Archives de Tag: Sociologie

Hommage à Richard Biéganski (3)

Troisième chronique d’hommage à mon ami Richard : comment s’était-il préparé – certes inconsciemment – à la vie post covid-19, à un avenir durablement menacé par les pandémies ? Il pouvait être l’homme du passé rétif aux outils modernes de communication (chronique 2). Mais il était aussi et surtout un homme d’avenir consommant moins, achetant à proximité, fréquentant les puces pour y trouver des occasions inespérées et même des produits neufs, jamais utilisés.

Diaporama de 34 photos. Marseille et Kerblaise, Cuisine et Brocante

Richard, un homme d’avenir pratiquant la pluriactivité. Il exerçait le métier de sociologue et celui de maître-ouvrier polyvalent dans le logement ancien. Il avait d’autres potentialités : tenir un restaurant en étant en même temps chef de salle et cuisinier, créer une brocante aussi riche de produits qu’une caverne d’Ali Baba.

Kerblaise 2012. Petits farcis

Nous nous sommes plusieurs fois entretenus au téléphone cette année, durant et après le confinement. Richard ne sortait plus guère, vu ses difficultés respiratoires, accentuées par les sévères montées et descentes dans le quartier du Panier à Marseille, et par les deux étages pour atteindre, sans ascenseur, son appartement.

Quartier du Panier, La Vieille Charité, photographiée en 2009

Je lui disais qu’il regardait trop la télé, BFM TV en particulier ; quitte à être addict à l’information en continu, je l’incitais à regarder plutôt la chaîne publique, France Info Canal 27.

Nous avons discuté des résultats des élections municipales de mars et de juin, de notre contentement de la défaite de la LREM dans les grandes villes, même si nous ne sommes pas allés voter. Richard a souvent pratiqué l’abstention au cours de sa vie ; pour moi, c’était nouveau. Je m’en suis expliqué dans la chronique l’alliance inattendue.

Durant cette période de confinement, son second fils, Baptiste, lui a tenu compagnie. Que se sont dits le père et le fils ? Qu’a dit le père à son fils ?

A. La pluriactivité. Se développera-t-elle dans la société post-covid ? Pluriactivité : exercer deux ou trois métiers qualifiés au cours de la journée ou de la semaine ou dans des périodes rapprochées. Cela suppose de repenser le système de formation initiale, continue, et à distance, l’évaluation et la certification des acquis de l’expérience, les règles du marché du travail.

Tailler les haies, à Kerblaise, en 1999

Toute sa vie, Richard a mené de front deux activités principales. La sociologie (hommage à Richard 1). La rénovation d’appartements anciens. Il avait le don d’en dénicher, d’en estimer le prix et de prévoir l’importance des travaux à y effectuer. Il se devait d’être hyper-réactif quand une vente allait s’afficher chez un notaire ou dans une agence immobilière. Il avait la capacité de réaliser les travaux en partie lui-même. Il rénovait avant d’habiter, de louer ou de revendre. Une seule exception : arrivant à Marseille, il est devenu propriétaire d’un appartement dans la Cité radieuse construite par le Corbusier ; il n’était bien sûr pas autorisé à y modifier quoi que ce soit.

Richard avait un rêve : le Gaga-Club. Il en a parlé durant une vingtaine d’années. Plutôt que de terminer sa vie dans un EHPAD, il voulait vivre sa retraite dans un château avec une bande d’une dizaine de copains, qui auraient acquis chacun le même nombre de parts d’une société immobilière à créer ; ils auraient expérimenté l’autogestion. Il avait plusieurs arguments : plus un édifice est grand, moins il est cher au m² ; un château à 1 million d’euros se trouve ; y ajouter 200 ou 300 K€ pour la rénovation et l’aménagement adapté aux personnes âgées. Il se voyait déjà maître d’œuvre, chef de chantier et résidant, prenant son café dans le parc du château.

Richard préférait ne pas en avoir de voiture. Un temps, il avait eu une vieille camionnette brinquebalante : elle lui servait pour transporter ou entreposer les matériaux dont il avait ou allait avoir besoin sur « ses chantiers ».

Que de poussière avalée quand il fallait casser un mur ou un carrelage ! Son père mineur était mort de la silicose. Richard est mort de poumons devenus trop malades.

B. Richard le cuisinier. Il avait les qualités pour exercer d’autres métiers encore. Faire fonctionner un restaurant et y pratiquer une cuisine simple, goûteuse, de bonne qualité et à prix raisonnable. Richard aimait la bonne chère, et il était heureux quand on le félicitait pour les plats qu’il avait cuisinés.

Il aimait les fruits de mer et le poisson et s’assurait de leur fraicheur en allant les acheter chez les ostréiculteurs, ou sur les quais au retour des bateaux de pêche. Il faisait coup double : la dépense était moindre, la vente se faisant sans intermédiaires.

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Hommage à Richard Biéganski (1)

Mon ami Richard Biéganski est décédé à Marseille le 25 août 2020, à l’âge de 77 ans. Mes pensées les plus attristées pour ses proches.

J’ai tant de choses à raconter (notre amitié a duré 55 ans – 1965-2020) que je vais consacrer trois chroniques à Richard. Celle d’aujourd’hui concerne le métier de sociologue, les conclusions que nous avons tirées de l’exercice de cette profession. Je dirai dans les deux chroniques suivante une seconde chronique pourquoi Richard me paraissait incarner une société plus humaine pour l’après-covid, une société s’appuyant sur la pluriactivité et la frugalité.

Diaporama de 23 photos : le métier de sociologue

Marseille. Originaire du bassin minier du Pas-de-Calais, Richard a pourtant vécu 30 ans dans cette ville compliquée mais attachante. L’âge de la retraite venu, il aimait descendre du Panier, le quartier où il avait élu domicile, proche de son ancien lieu de travail à la Joliette, de la cathédrale La Major, pour aller admirer le coucher du soleil dans la Méditerranée ; il estimait que rien n’était plus beau.

La Major, 2013

Mais, ces derniers temps, atteint d’emphysème, la marche lui devenait de plus en plus pénible. J’aime croire que, une dernière fois avant d’être hospitalisé pour sa fin devenue certaine, le soleil rouge, plongeant doucement dans la mer, l’a rendu heureux.

Juillet 2919, sur la terrasse du Mucem, Richard et moi après un déjeuner d’une demi-douzaine d’huitres et d’un verre de Muscadet. Je ne savais pas que ce serait notre dernière rencontre en face à face.

Juin 1966. Douze étudiants obtiennent une licence de sociologie à la Faculté des Lettres de Lille. Ce diplôme avait été créé en 1958. Mais du fait de ce faible effectif, beaucoup de cours étaient mutualisés avec les étudiants en philosophie, en psychologie, en économie politique.

Juillet  1965. Cinq de ces douze étudiants en sociologie de Lille sont invités par Pierre Bourdieu pour un stage d’une semaine dans son centre de recherche de la rue Monsieur le Prince dans le 6ème. Séminaires de recherche, travaux pratiques sur les données d’enquête sur la pratique sociale de la photographie, sur la fréquentation des musées. Nous logions dans le pavillon du Maroc à la Cité internationale. Jacques-Yves Eloy nous avait photographiés, Richard et moi, dans le Jardin du Luxembourg. Daniel Chave, décédé en 2011, avait aussi participé à ce stage (chronique du blog : Daniel Chave, la soude aux soudeurs).

Toute notre vie, nous avons été fiers d’avoir eu, parmi nos maîtres, Pierre Bourdieu. Aussi, nous nous sommes précipités quand une exposition, à Marseille en 2009, a été consacrée aux photos qu’il avait prises en Algérie.

Richard (à gauche de la photo)

Un autre de nos maîtres lillois : Jean-René Tréanton, coauteur du Traité de Sociologie du Travail au milieu des années 60. Il avait mis en place un certificat optionnel Introduction à la Sociologie du Travail. Nous avons suivi ces cours et réussi les examens en septembre 1966. Jean-René a été déterminant pour notre accès à un emploi dans le champ de sociologie de la formation, du travail, de la négociation collective, de l’emploi. 

Jean-René est décédé en décembre 2015, dans sa 91ème année. Richard et moi, nous lui avions rendu visite au cours de l’été précédent, dans sa maison de Bretagne, à l’heure de l’apéro. Retrouvailles fort émouvantes. Un hommage collectif lui a été rendu en décembre 2016 ; quatre des douze diplômés de 1966 étaient présents : Jacques-Yves Eloy, Michel Davaine, Richard et moi.

Jean-René Tréanton à droite de la photo

Trois périodes dans la trajectoire professionnelle de Richard Biéganski. Après la licence, il n’a pas poursuivi en doctorat.

A. Une première période de travail, à Lille, consacrée à des études régionales pilotées par Jean-René Tréanton : recourir à la recherche en sociologie pour changer la société.

1973. L’accord national interprofessionnel de 1970 et la loi sur la formation professionnelle continue de 1971 conduisent à la création de l’Agence nationale pour le développement de l’éducation permanente, établissement public national à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du Ministère de l’Éducation nationale, créée par décret du 13 février 1973.

B. Deuxième étape de la trajectoire. Richard saisit cette opportunité de recherche. Il est embauché par l’ADEP. Il déménage à Paris avec sa famille.

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Le travail étudiant en confinement

Le travail étudiant en période de confinement, Elsa Martin et Simon Paye, Université de Lorraine, UFR SHS Nancy, département de sociologie, avril 2020, 22 pages.

Extraits du rapport. « Ce compte-rendu d’enquête vient s’ajouter à ceux déjà publiés par des collègues des universités de Grenoble, de Nanterre, de Dauphine, de Paris 8, ainsi que de Rennes 2.

A Nancy, le conseil de formation de l’Université de Lorraine a indiqué que des possibilités d’examen à distance sont bien réelles et opérationnelles. Il appartient à chacun d’adapter l’évaluation au regard des possibilités offertes.

Nous souhaitions avant tout vérifier s’il était possible pour tous les étudiants de poursuivre leurs études à distance et sans interaction en présentiel avec leurs enseignants et leurs camarades de promotion. Sont abordés ici les aspects matériels de la question du travail à distance, ce qui constitue à nos yeux une des bases essentielles pour l’appréhender sereinement.

Quelques résultats de l’enquête.

  • 89 étudiants sur 299 n’ont pas répondu au sondage. Les problèmes identifiés dans ce compte-rendu, calculés sur les seuls répondants au sondage, sont sans doute sous-estimés
  • Seuls 17,6% des répondants déclarent avoir une connexion stable, rapide et illimitée
  • Près de la moitié (44,8%) disent rencontrer des problèmes de connexion sur une ou deux des dimensions (stabilité, rapidité et quantité illimitée)
  • Plus d’un tiers des répondants (37,6%) n’ont pas de connexion individuelle ou, s’ils en ont une, cumulent les trois problèmes de connexion (instabilité, lenteur et limitation)

Les décisions relatives au maintien des évaluations du deuxième semestre ou du calendrier universitaire ne peuvent faire l’économie des faits qui sont ici exposés.

Il convient pour finir de rappeler que ce sondage sur les conditions matérielles de travail à distance n’a traité que des dimensions techniques du problème. En ce sens, nous n’abordons ici que la partie visible de l’iceberg.

 La dégradation des conditions d’études et de travail liée à l’assignation à domicile provient également de la détérioration des conditions de vie (économiques, sociales, psychologiques) et de l’atomisation des enseignants et des étudiants ».

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RESOSUP, réseau des Observatoires

Résosup, Réseau des Observatoires de l’Enseignement Supérieur. Depuis 2009, toutes les chroniques d’Histoires d’universités sur Résosup. Chronique à suivre : galerie de portraits, photos de la rencontre nationale des observatoires, en juin 2010 à Strasbourg.

Source principale de la chronique Factuel de l’université de Lorraine, 19 février 2020. Amélie Briffaux réélue présidente. Les priorités du réseau pour 2020-2022.

Le CA de Résosup a aussi adopté le 6 février 2020 des principes et engagements dans un document intitulé « Projet associatif 2020-2022 » (page 2 de la chronique). Parmi les actions envisagées par le réseau : mieux contribuer à l’information des publics ; encourager la certification des observatoires, vue comme une alternative à la labellisation des enquêtes ; contribuer à l’élaboration d’indicateurs pertinents sur la réussite dans le cadre de la réforme des formations…

Amélie Briffaux, présidente de Résosup depuis 2016, vient d’être réélue début février 2020. Elle est responsable de l’Observatoire de la vie universitaire à l’Université de Lorraine depuis janvier 2012. Elle a occupé les fonctions de responsable du pôle statistiques de la mission « indicateurs,  qualité, contrôle et audit » de l’Université Henri Poincaré (2005-2012) et de responsable de l’observatoire des études et de l’insertion professionnelle des étudiants dans cette même université (2005). Elle était précédemment chargée des études statistiques à la DEPP (2003-2005). Amélie Briffaux est titulaire d’un DESS de démographie appliquée aux entreprises et aux collectivités locales et d’une maîtrise des sciences et techniques mention sciences sociales appliquées.

Université de Lorraine : Observatoire de la Vie universitaire

Gouvernance de Résosup

  • Présidente : Amélie Briffaux (Université de Lorraine)
  • Vice-président : Xavier Collet (Université de Rennes I)
  • Trésorière : Sylvie Vilter (UVSQ)
  • Trésorier-adjoint : Simon Macaire (Université de Bordeaux)

Membres du conseil d’administration :

  • Cécile Créac’h (UBO)
  • Marc Dalaut (Université de Lorraine)
  • Marie-Annick Denche (Université Côte d’Azur)
  • Carolina Deffes (Comue d’Aquitaine)
  • Priscille Di Vito (Université de Saint-Étienne)
  • Marthe Kalifa (Université de Montpellier)
  • Paul Magnand (Université de Grenoble Alpes) 
  • Étienne Romain (Université de Toulon)
  • Sylvie Toullalan (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

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Covid-19. Vademecum statistique

Entre 1980 et 2008, à Lille, à Paris, à Marne-la-Vallée, rares étaient mes étudiants de sociologie qui aimaient les chiffres. Je n’avais pas l’ambition qu’ils deviennent statisticiens ou démographes, mais je voulais qu’ils soient capables de commenter les données statistiques fournies par les organismes dont c’était la mission. Lire, comprendre et mémoriser les définitions. Comparer les champs (pays, régions, département…) et/ou les périodes. Identifier les indicateurs et les raisons historiques de leur construction. Mesurer l’écart entre la date de collecte des données et celle de leur publication. Avoir la prudence de multiplier les données et les indicateurs, certes sous contrainte de temps et d’argent.

La plus « belle » perle que j’ai entendue dans ma vie, c’était lors du recrutement d’un ingénieur d’études pour l’Observatoire de Marne la Vallée : comment calculerez-vous le taux de chômage des diplômés interviewés pour chacune des formations ? Réponse : j’appuierai sur le bouton adéquat du logiciel utilisé pour traiter les données. Certes !

En cette période de pandémie, il faut être particulièrement attentif aux chiffres cités par les médias ou qui circulent dans les réseaux sociaux.

Première source de données de cette chronique (INSEE, 17 avril 2020). Nombre de global de décès par département, constaté entre le 1er mars et le 6 avril 2020 . Le but est de mesurer l’évolution de la mortalité (toutes causes confondues), en 2020 par rapport à la même période de 2009. Apprécier s’il y a ou non une surmortalité. La réponse est : « oui ! »

Ainsi, « Au niveau départemental, trois départements comptent au moins deux fois plus de décès (toutes causes confondues) d’une période à l’autre : le Haut-Rhin (+ 143 %), la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine.

Neuf autres départements enregistrent un nombre de décès supérieur de 50 % à moins de 100 % à celui observé en 2019. Il s’agit de tous les autres départements franciliens – le Val-de-Marne (+ 78 %), le Val-d’Oise (+ 70 %), Paris (+ 62 %), l’Essonne (+ 61 %), la Seine-et-Marne (+ 55 %) et les Yvelines (+ 52 %) – mais également des Vosges (+ 74 %), de la Moselle (+ 60 %), du Bas-Rhin (+ 56 %) et de l’Oise (+ 53 %).

Trente-deux départements au total enregistrent un nombre de décès supérieur d’au moins 20 % à 2019.

À l’opposé, 29 départements ont moins de décès enregistrés entre le 1er mars et le 6 avril 2020 que sur la même période de 2019. Ces départements sont essentiellement situés dans l’Ouest et le Centre de la France.

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Hommage à J-C Chamboredon

Le sociologue Jean-Claude Chamboredon est mort le 30 mars 2020, à l’âge de 81 ans, extraits de l’article de Pierre-Paul Zalio, Le Monde, mis à jour le 6 avril 2020.

Souvenirs de l’année universitaire 1964-1965. Ce fut la seule année où nos chemins se sont croisés. Jean-Claude Chamboredon avait 26 ans et était l’assistant de Pierre Bourdieu.

Les 12 étudiants qui allaient obtenir, en 1966, la licence de sociologie, avaient 20 ans en moyenne. Cette licence, ainsi d’ailleurs que le doctorat de sociologie, avaient été créés en 1958.

Le lieu de la rencontre en cours, rue Auguste Angellier, Faculté des Lettres, Lille.

Les apprentis sociologues ignoraient tout du statut de Chamboredon. C’était un parisien. Nous étions des provinciaux, plutôt impressionnés par cet habitué du TEE, Trans Europe Express, 1 heure 57 pour faire Paris-Lille. Impressionnés bien qu’il fût de petite taille et habillé toujours pareil : veston bleu marine, pantalon gris, chemise blanche ; une cravate ? Je ne sais plus.

Nous ignorions son excellent parcours scolaire ; il ne le mettait d’ailleurs jamais en avant.

  • Extrait de l’article de Pierre-Paul Zalio. Né en octobre 1938 à Bandol (Var), Jean-Claude Chamboredon fut reçu en 1959 à l’Ecole normale supérieure (ENS), où il fit partie des quelques normaliens littéraires (il est lauréat de l’agrégation de lettres classiques en 1962) qui, dans les années 1960, se tournèrent vers la sociologie, dans un milieu intellectuel alors dominé par la philosophie (dont Louis Althusser était, rue d’Ulm, la figure éminente). Il rejoignit alors, au sein du laboratoire fondé par Raymond Aron, un groupe de sociologues qui, autour de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron, jeta les bases d’une entreprise collective visant à édifier une sociologie scientifique.

Les 12 étudiants lillois n’étaient pas des Héritiers. Ils en étaient fiers. La plupart avaient choisi la sociologie pour changer la société. Comment ? Et pourraient-ils en vivre ? Ils n’en savaient trop rien. Bourdieu, Passeron et Chamboredon ne publieront le Métier de sociologue qu’en 1966.

Nous trouvions assez marrant que Chamboredon nous demande d’apporter en TD des photos de famille pour les analyser en tant que sociologues. Nous jouions le jeu.

Les photos qui me représentent en 1954-1955 (j’ai 10 ans en octobre 1954) étaient marquées socialement. La famille posait, devant la maison familiale en rang d’oignons, ou dans le jardin (fort petit). Famille ouvrière qualifiée (le chef d’œuvre de mon père), famille nombreuse (4 enfants mais ma sœur, âgée de 17 ans, meurt dans un accident de la route, fin 1954), famille qui met ses habits du dimanche, qui est de religion catholique pratiquante et militante, qui me photographie en communiant avec brassard blanc et en garçon d’honneur pour le mariage de ma grande sœur et la naissance d’une première petite fille pour mes parents. Une nouvelle vie, un mois après une mort.

Jean-Claude Chamboredon nous a appris, par des TD ludiques, les usages sociaux de la photographie. Petit dernier de quatre enfants, je découvrais par les photos les questions de mobilité professionnelle et sociale ascendante d’une famille ouvrière.

Merci, Jean-Claude Chamboredon, de m’avoir fait découvrir un des champs de la sociologie et certains de ses instruments d’investigation (la photo, le film, le magnétophone). Cette histoire de photos demeure un des meilleurs souvenirs de mon parcours étudiant.

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Les RERS 2019 sont parus

Les RERS 2019 sont parus : ça, c’est une bonne nouvelle !

Publication annuelle de la DEPP et de la SD-SIES, Repères et références statistiques réunit en un seul volume toute l’information statistique disponible sur le système éducatif et de recherche français.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Organisé en onze chapitres et 180 thématiques pour l’édition 2019, RERS apporte des éclairages nouveaux en fonction de l’actualité et des derniers résultats d’études.

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R. Moulin et le marché de l’art

Raymonde Moulin, sociologue du marché de l’art, est décédée le 9 août 2019, à l’âge de 95 ans. J’ai appris sa mort samedi dernier par Alain Quemin, fidèle disciple et ami de cette sociologue pionnière d’un champ de recherche innovant dans les années 60 du siècle dernier.

Mes souvenirs de Raymonde Moulin remontent aussi au siècle dernier : quatre années de commune appartenance au comité national de CNRS en sociologie : évaluer les candidats au recrutement et évaluer les chercheurs, leurs recherches, leurs publications, leurs activités d’enseignement et de valorisation.

Bien avant l’apparition du H Index, je m’évertuais dans les années 80 de pondérer les publications selon leur type, pour pouvoir comparer et en définitive classer les uns et les autres. Raymonde Moulin était impressionnée par le travail que je faisais, mais restais sceptique. Éternel débat : comment tenir compte à la fois de la quantité pondérée des publications et de leur qualité, sachant que ce travail de jugement a des conséquences importantes ? Un recrutement, une promotion, une récompense, une reconnaissance.

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Évaluer la qualité des stages

Janvier 2019. Resosup, Évaluation de la qualité du stage par l’étudiant, Cahier n°6, 48 pages.

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30 juin 2019. Week-end caniculaire, à Strasbourg puis dans les Vosges : plus de 35 degrés. Trois familles réunies dont celles des deux ingénieurs d’études qui ont créé avec moi l’OFIPE de l’université de Marne-La-Vallée et qui y ont fait un travail remarquable. L’OFIPE aura 20 ans fin 2019. Sera-t-on invité tous les trois à l’anniversaire ? Ces deux amis sont aujourd’hui cadres A de la Fonction publique et exercent des missions dans le cadre de l’évaluation.

Nous avions pour mission, dans une démarche de progrès, d’évaluer la qualité des formations, des stages, des trajectoires professionnelles. En décembre 2003, nous avons publié, pour la 3ème année consécutive, un numéro d’Ofipe résultats sur Les stagiaires en entreprise. 175 numéros d’OFIPE résultats à ce jour.

  • « Dans le numéro d’Ofipe résultats consacré aux stages de l’année 2000-2001, SergeRiazanoff, professeur associé à l’Institut Gaspard Monge, explorait l’idée d’une « Charte de Qualité des Stages ». Aujourd’hui, cette charte existe : ses principaux objectifs et son contenu sont résumés dans Ofipe Résultats de décembre 2003″, page 8.

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Ipséité. Vous avez dit atypique ?

Ipséité. A priori une bonne idée

  • Ipséité ? Ce qui fait qu’une personne est unique et absolument distincte d’une autre
  • un centrage sur les Sciences Humaines et Sociales
  • une exposition itinérante
  • de jolis portraits (photos en noir et blanc en ligne).

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