Archives de Tag: Démocratisation

Licences à trois vitesses

De : Comité PRAG-PRCE de l’université de ROUEN
Envoyé : samedi 2 décembre 2017
Objet : PROJET DE LOI SUR L’ACCÈS A LA LICENCE : DES ENJEUX MAJEURS

Chers collègues, Le récent projet de loi sur l’accès à la Licence vise à  mettre en place une hiérarchisation entre les universités aboutissant à une inégalité entre les établissements et à une inégalité entre les cursus. Vous trouverez ci-dessous trois extraits du projet de loi, assortis de quelques commentaires

Extraits du projet de loi (en italique)

A) Sélection des étudiants par les établissements et hiérarchisation des universités

1) « Lorsque l’effectif des candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation, les inscriptions sont prononcées par le président ou directeur de l’établissement dans la limite des capacités d’accueil, après vérification de la cohérence entre, d’une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation initiale ou ses compétences et, d’autre part, les caractéristiques de la formation ».

Commentaire : les universités choisiront donc les étudiants – plus précisément chaque université sélectionnera « ses » étudiants en étant en concurrence pour cela avec les autres établissements – puisque dans de très nombreux cas les candidatures excéderont les capacités d’accueil, notamment lors des premières vagues de candidatures (dix vœux non classés par élève). Ceci induira une hiérarchisation des universités car un lycéen pourra postuler partout en France, y compris hors de son académie d’origine.

2) « L’autorité académique peut fixer (…), pour l’accès aux formations du premier cycle, des pourcentages maximaux de bacheliers résidant dans une académie autre que celle dans laquelle est situé l’établissement. »

La ministre Frédérique Vidal donne à ce sujet l’explication suivante dans une interview au Monde : « Enfin, nous supprimons le critère du lieu d’habitation. Chaque lycéen pourra postuler où il le souhaite, y compris en dehors de son académie. Mais pour éviter une fuite des talents vers certaines métropoles ou bien des mobilités subies, nous allons fixer des pourcentages maximum de mobilité autorisés par formation ».

Ce pourcentage permettra ainsi un réglage progressif du degré de hiérarchisation entre les universités, cette hiérarchisation semblant en effet l’un des objectifs majeurs du projet de loi. Autrement dit, pour les universités qui ne se situent pas dans les grandes métropoles, la sélection, parce qu’elle sera généralisée, se traduira en fait par une baisse de la qualité du recrutement des étudiants.

B) Différenciation/hiérarchisation entre les étudiants dans une même filière d’une même université : une atomisation des cursus

« L’inscription dans l’une de ces formations peut être subordonnée à l’acceptation, par le candidat, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite. ». Le projet de loi instaure une vitesse lente en Licence ou encore des dispositifs spécifiques qui seront obligatoires pour certains étudiants.

En complément du projet de loi, le ministère a annoncé une réforme de l’arrêté relatif à la Licence, avec entrée en vigueur dès la rentrée 2018. Le principe consiste à supprimer la notion d’année (licence anciennement en trois ans pour tous) pour ne retenir que les crédits ECTS. L’objectif affiché est la mise en place de parcours différenciés à durée variable.

Au sein de chaque filière de chaque université, sont en effet prévus à terme des cursus différenciés, pour simplifier à trois vitesses : la licence normale (trois ans), une licence accélérée (deux ans) ou bien renforcée, qui sera de fait elle-même sélective et ne pourra que dévaloriser la licence classique, et enfin une licence à vitesse réduite (quatre ans) ou bien à dispositifs spécifiques, obligatoire pour certains étudiants.

Il est à craindre, de plus, que dans chaque établissement une partie des maigres moyens viennent se concentrer plutôt sur les cursus renforcés au détriment de la licence classique et de la licence ralentie, sans compter le risque de rendre payants, à terme, les cursus rapides ou renforcés, comme c’est du reste déjà le cas actuellement pour la filière renforcée de Droit de Paris 2, dite « Collège de droit ». S’ajouterait parallèlement une réforme des IUT, susceptible de remettre partiellement en cause leur nature actuelle et leur spécificité (rentrée 2019).

C) En résumé, à suivre le projet de loi, les universités des grandes métropoles auraient vocation à avoir, pour partie, un recrutement national qui viendrait ainsi écrêter le recrutement des étudiants dans les universités de taille moyenne ou petite. Se profileraient donc trois groupes d’établissements : les universités prétendument « de luxe » (mais qui du coup, par leur recrutement, le deviendraient de fait), les universités d’enseignement et enfin les universités de relégation, même si ce terme est sans doute un peu fort.

Les universités du premier groupe sont du reste déjà organisées au sein de l’autoproclamée CURIF (Coordination des universités de recherche intensive française), tandis que pour tenter de contrer leur influence, notamment sur le gouvernement (la ministre est ancienne présidente d’une université-CURIF), de nombreuses petites et moyennes universités se sont regroupées au sein de l’AUREF (Alliance des universités de recherche et formation française), s’inquiétant en particulier d’une concentration des moyens sur les universités du groupe 1 au détriment des autres.

Un système universitaire à vitesses multiples se mettrait ainsi progressivement en place. Cela aboutirait à un éclatement complet du système universitaire et à une remise en cause de la valeur des diplômes puisque c’est le cursus individuel de chaque étudiant, bien plus que le diplôme lui-même, qui se verrait alors conférer, ou non, une valeur.

Cette hiérarchisation des étudiants par différenciation (universités à trois vitesses, chaque université proposant elle-même ensuite des cursus à trois vitesses) serait en outre très injuste socialement dans la mesure où suivre des études dès la L1 par exemple à Paris pour un lycéen domicilié initialement à Rouen ou Amiens, constituerait un coût financier important, accessible aux seules familles aisées, voire très aisées.

Si cette réforme parvenait à son terme, il s’agirait donc d’un basculement historique conduisant à un changement complet de système.

Toutes ces raisons, et d’autres qu’il conviendrait de mettre également en avant (effacement presque complet du bac pourtant premier grade universitaire, etc.), poussent à demander l’abandon du projet de loi.

Rouen, le 1er décembre 2017

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Classé dans C. Bretagne Normandie

Sélection à l’entrée de la L1, du M1

Patrick Fauconnier, Universités : innover ou sombrer, 2017, Fauves Éditions. L’éditeur, à la demande de l’auteur de l’ouvrage, m’a donné l’autorisation d’en publier des Bonnes Feuilles. Un point fort du livre : il faut refonder l’ensemble du 1er cycle. Le blog Histoires d’universités défend depuis 2009 la création d’Instituts d’enseignement supérieur dédiés au 1er cycle.

Quelques bonnes feuilles, tirées de la troisième partie, consacrée aux quatre mesures à prendre vite pour éviter que l’université ne sombre. Mesure 4 : pages 237 à 239.

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A la tête de l’étudiant-e ?

A la tête de l’étudiant-e ? Les discriminations perçues dans l’enseignement supérieur, Ove Infos, n°35, septembre 2017, 8 pages, par Odile Ferry, chargée d’études à l’OVE, Elise Tenret, maître de conférences en sociologie à l’université Paris-Dauphine, chargée de mission à l’OVE.

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136 421 élèves ingénieurs

Sophie Roux, Les étudiants inscrits en 2016-2017 en cycle ingénieur, Note Flash du SIES, N°10 juillet 2017, 2 pages.

136 421 élèves ingénieurs en 2016-2017, soit une progression de 4,6% par rapport à 2015-2016 (tableau ci-dessous). Une majorité d’entre eux sont scolarisés dans le public (32 740 dans les écoles d’ingénieurs universitaires). Les effectifs dans les écoles privées dépassent plus d’un quart des inscrits et connaissent la plus forte progression (+ 7,4% en un an). En matière d’attractivité, le secteur privé se porte bien.

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Un peu plus d’un élève néo-entrant sur trois, inscrit en école d’ingénieur, est issu d’une classe préparatoire aux grandes écoles (tableau ci-dessous). Près d’un sur 4 vient d’un BTS ou d’un DUT. Près d’un sur cinq vient d’une classe préparatoire intégrée à une école (ce qui peut être interprété comme une stratégie de captation de clientèle dès la sortie du baccalauréat).

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Classé dans E. Ingénierie

BTS, une attractivité en baisse ?

En marche ! Programme pour l’enseignement supérieure et la recherche.

Nous agirons pour promouvoir la mobilité sociale et professionnelle. Nous revaloriserons la formation professionnelle via la création de 100 000 places supplémentaires dans de nouvelles filières courtes professionnalisantes proposées par les lycées, les universités, les établissements consulaires en lien avec les branches professionnelles.

Cinq questions pour lever les imprécisions de ce programme. Filières courtes professionnalisantes en deux ou trois ans ? Le même diplôme préparé et délivré en classe supérieure des lycées et en université ? Le diplôme délivré par les établissements consulaires sera-t-il un diplôme national ? Et quid de la licence de technologie en 3 ans proposée par l’Assemblée des Directeurs d’IUT ? Et quid du Bachelor en 3 ans ?

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Mieux vaut être fille/fils de cadre !

Diplôme des sortants d’études initiales selon l’origine sociale en 2014 (INSEE). De l’importance et du maintien des inégalités sociales en matière d’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur. La démocratisation, un serpent de mer !

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En 2014, parmi les filles/fils de cadres et professions intermédiaires sortant d’études initiales, 44% ont obtenu un diplôme supérieur à bac+2 et 16% un bac+2, soit un total de 60% de diplômés du supérieur. Le taux n’est que de 31% pour les enfants d’employés et d’ouvriers.

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La CPU et la démocratisation

Communiqué de la conférence des présidents d’université, 23 mars 2017 : Protocole pour une démocratisation exigeante et ambitieuse de l’accès à l’enseignement supérieur. Une volonté commune en faveur de la mixité sociale.

Commentaires. Pour une démocratisation exigeante et ambitieuse. Pourquoi ces deux adjectifs ampoulés ? Parce que le mot « démocratisation » a été employé à toutes les sauces, parce qu’il a perdu de sa force politique. Ce protocole est ainsi d’une tristesse à pleurer : il peut se résumer à une action de communication et à des actions d’accompagnement de publics, sans que celles-ci soient précisément définies (qu’est exactement aujourd’hui une action de tutorat ?), et sans que l’impact de ces actions puisse être mesuré.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et de l’obtention de diplômes supérieurs doit être précisément mesurée pour pouvoir en suivre l’évolution dans le temps : quelle est la proportion d’enfants d’ouvriers et d’employés qui accèdent à l’enseignement supérieur, qui obtiennent un bac+2, un bac+3 ou un bac+5, qui obtiennent un emploi correspondant à leur niveau de diplôme ? Cet indicateur dit de « destinée » est plus pertinent que l’indicateur dit de « recrutement » (proportion d’étudiants qui ont des parents ouvriers ou employés dans l’ensemble des étudiants).

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Réussite au bac : 90% en 2017 ?

Réussite au bac : 90% en 2017 ? Suite de la chronique Taux de succès incroyable au baccalauréat. Taux d’échec incroyable à la licence. Il y a comme un problème, non ?

Résultats définitifs de la session 2016 du baccalauréat : stabilité de la réussite dans les voies générale et technologique, progression dans la voie professionnelle, Note d’information, n°05, mars 2017.

« Avec 715 200 candidats et 633 500 bacheliers, le taux de réussite atteint 88,6 % à la session 2016 : 91,5 % en général, 90,7 % en technologique et 82,5 % en professionnel. Il progresse uniquement dans la voie professionnelle (+ 2 points).

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Autonomie et Inégalités

Conclusion du billet de Jean-François Méla sur son blog : quelques réflexions en contexte politique.

« Les ambigüités de la « politique d’excellence » sont évidents : on établit une hiérarchie sociale qui peut conduire à marginaliser des catégories importantes en cristallisant les différenciations. Il ne faut pas nier une certaine contradiction entre l’autonomie et l’égalité républicaine.

La pleine autonomie des établissements soulève beaucoup de questions et de réserves. Comment concilier la diversité la plus libre avec le souci de réduire les inégalités ? Comment cette « pleine autonomie » qu’on souhaite coexistera avec les différents mécanismes d’évaluation et de régulation nationaux ?

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CESER Grand-Est : e-démocratie

Le CESER Grand Est a ouvert le 1er mars 2017 forum en ligne sur la thématique du lien social à l’ère numérique.

Par le biais de cette initiative, le CESER Grand Est innove et expérimente une forme d’usage de l’e-démocratie, dans un contexte marqué par des pratiques de plus en plus intensives des outils numériques. Il s’agit de toucher le grand public et de permettre au plus grand nombre de participer et de s’exprimer.

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Ainsi, les internautes peuvent depuis aujourd’hui apporter leurs contributions au débat, et exposer leurs propres expériences sur la dimension de proximité dans l’espace numérique (atelier n°1) ou encore sur les tiers-lieux, nouveaux espaces collaboratifs (atelier n°2).

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Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)