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Histoires d’universités a 13 ans

9 Janvier 2022. Le blog Histoires d’universités a 13 ans. La chronique du 9 janvier 2009 avait porté sur les Vœux des Universités : « Les enseignants et les personnels techniques et administratifs ont élu en 2008 les conseils de l’université dans laquelle ils travaillent, conseils réformés par la loi Libertés et Responsabilités des Universités d’août 2007. Leurs représentants au conseil d’administration ont élu un président au pouvoir renforcé, pour un mandat de 4 ans renouvelable une fois. Les conseillers, élus selon un scrutin de liste, se sont engagés sur un programme. Cette première chronique d’Histoires d’Universités mobilise les titres de ces programmes pour adresser les vœux à la communauté universitaire« . Je les ai alors rangés en 6 thématiques.

Thématique 1, une université qui se projette dans l’avenir. Cliquer sur les images pour les agrandir

2009-2022 : 6 150 chroniques et des dizaines de milliers de photos.

En 2022, l’objectif du blog demeure le même qu’en 2009. Débattre d’une réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la création de deux nouveaux établissements publics : les Instituts d’enseignement supérieur dédiés au cycle Licence en 3 ans, les Universités de recherche, en concertation avec les Écoles d’ingénieurs et de commerce, se consacrant au Master et au Doctorat. Se donner 10 ans pour créer 500 IES et 15 à 20 Universités de recherche.

Une réforme pour parvenir à 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur, condition d’une démocratisation de l’accès et de la réussite dans le supérieur.

En 2022, Histoires d’universités se poursuit sous forme de billets d’humeur… quand l’actualité en fournit l’occasion. Exemple : les deux chroniques du début janvier 2022 sur l’Université de Paris : Université de Paris Quartier Latin, Université de Paris, bureaucratie +++.

En 2022, le blog poursuit l’Histoire du 18ème siècle. Le Siècle des Lumières, porté par l’Encyclopédie, ne doit pas masquer la crise qui touche les trois facultés majeures des universités : crise de la Théologie, de la Médecine, du Droit. La faculté des Arts, dite aussi de philosophie, propédeutique aux trois majeures, tire encore son épingle du jeu. L’avancée des savoirs se joue dans des Académies et des Sociétés savantes ; l’application des savoirs se joue dans le développement d’Écoles professionnelles spécialisées.

420 chroniques sur le 18ème siècle déjà parues. Le but à atteindre : 500 chroniques avant la fin 2022. Une première version des Index est parue en août 2021.

A la fin du 18ème siècle, les corporations universitaires, comme toutes les corporations de métier d’ailleurs, sont supprimées par les lois Le Chapelier de juin 1791. Durant 15 ans, l’Université n’existe plus. Napoléon lui redonne vie par la loi du 10 mai 1806 (décret du 17 mars 1808 sur son fonctionnement) : « il sera formé, sous le nom d’Université impériale, un corps chargé exclusivement de l’enseignement et de l’éducation publiques dans tout l’Empire »

Oui, les universités sont mortelles, celles du 21ème siècle comme celles du 18ème.

2022-2032 : de quel enseignement supérieur la France et l’Europe ont-elles envie et besoin ? quelles étapes pour y parvenir ?

Des avancées ? Réponse : un Oui timide. Deux exemples qui illustrent l’adage célèbre : l’habit ne fait pas le moine (Collège universitaire de la Cour des comptes, CY SUP de Paris-Cergy Université).

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Université de Paris, bureaucratie ++

Suite de la chronique sur le changement de nom de l’Université de Paris : Université de Paris Quartier Latin. La sommation du Conseil d’État et la polémique qui s’en est suivie n’auraient pas dû exister.

Le problème n’est pas tant celui de la dissémination du nom de Paris dans les titres des universités que celui de la complexification pitoyable du tissu universitaire en région francilienne. Subsiste une première strate historique : celle des trois formes de regroupement de la loi Fioraso : fusion, communauté d’établissements (COMUE), association. Se dessine une seconde strate, celle de la création en 2018 d’Établissements Publics Expérimentaux.

L’université de Paris est un EPE. Une histoire pas drôle de gouvernement par les bureaux.

Université de Paris. Le décret fondateur du 20 mars 2019 crée une pléthore de structures qui constituent un écheveau organisationnel inextricable, entraînant des coûts de coordination élevés, une centralisation des décisions dans les équipes de direction et les services centraux. L’université de Paris, une bureaucratie galopante… en excellente santé. Un établissement expérimental pour arriver à un résultat confondant. Tout ça pour ça !

Le décret et son annexe statutaire sont très longs pour ne pas dire bavards. Croyant pouvoir anticiper toutes les facettes de la réalité universitaire, le décret fait rentrer les détails de l’organisation dans un processus centralisateur. Ce faisant, il commet une analyse organisationnelle erronée : les détails fixés en amont de l’existence de l’université bloquent d’emblée les expérimentations qu’elle voudrait tenter pour prendre en compte telle ou telle évolution de son environnement. Il est d’ailleurs paradoxal d’avoir glissé l’Établissement Public Expérimental dans une loi sur la Société de confiance ; l’effet produit est l’inverse de celui recherché : les détails institutionnalisent une Société de méfiance.

Pire : des soi-disant détails, cachés sous le tapis, ont un effet dévastateur quand leur contenu est révélé. Ainsi en va-t-il de l’affaire du « charnier » de Descartes révélée en particulier par Le Monde. « Frédéric Dardel, l’ex-président de l’université de 2011 à 2019, a été mis en examen, le 4 juin, du chef d’atteinte à l’intégrité d’un cadavre portant sur les conditions de conservation et de mise à disposition des corps au sein du Centre du don des corps (CDC). Situé rue des Saints-Pères, dans le 6arrondissement de la capitale, le CDC est le plus grand centre anatomique de France, fondé en 1953 et rattaché à l’université de Paris (Descartes)« . Le CDC n’est évidemment pas mentionné dans le décret statutaire.

L’évolution des universités vers une centralisation et une présidentialisation renforcée de leur gouvernance n’est pas nouvelle. Nous l’avions observée en France et en Italie lors de notre recherche sur les Présidents français et les Rettori italiens, il y a près de 20 ans (article en  ligne : Pierre Dubois, Stefano Boffo, La faiblesse de l’instance législative dans les universités. Le cas de la France et de l’Italie, Revue Internationale des Sciences Administratives, Vol 71 (1), mars 2005, pp. 35-54).

Attention : lire la suite en cliquant sur les pages 2, 3, ou 4.

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Jean Castex, la CPU et l’innovation

Jean Castex, la CPU et l’innovation. Suite de ma chronique critique du 2 décembre 2021, Innovation : le serpent de mer.

Par définition, un serpent de mer se montre très régulièrement. C’est encore le cas en ce mois de décembre : il a réussi à se glisser entre les variants Delta et Omicron du Covid.

Le 1er ministre, Jean Castex, a rendu visite à la Conférence des présidents d’université : accélérer le transfert technologique, valoriser le rôle des universités dans l’innovation.

Communiqué de la CPU et textes des discours de Jean Castex et du président de la CPU, Manuel Tunon de Lara.

  • 50ème anniversaire de la CPU : lire aussi les 250 chroniques d’Histoires d’universités sur la CPU, publiées depuis 2009.
  • « Le jeudi 16 décembre 2021, Jean Castex a longuement échangé avec les présidentes et présidents d’université, et lancé trois dispositifs liés à France 2030 pour accélérer le transfert de technologie, les stratégies de développement des établissements d’enseignement supérieur et la formation aux métiers d’avenir ».

Le plan France 2030 ?

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Nantes, Jardin des plantes (1726)

« Avec sept hectares de verdure en plein centre ville, plus de dix mille espèces vivantes et plus de 50.000 fleurs plantées chaque saison, le Jardin des Plantes de Nantes figure aujourd’hui parmi les quatre grands jardins botaniques de France. En 150 ans, les collections se sont enrichies et spécialisées. Le Jardin dispose de 800 mètres carrés de serres ».

Diaporama de 17 photos.

La Dormanron. Cliquer sur les images pour les agrandir

Les prémices du Jardin des plantes : le jardin des Apothicaires (source : citations de Wikipédia).

« C’est en 1687 que fut créé le premier jardin botanique de la ville de Nantes. Les maîtres apothicaires se voient confier la jouissance d’un terrain situé à l’ouest de la ville. Ce jardin se situe alors dans le quartier où sera construite la Tour Bretagne au XXe siècle. Il est uniquement destiné à la culture des végétaux. Ainsi, au XVIIIe siècle, la ville ne comporte pas de jardins particulièrement signifiants destinés à la promenade.

Ce jardin se développe sous l’action de Pierre Chirac (1657-1731), intendant du Jardin du Roi. Ce dernier comprend vite le rôle que peut jouer un jardin botanique qui se situe dans un port alimenté par un fort trafic de produits exotiques et qui, grâce à la Loire, permet un accès aisé vers Paris. Chirac y voit un lieu idéal pour favoriser l’acclimatation des plantes tropicales rapportées par les navigateurs de leurs lointaines escapades ».

18ème siècle

1711. Source : blog, La terre est un jardin. « Revenant d’une expédition aux Amériques en 1711, le voilier Saint-Michel rapporte à son bord un jeune Magnolia grandiflora d’abord identifié comme laurier-tulipier. Passionné de botanique, René Darquistade (1680-1754) est l’armateur du navire. Il fait fi des instructions du roi qui veulent que chaque nouvelle plante intègre d’abord le jardin botanique royal. Par deux fois, il sera maire de Nantes (1735-1737 et 1740-1747).

  • Le Magnolia grandiflora est débarqué discrètement et on l’installe dans son château de la Mallardière, au sud de Nantes. Le Magnolia végète pendant une vingtaine d’années dans l’orangerie avant d’être plantée en plein air près des dépendances du château. Le sujet revit et fleurit abondamment. L’arbre est multiplié par des marcottes aériennes et planté, de parcs en jardins, affirmant la notoriété botanique de Nantes qui accueille aujourd’hui la collection nationale française de Magnolia.

1719. L’action de René Darquistade permet au jardin des apothicaires de devenir un Jardin royal des plantes, subordonné au Jardin du Roi.

1726. Le développement de ce jardin se trouve considérablement encouragé par l’ordonnance royale prise le 9 septembre par Louis XV pour assujettir les Capitaines des Navires de Nantes d’apporter Graines & Plantes des Colonies des Païs Etrangers, pour le Jardin des Plantes Médicinales établi à Nantes.

Le succès de cette mesure est tel que le Jardin des apothicaires s’avère vite trop petit pour accueillir toutes les plantes. Cependant, la Révolution française survient sans qu’un autre emplacement ait été trouvé.

1793. Mise en place d’un Jardin des plantes à l’est de Nantes. La Convention nationale prend un décret qui marque la réorganisation des jardins botaniques en France. Il y est notamment décidé la création dans chaque département d’un jardin botanique de quatre arpents.

François Lemeignen (1732-1803), médecin originaire de Machecoul, se bat alors pour qu’un tel jardin soit créé à Nantes. Il propose de l’implanter dans le couvent des Ursulines fondé en 1626. Celui se trouve à l’est de la ville entre le faubourg Saint-Clément et celui de Richebourg, à peu de distance du cours Saint-Pierre ».

19ème siècle

1806. « Le 26 février, le préfet Belleville prend un arrêté définissant les limites du jardin botanique qui s’implante alors définitivement sur un terrain attenant à l’ancien couvent des Ursulines. Le tracé du jardin est confié à l’architecte-voyer nantais Félix-François Ogée.

1806. C’est à Gand que Ferdinand Favre, futur maire de Nantes, découvre le camélia. Il fait venir à grand frais les premières graines d’Angleterre. Il les sème et obtient sept mille plants dans sa propriété située près de Sorinières ».

Jean Alexandre Hectot (1769-1843).

« Apothicaire et botaniste, il est nommé directeur de ce nouveau jardin des plantes qui a désormais trouvé son emplacement définitif.

« Quand Hectot prend la succession de Lemeignen, la situation est moins brillante que jamais (source : les jardins de Nantes). Hectot fait lui-même l’inventaire de ce que son prédécesseur lui a légué. Je récupérais, en tout et pour tout, quelques instruments aratoires, une cinquantaine d’espèces de plantes en pots, environ 150 de pleine-terre, plus une boîte de graines reçue du Jardin Royal de Paris.

Devant cette pénurie, Hectot fait l’avance des fonds nécessaires à l’établissement. J’avoue que sans l’amour de la botanique j’aurais tout abandonné par la gêne où cette chose me mettait. Ses propres cultures et les échanges faits avec les autres jardins botaniques lui permettent bientôt de constituer une collection riche pour une ville de province.

Faute de locaux suffisants, Hectot hiverne ses végétaux fragiles dans les serres du Jardin des Apothicaires dont il a toujours la responsabilité ».

Jean-Marie Écorchard (1809-1882) est un médecin et botaniste.

Après des études de médecine à l’université de Rennes, il s’intéresse à la botanique et devient l’élève d’Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841) à Genève.

1836. Le 30 mai, il est nommé pour assurer la chaire de botanique du jardin des plantes de Nantes créée par le conseil municipal le 5 juin 1835.

1840-1882. Il consacre dès lors plus de 40 ans à l’aménagement et à l’embellissement du Jardin des plantes dont il devient directeur le 1er janvier 1840. Il enrichit les collections de Magnolia grandiflora, Magnolia denudata, de Camellia japonica. Des plantes exotiques arrivent des îles Bourbon, de Pointe-à-Pitre et des Indes.

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Michel Adanson, 30 ans en 1757

Michel Adanson (1727-1806), naturaliste, explorateur du Sénégal.

Source A. Extraits de Wikipédia. « Michel Adanson, né le 7 avril 1727 à Aix-en-Provence et mort le 3 août 1806 à Paris, est un naturaliste français d’ascendance écossaise. Il a exploré des régions peu connues des Européens, comme le Sénégal ou les Açores. Principalement botaniste, systématicien original, auteur d’un mémoire célèbre sur le baobab, il a aussi apporté des contributions à la zoologie, à la géographie, à l’ethnographie et aux recherches sur l’électricité.

Jacques, le grand-père paternel de Michel Adanson, appartenait à ces familles écossaises qui suivirent en France Jacques II d’Angleterre, détrôné en 1688. Son père, Léger Andanson, natif de Villejacques, en Auvergne, époux d’une Aixoise, Marthe Buisson, était écuyer de Mgr de Vintimille, archevêque d’Aix-en-Provence. Michel Adanson avait un frère cadet, Jean-Baptiste, qui allait être drogman et chancelier de France en Orient.

Mgr de Vintimille ayant été nommé au siège épiscopal de Paris, la famille Adanson le suivit dans la capitale, où le jeune Michel fut un des plus brillants élèves du collège Sainte-Barbe. Remarqué par le célèbre John Turberville Needham, il reçut de lui un microscope, avec ces paroles : Puisque vous avez si bien appris à connaître les ouvrages des hommes, vous devez maintenant étudier ceux de la nature. Il avait alors quatorze ans ; Georges Cuvier écrit : il n’eut point de jeunesse ; le travail et la méditation le saisirent à son adolescence, et pendant près de soixante-dix ans tous ses jours, tous ses instants furent remplis par les recherches laborieuses d’un savant de profession.

Adanson suivit les cours de Ferchault de Réaumur et de Bernard de Jussieu au Jardin du roi, ancêtre du Muséum national d’histoire naturelle.

1749-1754. Désirant voyager et explorer, il se décida pour le Sénégal, la mauvaise réputation de son climat en ayant éloigné les autres naturalistes. Il fit donc, à ses frais, un voyage dans ce pays (du 20 décembre 1748 au 18 février 1754) ; Jussieu lui obtint un poste, très modeste, de commis à la Compagnie des Indes. Durant la traversée, malgré son mal de mer, il visita les Açores et les Canaries.

Au Sénégal, il décrivit un nombre considérable de plantes et d’animaux nouveaux, mais fit aussi beaucoup d’observations géographiques et ethnographiques. Il observa un poisson électrique, le rapprochant de la bouteille de Leyde.

D’Afrique, il envoya à Réaumur les minéraux et les collections zoologiques qu’il avait recueillis ; à l’astronome Le Monnier, ses observations astronomiques et météorologiques ; et à Jussieu ses collections botaniques, classées suivant une méthode naturelle.

Après cinq ans, il ramena d’importantes collections botaniques, dont plus de mille récoltes ainsi que plus de trois cents plantes vivaces qu’il acclimatera au Jardin du Roi à Versailles. Il rapportait également trente-trois espèces d’oiseaux qui sont décrites par Mathurin Jacques Brisson dans son livre Ornithologie ou méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces et leurs variétés (tome 1 en 1760).

1757. Adanson publia le compte rendu de son voyage sous le titre : Histoire naturelle du Sénégal. Cet ouvrage contient le récit de son voyage et la description des coquillages observés et récoltés.

  • Histoire naturelle du Sénégal. Coquillages. Avec la relation abrégée d’un voyage fait en ce pays pendant les années 1749, 50, 51, 52 et 53, Paris, 1757. Cet ouvrage est particulièrement intéressant en raison de son essai sur les coquillages, qui le termine, où Adanson proposa sa méthode universelle, un système de classification différent de ceux de Buffon et de Linné. Il fondait sa classification de tous les êtres organisés sur la considération de chaque organe. Comme tous les organes donnaient naissance à de nouvelles relations, il établit un nombre correspondant d’arrangements arbitraires. Ceux des êtres possédant le plus grand nombre d’organes similaires étaient rapportés à une division principale, et la relation était considérée comme plus lointaine à proportion de la dissemblance des organes (Encyclopædia Britannica, 1911).

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La résistance contre la résilience

Lettre ouverte de quelques personnels résistants de l’université de Strasbourg à Madame la Ministre Frédérique Vidal.

  • Communiqué de l’université : Frédérique Vidal a fait étape à l’Unistra le 1er octobre 2020. Les projets de recherche Résilience.
  • Autre exemple de Novlangue ministérielle. Ma chronique du 15 février 2019, Éducathon et la Novlangue. « Éducathon, co-construction, design de services livrables, séquençage par étapes, écosystème interdisciplinaire… La Novlangue, portée par des cabinets prestataires privés, se porte bien. Merci pour elle. N’empêche : j’ai honte ! »

Madame la Ministre. Vous visitez ce 1er octobre les universités alsaciennes, sous le signe de la « résilience », la résilience de notre territoire à la crise sanitaire, la capacité de résistance de notre recherche et de notre économie, à travers un appel à projet qui a pour intitulé ce nouveau mot de la lingua néolibérale : « Résilience ».  

« Résilience, résilience… », le mot est à la mode, dans toutes les bouches, sous toutes les plumes. Un mot magique, suffisamment souple et désémantisé pour laisser entrevoir un espoir de renaissance et masquer toute la souffrance que les choix politiques de votre gouvernement ont provoquée. Un mot à nous endormir debout, seulement destiné à rendre une politique acceptable et un avenir désirable.  Mais cet avenir est celui de l’enfer néolibéral, fait de précarité, de concurrence et de souffrance au travail. Madame la ministre, il en va de votre « résilience » comme de votre « excellence » et de vos « gouvernances », dont vos amis et vous-même avez la bouche pleine : un vernis posé par le libéralisme sur la réalité quotidienne que vivent les personnels de l’université et de la recherche.

Alors, quelques-uns de ces personnels aimeraient vous dire très concrètement, en ce jour de célébration de l’Universelle Résilience dans les salons feutrés du Cardo et du Nouveau Patio, avec quelques invités triés sur le volet, en quoi consiste la résilience ordinaire de milliers d’agents de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La vraie résilience, c’est d’avoir suppléé aux carences de l’État en organisant pendant le confinement des collectes d’argent pour acheter des ordinateurs aux plus démunis et mis en place des livraisons de repas à des étudiants qui mouraient de faim.

La vraie résilience, c’est d’avoir dû improviser un protocole sanitaire les premiers jours de la rentrée universitaire parce que votre ministère n’a pas été capable de travailler cet été à une circulaire destinée à protéger la santé des personnels et des étudiants.

La vraie résilience, c’est de devoir désinfecter un bureau ou des tables avec un kleenex parce qu’il n’y a plus de papier.

La vraie résilience, c’est de se protéger avec des masques achetés sur nos propres deniers et de les offrir à des étudiants qui n’ont pas les moyens de laver l’unique masque tissu qu’ils possèdent.

La vraie résilience, c’est de refuser de faire cours dans un amphi bondé ou dans une salle sans fenêtre et de partir seul à la recherche d’une solution qui limite la prise de risque pour nous-mêmes et nos étudiants.

La vraie résilience pour les composantes et laboratoires, c’est de devoir s’équiper en matériel sanitaire sur leurs propres crédits de fonctionnement et devoir s’organiser seuls parce que les services centraux n’ont plus les moyens d’organiser quoi que ce soit et que les budgets sont à sec.

La vraie résilience dans nos facultés et laboratoires, c’est le démerdentiel permanent.

La vraie résilience, c’est aussi, pour tous les chercheurs, de trouver la force de chercher encore un peu, après des journées entières consacrées à accomplir des tâches bureaucratiques aliénantes et inutiles ou à répondre à des appels à projets pour avoir des crédits.

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Hommage à Richard Biéganski (1)

Mon ami Richard Biéganski est décédé à Marseille le 25 août 2020, à l’âge de 77 ans. Mes pensées les plus attristées pour ses proches.

J’ai tant de choses à raconter (notre amitié a duré 55 ans – 1965-2020) que je vais consacrer trois chroniques à Richard. Celle d’aujourd’hui concerne le métier de sociologue, les conclusions que nous avons tirées de l’exercice de cette profession. Je dirai dans une seconde chronique pourquoi Richard me paraissait incarner une société plus humaine pour l’après-covid, une société s’appuyant sur la pluriactivité et la frugalité.

Diaporama de 23 photos : le métier de sociologue

Marseille. Originaire du bassin minier du Pas-de-Calais, Richard a pourtant vécu 30 ans dans cette ville compliquée mais attachante. L’âge de la retraite venu, il aimait descendre du Panier, le quartier où il avait élu domicile, proche de son ancien lieu de travail à la Joliette, de la cathédrale La Major, pour aller admirer le coucher du soleil dans la Méditerranée ; il estimait que rien n’était plus beau.

La Major, 2013

Mais, ces derniers temps, atteint d’emphysème, la marche lui devenait de plus en plus pénible. J’aime croire que, une dernière fois avant d’être hospitalisé pour sa fin devenue certaine, le soleil rouge, plongeant doucement dans la mer, l’a rendu heureux.

Juillet 2919, sur la terrasse du Mucem, Richard et moi après un déjeuner d’une demi-douzaine d’huitres et d’un verre de Muscadet. Je ne savais pas que ce serait notre dernière rencontre en face à face.

Juin 1966. Douze étudiants obtiennent une licence de sociologie à la Faculté des Lettres de Lille. Ce diplôme avait été créé en 1958. Mais du fait de ce faible effectif, beaucoup de cours étaient mutualisés avec les étudiants en philosophie, en psychologie, en économie politique.

Juillet  1965. Cinq de ces douze étudiants en sociologie de Lille sont invités par Pierre Bourdieu pour un stage d’une semaine dans son centre de recherche de la rue Monsieur le Prince dans le 6ème. Séminaires de recherche, travaux pratiques sur les données d’enquête sur la pratique sociale de la photographie, sur la fréquentation des musées. Nous logions dans le pavillon du Maroc à la Cité internationale. Jacques-Yves Eloy nous avait photographiés, Richard et moi, dans le Jardin du Luxembourg. Daniel Chave, décédé en 2011, avait aussi participé à ce stage (chronique du blog : Daniel Chave, la soude aux soudeurs).

Toute notre vie, nous avons été fiers d’avoir eu, parmi nos maîtres, Pierre Bourdieu. Aussi, nous nous sommes précipités quand une exposition, à Marseille en 2009, a été consacrée aux photos qu’il avait prises en Algérie.

Richard (à gauche de la photo)

Un autre de nos maîtres lillois : Jean-René Tréanton, coauteur du Traité de Sociologie du Travail au milieu des années 60. Il avait mis en place un certificat optionnel Introduction à la Sociologie du Travail. Nous avons suivi ces cours et réussi les examens en septembre 1966. Jean-René a été déterminant pour notre accès à un emploi dans le champ de sociologie de la formation, du travail, de la négociation collective, de l’emploi. 

Jean-René est décédé en décembre 2015, dans sa 91ème année. Richard et moi, nous lui avions rendu visite au cours de l’été précédent, dans sa maison de Bretagne, à l’heure de l’apéro. Retrouvailles fort émouvantes. Un hommage collectif lui a été rendu en décembre 2016 ; quatre des douze diplômés de 1966 étaient présents : Jacques-Yves Eloy, Michel Davaine, Richard et moi.

Jean-René Tréanton à droite de la photo

Trois périodes dans la trajectoire professionnelle de Richard Biéganski. Après la licence, il n’a pas poursuivi en doctorat.

A. Une première période de travail, à Lille, consacrée à des études régionales pilotées par Jean-René Tréanton : recourir à la recherche en sociologie pour changer la société.

1973. L’accord national interprofessionnel de 1970 et la loi sur la formation professionnelle continue de 1971 conduisent à la création de l’Agence nationale pour le développement de l’éducation permanente, établissement public national à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du Ministère de l’Éducation nationale, créée par décret du 13 février 1973.

B. Deuxième étape de la trajectoire. Richard saisit cette opportunité de recherche. Il est embauché par l’ADEP. Il déménage à Paris avec sa famille.

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Blog. Fin de la Saison 7

Fin de la saison 7 : 72 chroniques du blog sur les Universités et la Covid 19 (présentation inversement chronologique)

Juin 2020. Quelle rentrée pour l’enseignement et la recherche ? Et si les universités mouraient ?

12 juin 2020. Lettre à Michel Deneken, président de l’université de Strasbourg.

Monsieur le Président, Le 5 mars, avant le confinement, un millier de personnels et d’étudiants de l’Université de Strasbourg se rassemblaient dans le Patio et manifestaient contre la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Sans attendre la levée de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement décide aujourd’hui de faire adopter cette loi dans les délais les plus courts, dans une version qui reprend et aggrave un projet largement rejeté par les acteurs de l’ESR.

Le projet a été envoyé aux membres du CNESER dimanche 7 juin pour une présentation en séance le 12 juin, ce qui témoigne d’un profond mépris de nos instances nationales. Un passage en Conseil des ministres est prévu le 8 juillet. Nous apprenons que la LPPR sera également mise à l’ordre du jour de la Commission de la Recherche de notre université le 17 juin prochain. Lire la suite…

Avril et mai 2020. Du confinement au déconfinement : les universités resteront fermées pour les étudiants, jusqu’à la rentrée (enseignements en ligne, modalités adaptées pour le contrôle des connaissances).

Le déconfinement commencé, j’arrête la rubrique Cuisiner facile en situation de confinement : 61 recettes.

13 mai. Frédérique Vidal adresse ses remerciements à la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche

Cette lettre mérite, selon moi, cinq critiques :

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Confédération des jeunes chercheurs

Confédération des jeunes chercheurs (CJC), Communiqué de presse, Paris, 13 mai 2020.

Quelles mesures d’urgence COVID pour les jeunes chercheur-es ? Les demandes de la CJC et les réponses de la ministre.

La Confédération des jeunes chercheurs (CJC) s’est entretenue avec madame Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, aux côtés de l’Association nationale des docteurs (ANDès), le jeudi 9 avril dernier. Ce rendez-vous a été l’occasion pour la CJC d’alerter la ministre sur la situation difficile des jeunes chercheur-es dans cette période de crise et de faire valoir nos demandes de mesures d’urgence spécifiques.

  • Paiement des enseignant-es vacataires
  • Prolongation des contrats de recherche doctorale
  • Prolongation des CDD de recherche pour docteur-es (« postdocs ») et ATER
  • Réinscriptions administratives
  • Soutenances de thèse

Résumé. Un paquet interministériel budgétaire et réglementaire « jeunes chercheur-es » est en préparation et devra être précisé dans les semaines qui viennent. Ce paquet devrait inclure une enveloppe aux employeurs publics de jeunes chercheur-es (doctorant-es et chercheur-es contractuel-les docteur-es) afin de financer largement des prolongations de contrat sur tout le territoire, une enveloppe à l’ANRT afin de financer des prolongations de Cifre, et des mesures de neutralisation de la période vis-à-vis de la durée réglementaire de réalisation du doctorat.

La CJC sera vigilante quant au volume de ce paquet budgétaire, qui ne saurait être inférieur à plusieurs dizaines de millions d’euros, pour être crédible. Le risque serait, si le gouvernement ne prenait pas ses responsabilités, que les établissements employeurs arbitrent entre la prolongation des recherches mises à l’arrêt ces dernières semaines et les recrutements à venir, c’est-à-dire entre sacrifier une génération de jeunes chercheur-es ou la suivante.

La ministre nous a par ailleurs indiqué que toutes les heures de vacations qui avaient été prévues pour le semestre seraient, en dernière instance, payées, ce qui est une satisfaction. Nous demandons de plus que tou-tes les doctorant-es se réinscrivant en doctorat en 2020-2021 soient exempté-es du paiement des frais d’inscription, afin de ne pas faire porter le poids de la prolongation exceptionnelle des recherches sur leurs épaules.

Lire la suite…

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Mesures pour les Jeunes chercheurs

Communiqué de Frédérique Vidal, 23 avril 2020. Épidémie de Covid-19 : prolongation des thèses, contrats doctoraux et post-doctoraux impactés par la crise sanitaire.

  • Dans la chronique immédiatement à suivre, la Confédération des Jeunes Chercheurs (communiqué du 13 mai 2020) exprime sa satisfaction à l’égard des mesures annoncées par la Ministre. Toutefois, elle estime qu’un paquet interministériel budgétaire et réglementaire soit précisé dans les semaines qui viennent… Elle sera vigilante quant au volume de ce paquet budgétaire, qui ne saurait être inférieur à plusieurs dizaines de millions d’euros, pour être crédible.

Texte du communiqué de Frédérique Vidal. « Afin de préserver les activités de recherche négativement impactées par la pandémie de Covid-19, Frédérique Vidal autorise la prolongation si nécessaire des thèses, contrats doctoraux et post-doctoraux, ainsi que des contrats d’ingénieurs et techniciens.

La recherche et le personnel scientifique et universitaire français sont aujourd’hui pleinement mobilisés, de concert avec leurs homologues de par le monde, pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et apporter des solutions aux graves problèmes médicaux, sociaux et économiques qu’elle soulève.

Pour autant, comme de nombreux secteurs, la recherche est également fortement affectée par cette crise. Un grand nombre de projets et de travaux de recherche à l’échelle nationale, européenne et internationale sont ralentis voire arrêtés. Le confinement et la fermeture des établissements ont forcé de nombreux techniciens, ingénieurs, chercheurs et doctorants, dans l’ensemble des disciplines, à interrompre leurs travaux expérimentaux en laboratoire ou encore à suspendre leurs enquêtes et études de terrain.

Prolongation des thèses, contrats doctoraux et post-doctoraux lorsque jugé nécessaire, jusqu’à 1 an

Afin de tenir compte de ce contexte exceptionnel lié à la pandémie de Covid-19 et de limiter ses effets négatifs sur la recherche et l’activité des laboratoires, Frédérique Vidal a décidé d’autoriser les organismes et établissements qui accueillent des doctorants à prolonger la durée de thèse ainsi que celle du contrat doctoral, lorsque l’impact de la crise actuelle l’aura rendu nécessaire. Cette prolongation, pouvant aller jusqu’à 1 an, permettra de compenser l’impact des interruptions des travaux de recherche dues à cette crise.

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