Archives mensuelles : mars 2010

Le rendement des diplômes du Sup

Etude de Pierre Courtioux (EDHEC), L’effet du système socio-fiscal sur les rendements privés de l’enseignement supérieur. Une analyse par microsimulation (EDHEC, janvier 2010) : cliquer ici. Intéressé par les indicateurs de performance (lire les 6 chroniques de ce blog sur « Financer selon la performance« ), je suis toujours surpris, amusé mais en définitive énervé par les résultats des recherches économétriques fort (trop ?) sophistiquées.

Le sujet est toujours alléchant. La question posée ici est : les jeunes qui poursuivent des études supérieures, plus ou moins longtemps, gagnent-ils davantage, en cumulé sur l’ensemble de leur vie active ou dans la 1ère partie de celle-ci et compte-tenu du système socio-fiscal, que les individus qui ne poursuivent pas d’études supérieures ou qui s’arrêtent après un premier diplôme ?

La question est importante et les individus attendent de la réponse que l’étude va leur fournir qu’elle éclaire leurs choix individuels rationnels. Le problème est toujours : soit la réponse est évidente (la montagne de recherche accouche d’une souris), soit elle n’est pas rigoureuse (quand trop de variables potentiellement explicatives sont exclues du modèle parce que les données empiriques ne sont pas disponibles), soit enfin elle n’a aucune utilité pratique. La recherche de Pierre Courtioux n’échappe pas à ces 3 critiques.

Suivons pas à pas la démarche. Qui est concerné par la recherche ? La génération née en 1970. A quelle date celle-ci est-elle étudiée ? En 2003-2005 (données des enquêtes Emploi de l’INSEE, plus de 100.000 observations) ; les individus pris en compte ont donc apparemment 35 ans, ont accompli une première partie de leur vie active. Mais attention, il ne s’agit pas d’un suivi de cohorte qui indiquerait l’évolution du salaire, en fonction du diplôme obtenu, entre l’entrée dans la vie active à 25 ans (par exemple) et 35 ans. Les salaires à 25 ans sont en fait ceux observés en 2003-2005 des jeunes de 25 ans figurant dans les enquêtes Emploi de la période ! L’hypothèse est donc que le niveau de salaire et la structure des salaires à 25 ans constatés en 2003-2005 sont les mêmes que ceux observés dix ans plus tôt !

Les individus, supports de la recherche, ont « 35 » ans, mais celle-ci va quand même prendre en compte l’effet atténuateur du système de retraite sur les écarts de revenus acquis au cours de la vie active et produits en principe par les différences de diplôme ! Autres effets atténuateurs des écarts, effets faibles à vrai dire : l’impôt progressif sur le revenu, l’indemnisation chômage (limitée en fait à l’ARE, aide au retour à l’emploi !).

Venons-en aux comportements individuels rationnels, aux coûts appelés d’opportunité. Un exemple de coût d’opportunité : « pendant que je poursuis des études, je ne gagne pas de salaire » ; « si je fais cinq ans d’études plutôt que deux, c’est pendant 3 ans que je ne gagne pas de salaire » ; « si je mets quatre ans pour obtenir un diplôme de bac+2, je n’ai pas gagné de salaire pendant deux ans de trop ». La recherche de Pierre Courtioux prend donc en compte l’âge réel d’entrée sur le marché du travail pour chacun des niveaux de diplôme. Mesure-t-elle en parallèle l’impact du coût des études, coût qui s’ajoute aux pertes de salaires ? Pas vraiment car elle exclut le coût des droits d’inscription ! Dans l’enseignement supérieur privé, ces droits ne sont pourtant pas négligeables ! Les différences de carrières salariales entre hommes et femmes sont évacuées au détour d’une phrase !

Résultats de l’étude selon son auteur : « le rendement économique des études n’est pas croissant avec le nombre d’années de ce cursus et suit plutôt une courbe en U (meilleur rendement pour les bac+2 et pour les bac+5, i.e. pour les diplômes professionnels). Près d’un diplômé sur quatre au niveau Bac+2 et Bac+3 des filières universitaires (DEUG et licence générale) ne retire pas de profit direct de ses études supérieures ». Quelles sont les caractéristiques de ces 25% ? On ne sait pas.

Enfin, « l’analyse confirme la pertinence de la réflexion menée à l’EDHEC sur les moyens les plus équitables de financer le développement de l’enseignement supérieur« . A savoir ? Les carrières salariales dépendent en partie du niveau de diplôme et de la pression socio-fiscale, mais pas seulement. Trop d’éléments du contexte ne sont pas pris en compte : le contexte d’un chômage plus ou moins fort selon les périodes, les réformes des études et de leurs conditions (la licence professionnelle, le LMD, le plan « licence »), la croissance du nombre de diplômés du supérieur. Bref, les études économétriques sont prises à leur propre piège : elles veulent mesurer rigoureusement l’impact de tel ou tel facteur mais ne pouvant jamais, faute de données, prendre en compte tous les facteurs, elles échouent à démontrer l’impact réel des seuls facteurs retenus.

Entre l’étude de Pierre Courtioux et celle menée par le CEREQ, j’estime qu’il n’y a pas photo. Il faut se donner les moyens de suivre, pas à pas, des cohortes d’entrants sur le marché du travail. Lire le Bref Cereq : « Les sept premières années de vie active de la Génération 1998. Entre insertion et débuts de carrière » (cliquer ici). Espérons que le CEREQ poursuivra ce type d’analyse (chronique : « Wacheux au CEREQ« ).

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IES. La carte des formations

Suite des chroniques sur les Instituts d’enseignement supérieur (IES). La chronique précédente (« IES. Orientation et numerus clausus« ) a démontré que, pour atteindre 50% de jeunes obtenant un diplôme de l’enseignement supérieur, il fallait que progressent le taux de bacheliers chez les jeunes et le taux de poursuites d’études dans le supérieur, en particulier parmi les bacheliers technologiques et professionnels (lire la chronique « Bacheliers professionnels en prépa ECT, Economique et commerciale technologique) ».

50% de diplômés du supérieur dans les générations nouvelles et dans la situation démographique présente, ce sont 480.000 jeunes. Combien de places faut-il donc ouvrir dans les Instituts d’enseignement supérieur public et en particulier en 1ère année ? Si on suppose relativement stables le taux de poursuites d’études dans l’enseignement supérieur privé et le taux d’étudiants étrangers dans le cycle « Licence » (chronique : « Effectifs universitaires : alerte rouge« ), tout en comptant sur une progression du taux d’obtention de la licence en 3 ans (diminution des taux de redoublement et d’abandon), il faut ouvrir environ 400.000 places par année d’IES, 1.200.000 pour les 3 années.

Avant d’en déduire le nombre de l’IES à créer, il faut aborder la question de la taille de chaque IES. Chaque IES doit accueillir en 1ère année de licence des étudiants qui, après la licence, poursuivront des études au moins jusqu’à bac+5 et des étudiants qui entreront sur la marché du travail après l’obtention d’une licence professionnelle. Chaque IES doit assurer au moins deux parcours longs et deux parcours professionnels au sein des 5 voies d’études supérieures (santé, sciences, droit et sciences politiques, économie et gestion, lettres, langues et sciences humaines). 

Les deux impératifs précédents doivent empêcher une trop forte spécialisation des IES, permettre des passages de la voie longue à la voie professionnelle et inversement, des changements de filières (par exemple Santé vers Sciences et inversement). Si on retient par ailleurs l’hypothèse d’un effectif de 30 étudiants par classe et de trois classes au minimum pour chaque filière longue ou professionnelle, on obtient un effectif minimum de 1.080 étudiants. Un IES qui formerait dans 3 filières longues et 3 filières professionnelles avec chacune 4 classes de 30 èléves atteindrait environ 2.000 étudiants.

C’est cette base qui est retenue comme hypothèse pour la création des IES : pour accueillir 1.200.000 étudiants, il faut donc 600 IES, répartis dans les métropoles, les villes grandes et moyennes du territoire. L’IES doit être un établissement public d’enseignement supérieur de proximité ; la proximité est un de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur.

Tentons un exercice de territorialisation des IES en région Alsace (ma région d’adoption pour la retraite !). 15.000 jeunes obtiennent le baccalauréat chaque année dans l’académie de Strasbourg (cliquer ici). Vu la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur privé et l’attractivité présente des deux universités à l’égard des étudiants étrangers, on peut faire l’hypothèse de la nécessité pour les IES alsaciens d’accueillir un minimum de 10.000 bacheliers par an et de 30 à 34.000 étudiants en tout, soit l’équivalent de 15 à 17 IES dans la région.

Combien de villes accueillent aujourd’hui des étudiants du supérieur en CPGE, BTS, DUT, Licence universitaire ? Le site « Admission Post-bac » nous donne la réponse. La carte des formations est pléthorique et illisible ; elle est la plus éclatée en BTS. La création d’IES y remédierait. 22 villes accueillent des étudiants du Sup, 11 dans le Bas-Rhin et 11 dans le Haut-Rhin. Combien d’établissements ont au moins une formation post-bac ? 64, 38 dans le Bas-Rhin et 26 dans le Haut-Rhin. Combien de formations offertes en 1ère année d’études supérieures ? 272, 178 dans le Bas-Rhin et 94 dans le Haut-Rhin.

Bien sûr, ce sont les deux universités, Strasbourg et Haute-Alsace Mulhouse (UHA), qui offrent le plus de formations de 1ère année : 63 à l’université de Strasbourg (hors IUT) et 20 à l’UHA. Hors université, Strasbourg possède 15 lycées qui proposent des CPGE et/ou des STS (58 formations) et Mulhouse 7 (28 formations).

7 autres villes proposent plus de 5 formations : Haguenau (3 établissements et 9 formations), Illkirch (5 établissements et 22 formations), Schiltigheim (2 établissements et 7 formations), Sélestat (3 établissements et 6 formations), Colmar (8 établissements et 21 formations), Guebwiller (3 établissements et 6 formations), Saint-Louis (1 établissement et 8 formations).

9 villes pour 15 à 17 IES en Alsace, ce devrait être possible !

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