » : il ne faudra pas oublier de leur faire signer la feuille de présence !

Trois mauvaises surprises concernant les cours : le programme est généraliste et mortellement ennuyeux ; 45 crédits par semestre et non 30 (c’est une entrave à la mobilité !), 12 semaines de cours seulement par semestre : mais où sont donc les 10 mois de scolarité prescrits par Valérie Pécresse ? Descoings serait-il devenu un mauvais élève ? Engagements prévisionnels de Sciences Po prévus par le Protocole signé hier. 1. Promouvoir à l’international le Campus transatlantique et sa région d’accueil : combien de millions d’euros prévus dans le budget de communication de Sciences Po pour cette promotion ? 2. Animation de la vie culturelle, intellectuelle et citoyenne régionale : organisation d’un cycle de conférences pour le grand public lors de la rentrée 2010… 3. Actions à l’intention des lycéens de la région (ZEP et Cordées de la réussite) et promotion de l’égalité des chances : supercherie ! Qui peut croire que ces lycéens d’origine populaire pourraient suivre avec profit des cours majoritairement donnés en anglais ? 4. Soutien au développement économique de la région : offre de formation continue pour les cadres locaux : ce seront les enseignants de l’Université et de RMS qui feront les cours ? 5. Coopération avec d’autres établissements régionaux d’enseignement : mutualisation des ressources et offre de formations conçues en commun ; on aurait pu y croire si Sciences Po avait implanté son diplôme de Bachelor dans l’université même. Pour Sciences Po, la mutualisation se fait à sens unique.

En guise de bouquet final, il faut se retenir pour ne pas hurler quand Jacques Meyer, vice-président du Conseil régional et ancien président de l’université, déclare que les fonds dépensés pour Science Po sont utiles et nécessaires : demain, il y aura dix grands pôles universitaires au niveau national. Pour la ville de Reims et sa région, l’enjeu est de savoir si elle veut continuer à jouer dans la cour des grands. Jacques Meyer voudrait nous faire croire que l’investissement en faveur de Sciences Po permettra à Reims d’accéder à ce décapôle.

Il y en a assez de ces gesticulations politico-médiatiques, de ces gabegies financières. Soyons clairs : il n’y aura pas ni retombées économiques, ni retombées sociales de l’implantation du micro Sciences-Po de Reims !

2010 (14 octobre). Reims. Meyer et Sciences Po

Sciences Po in Reims. Shocking ! et Transatlantic Campus in Reims. Suite à ces chroniques, Jacques Meyer, ancien président de l’université de Reims (URCA) et premier vice-président de la région Champagne Ardenne, m’a adressé un courriel. Il en a fait copie à Gérard Mary, également ancien président de l’URCA. . Quelques extraits du courriel. « Je pense que l’on peut débattre de la question [de Sciences Po] sans injure ni blessure personnelle… Et je n’ai jamais dit ni pensé que Reims pouvait figurer parmi les 10 pôles d’excellence de réputation mondiale que les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années cherchent à instaurer ».

La décision de soutenir le projet d’implantation de Sciences Po est le fruit d’une réflexion mûrement pensée concernant la situation des villes universitaires de la grande couronne parisienne : elle n’est évidemment pas antagonique d’un soutien actif à l’Université.

Si vous voulez connaître ma position, je vous joins le texte de mon intervention à ce sujet devant les élus du conseil régional en novembre 2009. Ce document de géostratégie universitaire pose très bien la question du devenir de l’université de Reims Champagne Ardenne et plus largement des universités relativement proches de Paris. Je partage pleinement l’analyse de Jacques Meyer mais non sa conclusion sur l’implantation de Sciences Po à Reims et le soutien financier qu’y apportent les collectivités régionales.

Dans un contexte budgétaire difficile et de concentration des ressources publiques sur un nombre limité de pôles d’enseignement supérieur, Jacques Meyer met à l’épreuve les trois scénarios envisageables pour les 2 universités de la région (URCA et UTT), scénarios qu’il reprend de différents rapports officiels. Scénario 1. Concentration de l’enseignement supérieur et de la recherche de haut niveau en Ile-de-FranceUn service minimum se maintiendrait d’une part dans les universités régionales autour des formations de niveau licence pour les filières générales, d’autre part autour de formations professionnelles courtes dans des villes secondaires.

Scénario 2. Organisation multipolaire : constitution ou renforcement de 4 grands pôles universitaires généralistes régionaux ou interrégionaux, à travers le regroupement d’universités aujourd’hui distinctes : Rouen, Caen et Le Havre ; Orléans-Bourges, Tours et Poitiers ; Le Mans, Angers, Nantes ; Reims et Amiens ». L’objectif est d’atteindre ou de maintenir une taille critique d’au moins 40.000 étudiants par pôle universitaire au moyen d’une offre complète de disciplines LMD. Jacques Meyer montre les avantages et les atouts d’un tel scénario, mais un inconvénient majeur : l’éloignement relatif des différents sites d’un même pôle.

Scénario 3. Réseaux éclatés. Ce scénario expose un maillage territorial de l’offre d’enseignement supérieur limité aux premières années d’études supérieures« … « Mais, dès le niveau L3, les universités régionales se spécialiseraient et fonctionneraient en réseau avec d’autres établissements nationaux voire internationaux.

Dans ce contexte de 3 scénarios, auxquels il faut ajouter le fait que l’URCA ne bénéficie pas de l’opération Campus et qu’elle ne sera pas bien placée dans les réponses aux différents appels d’offres de l’emprunt national, quelle peut être sa stratégie ? Quelles sont les initiatives prises par les directions successives de l’université et par l’équipe présente, présidée par Richard Vistelle.

Jacques Meyer semble déplorer l’échec de la négociation d’un PRES avec l’université de technologie de Troyes (UTT). J’avais moi-même dressé, en mars 2009, le constat d’échec de ce projet de PRES : Pas de PRES à Reims .

Jacques Meyer poursuit et c’est là que nos analyses divergent sur Sciences Po à Reims. L’université de Reims paraît donc seule, isolée et l’arrivée de Sciences Po va en quelque sorte desserrer l’isolement… et permettre d’atteindre une taille suffisante pour résister à l’attraction parisienne. L’arrivée de Sciences Po à Reims, c’est donc comme si une nouvelle université s’installait à Reims. Excusez du peu ! C’est, pour le monde de la formation et de la culture, quelque chose d’équivalent en importance à la décision de faire passer et s’arrêter le TGV à Reims. C’est une chance extraordinaire pour notre région, pour son développement économique, culturel et scientifique. C’est aussi une opportunité pour son rayonnement et sa notoriété. Et c’est aussi une chance et une opportunité pour son université. Alors évidemment la facture est là ! C’est indéniable.

Je ne crois pas une seconde à la possibilité de réussir ce scénario optimiste. En un mot : les collectivités territoriales de Champagne-Ardenne ont déroulé le tapis rouge pour Sciences Po, pour permettre à ce Grand établissement public de tisser, sans autofinancement, une « toile » nationale, un « réseau » international, constitués d’une tête de réseau à Paris et d’antennes de premier cycle en province, antennes destinées à n’être qu’un vivier de recrutement pour le second cycle parisien. Richard Descoings n’en a rien à faire de l’université de Reims et de son avenir !

Je reconnais que je vois mal l’avenir de l’université de Reims Champagne Ardenne : le scénario 3 (Réseaux éclatés) me semble le plus probable. Le temps n’est pas au beau fixe entre l’université et les collectivités territoriales. Deux faits récents sont pour moi symptomatiques d’un futur problématique. Pas de PRES avec l’UTT et donc une négociation est entreprise avec l’université de Picardie Amiens. Un PRES de 2ème génération, dixit le président de l’URCA, Richard Vistelle, devrait voir le jour en 2011 (5 ans après la création des PRES !). Ce PRES inclurait même la Wallonie ! Où se situerait le siège du PRES ? A Saint-Quentin dans l’Aisne, à mi-distance de Reims et d’Amiens. C’est où Saint-Quentin ?

Deuxième fait : des données statistiques sur les parcours de formation et le devenir professionnel des diplômés en nombre encore trop limité. A l’URCA, la création d’un observatoire était devenue un serpent de mer (Observatoire OSIPE). Des moyens ont été affectés dont un poste d’ingénieur de recherche en 2010. Des moyens, pour quels résultats ? La nouvelle ingénieur de recherche aurait dû pourtant donner l’exemple de la réactivité : n’est-elle pas devenue en juin dernier vice-présidente de RESOSUP ?

2011 (15 décembre). Descoings entre Public et Privé

Richard Descoings, né en 1958, énarque devenu Conseiller d’État, est administrateur de la Fondation Nationale de Sciences Politiques (FNSP, fondation de droit privé), et directeur de Sciences Po Paris depuis 1996 (4ème mandat). Sciences Po est membre du PRES Sorbonne Paris Cité (établissement public) et Richard Descoings a animé le comité de pilotage pour répondre au 2ème appel à projets IDEX (la candidature du PRES a franchi une première étape : il fait partie des pré-sélectionnés). Richard Descoing joue trop habilement de la double appartenance de Sciences Po : grand établissement public quand ça l’arrange ; grand établissement privé quand ça l’arrange. C’en est devenu insupportable !

L’initiative de Richard Descoings d’accueillir à Sciences Po de jeunes lycéens d’origine populaire m’était plutôt sympathique. Plusieurs années ont passé. Le personnage m’est aujourd’hui antipathique. Ses initiatives me révoltent chaque jour davantage. L’annonce en grande pompe d’une réforme du concours d’entrée à Sciences Po, pour la rentrée… 2013, m’a agacé. Pourquoi les médias ont-ils besoin de relayer une information somme toute banale ? Tous les responsables universitaires d’une formation sélective (DUT, licence pro, master, doctorat) ne procèdent-ils pas à une sélection sur dossiers et entretiens ? Ils ne font pas pour autant La Une des médias !

L’enquête de Médiapart, reproduite par Sauvons l’université, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je suis sûr que ma révulsion, à la lecture des rémunérations et des bonus d’une partie des cadres et des enseignants de Sciences Po, sera partagée par un grand nombre. Grand établissement public, financé largement par l’État et les collectivités territoriales (près de 60% de ses ressources), Sciences Po verse des rémunérations à ses dirigeants, enviables par bien des cadres du privé. Grand établissement privé, Sciences Po pratique des droits d’inscription, enviables par bien des écoles supérieures privées. Public et privé, le beurre et l’argent du beurre.

Mon jugement sur Richard Descoings a commencé à changer quand j’ai ouvert ce blog et l’ai vu, entendu et photographié début 2099 au lycée Roosevelt à Reims ; il y faisait son premier déplacement dans le cadre de sa mission sur la réforme du lycée. Mission d’intérêt public ou mission d’intérêt privé pour Sciences Po ? J’ai trouvé et je trouve scandaleux que Richard Descoings ait réussi à ouvrir un campus du Collège universitaire de Sciences Po à Reims avec l’appui financier des collectivités territoriales.

Sept campus en province pour approvisionner Sciences Po Paris. A quel droit se réfère cette toile tissée sans vergogne ? Imagine-t-on les universités de Strasbourg, d’Aix-Marseille, de Lorraine, les trois premières universités réunifiées, implanter des campus de 1er cycle à Paris, à Rennes, à Lille, à Bordeaux, à Lyon, à Toulouse, à Montpellier…

Agacement également contre les fort peu rigoureuses enquêtes sur le devenir professionnel des diplômés de Sciences Po. Coups de pub et coups de com incessants. Instrumentalisation des médias. Quand cela va-t-il s’arrêter ? Un petit espoir pour remettre en cause ce mélange public-privé : la Cour des Comptes est à Sciences Po pour y auditer les comptes.

Peut-on attendre une prise de position de la CPU et de son président Louis Vogel, une stigmatisation des comportements de Sciences Po et de son directeur ? Je suis presque sûr que Louis Vogel y serait personnellement favorable, tant la concurrence que Sciences Po fait à son établissement, Paris 2 Panthéon Assas, se fait à armes fort inégales.

2012 (4 avril). Décès de Richard Descoings

La mort de Richard Descoings m’attriste profondément car elle est « injuste » : on ne meurt pas, on ne doit pas mourir à 53 ans. Tant de réformes encore à faire pour l’enseignement supérieur ! Richard Descoings, une personnalité fort et des idées plein la tête. Un pionnier. Un homme de débats. Ainsi, je ne dois pas regretter mes désaccords avec lui, en particulier pour l’implantation de collèges de Sciences Po en province.

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