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Présider durant 2/3 de sa vie active

Président durant les 2/3 de la vie active ?

Par arrêté en date du 6 avril 2022, Gilles Roussel a été nommé membre et président du Comité éthique et scientifique de la plateforme Parcoursup (chronique : En finir avec Parcoursup ?)

Gilles Roussel, né en 1968, a été élève à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm (1988-1992), et a obtenu son doctorat en informatique en 1994. De 1994 à 2007 (durant 13 ans), il a été enseignant-chercheur à temps plein et a exercé en fin de période la responsabilité de directeur du laboratoire d’informatique de l’université de Marne-la Vallée. Il a été promu professeur en 2004 (à l’âge de 36 ans).

Il a été 8 ans président de l’université de Marne-la-Vallée (élu en 2012 après avoir été vice-président depuis 2007). 4 ans président de la Conférence des Présidents d’université (décembre 2016 à décembre 2020). Depuis janvier 2021, il est président de l’université Gustave Eiffel, pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois ; il était seul candidat à cette fonction.

Billet d’humeur. Gilles Roussel, vice-présidences et présidences en continu de 2007 (39 ans) à 2031 (63 ans) ? A cet âge, il devra encore trouver une noble tache pour ne pas devoir retourner faire le professeur devant les étudiants de 1er cycle. Se faire attribuer un poste de membre Senior à l’Institut Universitaire de France, pour une période de 5 ans ?

Je n’ai guère d’empathie pour le président Roussel et pour ses collègues qui construisent une très longue trajectoire administrative analogue à la sienne, dans le cadre de la création d’un EPE, Établissement Public Expérimental.

Est-il concevable qu’un enseignant-chercheur, recruté ces dernières années entre 25 et 35 ans, puisse demeurer à la tête d’un établissement de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants et de plusieurs milliers d’enseignants et de BIATSS pendant les 2/3 de sa vie active ?

Comment en finir avec ces présidents quasi à vie ? Diminuer drastiquement la longueur des mandats (deux ans de vice-présidence et deux ans de présidence). Pas de réélection possible. Les présidents ne sont pas des Directeurs généraux des services ; ils n’en ont pas les compétences.

Les universités n’ont pas besoin de présidents technocrates, bureaucrates, beaux-parleurs, thuriféraires de leur ministre de tutelle, prisonniers enfermés dans leur tour d’ivoire, déconnectés du terrain, assassins de la démocratie universitaire.

J’ai vu à l’œuvre Gilles Roussel sur le terrain de l’université de Marne-la-Vallée, pendant ma dernière année universitaire (2007-2008). En 2007, il était déjà vice-président. Nous étions collègues, en dépit de la différence d’âge (24 ans).

En mai 2022, Gilles Roussel est patron de l’université Gustave  Eiffel et il a du temps libre : il a accepté de faire le président de CESP Parcoursup.

Je l’imaginais plutôt prendre du temps pour aller visiter chacun des campus de formation de Gustave Eiffel, les 5 campus métropolitains et les 7 implantations secondaires.

En janvier 2009, j’ai commencé à faire le blogueur d’Histoires d’Universités. Gilles Roussel : entre 2009 et 2022, aucune autre personnalité de l’enseignement supérieur et de la recherche n’a fait l’objet d’autant de chroniques de ma part. Quelques dizaines, dont les trois suivantes. Elles sont critiques : un blog doit voir les verres à moitié vides plutôt que les verres à moitié pleins.

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Besançon et Dijon : vers un EPE ?

Rififi dans les universités de Bourgogne et de Franche-Comté : supprimer la COMUE et créer un établissement public expérimental (EPE) ? Les EPE sont aujourd’hui très tendance : ils permettent de supprimer la démocratie universitaire telle qu’elle a été fondée fin 1968 par la loi Faure, les élus enseignants, BIATSS et étudiants perdant  la majorité au Conseil d’administration au profit des présidents ou directeurs de chacun de établissements membres de l’EPE et de personnalités, éventuellement désignées par les ministères de tutelle.

Source : article d’Isabelle Brunarrius, France Info Bourgogne Franche-Comté, 28 avril 2022. Signalement par Michel Abhervé, Blog Alternatives Économiques.

« L’avenir de la COMUE, communauté d’universités et d’établissements, est au cœur d’une bataille qui risque d’affaiblir le financement de la recherche pour les deux universités de Bourgogne et de Franche-Comté. Explications.

En politique, le timing est une carte maîtresse. Juste entre les deux tours de l’élection présidentielle, ce moment suspendu où les ministères sont dans un entre-deux, Vincent Thomas, le président de l’université de Bourgogne intervient, le 14 avril 2022, devant les élus de Dijon Métropole. L’universitaire réitère sa volonté d’obtenir un « double siège » pour l’université de Bourgogne-Franche-Comté au nom de l’« équilibre territorial ».

Lors de la fusion des deux régions en 2015, il avait été convenu que le siège de l’université de Bourgogne-Franche-Comté et des instances éducatives comme le Rectorat et le Crous seraient à Besançon, et d’autres instances auraient leurs sièges à Dijon. Aujourd’hui l’université de Bourgogne veut un siège chez elle, en plus de celui octroyé à Besançon.

  • Soit nous obtenons un double siège, une demande très importante d’équilibre entre les deux villes Dijon et Besançon et, auquel cas, nous poursuivons avec moins pour poursuivre cette collaboration dans le cadre de la COMUE. Si nous n’obtenons pas ce double siège (et nous attendons une réponse du gouvernement avant le 31 mai 2022), nous avons pris la décision de transformer la COMUE en convention de coordination territoriale. Vincent Thomas, Président de l’université de Bourgogne .

Cette volonté des « deux sièges » est soutenue par François Rebsamen, le président de Dijon Métropole.  Depuis l’attribution à Besançon du siège de la COMUE, la gouvernance n’a jamais vraiment fonctionné. Un sentiment unanimement partagé.

  • Quand les deux partenaires ne veulent pas se mettre d’accord sur un lieu unique, la moindre des choses aurait été de le faire sur deux sites en même temps. François Rebsamen, président de Dijon Métropole .

A noter que Vincent Thomas s’exprime en utilisant un «nous » qui pourrait faire penser que cette demande émane des sept membres de la  COMUE mais le président de la COMUE, Dominique Grevey, se refuse à tout commentaire.

Un peu plus tard dans son intervention devant les élus de Dijon Métropole, le président de l’université de Bourgogne admet qu’il y a des « résistances » à son projet.

Vincent Thomas veut aller plus loin et c’est ce qui inquiète Anne Vignot, la présidente du Grand Besançon.

La convention territoriale qui pourrait prendre la place de la COMUE serait finalement une étape avant la création d’un établissement public expérimental unique.

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Cabinets Conseils. Brûlot du Sénat

Sénat, Commission d’enquête, Influence des Cabinets de Conseil sur les politiques publiques, rapport final, mars 2022, 385 pages. Ce rapport critique est un brûlot.

Commandes de l’État auprès de cabinets de conseils : « Ils ont été pris la main dans le pot de confiture », France Info, Brut, 24 mars 2022, vidéo de 4’05.

Deux parties dans cette chronique. Partie 1. Un exemple d’intervention de Cabinet Conseil : celui de l’université Gustave Eiffel. Partie 2. Extraits du rapport de synthèse.

Partie 1. 90 720 euros HT attribués à l’université Gustave Eiffel.

Acheteur. Établissements et organismes de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.
Accompagnement dans la mise en place de la fonction financière et comptable de la future université Gustave Eiffel (Marne-La-Vallée).
Financement. 90 720 euros HT.
Source: DECP et Journal Le Monde.

Accompagnement dans la mise en place de la fonction financière et comptable de la future université Gustave Eiffel. Future université : cela signifie que le Cabinet Conseil est intervenu avant 2020, l’université ayant été « ouverte » le 1 janvier de cette même année. Toutes les chroniques du blog sur l’Université Gustave Eiffel.

Je n’ai pas trouvé sur le site de l’université le rapport et les recommandations du Cabinet Conseil. Pas davantage de trace dans le Rapport d’activité 2020.

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Globalement, la fonction financière et comptable est semblable à celle de toutes les universités, sauf sur trois points. Des informations figurent dans l’Organigramme des services.

Trait commun : séparation de l’agence comptable et des services financiers. Celle-ci n’était pas systématique il y a encore une vingtaine d’années. Elle s’est généralisée avec la progression de taille et de regroupement d’universités, la mise en extinction du Corps des CASU, et donc la réservation de la fonction d’Agent comptable à des fonctionnaires du ministère des finances.

Traits distinctifs :

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EPE Université Paris Cité

L’université de Paris devient Université Paris Cité. Décret n° 2022-327 du 4 mars 2022 portant dénomination d’établissement public expérimental (EPE).  

Partie 1. Histoires de dénominations. De Sorbonne Paris Cité (PRES puis COMUE) à Paris Cité. De 2011 à 2017, quelques dizaines de chroniques de ce blog sur Sorbonne Paris Cité (SPC).

2002-2007. « La constitution de Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) est un des  instruments de coopération proposés par la loi de programme pour la recherche du 18 avril 2006. Elle correspond à un besoin ressenti par toute la communauté concernée de mettre fin à l’émiettement territorial de la carte universitaire et de recherche ».

2007-2012. Sorbonne Paris Cité est le nom choisi pour former le PRES associant 4 universités, Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Paris 5 René Descartes, Paris 7 Denis Diderot, Paris 13 Villetaneuse.

2012-2017. Le nom Sorbonne Paris Cité ne change pas quand aux PRES sont substituées les COMUE à la Fioraso. Mais un détail qui n’en est pas un : les universités de Paris 3 et de Paris 13 se retirent, ou plutôt sont poussées hors de la COMUE, car elles représentent un boulet pour obtenir le label Initiative d’excellence des Investissements d’avenir.

2017-2022. Paris 5 René Descartes et Paris 7 Denis Diderot fusionnent sous le nom d’Université de Paris, puis optent pour le statut d’Établissement public expérimental (décret du 20 mars 2019).

Décembre 2021. L’université de Paris est rappelée à l’ordre par un arrêt du Conseil d’Etat en date du 29 décembre qui annule son décret fondateur et la somme de changer de nom.

  • Dans ma chronique du 3 janvier 2022, j’avais suggéré que le nouveau nom  soit Université de Paris Quartier Latin, son siège social se trouvant dans ce quartier historique et non dans l’île de la Cité.  
  • Dans ma chronique du 6 janvier 2022, je montrai en quoi le choix du statut d’établissement public expérimental par l’université de Paris, devenue aujourd’hui université Paris Cité, faisait d’elle Une bureaucratie +++

Partie 2. Texte du décret du 4 mars 2022.

Publics concernés : usagers et personnels de l’établissement public expérimental créé par le décret n° 2019-209 du 20 mars 2019, initialement dénommé université de Paris, et de l’Institut de physique du globe de Paris.

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Université de Lille : encore un EPE !

Où va la toute nouvelle Université de Lille ? Source. Introduction d’un article de Médiacités.

« L’Établissement public expérimental (EPE), fruit d’un rapprochement étroit avec quatre grandes écoles, suscite controverses et inquiétudes en interne. À la fois dans le fonctionnement des instances, le mélange de cultures universités-écoles, mais aussi le recours aux cabinets de conseil – dont certains prônent un modèle très libéral ».

Tympan du bâtiment de la Faculté des Lettres, devenue Sciences Po Lille

« C’est une période de tension à l’université de Lille. Le 18 février, l’établissement saura en effet si sa labellisation I-site est confirmée. Cette labellisation est accordée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, sur proposition d’un jury international. À Lille, la confirmation du label permettrait de pérenniser la subvention de 15 millions d’euros par an accordée à l’université.

Mais l’enjeu n’est pas que financier, il est aussi symbolique. Le rejet du projet lillois entraînerait une véritable crise politique au sein d’un site universitaire qui a vécu des bouleversements majeurs ces dernières années : deux échecs à l’obtention du label d’excellence Idex, la fusion des trois universités lilloises en 2018 et, enfin, la structuration du site universitaire en Établissement public expérimental (EPE) regroupant l’Université de Lille, l’École nationale supérieure des arts et industries textiles, l’École supérieure de journalisme de Lille, Sciences Po Lille et l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage ».

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Campus Condorcet : la Cour accuse

L’Établissement Public Campus Condorcet, Cour des comptes, 27 janvier 2022.

« Annoncé en septembre 2009, le projet de création d’un campus consacré aux sciences humaines et sociales (SHS) devait être l’instrument de la relance de cette discipline en France. L’établissement public Campus Condorcet (EPCC), souvent présenté comme le pendant de l’opération Paris-Saclay, est le résultat d’un projet partenarial regroupant onze établissements, écoles, universités et organismes de recherche.

Le Grand équipement documentaire (GED) a, lui, été conçu comme une plateforme documentaire et numérique mutualisée de niveau international, dont la vocation était de fédérer l’ensemble.

Or, la Cour relève que la mise en service de cet établissement public fait aujourd’hui face à des difficultés majeures : son mode de fonctionnement (entre coopération, mutualisation et coordination) n’a pas été défini précisément, et sa capacité à appuyer les chercheurs dans leurs travaux – outre l’accès aux équipements qu’il leur offre – reste à développer.

Le risque est grand que cet établissement, bien en deçà des attentes initiales, soit réduit à un rôle de gestionnaire d’un projet immobilier à ce jour inachevé ».

Je note pour ma part que les 11 établissements :

  • n’ont pas la même localisation : aucun n’a son siège sur le Campus d’Aubervillers. La majorité des présidences se situent dans Paris intra-muros.
  • n’ont pas le même statut. Parmi eux, 5 universités qui ne peuvent sélectionner à l’entrée, qui subissent les faiblesses structurelles d’un premier cycle hypertrophié.
  • n’ont pas la même offre de formation (offre couvrant les trois cycles ou seulement deux) et donc les mêmes besoins documentaires. Le GED ne peut remplacer les BU de proximité, les BU disciplinaires sur chacun des campus de chaque établissement. Par ailleurs, les revues SHS (tout au moins leurs numéros anciens) sont en Open source ; idem pour Google Books.
  • et surtout n’ont pas les mêmes objectifs du point de vue des coopérations avec d’autres. Par exemple l’École Pratique des Hautes Études affiche sur sa page d’accueil son appartenance à l’élite, l’université Paris Sciences Lettres…
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Retour sur les deux chroniques publiées en décembre 2021 par Histoires d’Universités.

4 décembre 2021, Campus Condorcet, un chaos durable

« Le Campus Condorcet Paris-Aubervilliers (Cité des sciences humaines et sociales) a été créé par le décret n° 2017-1831 du 28 décembre 2017 relatif à l’organisation et au fonctionnement de l’établissement public.

Le projet date en fait de 2008. Le chaos d’aujourd’hui a demandé beaucoup de temps pour se mettre en place. Surprenant !

Deux parties dans cette chronique. Revendications des personnels et préavis de grève. Le Campus : le projet stratégique, les 11 établissements, les instances (conseil d’administration, comité de site), le rapport d’activité 2020″.

16 décembre 2021, Condorcet. GED ouvert 2 jours par semaine

« Poursuite du mouvement social au Campus Condorcet. Le communiqué du SNPTES aborde la question du GED. Vous avez dit GED ? GED = l’acronyme insensé de Grand Équipement Documentaire. Pourquoi pas BNSHS, comme  BNF, BNUS

Le constat est partagé, il manque 40 Emplois Équivalent Temps Plein. Le GED est le joyau des SHS en France, il se doit d’être ouvert 5 jours / 5 jours. Les chefs d’établissements doivent rendre d’ici cette fin de semaine une copie avec un nombre significatif de postes offerts au GED pour garantir cette ouverture. Les profils de postes restent à définir à ce stade… 20 postes GED et 5 en support. Ce sont des conditions sine qua pour réussir à ouvrir plus de 2 jours par semaine !

Par comparaison, la BNUS Strasbourg est ouverte 7 jours sur 7, 80 heures par semaine.

Rapport de la Cour des comptes, L’Établissement Public Condorcet. Le risque d’échec d’une grande ambition pour les sciences humaines et sociales, Rapport public thématique, Janvier 2022, 111 pages.

Sommaire

Liste des 9 recommandations de la Cour des Comptes : lire page 2.

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Rennes Université : la désunion

Rennes Université (projet UNIR) : la désunion institutionnalisée. En conclusion de cette chronique : les deux tentatives de regroupement d’établissements, au niveau de la Bretagne (en 2007), puis au niveau de la Bretagne et des Pays de Loire (en 2016) !

David Alis, né le 7 mars 1968, professeur de sciences de gestion, est réélu, en juin 2020, président de l’Université de Rennes 1. pour la mandature 2020-2024. Le président sortant a été réélu au premier tour de scrutin à la majorité absolue des voix (il a recueilli 23 voix, Yvan Lagadeuc 5 voix et 7 administrateurs se sont abstenus).

Entre 2008 et 2016, David Alis a été premier vice-président et vice-président du conseil d’administration de Rennes 1, en charge des ressources humaines depuis 2012. Chronique d’Histoires d’universités relative à la situation financière (1 mars 2017) : Rennes 1 : encore des efforts !

Si le projet UNIR (Université de Rennes) voit le jour en janvier 2023, si David Alis en est élu président et s’il est réélu 4 ans plus tard, il aura alors occupé les plus hautes fonctions administratives dans l’université de Rennes pendant une durée cumulée de 23 ans. En 2031, il aura 63 ans, bénéficiera d’une année sabbatique et pourra partir en retraite.

La loi française permet à un enseignant-chercheur de ne plus l’être durant la seconde partie de sa vie active. Faut-il changer la loi pour ne plus avoir de présidents, élus à l’âge de 40 ans, et qui sont désireux et décidés à l’être à vie ? Ma réponse est : OUI !

Les statuts du projet UNIR n’ont pas encore été votés. Certains Conseils d’administration des établissements, parties prenantes d’UNIR, vont peut-être entrer en résistance. La prétention d’UNIR de réunir sept établissements ne résiste pas aux faits : UNIR institutionnalise la désunion.  

Mercredi 19 janvier 2022, les deux universités et les cinq grandes écoles rennaises ont annoncé la création de l’Université de Rennes, un établissement public expérimental (EPE) qui verra le jour le 1er janvier 2023.

  • l’Université de Rennes 1 se transforme en EPE, ses composantes de formation et de recherche ainsi que ses services deviennent ceux de l’Université de Rennes,
  • l’École nationale supérieure de chimie de Rennes, l’ENS Rennes et Sciences Po Rennes se positionnent comme établissements-composantes au sein de l’EPE et conserveront à ce titre leur personnalité morale et juridique.

A quoi correspond le statut d’établissement-composante ?

  • l’Université Rennes 2, moteur pour l’interdisciplinarité sur le site, souhaite devenir université associée,
  • l’INSA Rennes opte pour le positionnement d’établissement associé,
  • l’EHESP envisage de devenir établissement-composante ou établissement associé de l’EPE et se positionnera d’ici la fin du premier trimestre.

Pour comprendre le constat de la désunion, il faut lire deux dossiers, disponibles sur le site de Rennes 1 : le modèle rennais et le dossier de presse qui l’accompagne.

La désunion, c’est la juxtaposition de cinq types d’établissements. Rennes 1 est seule à demander le statut d’établissement public expérimental (EPE), l’université de Rennes 2 n’étant qu’associée (c’est-à-dire sans aucune obligation réelle). L’échec de la fusion entre les deux universités va donc être gravé dans le marbre de la loi. 14 ans de retard pour UNIR ; les trois universités de Strasbourg n‘ont-elles pas fusionné au début de 2009 ?

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Université de Paris, bureaucratie ++

Suite de la chronique sur le changement de nom de l’Université de Paris : Université de Paris Quartier Latin. La sommation du Conseil d’État et la polémique qui s’en est suivie n’auraient pas dû exister.

Le problème n’est pas tant celui de la dissémination du nom de Paris dans les titres des universités que celui de la complexification pitoyable du tissu universitaire en région francilienne. Subsiste une première strate historique : celle des trois formes de regroupement de la loi Fioraso : fusion, communauté d’établissements (COMUE), association. Se dessine une seconde strate, celle de la création en 2018 d’Établissements Publics Expérimentaux.

L’université de Paris est un EPE. Une histoire pas drôle de gouvernement par les bureaux.

Université de Paris. Le décret fondateur du 20 mars 2019 crée une pléthore de structures qui constituent un écheveau organisationnel inextricable, entraînant des coûts de coordination élevés, une centralisation des décisions dans les équipes de direction et les services centraux. L’université de Paris, une bureaucratie galopante… en excellente santé. Un établissement expérimental pour arriver à un résultat confondant. Tout ça pour ça !

Le décret et son annexe statutaire sont très longs pour ne pas dire bavards. Croyant pouvoir anticiper toutes les facettes de la réalité universitaire, le décret fait rentrer les détails de l’organisation dans un processus centralisateur. Ce faisant, il commet une analyse organisationnelle erronée : les détails fixés en amont de l’existence de l’université bloquent d’emblée les expérimentations qu’elle voudrait tenter pour prendre en compte telle ou telle évolution de son environnement. Il est d’ailleurs paradoxal d’avoir glissé l’Établissement Public Expérimental dans une loi sur la Société de confiance ; l’effet produit est l’inverse de celui recherché : les détails institutionnalisent une Société de méfiance.

Pire : des soi-disant détails, cachés sous le tapis, ont un effet dévastateur quand leur contenu est révélé. Ainsi en va-t-il de l’affaire du « charnier » de Descartes révélée en particulier par Le Monde. « Frédéric Dardel, l’ex-président de l’université de 2011 à 2019, a été mis en examen, le 4 juin, du chef d’atteinte à l’intégrité d’un cadavre portant sur les conditions de conservation et de mise à disposition des corps au sein du Centre du don des corps (CDC). Situé rue des Saints-Pères, dans le 6arrondissement de la capitale, le CDC est le plus grand centre anatomique de France, fondé en 1953 et rattaché à l’université de Paris (Descartes)« . Le CDC n’est évidemment pas mentionné dans le décret statutaire.

L’évolution des universités vers une centralisation et une présidentialisation renforcée de leur gouvernance n’est pas nouvelle. Nous l’avions observée en France et en Italie lors de notre recherche sur les Présidents français et les Rettori italiens, il y a près de 20 ans (article en  ligne : Pierre Dubois, Stefano Boffo, La faiblesse de l’instance législative dans les universités. Le cas de la France et de l’Italie, Revue Internationale des Sciences Administratives, Vol 71 (1), mars 2005, pp. 35-54).

Attention : lire la suite en cliquant sur les pages 2, 3, ou 4.

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Université de Paris Quartier Latin

Siège de l’Université de Paris : 12 rue de l’école de médecine, au cœur du Quartier latin. « Implantation stratégique au cœur de la capitale qui participe au rayonnement international de l’établissement… Un emplacement idéal, au barycentre des différents campus de l’université… Une vocation universitaire qui remonte à la Révolution française. Ancré au cœur du quartier latin étudiant, un lieu qui est un symbole fort de l’héritage universitaire français ».

Nouveau nom pour l’Université de Paris Quartier Latin, U P Q L ?

U P Q L, un drapeau qui Qlaque dans le vent et qui déploie les aiLes de toutes les énergies.

Changer de nom ? « L’Université de Paris sommée de changer de nom par le Conseil d’État«  (article de Soazig Le Nevé dans Le Monde du 30 décembre 2021). « L’établissement issu de la fusion de deux universités parisiennes (Paris V Descartes et Paris VII Diderot) est en effet accusé d’avoir capté une identification historique et géographique qui remonte au Moyen Age »…

L’université de Paris s’est mal défendue face à ce contentieux. Elle aurait pu dire que le ministère aurait dû contrôler de plus près la rédaction du décret, déposer sa marque auprès de l’Institut de la propriété intellectuelle (INPI), invoquer la banalisation de Paris dans les noms de la plupart des universités franciliennes, exiger un alinéa d’article du décret indiquant précisément quand, pourquoi, et par qui la décision du nom avait été prise.

La Nature se dévoilant devant les Sciences, œuvre d’Ernest Barrias (1841-1905).

Photo de 2011 par Pierre Dubois

Suite de l’article du Monde. « Cet établissement public expérimental (EPE), créé par le décret du 20 mars 2019, a été rappelé à l’ordre par un arrêt du 29 décembre qui annule son décret fondateur. Cette décision clôt juridiquement une bataille pas seulement sémantique tant les questions de noms et de marques sont devenues stratégiques dans l’enseignement supérieur. Exister à l’international est érigé en priorité notamment depuis que le classement de Shanghaï a imposé ses critères, en 2003″.

« La haute juridiction administrative a accédé à la requête de l’université Paris-II Panthéon-Assas, qui avait lancé une procédure en 2019, sitôt créée l’Université de Paris. Le président de Paris-II, à l’époque Guillaume Leyte, contestait la captation d’un nom collectif et d’une identification historique et géographique commune à toutes les universités issues de l’université de Paris.

Université de Paris. Mais quid de Sorbonne Université ? Un recours en contentieux pour captation du nom historique de Collège Robert de Sorbon, créé en 1257 avec l’aide et le soutien de Saint Louis ? C’est peu vraisemblable !

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Hommage au Président Axel Kahn

6 juillet 2021. « Le professeur Axel Kahn, ancien président de la Ligue contre le cancer, est mort à l’âge de 76 ans. L’ancien généticien luttait lui-même contre un cancer à un stade très avancé (France info).

Axel Khan, 11 mai 2011

En hommage à Axel Kahn, je publie de nouveau mon entretien avec lui. Chronique d’Histoires d’universités, 28 mai 2011 : Président Kahn (Paris Descartes).

« Esquisser une biographie d’Axel Kahn, retracer les étapes d’une trajectoire professionnelle d’excellence. Folie prétentieuse pour un blogueur ! Une solution : du culot et de l’humilité. Je n’avais jamais rencontré Axel Kahn avant le séminaire de Prospective et développement de l’université de Strasbourg, le 5 mai 2011 : Qu’est-ce que l’excellence à l’université? 

Photos du 5 mai 2011

Une question et une réponse sur le processus de rapprochement entre les universités, et un rendez-vous est pris : mercredi 11 mai 2011 à 19 heures au siège de la présidence de Paris Descartes, boulevard Saint-Germain.

Je me suis interrogé : pourquoi ai-je été immédiatement subjugué par ce docteur en médecine et en sciences, chercheur en génétique ? Est-ce à cause de son sourire permanent, de sa jovialité, de ses analyses claires, convaincantes et toujours optimistes ? Optimisme : la clé ! Il n’y a pas de gène de l’optimisme ! Et pourtant, le président de Paris Descartes ne pouvait être qu’optimiste : conçu début 1944 dans un pays occupé et dans un contexte où la victoire des forces alliées n’était pas encore assurée, il naît le 5 septembre, en Indre et Loire, dans un pays libéré. Ses parents, tout au moins à cette époque de leur vie, avaient confiance en l’avenir ; Axel Kahn donne l’impression d’avoir toujours eu confiance dans l’avenir. Il n’est pas l’homme qui se morfond du déclin de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Il aime l’université (Livre : Controverses Axel Kahn / Valérie Pécresse ; vidéo de 3 minutes). Non pas un homme du passé, mais un homme du futur. Un chercheur qui pense projets, qui les met en œuvre et qui les fait connaître. Et c’est ainsi fort bien qu’il soit devenu une « bête » de médias. L’optimisme permet une confiance en soi, fait surmonter les doutes.

J’ai toujours été passionné par les cours de sociologie que je faisais sur la mobilité sociale et professionnelle, sur les outils de connaissance qualitative et quantitative (les « tables de mobilité »). Reproduction sociale, mobilité ascendante, déclassement, conversions et reconversions… Chances pour un(e) fils/fille d’ouvrier(s) d’accéder à l’enseignement supérieur et de devenir cadre ? Aujourd’hui encore je me passionne pour les enquêtes sur le devenir des entrants à l’université et des diplômés de l’enseignement supérieur, sur la démocratisation de celui-ci.

J’expliquais à mes étudiants que les trajectoires de vie sont « contraintes » et « libres », qu’il n’y a, dans une vie, que quelques grandes décisions, décisions au sens fort du terme : « je vais par ici ou par là ». Bien sûr, une trajectoire étant engagée, il y a encore des décisions à prendre, mais ce sont des décisions induites, cohérentes avec celle prise devant l’aiguillage : « je vais à droite ou à gauche ». L’analyse de ces moments-clés n’est d’ailleurs pas simple : il y a autant de biographies que de biographes ; mais il y a aussi bien des autobiographies possibles !

Je peux deviner les moments où Axel Kahn s’est trouvé dans une gare de triage : quelle voie prendre ? Le dialogue avec Valérie Pécresse donne quelques pistes, mais aussi le livre écrit avec son frère Jean-François (Comme deux frères, Stock, 2006). Le lecteur de ces livres pourra tenter lui aussi des hypothèses ; une forte présence d’Axel Kahn sur le Web lui fournira d’autres éléments (un CV parmi d’autres : celui d’EducPros).

« Choix » des études, du métier (faire le chercheur plutôt que le professeur), de l’engagement puis du retrait politique, de la prise de responsabilités dans l’enseignement supérieur et la recherche en France et à l’international, de la publication d’une dizaine d’essais, du positionnement sur les questions d’éthique, de la présidence de la Fondation internationale du handicap, de l’intervention dans les médias, de l’acceptation des plus hautes décorations, de la candidature à la présidence d’une grande université parisienne (cas exceptionnel pour un directeur de recherche d’un grand organisme)… Parmi ces « choix », lesquels Axel Kahn considère-t-il comme des « grandes » décisions ? Et un point aveugle, celui que les sociologues dénomment : « la situation matrimoniale ».

Axel Kahn dans son bureau de Président, 11 mai 2011.

Mais revenons à l’entretien du 11 mai 2011. Je résume les propos. « Pour une éthique de la responsabilité » (INRA Éditions, 1996). « Comment expliquez-vous l’extension du plagiat chez les étudiants et chez les enseignants ? Que faire » ?  Le développement de l’Internet a multiplié les sources de documentation pour les étudiants comme pour les enseignants. Les étudiants doivent produire de plus en plus de dossiers, de mémoires ; les enseignants doivent de plus en plus publier. En découle la tentation d’écrire sans pour autant apporter une valeur ajoutée personnelle à la documentation consultée. La tentation du copier-coller est alors évidente. Il faut certes rappeler et faire respecter les règles du « devoir », par exemple par le moyen de codes de bonne conduite. Mais il faut aussi se donner des outils et des procédures, des outils de détection du plagiat (tous les dossiers des étudiants doivent être rendus sous forme de .pdf). Quand il y une suspicion de plagiat, il faut d’abord créer une commission d’enquête ; selon les conclusions de celle-ci, il faut convoquer ou non la section disciplinaire.

L’évaluation des enseignants-chercheurs par le CNU ? C’est une demande née des États généraux de la recherche et qui a été soutenue par le Collectif Sauvons la recherche : évaluer les trois missions (pilotage et engagement, recherche, formation). Les chercheurs sont évalués tous les deux ans ; il est normal que les enseignants-chercheurs le soient aussi. Il n’est pas acceptable que certains d’entre eux ne fassent pas de recherche, ne soient pas actifs dans une équipe ; ils sont payés par la Nation. L’évaluation, ce n’est pas une procédure punitive : il ne faut pas laisser tomber les non-produisants. Les promotions peuvent se faire à l’ancienneté, au piston, au hasard et par évaluation. Seule cette dernière procédure est légitime.

Le futur du PRES Sorbonne Paris Cité ? On ne peut se contenter du statu quo. Deux voies sont possibles. 1. Parvenir à la fusion des universités qui veulent fusionner (la fusion de Paris V Descartes et de Paris VII Diderot est inscrite dans le contrat quadriennal 2010-2013) ; la fusion serait également logique avec Paris III Sorbonne nouvelle (Les Langues en commun avec Paris V) ; elle n’est pas impossible avec Paris XIII Nord. Il ne s’agirait cependant pas de reconstituer l’université de Paris forte de 120.000 étudiants, de recréer des facultés autonomes ! 2. Évoluer vers une université fédérale, organisée autour d’axes thématiques (en médecine, en langues…) et structurée par des sortes de collegiums. Le PRES ne doit pas se limiter à la mutualisation des fonctions supports et à la recherche ; il faut coopérer pour la formation et rationaliser l’offre de formation, ce qui n’est pas simple pour les enseignants (chronique sur les investissements d’avenir de Sorbonne Paris Cité).

La réforme des formations post-bac ? Axel Kahn estime que la moitié des étudiants en échec en licence sont « rattrapables ». Il défend une réforme du 1er cycle qui s’appuierait sur l’expérience et les points forts des IUT (Controverses avec La ministre). La fusion des BTS et des DUT lui paraît souhaitable. Il faut garder le 1er cycle dans l’université, celle-ci devant se montrer plus attractive par sa recherche. Il serait intéressant d’expérimenter des instituts post-bac avec internat ; Paris Descartes et Paris XI Orsay y pensent.

Tenter une biographie plus « étayée » d’Axel Kahn ? La retraite approche pour lui (son frère aîné, Jean-François, a annoncé son retrait du journalisme aujourd’hui). Un homme toujours tourné vers le futur prendrait-il le temps de penser « gares de triage, aiguillages, voies empruntées et trajets encore possibles » ? Je suis né six semaines après lui, mais nos chemins ne se sont croisés qu’en mai 2011… Un bout de chemin commun pour une biographie ? Toutes les chroniques du blog sur les présidents et anciens présidents d’université« .

Axel Kahn et Alain Beretz, Strasbourg, 5 mai 2011

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