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Présider durant 2/3 de sa vie active

Président durant les 2/3 de la vie active ?

Par arrêté en date du 6 avril 2022, Gilles Roussel a été nommé membre et président du Comité éthique et scientifique de la plateforme Parcoursup (chronique : En finir avec Parcoursup ?)

Gilles Roussel, né en 1968, a été élève à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm (1988-1992), et a obtenu son doctorat en informatique en 1994. De 1994 à 2007 (durant 13 ans), il a été enseignant-chercheur à temps plein et a exercé en fin de période la responsabilité de directeur du laboratoire d’informatique de l’université de Marne-la Vallée. Il a été promu professeur en 2004 (à l’âge de 36 ans).

Il a été 8 ans président de l’université de Marne-la-Vallée (élu en 2012 après avoir été vice-président depuis 2007). 4 ans président de la Conférence des Présidents d’université (décembre 2016 à décembre 2020). Depuis janvier 2021, il est président de l’université Gustave Eiffel, pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois ; il était seul candidat à cette fonction.

Billet d’humeur. Gilles Roussel, vice-présidences et présidences en continu de 2007 (39 ans) à 2031 (63 ans) ? A cet âge, il devra encore trouver une noble tache pour ne pas devoir retourner faire le professeur devant les étudiants de 1er cycle. Se faire attribuer un poste de membre Senior à l’Institut Universitaire de France, pour une période de 5 ans ?

Je n’ai guère d’empathie pour le président Roussel et pour ses collègues qui construisent une très longue trajectoire administrative analogue à la sienne, dans le cadre de la création d’un EPE, Établissement Public Expérimental.

Est-il concevable qu’un enseignant-chercheur, recruté ces dernières années entre 25 et 35 ans, puisse demeurer à la tête d’un établissement de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants et de plusieurs milliers d’enseignants et de BIATSS pendant les 2/3 de sa vie active ?

Comment en finir avec ces présidents quasi à vie ? Diminuer drastiquement la longueur des mandats (deux ans de vice-présidence et deux ans de présidence). Pas de réélection possible. Les présidents ne sont pas des Directeurs généraux des services ; ils n’en ont pas les compétences.

Les universités n’ont pas besoin de présidents technocrates, bureaucrates, beaux-parleurs, thuriféraires de leur ministre de tutelle, prisonniers enfermés dans leur tour d’ivoire, déconnectés du terrain, assassins de la démocratie universitaire.

J’ai vu à l’œuvre Gilles Roussel sur le terrain de l’université de Marne-la-Vallée, pendant ma dernière année universitaire (2007-2008). En 2007, il était déjà vice-président. Nous étions collègues, en dépit de la différence d’âge (24 ans).

En mai 2022, Gilles Roussel est patron de l’université Gustave  Eiffel et il a du temps libre : il a accepté de faire le président de CESP Parcoursup.

Je l’imaginais plutôt prendre du temps pour aller visiter chacun des campus de formation de Gustave Eiffel, les 5 campus métropolitains et les 7 implantations secondaires.

En janvier 2009, j’ai commencé à faire le blogueur d’Histoires d’Universités. Gilles Roussel : entre 2009 et 2022, aucune autre personnalité de l’enseignement supérieur et de la recherche n’a fait l’objet d’autant de chroniques de ma part. Quelques dizaines, dont les trois suivantes. Elles sont critiques : un blog doit voir les verres à moitié vides plutôt que les verres à moitié pleins.

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Claude Bourgelat fonde l’hippiatrique

Chroniques sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

L’hippiatrique fondée par Claude Bourgelat (source principale de la biographie : extraits de l’article de Wikipédia). Celui-ci est né le 27 mars 1712 à Lyon et est mort le 3 janvier 1779 à Paris à l’âge de 67 ans.

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« Il est le précurseur de l’institutionnalisation de l’enseignement vétérinaire, à travers la fondation des deux premières écoles vétérinaires du monde, qu’il a impulsées à Lyon en 1761, puis à Maisons-Alfort en 1765. On peut également le regarder comme le fondateur de l’Hippiatrique en France (définition de l’Encyclopédie). Chronique à suivre : autres sources en ligne sur ces deux écoles)

1719. Le père de Claude Bourgelat est un riche commerçant qui partage ses activités entre Lyon, où son élection à l’échevinage le fait accéder à la noblesse, et Livourne en Italie. Après son décès en 1719, Claude voit l’aisance matérielle s’amenuiser et l’ambiance familiale se dégrader au fil des procès autour de l’héritage. Bourgelat démarre donc sa vie d’adulte avec très peu de moyens.

Entre 1724 et 1729. Il sert dans la troupe des mousquetaires.

1730-1740. On le retrouve à Lyon où il tient un cabinet d’avocat. Il plaide des affaires pour la haute bourgeoisie et la noblesse lyonnaise. Les relations qu’il se crée alors dans cette sphère du pouvoir local lui serviront pour la réalisation de ses ambitions professionnelles.

1740. Le 29 juillet, Bourgelat obtient le brevet d’Écuyer du roi tenant l’Académie d’équitation de Lyon. Il occupe cette fonction de 1740 à 1765.

1744. A l’âge de 32 ans, il publie son premier ouvrage, Le Nouveau Newcastle. Ce traité d’équitation qui présente une nouvelle approche de l’art équestre lui vaut une notoriété considérable dans l’Europe entière.

À l’occasion de la rédaction de ce livre, Bourgelat remarque des anomalies dans les descriptions antérieures de la biomécanique du cheval. Il les attribue à des erreurs dans les connaissances anatomiques de l’époque. Il décide alors de se consacrer à des recherches dans ce domaine et réclame, pour ce faire, la collaboration des chirurgiens humains exerçant à l’Hôtel-Dieu. Claude Pouteau et Jean-Baptiste Charmetton, professeurs au collège de chirurgie de Lyon répondent avec intérêt et enthousiasme à sa demande.

À la faveur de cette collaboration avec les médecins de l’homme, l’Écuyer a trois révélations :

  •  la différence entre la démarche empirique et le raisonnement scientifique,
  •  la similitude entre la machine humaine et la machine animale,
  •  l’opportunité de créer le métier de médecin des animaux.

1750. Ainsi, Bourgelat se transforme en auteur scientifique. En 1750, il publie le tome I des Éléments d’hippiatrique. La conception du plan de cet ouvrage englobe toutes les notions d’anatomie, de physiologie, de pathologie, d’hygiène, de thérapeutique voire de zootechnie y compris la visite d’achat du cheval. L’auteur les aborde avec un esprit qui fait appel à l’expérience, à l’observation, au raisonnement, à l’analyse et à la déduction. Il s’agit d’une méthode novatrice qui repousse résolument l’empirisme et ses recettes.

1752. Bourgelat a 40 ans et est nommé correspondant de l’Académie des sciences de Paris. C’est la reconnaissance de sa valeur scientifique et de sa qualité de savant du siècle des Lumières.

L’arrivée à Lyon en 1754 d’Henri Léonard Bertin est une providence pour Bourgelat. Ce jeune haut fonctionnaire vient y exercer les fonctions d’intendant de la Généralité. Les deux hommes se lient rapidement d’une profonde amitié qui survivra au départ de Bertin pour la capitale lorsqu’il est nommé trois ans plus tard lieutenant général de police. Très vite admis à la Cour, il poursuivra sa brillante carrière en devenant contrôleur général des finances en 1763. Mais il n’attend pas cette haute promotion pour réussir à convaincre le roi Louis XV de l’intérêt, pour l’économie rurale du royaume, de créer une profession qui pourrait lutter contre les épizooties affectant le bétail.

1754-1757. Ami de d’Alembert, Bourgelat est choisi comme Collaborateur de l’Encyclopédie (environ 235 articles signés dans les tomes V, VI et VII). Il écrit plus de la moitié du contenu de l’Encyclopédie en matière d’équitation, de médecine et de chirurgie vétérinaire.

1760. Bourgelat est nommé Inspecteur de la Librairie à Lyon. Il le demeure jusqu’en juillet 1764. Source : Pol Jeanjot-Emery, Bourgelat en dehors des écoles vétérinaires. Les étapes de la célébrité. Extrait de SFHMSV.

« Un poste d’Inspecteur de la Librairie existait à Paris sous l’autorité de De Malesherbes. L’Inspecteur de la Librairie de Lyon sera en quelque sorte le délégué de De Malesherbes dans cette ville. Il est chargé de s’opposer aux fraudes nombreuses qui s’y commettent dans le commerce de l’imprimerie. C’est d’abord lui qui désigne les censeurs. De plus toute introduction de  livres en douane doit lui être signalée; tout ballot contenant des imprimés doit être visité, alors même qu’il serait à destination d’une autre ville du Royaume, ou de l’Étranger; à moins qu’il n’ait été expédié plombé et accompagné d’un acquit à caution. Bourgelat était pressenti à ce poste dès la fin de 1759, car, par une lettre datée du 28 Décembre, il demande à De Malesherbes des instructions sur ses fonctions, tout en précisant la façon dont il entend mener ses investigations de police, car c’est bien d’un rôle de police dont il s’estime investi.

Bourgelat montre là ce par quoi il se distinguera toujours : Faire preuve de l’autoritarisme le plus intransigeant envers les uns, et cultiver l’art des sollicitations les plus flatteuses avec d’autres.

1760. C’est le 20 Janvier que Bourgelat prête serment devant le Lieutenant général de police. Dès son entrée en fonction, il insiste pour qu’on examine d’une façon toute spéciale les envois venant de Genève, parce que c’est en Suisse qu’il s’imprime le plus de livres contre les mœurs, le gouvernement et la religion catholique.

Même recommandation pour les imprimés venant de Provence, et notamment d’Avignon parce qu’il s’y fait de nombreuses contrefaçons. Tout envoi suspect, alors même qu’il aurait été déclaré contenant des marchandises autres que des livres, doit être déposé à la chambre syndicale pour y être soumis à la visite. Toute cette période de Bourgelat Inspecteur de la Librairie de Lyon a donné lieu à un abondant échange de correspondance entre lui et ses supérieurs hiérarchiques. Bien étudiée par Moulé, cette correspondance a révélé nombre de péripéties auxquelles il fut confronté.

La première opération délicate fut la chasse à un pamphlet intitulé Histoire de Madame la Marquise de Pompadour, paru en Angleterre, puis traduit et publié par Heidegger en Suisse. Bourgelat a le privilège d’en informer De Malesherbes dans une lettre du 25 Janvier 1760.

Bourgelat adresse à Malesherbes un mémoire sur les contrefaçons d’Avignon et de Rouen (30 janvier 1760),  à Sartine un rapport sur l’état du commerce de la librairie lyonnaise (24 décembre 1763) ».

« 1761. Par arrêt du Conseil du Roi en date du 4 août, l’autorisation est donnée à Bourgelat (il a 49 ans) d’ouvrir une école vétérinaire dans les faubourgs de Lyonoù l’on enseignera publiquement les principes et la méthode de guérir les maladies des bestiaux, ce qui procurera insensiblement à l’agriculture du Royaume les moyens de pourvoir à la conservation du bétail dans les lieux où cette épidémie désole les campagnes… Bourgelat obtient du roi Louis XV l’autorisation et les moyens de créer, grâce à l’appui de son ami Henri-Léonard Bertin (1720-1792), alors Contrôleur Général des Finances, une École où l’on enseignerait publiquement les principes et les méthodes de guérir les maladies des bestiaux. Installée dans un ancien relais de poste dit le Logis de  l’Abondance, situé dans le quartier de la Guillotière, l’École accueille son premier élève le 13 février 1762.

1762. Claude Bourgelat, écuyer et chef de l’Académie d’équitation de Lyon, s’étant ménagé de puissants appuis politiques et financiers obtient que soit créée à Lyon une École pour le traitement des maladies des bestiaux. Cette école, la première en son genre, ouvre au début de l’année 1762. À la fin de l’année elle compte 38 élèves.

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Cénotaphes de Professeurs luthériens

18ème siècle. Cénotaphes de professeurs dans l’Église Saint-Thomas, dite aussi Cathédrale protestante de Strasbourg,

  • Introduction de ma chronique du 20 juin 2021 : Épitaphes pour Schoepflin et Koch. « Jean-Daniel Schoepflin (1694-1771) et Christophe-Guillaume Koch (1737-1813) ont été professeurs d’Histoire à l’Académie de Strasbourg. Le second a succédé au premier, après en avoir été l’assistant et le bibliothécaire. Ils sont morts au même âge, 76 ans, et bénéficient tous deux d’un  monument funéraire dans Saint-Thomas ».

Dans la chronique d’aujourd’hui, 3 autres cénotaphes de professeurs ayant exercé au cours du 18ème siècle : Jean-Georges Scherz (1678-1754), Joanne Henrico Boeclero (docteur en droit en 1728), Jean-Jacques Sachs (1686-1762). La langue utilisée est le latin.

Diaporama de 19 photos.

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A. Jean-Georges Scherz (source Wikipédia).

« Né le 29 mars 1678 à Strasbourg et mort dans la même ville le 1er avril 1754, est un juriste, philosophe, philologue, médiéviste et chanoine luthérien alsacien qui fut notamment doyen de l’université de Strasbourg et du chapitre de Saint-Thomas.

Il étudie le droit dans l’université de sa ville natale où il obtient son doctorat en 1702. De cette date à 1710, il y est professeur de philosophie pratique, puis professeur de droit jusqu’à sa mort en 1754.

Une étude expérimentale de la physique du son, au jour du 16 novembre 1731.

Linguiste et médiéviste passionné, il élabore pendant cinquante ans un dictionnaire de l’allemand médiéval, le Glossarium germanicum mediiaevi, que lui-même jugeait inachevé, mais que le Magistrat de la ville classa parmi les Biens précieux. L’œuvre fut complétée après sa mort et éditée en deux volumes par le philologue Jérémie-Jacques Oberlin.

Chanoine du chapitre de Saint-Thomas pendant 52 ans, il en fut également le doyen et le prévôt.

Jean-Georges Scherz eut trois filles et un fils. Celui-ci s’apprêtait à suivre les traces de son père, mais disparut prématurément, lui laissant un petit-fils.

À l’église Saint-Thomas de Strasbourg, un monument funéraire de style baroque, richement décoré, perpétue sa mémoire et contribue à l’établissement de sa biographie ».

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Qui succédera à P. Mutzenhardt ?

Pierre Mutzenhardt a été élu président de l’université de Lorraine une 1ère fois en mai 2012, une 2nde fois en mai 2017. Toutes les chroniques d’Histoires d’universités sur Pierre Mutzenhardt. Photos.

« De nouvelles élections des conseils centraux de l’Université de Lorraine ont eu lieu mardi 5, mercredi 6 et jeudi 7 avril 2022 sur la plateforme en ligne.

Le 23 mai 2022, sera élu le nouveau président de l’Université. Seuls les 30 administrateurs participent à son élection : 20 membres du CA élus (dont 4 étudiants élus le 24 mars 2021) ; 10 personnalités désignées : 7 par les directeurs de collégium et de pôle scientifique, 3 par la Région Grand Est, l’Eurométropole de Metz et la Métropole du Grand Nancy ».

Les résultats des élections de 2022 aux Conseils centraux

Ils sont publiés sur Factuel, le Journal d’information en ligne.

Ils ne sont en aucun cas des procès verbaux réglementaires, distincts selon les trois collèges électoraux (2 pour les enseignants, 1 pour les personnels BIATSS). L’opacité de Factuel sur les résultats explique mon choix d’en faire un Billet d’humeur.

Certes, présenter également les résultats selon les deux grands sites géographiques (Nancy et Metz) aurait attiré l’attention sur les tensions passées et présentes entre les deux métropoles lorraines.

Les PV réglementaires doivent exister mais ils ne sont pas accessibles au commun des mortels. Le service d’authentification fait barrage. Pourquoi ?

Le monde économique, le monde politique, les citoyennes et les citoyens ne sont-ils pas sommés régulièrement de se mobiliser davantage pour l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation ?

Sur Factuel : « 6 920 électeurs étaient appelés à voter (personnels administratifs, enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs). Près de 60 % des personnels ont participé à ce scrutin. L’Université de Lorraine, avec son statut de grand établissement (décret du 22 septembre 2011), renouvelle ses conseils tous les 5 ans ».

Ce taux moyen de participation (près de 60% des personnels) est faible. Il l’est d’autant plus  que le scrutin a duré 3 jours et qu’il s’est déroulé sur une plate-forme en ligne. Il cache en fait des différences importantes de taux de participation dans les collèges enseignants (A et B) et BIATSS. Dans les universités, ce sont les enseignants et chercheurs de rang A (professeurs et directeurs) qui votent le plus (des scores de plus de 75% voire 80% sont banals). Qu’en a-t-il été chez les rangs A de Nancy et de Metz ?

Sur Factuel. « Dans le cadre de ces élections universitaires, les personnels de l’Université de Lorraine ont élu les nouveaux représentants du Conseil d’Administration, du Conseil Scientifique, du Conseil de Formation, Conseil de la Vie Universitaire, Sénat Académique.

Les résultats des élections au scrutin de liste avec répartition des sièges restant à la représentation proportionnelle au plus fort reste des membres du Conseil d’Administration :

  • La liste Avec Hélène Boulanger, pour une Université de Lorraine Solidaire, Ambitieuse et Responsable soutenue par SGEN-CFDT obtient 7 sièges sur 30 ;
  • La liste Confiance 2022 portée par Christophe Schmitt, candidat à la Présidence de l’université obtient 3 sièges ;
  • La liste UL-Ensemble avec Jean-Marc MARTRETTE obtient 2 sièges ;
  • La liste ESPOIR- Enseignement supérieur public ouvert, inclusif et rassembleur soutenue par CGT FERC Sup, SNESUP, SNASUB, SNCS, SUD-Education obtient 2 sièges ;
  • La liste EQUILIBRE obtient 0 siège ;
  • La liste SNPTES obtient 1 siège ;
  • La liste PERSONNELS BIATSS, MOBILISONS-NOUS pour ne plus être les 50% d’oubliés de l’université de Lorraine soutenue par UNSA ITRF BIO – A&I UNSA – SNIES UNSA EDUCATION obtient 1 siège ».

Deux candidats à la succession du Président Pierre Mutzenhardt

Christophe Schmitt (la liste qui le soutient a obtenu 3 sièges au Conseil d’administration), Hélène Boulanger (7 sièges au CA).

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1740-1758. Benoit XIV, pape

Prospero Lorenzo Lambertini, né le 31 mars 1675 à Bologne, est le troisième enfant d’une famille noble des États pontificaux. Il devient pape en 1740 sous le nom de Benoît XIV. Il meurt le 3 mai 1758 à Rome.

Cinq sources en ligne. L’article de Wikipédia structure la chronique. S’y ajoutent, en page 2, quatre focus (captures d’écran d’une petite partie d’un ouvrage ou d’un article).

Partie 1. 1740, Le conclave.

1732 et 1733. Encore cardinal Prospero Lambertini, il intervient en soutien à Laura Bassi pour sa soutenance de disputatio de philosophie. Elle devient en 1733 la seconde femme à être docteur en philosophie et enseigne la physique et les mathématiques à l’université de Bologne.

Le pape Clément XII meurt le 6 février 1740. Le conclave élit le cardinal Lambertini à l’unanimité le 17 août 1740, après un des plus longs conclaves depuis des siècles : en effet, il ne dure pas moins de six mois et nécessite 254 scrutins.

Olivier Descamps, L’ecclésiologie de Benoît XIV, p. 309-322, in Patrick Arabeyre (ed), Les clercs et les princes, Publications de l’École Nationale des Chartes, 2013.

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Partie 2. Benoit XIV, pape de 1740 à 1758 (source Wkipédia).

Tableau de Pierre Subleyras (copie du portrait peint en 1740 par Giuseppe Maria Crespi), 1741

Quelques mois après son accession au trône de Saint Pierre, éclate la Guerre de succession d’Autriche (1740-1748). La guerre de Sept ans (1756-1763) en est à 2ème année quand il meurt.

Pape Moderne et Conservateur. Législateur de l’Église moderne, Benoit XIV a marqué le XVIIIe siècle par son long pontificat de dix-huit ans et par son ouverture d’esprit au siècle des Lumières. C’est un pape moderne qui tente de calmer les querelles religieuses, de ramener l’Église grecque et l’Église arménienne dans le giron de Rome, et, tout en confirmant la bulle Unigenitus, il adoucit les rigueurs que l’on exerçait sur les jansénistes.

1741. Féru de sciences (en particulier de physique, de chimie, de mathématiques), il autorise les œuvres sur les nouvelles représentations du monde (héliocentrisme à cette époque).

Devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre apportée par James Bradley, il fait accorder par le Saint-Office l’imprimatur à la première édition des œuvres complètes de Galilée. Ce geste constitue une révision implicite des sentences de 1616 et 1633.

1742 et 1744. Benoit XIV sait aussi se montrer conservateur. Soupçonneux à l’égard des initiatives missionnaires des Jésuites, il condamne les Réductions du Paraguay et met fin à la querelle des rites en interdisant définitivement les rites chinois et malabars qu’il juge imprécis, par les lettres apostoliques Ex quo singulari (1742) et Omnium sollicitudinum (1744).

1745. Il se montre favorable aux Lumières et entretient des relations avec Frédéric II de Prusse par l’intermédiaire du savant Maupertuis. Voltaire lui dédie en 1745 sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète. La lettre de remerciement du pape au philosophe témoigne l’excellence de leurs rapports. Voltaire admirait sincèrement ce pontife cultivé et ouvert aux idées de son temps.

1748. Il apporte son soutien à Maria Gaetana Agnesi pour qui il fait créer une chaire de mathématiques à l’université de Bologne.

1750. Il proclame l’Année sainte et charge (en vain) l’évêque de Mirepoix de faire cesser l’adultère du roi Louis XV.

1751. Il se montre favorable au projet d’encyclopédie de Diderot et d’Alembert

1751… mais il renouvelle les réserves pontificales à l’égard de la franc-maçonnerie, condamnée dans la bulle Providas romanorum.

1753… mais Il condamne la thèse soutenue à Paris par l’abbé de Prades.

1753 (9 juillet). Il réorganise l’Index dans un sens plus libéral, en donnant plus de garanties aux auteurs incriminés, par la constitution Sollicita ac provida.

1757. Les ouvrages favorables à l’héliocentrisme sont autorisés, par un décret de la Congrégation de l’Index, qui retire ces ouvrages du catalogue des livres interdits.

Partie 3. Trois focus sur Benoit XIV

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Campus Condorcet. Balaudé écarté

Vendredi 1 Avril 2022, Jean-François Balaudé, Président de l’Établissement Public Campus Condorcet, a adressé un courriel à tous les personnels : Nouvelles concernant les instances de l’EPCC.

Décret n° 2017-1831 du 28 décembre 2017 relatif à l’organisation et au fonctionnement de l’établissement public Campus Condorcet :

  • Article 6. Le conseil d’administration comprend huit personnalités qualifiées désignées de façon paritaire entre le nombre d’hommes et de femmes par le président de l’établissement après avis des autres membres du conseil.
  • Article 8. Le président de l’établissement public est élu à la majorité absolue des membres en exercice du conseil d’administration parmi les administrateurs, sur proposition des établissements et des organismes membres, pour un mandat de quatre ans. Il ne peut pas exercer plus de deux mandats consécutifs.

Décret no 2021-1315 du 8 octobre 2021 relatif à l’établissement public Campus Condorcet dans le cadre de la loi no 2020-1674 du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à
2030.

  • S’agissant de sa gouvernance, l’établissement public Campus Condorcet est administré par un conseil d’administration et dirigé par un président, lesquels sont assistés par un conseil scientifique.
  • Le président de l’établissement, suppléé par un directeur général dans l’exercice de la fonction d’ordonnateur, est désormais nommé par décret pris sur le rapport des ministres de tutelle ;
  • ces derniers siègent au conseil d’administration
  • et désignent les personnalités qualifiées siégeant au conseil d’administration.

Point très important : un changement décisif concernant la liste des personnalités qualifiées : celles-ci ne sont plus désignées par le président de l’établissement après avis des autres membres du Conseil d’administration mais par les ministres de tutelle. Une centralisation étonnante qui va à l’encontre d’une autonomie minimale de l’établissement.

Partie 1. Deux extraits du courriel du Jean-François Balaudé. Chroniques d’Histoires d’universités sur l’ancien président de l’université Paris-Nanterre.

Paragraphe 1 du courriel. « Dans le nouveau cadre statutaire de l’EPCC, le CA est constitué d’élus, de représentants des membres, de représentants institutionnels, de personnalités qualifiées désignées par le ministère, et de 2 représentants de l’État« .

Paragraphe 4. « Bien que cette liste de Personnalités qualifiées ne soit pas encore stabilisée, j’ai été informé que je n’en ferais pas partie. Par conséquent, mon mandat en cours s’achèvera le jour où le nouveau président sera nommé par décret ».

Commentaire. Pour être élu président de l’EPCC, il faut être administrateur (sur ce point, le décret de 2021 ne change pas celui de 2017). Le président actuel de l’EPCC ne peut être futur administrateur qu’en tant que personnalité qualifiée. Il dit qu’il a été informé qu’il ne figurerait pas dans la liste de ces personnalités.

Il est donc privé d’une possibilité de réélection à la présidence du campus Condorcet sans que l’on sache ce que les ministres de tutelle lui reprochent. La démocratie universitaire n’est plus qu’un ersatz ; la clique des princes et consorts étend sa toile asphyxiante.

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Sélestat. Les maîtres et les élèves

Bibliothèque Humaniste de Sélestat, École latine (1450-1520), Exposition jusqu’au 30 juin 2022. Les Humanistes font la classe. Suite de la chronique : Sélestat. A l’école des Humanistes.

Les maîtres de l’école latine, comme Beatus Rhenanus, enseignent devant des élèves répartis par classe, selon leur âge et selon leur degré de maîtrise du latin. Ils utilisent les ouvrages de la bibliothèque, en font copier des pages sur des cahiers et les commentent. Parmi les maîtres de l’Antiquité figurant dans l’exposition et présentés dans cette chronique : Terence, Suétone, Tertullien, Justinien 1er, Bède le Vénérable.

Diaporama de 25 photos : livres manuscrits ou imprimés, cartels, détails.

Cahier d’écolier de Beatus Rhenanus (1498-1499).

Étude de textes de Virgile, de Martial, d’Ovide

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Les Humanistes de Sélestat. « Le mot Humanitas, en latin, désigne la culture, et c’est pourquoi l’on nommera ceux qui y adhèrent les Humanistes. Cela désigne ainsi une école de la pensée gréco-latine, basée sur le retour aux textes anciens et aux philosophes de l’Antiquité, pour former une éthique fondée sur la dignité de l’homme, pour qu’il se sente maître de son destin, une conception générale de la vie, commune à tout l’Occident, axée sur la croyance, peut-être un peu utopique, au salut de l’homme par lui-même, aidé par le savoir et la culture ».

A. Gregor Reisch, Typus Grammatice, Margarita Philosophica Nova, imprimé à Strasbourg entre 1503 et 1525, Gravure sur bois, New York, Bibliothèque de l’université de Columbia. Source : Utpictura, Aix-Marseille Université.

« Nicostrata, l’inventaire des lettres de l’alphabet qu’elle tient d’une main, ouvre la clef de la tour du banquet philosophique (triclinium philosophiae) pour un enfant qu’elle invite à entrer.

« L’entrée est un accès à la congruitas, c’est–à-dire à l’accord, à la conciliation des catégories grammaticales latines (nombre, personne, genre, cas).

Les deux premiers étages de la tour sont consacrés à l’apprentissage des grammairiens latins, Donatus – 315-380, pour l’ars minor -, et Priscien  – actif de 500 à 530, auteur des Institutiones grammaticae -.

Viennent ensuite trois étages consacrés aux disciplines et aux auteurs du trivium et du quadrivium. D’abord Aristote (383-322 avant J.C) pour la logique, Tullius (c’est-à-dire Cicéron) pour la rhétorique et la poétique (rhetorica poesis) et Boèce pour l’arithmétique.

Puis Pythagore pour la musique, Euclide pour la géométrie et Ptolémée pour l’astronomie.   

Puis le Philosophe (c’est-à-dire Aristote) pour la physique et Sénèque pour la philosophie morale.

Enfin, tout en haut, Pierre Lombard (vers 1100 – 1160) pour la théologie et la métaphysique« .

B. Térence (environ 190-159 avant J.C), auteur de Comédies. Source : Eduscol.

« Térence est considéré comme le plus grand auteur comique latin avec Plaute (environ 254-184 avant J.C), qui était de quelque soixante ans son aîné. L’essentiel de sa vie nous est connu par le témoignage de l’historien Suétone qui a écrit une Vita Terentii (Vie de Térence), ainsi que par les différentes didascalies accompagnant ses œuvres.

Distingué par Caecilius Statius, un vieil auteur comique en renom, Térence fait représenter sa première comédie, L’Andrienne, en 166 avant J.C, la jeune fille de l’île d’Andros  dans les Cyclades. Un jeune homme aime une jeune fille pauvre, mais son père veut qu’il épouse la fille d’un ami, laquelle aime un autre jeune homme. Au dénouement, on découvre que les deux jeunes filles sont sœurs et les deux couples pourront s’unir selon leur cœur.

Terence est désormais accueilli dans la société des grandes familles aristocratiques, adeptes ferventes de l’hellénisme, et devient le poète attitré des cercles érudits. Mais, par jalousie sans doute, on prétend que ses amis Scipion Émilien et Laelius l’aideraient dans ses créations, voire qu’il ne serait que leur prête-nom…

La carrière de Térence, aussi brillante que discutée, demeure fort brève. Après avoir produit six comédies, il quitte Rome, où il ne reviendra plus. Il meurt, à peine âgé d’une trentaine d’années, en 159 avant J.C, au cours d’un voyage en Grèce. Deux versions circulent alors sur les circonstances de sa mort : parti chercher de nouveaux sujets de pièces encore inédites à Rome, il se préparait à ramener les manuscrits de nombreuses comédies de Ménandre qu’il avait traduites (108, dit-on), lorsque le vaisseau transportant ses bagages aurait fait naufrage ; désespéré par cette perte, il serait mort dans le Péloponnèse ».

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Sélestat. A l’école des Humanistes

Depuis 2018, la nouvelle Bibliothèque Humaniste de Sélestat dispose d’un espace (mitoyen du hall d’entrée) pour les expositions temporaires thématiques. La première fut dédiée aux curiosités de la Bibliothèque : c’est quoi ce Truc ? Au 1er trimestre 2019, des Trésors restaurés de la Renaissance furent mis en valeur (diaporama de 52 photos).

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En 2022, jusqu’au 30 juin, c’est la vie quotidienne d’une classe qui est mise en scène. Source : le site de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat.

Diaporama de 27 photos : l’école de la renaissance innove mais les enseignants sont quelquefois moqués. Dans la prochaine chronique, j’en dirai plus sur les étapes de l’apprentissage des savoirs dans l’école latine, sur les auteurs anciens mobilisés par ses maîtres.

« Le patrimoine écrit conservé par la Bibliothèque s’est développé à partir des bibliothèques de la paroisse (fondée en 1452) et du savant Beatus Rhenanus. Les collections entretiennent des liens étroits avec le monde scolaire dès leur origine et sont notamment le reflet des décennies les plus brillantes, entre 1450 et 1520, de l’école latine qui, par son ouverture à la pédagogie humaniste, devint un modèle pour d’autres institutions alsaciennes ultérieures comme le Gymnase à Strasbourg. Ce sont ensuite les Jésuites qui ont poursuivi la tradition éducative de Sélestat (cf. ma chronique du 15 mars 2022, Sélestat. Collège jésuite et Chaire baroque).

Les ouvrages et documents présentés dans l’exposition sont à replacer dans une problématique plus large, qui parcourt toute l’Europe humaniste : quels sont les usages de l’écrit dans l’éducation de la Renaissance, de la part des maîtres comme de celle des élèves et étudiants, alors que les possibilités techniques, les corpus disponibles et leurs modalités d’étude se renouvellent ? »

Exposition réalisée en collaboration avec :

L’exposition en cours a été précédée d’un Colloque international : Pédagogies de la Renaissance et supports de l’écrit, 21-23 octobre 2021.

« Les liens entre le monde des pédagogues et celui du livre, à la Renaissance, sont multiples et bien documentés. Le colloque a examiné de quelles façons les supports de l’écrit – imprimé, manuscrit – interviennent dans la conception, la diffusion et la réception des pédagogies de la Renaissance.

Quelles évolutions dans la manière d’enseigner ou de suivre un cours peut-on déceler ? Quelles transformations, quelles réflexions pédagogiques suppose le passage d’un cours délivré dans un cadre précis, oralement, devant un auditoire limité et dans une performance singulière, à un ouvrage pédagogique, dont les lectorats peuvent être variés, et qui fige un contenu ? Dans quelle mesure les ouvrages pédagogiques produits sont-ils le reflet de cours délivrés in vivo, ou l’invention d’ouvrages spécifiques ? Comment les possibilités de l’imprimé conduisent-elles à l’invention de genres scolaires nouveaux ?

Les colloques scolaires : faire entendre le latin

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Sélestat. L’École latine (1450-1520)

J’ai découvert pour la première fois la Bibliothèque Humaniste de Sélestat (BHS) en décembre 2011.

Diaporama de 28 photos d’avant les grands travaux de 2014-2018.

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La BHS était visitable comme un musée, mais elle était bien davantage car elle associait une école latine (cf. partie 1) et un fonds de livres exceptionnels : des manuscrits, des incunables, des livres imprimés. Un puits inimaginable de connaissances, légué à l’approche de la mort par Jean de Westhuss, curé de la paroisse de 1423 à 1452, et par l’humaniste Beatus Rhenanus en 1547 (cf. sa biographie résumée en partie 2).

De 2014 à 2018, la Bibliothèque est l’objet d’une campagne de très importants travaux de restructuration et d’agrandissement, confiés à l’architecte Rudy Ricciotti. Trois changements réussis : la montée de la collection permanente au 1er étage, l’ouverture d’une salle de consultation pour les chercheurs, la création d’un lieu d’expositions temporaires au rez-de-chaussée (cf. partie 1).

Diaporama de 20 photos : la Bibliothèque Humaniste de Sélestat par Rudy Ricciotti

Partie 1. A l’origine de l’école latine de Sélestat, Jean de Westhuss et Louis Dringenberg. Source : citations d’un article d’Histoire-Alsace, 9 avril 2020.

« Ils sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui en fit un établissement de premier plan où l’on tenta de (bien) former d’excellents chrétiens. Fidèle à l’exemple des Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne qui prônait la pauvreté, à l’image de celle du Christ, et les bienfaits de l’éducation.

Jean de Westhuss, le curé visionnaire. Il avait été curé de Sélestat de 1423 à 1452, date de sa mort. Issu de la famille de Westhausen qui  possédait des terres à Sélestat, rien ne le destinait à la célébrité. Il aurait pu, comme beaucoup de ses pairs, s’acquitter mollement  de sa charge pastorale dans une Église en crise qui avait, depuis 1431, réuni  à quelques lieues de là  un nouveau concile. Dans un climat délétère où les pères du concile s’étaient longtemps opposés au pape. Pendant ce concile interminable qui dura dix ans et se transporta successivement de Bâle à Lausanne, puis à Ferrare et enfin à Rome, Jean de Westhuss vivait la crise de l’Église  sur le terrain. Où les prêtres étaient mal formés, les ouailles ignares, les écoles médiocres et les maîtres mal payés.

Le curé de Sélestat était convaincu que seul un enseignement de qualité était capable de faire progresser les chrétiens sur le chemin de la foi et de la pratique. Son école paroissiale ne brillait guère par l’esprit. Il s’en émut, s’en ouvrit à ses proches et se mit en quête de trouver  un pédagogue digne de ce nom. Capable de transmettre un savoir solide pour faire de ses élèves de bons chrétiens.

Des jeunes Sélestadiens  qui fréquentaient l’Université de Heidelberg lui recommandèrent  l’un de leurs aînés, un certain Louis Dringenberg, originaire de Westphalie. Il fit l’affaire, prit la direction de l’école à partir de 1441 et débuta cette merveilleuse et grande aventure  humaniste qui fit et fait encore la réputation de Sélestat.

Jean de Westhuss ne s’arrêta pas la. Il installa l’école paroissiale dans les bâtiments de l’ancienne Œuvre Notre Dame à proximité de Saint-Georges. A sa mort, en 1452, Il légua l’ensemble de sa bibliothèque à la fabrique de l’église. Par ce geste, il donna une impulsion décisive  à la constitution d’une bibliothèque paroissiale, celle de l’école latine, l’autre pilier, à côté de celle de Beatus Rhenanus, de notre Bibliothèque Humaniste. Son exemple fit des émules, d’autres bienfaiteurs suivirent son exemple.

On estime sa donation à une trentaine de volumes au contenu essentiellement  religieux. Il était prêtre après tout. Un prêtre resté exemplaire dans une Église tourmentée.  Ce qui est tout à son honneur ».

« Louis Dringenberg, l’apôtre de la jeunesse, fut le premier maître de l’école paroissiale qui acquit la notoriété. Né dans le diocèse de Paderborn vers 1410, il aurait fréquenté l’école du Mont Sainte-Agnès, près de Zwolle au Pays-Bas. Celle-ci avait été fondée par les Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne du Nord de l’Europe. C’est à Heidelberg qu’il poursuivit ses études à partir de 1430. En 1432, il est bachelier. Deux ans plus tard, il obtient le grade de maître ès art.  On suppose qu’il étudia la théologie par la suite.

Toujours est-il qu’il apparaît à Sélestat en 1441 pour prendre le poste de maître d’école à la demande du curé Jean de Westhuss. Le poste était devenu vacant. Son prédécesseur venait d’être renvoyé pour s’être battu, à coups de hache, avec un tailleur de pierre véhément nommé Jean de Spire

Quand il vint à Sélestat, il ne s’attendait pas à y rester 36 ans, de 1441 à 1477. Jean de Westhuss l’installe dans les locaux de l’œuvre Notre Dame et lui confie non seulement les élèves de l’école mais aussi la direction du chant sacré lors des offices dominicaux et des jours de fête. Dringenberg est un excellent pédagogue mais également un  chrétien fervent ! Il disposait des qualités requises pour aider à réformer par l’enseignement. En bon humaniste, il cultivait l’amour des belles lettres et le retour aux sources antiques sans que sa foi ne fût prise en défaut. Il n’omit pas d’enseigner aussi les pères de l’église. Rappelons que l’humanisme de cette époque est un humanisme chrétien. Celui qu’embrassera le grand Érasme de Rotterdam (1469-1536) un peu plus tard. Avec des préoccupations identiques : Former les chrétiens par l’éducation selon sa belle formule : L’homme ne naît pas homme, il le devient« …

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ESR. Vers l’égalité femmes-hommes?

Partie 1. Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres-clés, MESRI, édition 2022.

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Tableau 3

Tableau 4

Tableau 5

Partie 2. Les personnels enseignants de l’enseignement supérieur public, État de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France, MESRI, n°14.

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