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L’Orient, Mulhouse, l’Indienne

Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg (BNUS). L’Orient inattendu, Du Rhin à l’Indus. Sources : extraits des sites de la BNUS et du Musée de l’impression des étoffes de Mulhouse (page 2 de la chronique), du Catalogue de l’exposition strasbourgeoise.

Diaporama de 11 photos : L’Orient, source d’inspiration pour les industries alsaciennes.

A. « À l’occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Bibliothèque nationale et universitaire et de l’Université de Strasbourg, l’exposition L’Orient inattendu, du Rhin à l’Indus invite à porter un regard nouveau sur l’histoire de la ville et de la région sous l’angle des relations avec l’Orient et plus précisément les terres d’Islam. Une exposition événement en partenariat avec les Musées de Strasbourg et le Musée du Louvre.

Pourquoi une telle approche ? Outre la présence fréquemment interrogée de l’Islam et de musulmans dans notre société, il existe, dans les collections patrimoniales régionales, des traces matérielles de contacts historiques, parfois très anciens, remontant jusqu’au Moyen Âge. Ces contacts et ces objets patrimoniaux, souvent méconnus, représentent une face inattendue de notre histoire et de notre patrimoine, en quelque sorte une face cachée de nous-mêmes.

Du 18 septembre 2021 au 16 janvier 2022, l’exposition propose d’explorer cette histoire avec un triple fil conducteur : les représentations de l’Orient islamique dans la région rhénane et plus particulièrement en Alsace ; sa réception et son impact dans les sciences, la littérature et les arts ; et enfin les traces de cette réception dans les collections régionales et nationales ».

B. Les Orients des industries textiles alsaciennes, extraits de l’article d’Aziza Gril-Mariote, in Catalogue de l’exposition, pp. 113-117.

« L’Alsace et ses industries d’art, surtout ses industries textiles, ont entretenu avec l’Orient – un espace lointain allant de l’Inde au Levant en passant par la Perse – des liens ambivalents en nouant des relations commerciales et en cherchant une inspiration artistique tout en reprochant aux Orientaux leurs procédés artisanaux …

C’est d’abord l’Inde qui est apparue comme source d’approvisionnement essentielle en indiennes au 17ème siècle, puis en toiles de coton brut au 18ème siècle, avant de céder la place au Levant et à l’Égypte pour leur coton acheminé vers les filatures qui ouvraient en Europe au début du 19ème siècle »…

« Pendant près de deux siècles, les manufactures d’indiennes alsaciennes ont perpétué cette tradition stylistique, tandis que l’essor industriel a permis de s’affranchir des procédés techniques orientaux…

Le terme indienne désigne aujourd’hui une fine toile de coton imprimée à la planche de bois de motifs d’inspiration végétale aux couleurs éclatantes…

Après l’instauration de la prohibition du commerce des indiennes pour protéger les productions nationales en 1686, Marseille devient une plaque tournante dans un véritable trafic ».

« A la levée de la prohibition en 1759, alors que l’indiennage se développe en France, l’Encyclopédie définit encore les indiennes comme des toiles peintes qui nous viennent des Indes. En réalité, fabricants et commerçants utilisent le terme jusqu’au 19ème siècle pour désigner aussi bien les indiennes orientales que les impressions européennes…

Les premières adaptations au goût européen apparaissent au niveau des décors des bordures qui accommodent les ornements traditionnels à la mode européenne (image ci-dessous). Lorsque ces toiles débarquent en Europe, cette adaptation n’est pas connue ni perçue du public et les motifs apparaissent comme exotiques ».

Indienne au monogramme, Inde, côte de Coromandel, début du 18ème

Toile de coton teinte par mordançage et réserve, peinte, 8 couleurs, Mulhouse, musée de l’Impression sur Étoffes. Cette indienne d’Inde intègre de nombreux motifs occidentaux : anges, aigles bicéphales et basilics (monstres à tête d’oiseau).

« L’introduction de l’indiennage à Mulhouse à partir de 1746 bénéficie de la proximité de la Suisse où cette industrie se développe pendant la prohibition… La fin des années 1770 est marquée par un essor technique ; l’usage de fines toiles de coton importées d’Inde et la mise au point d’un vocabulaire décoratif inspiré des motifs des importations…

Les dessinateurs reprennent les décors des indiennes d’Inde, notamment les bordures des palempores, pour en faire des compositions florales, ou bien laissent libre cours à leur imagination, transformant les arbres de vie en ramages fleuris dont les arabesques se prêtent mieux à la répétition du dessin sur les métrages de toile. Les motifs relèvent désormais du monde floral européen et de ses déclinaisons stylisées…

Après les fleurs d’indiennes, les impressions alsaciennes doivent leur réputation aux palmettes Cachemire, qui est un fil de laine obtenu à partir du duvet de chèvres dans la vallée du Kashmir. Le tissage des fils teints donne des étoles aussi chaudes que fines et douces, qui sont décorées aux extrémités de palmettes. Ces châles arrivent en Angleterre dans les cargaisons des Compagnies des Indes à la fin du 18ème siècle, avant leur introduction en France au retour de la campagne d’Égypte : leur mode fait fureur sous l’Empire…

Lorsque les fabricants mulhousiens Dollfus-Mieg & Cie et Thierry Mieg & Cie expérimentent l’impression sur laine, cela donne lieu à de véritables imitations imprimées des châles tissés à Paris, Lyon ou Nîmes.

A partir des années 1830, les châles cachemire imprimés en Alsace sont un produit d’innovation technique et artistique qui participe à l’essor de la chimie des couleurs. Certaines dénominations renvoient encore à l’Orient. C’est le cas du Rouge turc ou d’Andrinople.

C’est à Monsieur Daniel Koechlin qu’on doit d’avoir porté directement cette teinture sur des pièces déjà tissées. Ce grand industriel avait acquis d’un marchand d’Andrinople des notions encore incomplètes sur le procédé suivi en Orient pour huiler le coton, opération capitale dans la production du rouge. Après de nombreuses tentatives, poursuivies avec persévérance, il parvint en 1810 à produire ces belles toiles pour lesquelles Mulhouse se fit une si grande réputation (Penot, 1871) ».

« Les dessinateurs imaginent de grands châles où le motif s’étire, s’entrecroise, s’agrandit et se répète. De format carré, leurs dimensions varient entre 100 et 130 cm, tandis que les modèles rectangulaires vont jusqu’à plus de 3 mètres. La forme carrée est la plus répandue, facile à porter en pointe, une fois le châle plié en deux dans la diagonale ».

Châle carré rouge à bordure de grandes palmes

Mulhouse, Thierry Mieg, 1846-1849. Assemblage de 5 morceaux, laine, fonds teint en rouge, bordure imprimée à la planche, 6 couleurs (noir, rouge, rose, orange, bleu, vert), effilés gaufrés, 182 x 182 cm. Mulhouse, Musée de l’impression sur étoffes.

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L’Encyclopédie. Diderot, D’Alembert

Parmi les 33 salles dédiées au 18ème siècle, le musée Carnavalet / Histoire de Paris en consacre trois au siècle qui portera le nom de Siècle des Lumières :

  • L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751). Page 1.
  • Paris, capitale des Lumières. Page 2.
  • Le Rayonnement international de Paris. Page 3.
  • Nicolas de Condorcet. Page 4.

Diaporama de 33 photos.

A. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751)

Cliquer sur les images pour les agrandir. Source : Musée Carnavalet

Six chroniques du blog sur Denis Diderot (novembre 2019)

Portrait de Denis Diderot par Jean-Simon Berthélémy, 1784

Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783). Source : Wikipédia. Deux chroniques du blog :

Portrait de Jean Le Rond d’Alembert par Catherine Lusurier, 1777

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Beaumarchais l’insolent (1732-1799)

Le Musée Carnavalet / Histoire de Paris consacre une salle à Pierre-Augustin Caron, né en 1732. Celui-ci prendra le nom De Beaumarchais en 1756. Partisan de la Révolution, il s’exilera cependant sous la Terreur, avant de revenir à Paris. Il mourra en 1799, dans la gêne. Il avait 67 ans.

Diaporama de 21 photos

Beaumarchais en 1773, eau-forte d’Augustin de Saint-Aubin

Cliquer sur les images pour les agrandir

S’appuyant sur les œuvres du Musée, cette chronique n’évoque que certaines des périodes de la vie de Beaumarchais : A. L’horlogerie. B. L’opéra Tarare (1787), C. L’Hôtel particulier proche de la Bastille, confié de 1787 à 1789 à l’architecte Lemoine le Jeune.

Se référer à l’article de Wikipédia pour une biographie complète. Beaumarchais l’insolent est La référence filmique pour une biographie fondée sur des faits réels. Comédie d’Édouard Molinaro, en 1996, Fabrice Luchini jouant avec brio le rôle de Beaumarchais. Bande annonce du film (1’52). Musique originale (2’40). Film à la demande (VOD).

A1. Beaumarchais et l’horlogerie. Source : extraits de Wikipédia

« Pierre-Augustin, après des études dans une école d’Alfort de 1742 à 1745, entre en apprentissage dans l’atelier paternel à l’âge de 13 ans. Il donne du fil à retordre à son père, qui le chasse quelque temps de la maison familiale, mais finit par devenir un artisan compétent, puisqu’il invente, en 1753, un nouveau mécanisme d’échappement, dit « à hampe » ou « à double virgule » (peu utilisé aujourd’hui du fait des problèmes de frottement) ; ce sera l’occasion d’une première controverse : l’horloger du Roi Jean-André Lepaute s’attribue l’invention et Beaumarchais doit faire appel à l’Académie des sciences pour que lui soit reconnue la propriété de l’invention. Il devient fournisseur de la famille royale. Il ne tarde toutefois pas à abandonner l’horlogerie ; Jean-Antoine Lépine qui le remplace dans l’atelier paternel, devait épouser sa sœur Fanchon et devenir l’associé en 1756, puis le successeur d’André-Charles Caron.

Il prend le nom de Beaumarchais en 1756. Il épouse Madeleine Catherine Aubertin, de dix ans son aînée. La mort de celle-ci, un an plus tard, marque le début d’une longue série de conflits juridiques ».

A2. Bibliothèque Nationale de France (BNF), Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Article Horlogerie, réveil à poids.

« Pierre-Augustin Caron apprend le métier auprès de son père, grand horloger parisien. Ingénieux, il invente à 21 ans un nouveau système qui améliore l’exactitude des horloges (c’est l’échappement à double virgule). Or Jean-André Lepaute, horloger du roi, s’en attribue le mérite dans Le Mercure de France. Pierre-Augustin Caron lui intente un procès, fait appel à l’Académie des sciences et obtient gain de cause.

Il est maintenant connu à la Cour et nommé Horloger du roi.

Horloge de Caron / Beaumarchais

En 1759, faveur insigne, il est nommé professeur de harpe de Mesdames, les quatre filles du roi Louis XV, qui résident à la cour.

Il perfectionnera par la suite le mécanisme des pédales de harpes« .

A.3. Musée Carnavalet, Harpe à pédales. Jean-Henri Naderman (1734-1799)

« Originaire de Westphalie, Jean-Henri Naderman s’installe à Paris dès 1762. Luthier, éditeur et marchand de musique à partir de juin 1773, il devient luthier ordinaire de Madame la Dauphine puis luthier de la Reine. Naderman fait preuve d’un sens artistique développé qui le démarque de ses confrères. Il produit un type de harpe à l’ornementation sculptée, peinte, vernie ou dorée, d’un grand raffinement, qui dès lors fait de la harpe un objet de luxe et un élément décoratif important de l’ameublement des maisons élégantes ».

A.4. Beaumarchais, aventurier, espion… et avant tout horloger, par Judikael Hirel, Le Figaro, 3 septembre 2019.

« Avant d’être auteur à succès, éditeur, espion, créateur des droits d’auteur, Pierre-Augustin Caron, devenu de Beaumarchais par la suite, était avant tout horloger et fils d’horloger. Le seul garçon d’André-Charles Caron et de Louise Pichon naît en 1732, et son destin semble tout tracé : prendre la relève de cette lignée d’horlogers huguenots. Son père, maître horloger, abjure le protestantisme en 1721. Mais c’est surtout, plus que cette conversion forcée, son invention de la première montre squelette que l’histoire horlogère a retenue.

Vers 1760, sans doute inspiré par la pensée des Lumières, il imagine que les amateurs de garde-temps aimeraient en découvrir les arcanes, être éclairés sur leur fonctionnement. Il a alors l’idée d’en dévoiler les rouages complexes via une montre squelette, permettant d’admirer la complexité du mouvement. C’est finalement à Jean Antoine L’épine, qu’il forme au métier d’horloger et deviendra son gendre, qu’il s’associe, et non à son fils. Ce sera un disciple talentueux puisqu’il contribuera à affiner les montres en inventant le calibre qui porte son nom, et que ses complications horlogères feront de lui l’horloger du Roi Louis XV, à qui il présentera une montre astronomique associant équation du temps et quantième perpétuel.

Dépossédé de son invention par… l’horloger du Roi. Pour autant, en tant qu’horloger, Pierre Augustin Carton n’était pas, lui non plus, dénué de talent. Entré en apprentissage chez son père dès ses 13 ans, il invente en 1753, un nouveau mécanisme d’échappement, dit à hampe ou à double virgule, améliorant la précision des montres. Une invention qui le portera jusqu’à la cour, pour ne pas s’être laissé faire, malgré son âge : quand l’horloger du Roi en personne, Jean-André Lepaute s’attribue son invention, le jeune homme de 20 ans ne se laisse pas déposséder et en appelle à l’Académie des Sciences. Non seulement cette découverte horlogère lui est attribuée, mais il devient ainsi fournisseur de la famille royale. En 1755, il remplace même Lepaute comme horloger du Roi.

Son ascension sociale commence, mais ce n’est pas à ses montres, plutôt à sa musique puis à ses mots que celui désormais nommé Beaumarchais la devra : Qu’étais-je donc? Je n’étais rien que moi, et moi tel que je suis resté, libre au milieu des fers, serein dans les plus grands dangers, faisant tête à tous les orages, menant les affaires d’une main et la guerre de l’autre, paresseux comme un âne et travaillant toujours ; en butte à mille calomnies, mais heureux dans mon intérieur, n’ayant jamais été d’aucune coterie, ni littéraire, ni politique, ni mystique, n’ayant fait de cour à personne, et partant repoussé de tous. Un homme libre, qui survivra à la Terreur, mort à Paris en 1799, maître en son temps du temps comme du en même temps« .

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Nantes, Jardin des plantes (1726)

« Avec sept hectares de verdure en plein centre ville, plus de dix mille espèces vivantes et plus de 50.000 fleurs plantées chaque saison, le Jardin des Plantes de Nantes figure aujourd’hui parmi les quatre grands jardins botaniques de France. En 150 ans, les collections se sont enrichies et spécialisées. Le Jardin dispose de 800 mètres carrés de serres ».

Diaporama de 17 photos.

La Dormanron. Cliquer sur les images pour les agrandir

Les prémices du Jardin des plantes : le jardin des Apothicaires (source : citations de Wikipédia).

« C’est en 1687 que fut créé le premier jardin botanique de la ville de Nantes. Les maîtres apothicaires se voient confier la jouissance d’un terrain situé à l’ouest de la ville. Ce jardin se situe alors dans le quartier où sera construite la Tour Bretagne au XXe siècle. Il est uniquement destiné à la culture des végétaux. Ainsi, au XVIIIe siècle, la ville ne comporte pas de jardins particulièrement signifiants destinés à la promenade.

Ce jardin se développe sous l’action de Pierre Chirac (1657-1731), intendant du Jardin du Roi. Ce dernier comprend vite le rôle que peut jouer un jardin botanique qui se situe dans un port alimenté par un fort trafic de produits exotiques et qui, grâce à la Loire, permet un accès aisé vers Paris. Chirac y voit un lieu idéal pour favoriser l’acclimatation des plantes tropicales rapportées par les navigateurs de leurs lointaines escapades ».

18ème siècle

1711. Source : blog, La terre est un jardin. « Revenant d’une expédition aux Amériques en 1711, le voilier Saint-Michel rapporte à son bord un jeune Magnolia grandiflora d’abord identifié comme laurier-tulipier. Passionné de botanique, René Darquistade (1680-1754) est l’armateur du navire. Il fait fi des instructions du roi qui veulent que chaque nouvelle plante intègre d’abord le jardin botanique royal. Par deux fois, il sera maire de Nantes (1735-1737 et 1740-1747).

  • Le Magnolia grandiflora est débarqué discrètement et on l’installe dans son château de la Mallardière, au sud de Nantes. Le Magnolia végète pendant une vingtaine d’années dans l’orangerie avant d’être plantée en plein air près des dépendances du château. Le sujet revit et fleurit abondamment. L’arbre est multiplié par des marcottes aériennes et planté, de parcs en jardins, affirmant la notoriété botanique de Nantes qui accueille aujourd’hui la collection nationale française de Magnolia.

1719. L’action de René Darquistade permet au jardin des apothicaires de devenir un Jardin royal des plantes, subordonné au Jardin du Roi.

1726. Le développement de ce jardin se trouve considérablement encouragé par l’ordonnance royale prise le 9 septembre par Louis XV pour assujettir les Capitaines des Navires de Nantes d’apporter Graines & Plantes des Colonies des Païs Etrangers, pour le Jardin des Plantes Médicinales établi à Nantes.

Le succès de cette mesure est tel que le Jardin des apothicaires s’avère vite trop petit pour accueillir toutes les plantes. Cependant, la Révolution française survient sans qu’un autre emplacement ait été trouvé.

1793. Mise en place d’un Jardin des plantes à l’est de Nantes. La Convention nationale prend un décret qui marque la réorganisation des jardins botaniques en France. Il y est notamment décidé la création dans chaque département d’un jardin botanique de quatre arpents.

François Lemeignen (1732-1803), médecin originaire de Machecoul, se bat alors pour qu’un tel jardin soit créé à Nantes. Il propose de l’implanter dans le couvent des Ursulines fondé en 1626. Celui se trouve à l’est de la ville entre le faubourg Saint-Clément et celui de Richebourg, à peu de distance du cours Saint-Pierre ».

19ème siècle

1806. « Le 26 février, le préfet Belleville prend un arrêté définissant les limites du jardin botanique qui s’implante alors définitivement sur un terrain attenant à l’ancien couvent des Ursulines. Le tracé du jardin est confié à l’architecte-voyer nantais Félix-François Ogée.

1806. C’est à Gand que Ferdinand Favre, futur maire de Nantes, découvre le camélia. Il fait venir à grand frais les premières graines d’Angleterre. Il les sème et obtient sept mille plants dans sa propriété située près de Sorinières ».

Jean Alexandre Hectot (1769-1843).

« Apothicaire et botaniste, il est nommé directeur de ce nouveau jardin des plantes qui a désormais trouvé son emplacement définitif.

« Quand Hectot prend la succession de Lemeignen, la situation est moins brillante que jamais (source : les jardins de Nantes). Hectot fait lui-même l’inventaire de ce que son prédécesseur lui a légué. Je récupérais, en tout et pour tout, quelques instruments aratoires, une cinquantaine d’espèces de plantes en pots, environ 150 de pleine-terre, plus une boîte de graines reçue du Jardin Royal de Paris.

Devant cette pénurie, Hectot fait l’avance des fonds nécessaires à l’établissement. J’avoue que sans l’amour de la botanique j’aurais tout abandonné par la gêne où cette chose me mettait. Ses propres cultures et les échanges faits avec les autres jardins botaniques lui permettent bientôt de constituer une collection riche pour une ville de province.

Faute de locaux suffisants, Hectot hiverne ses végétaux fragiles dans les serres du Jardin des Apothicaires dont il a toujours la responsabilité ».

Jean-Marie Écorchard (1809-1882) est un médecin et botaniste.

Après des études de médecine à l’université de Rennes, il s’intéresse à la botanique et devient l’élève d’Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841) à Genève.

1836. Le 30 mai, il est nommé pour assurer la chaire de botanique du jardin des plantes de Nantes créée par le conseil municipal le 5 juin 1835.

1840-1882. Il consacre dès lors plus de 40 ans à l’aménagement et à l’embellissement du Jardin des plantes dont il devient directeur le 1er janvier 1840. Il enrichit les collections de Magnolia grandiflora, Magnolia denudata, de Camellia japonica. Des plantes exotiques arrivent des îles Bourbon, de Pointe-à-Pitre et des Indes.

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Michel Adanson, 30 ans en 1757

Michel Adanson (1727-1806), naturaliste, explorateur du Sénégal.

Source A. Extraits de Wikipédia. « Michel Adanson, né le 7 avril 1727 à Aix-en-Provence et mort le 3 août 1806 à Paris, est un naturaliste français d’ascendance écossaise. Il a exploré des régions peu connues des Européens, comme le Sénégal ou les Açores. Principalement botaniste, systématicien original, auteur d’un mémoire célèbre sur le baobab, il a aussi apporté des contributions à la zoologie, à la géographie, à l’ethnographie et aux recherches sur l’électricité.

Jacques, le grand-père paternel de Michel Adanson, appartenait à ces familles écossaises qui suivirent en France Jacques II d’Angleterre, détrôné en 1688. Son père, Léger Andanson, natif de Villejacques, en Auvergne, époux d’une Aixoise, Marthe Buisson, était écuyer de Mgr de Vintimille, archevêque d’Aix-en-Provence. Michel Adanson avait un frère cadet, Jean-Baptiste, qui allait être drogman et chancelier de France en Orient.

Mgr de Vintimille ayant été nommé au siège épiscopal de Paris, la famille Adanson le suivit dans la capitale, où le jeune Michel fut un des plus brillants élèves du collège Sainte-Barbe. Remarqué par le célèbre John Turberville Needham, il reçut de lui un microscope, avec ces paroles : Puisque vous avez si bien appris à connaître les ouvrages des hommes, vous devez maintenant étudier ceux de la nature. Il avait alors quatorze ans ; Georges Cuvier écrit : il n’eut point de jeunesse ; le travail et la méditation le saisirent à son adolescence, et pendant près de soixante-dix ans tous ses jours, tous ses instants furent remplis par les recherches laborieuses d’un savant de profession.

Adanson suivit les cours de Ferchault de Réaumur et de Bernard de Jussieu au Jardin du roi, ancêtre du Muséum national d’histoire naturelle.

1749-1754. Désirant voyager et explorer, il se décida pour le Sénégal, la mauvaise réputation de son climat en ayant éloigné les autres naturalistes. Il fit donc, à ses frais, un voyage dans ce pays (du 20 décembre 1748 au 18 février 1754) ; Jussieu lui obtint un poste, très modeste, de commis à la Compagnie des Indes. Durant la traversée, malgré son mal de mer, il visita les Açores et les Canaries.

Au Sénégal, il décrivit un nombre considérable de plantes et d’animaux nouveaux, mais fit aussi beaucoup d’observations géographiques et ethnographiques. Il observa un poisson électrique, le rapprochant de la bouteille de Leyde.

D’Afrique, il envoya à Réaumur les minéraux et les collections zoologiques qu’il avait recueillis ; à l’astronome Le Monnier, ses observations astronomiques et météorologiques ; et à Jussieu ses collections botaniques, classées suivant une méthode naturelle.

Après cinq ans, il ramena d’importantes collections botaniques, dont plus de mille récoltes ainsi que plus de trois cents plantes vivaces qu’il acclimatera au Jardin du Roi à Versailles. Il rapportait également trente-trois espèces d’oiseaux qui sont décrites par Mathurin Jacques Brisson dans son livre Ornithologie ou méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces et leurs variétés (tome 1 en 1760).

1757. Adanson publia le compte rendu de son voyage sous le titre : Histoire naturelle du Sénégal. Cet ouvrage contient le récit de son voyage et la description des coquillages observés et récoltés.

  • Histoire naturelle du Sénégal. Coquillages. Avec la relation abrégée d’un voyage fait en ce pays pendant les années 1749, 50, 51, 52 et 53, Paris, 1757. Cet ouvrage est particulièrement intéressant en raison de son essai sur les coquillages, qui le termine, où Adanson proposa sa méthode universelle, un système de classification différent de ceux de Buffon et de Linné. Il fondait sa classification de tous les êtres organisés sur la considération de chaque organe. Comme tous les organes donnaient naissance à de nouvelles relations, il établit un nombre correspondant d’arrangements arbitraires. Ceux des êtres possédant le plus grand nombre d’organes similaires étaient rapportés à une division principale, et la relation était considérée comme plus lointaine à proportion de la dissemblance des organes (Encyclopædia Britannica, 1911).

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Majolique, faïence, porcelaine

Céramique, Majolique, Faïence, Porcelaine. Prochaine chronique : index des chroniques du blog dédiées aux manufactures de faïence et de porcelaine au 18ème siècle.

Point sur l’Histoire du 18ème siècle : 332 articles publiés.

Qu’est-ce que la céramique ? Manufacture de Sèvres. Plan de l’article : les poteries, les faïences, les porcelaines, les grès.

« Mot d’origine grecque : keramos signifie argile. Le terme générique de céramique désigne l’ensemble des objets fabriqués en terre qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d’une cuisson à température plus ou moins élevée ».

Pour aller plus loin. Jean Rosen. La faïence en France du XIIIe au XIXe siècle : technique et histoire, Archives Ouvertes, 163 pages, 2018.

Vases de monstrance. Éléments de la pharmacie de Stanislas Lesczynski, manufacture de Niderviller, faïence à décor à petit feu, 1750-1755

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A. Faïence (de Faenza, Italie)

« Céramique à pâte argileuse, tendre, poreuse, recouverte d’un enduit imperméable et opaque. Le décor peint sur émail cru et cuit avec lui définit les faïences dites de grand feu. Le décor posé sur émail déjà cuit exigera une cuisson supplémentaire à basse température pour les couleurs (faïences dites de petit feu) ».

La faïence à Faenza : vidéo de 4’05.

B. Majolique 

« Il s’agit dans un premier temps d’une céramique à lustre métallique, technique héritée principalement de la Perse musulmane de la seconde moitié du IXe siècle. La céramique lustrée fait alors son chemin en Espagne, puis en Italie, s’éloignant de son modèle oriental. Une majolique est le nom générique qui désigne, en français, une faïence, soit hispano-mauresque, soit italienne de la Renaissance, ou l’une des premières faïences françaises, soit fabriquée par des Italiens, soit fabriquée selon la technique et dans le goût italiens aux XVIe et XVIIe siècles.

Le terme majolique désigne par la suite une faïence à émail stannifère. Après séchage, une première cuisson dite de Biscuit est réalisée aux alentours de 1 000 – 1100 °C. La poterie peut alors être émaillée à l’aide d’une glaçure au plomb opacifiée avec de l’oxyde d’étain. Le décor coloré est ensuite peint sur l’émail blanc sec, pulvérulent mais non cuit. Une fois le décor peint, une glaçure de finition translucide à base de plomb – la coperta – permet de rehausser les nuances et d’apporter un brillant uniforme. L’objet est alors prêt pour une seconde et dernière cuisson à 800 – 900 degrés ».

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Lorraine. Faïence de Lunéville, 1730

La Lorraine, terre faïencière. 1730. Faïence de Lunéville. 1758. Faïence de Saint-Clément (Source : les Amis de la Faïence de Lunéville).

« La Lorraine est une terre faïencière par excellence. C’est d’ailleurs la région où la densité des faïenceries, petites ou grandes, est la plus importante. A cela plusieurs raisons: la matière première nécessaire à la fabrication se trouve sur place, les cours d’eau pour l’énergie, les bancs d’argile pour la pâte et le bois pour les fours ».

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« D’ailleurs les premières manufactures s’installent au tout début du XVIII° siècle, grâce là aussi à une conjoncture favorable. Les efforts de guerre engagés par la France ont contraint Louis XIV à prendre une série de mesures connues sous le nom d’édits somptuaires (1689 – 1699 – 1709), destinées à renflouer les finances en faisant fondre la vaisselle et les couverts en métal précieux, essentiellement or et argent. Comme l’écrivit Saint-Simon, « tout ce qu’il y a de grand se mit à la faïence ». Ceci a eu entre autres pour effet de donner une nouvelle impulsion à certains secteurs de production, en particulier les faïenceries, qui de ce fait connaissent un essor important. Lunéville, à cette époque ville de cour, a bénéficié elle aussi de cet essor ».

Source 2. Citations de l’article de Wikipédia. « La Faïencerie de Lunéville – Saint-Clément est l’héritière des prestigieuses faïences de Lorraine depuis le XVIIIe siècle : le Lunéville et le Saint-Clément. La manufacture de Lunéville fut fondée vers 1730, tandis que celle de Saint-Clément le fut vers 1758, ce qui en fait la plus ancienne faïencerie toujours en activité.

L’origine de la manufacture peut être identifiée en 1711, année où (Jean)-Jacques Chambrette père (1683-1751), Maître faïencier venant de Dijon, crée pour le compte du Comte de Fontenoy une première faïencerie en Lorraine à Champigneulles.

En 1722, l’histoire de la faïence débute à Lunéville lorsque son fils, Jacques Chambrette (1705-1758), s’y établit comme marchand de faïence. Dès 1723, il devient fournisseur de la Cour. Ce n’est qu’en 1729 ou peut-être 1730, que Jacques Chambrette fils y ouvre sa première manufacture de faïence. Il n’obtiendra cependant ses lettres patentes officielles que le 10 avril 1731 par le Duc François III lui permettant de tirer terres et bois où bon lui semble, puis le 14 juin 1731 par Élisabeth-Charlotte d’Orléans, des exemptions de charges et d’impôts.

Parallèlement, en 1739, Jacques Chambrette s’associe avec un certain Daix pour reprendre la verrerie de Portieux.

Après avoir mis au point d’une part en 1748 la Terre de Pipe (avec de la craie ou des marnes calcaires, cuisant blanc) – composition secrète qui sera transmise par un de ses petits-fils à la Faïencerie de Niderviller – puis la Terre de Lorraine (avec du phosphate de chaux), terres donnant une faïence fine et blanche qui permettaient l’obtention de détails délicats, – technique venant d’Angleterre pour imiter la porcelaine, raison pour laquelle on l’appelle parfois « porcelaine opaque », ainsi que d’autre part des décors plus fins et polychromes grâce à la cuisson dans un four mouflé dite « Réverbère » – invention allemande de Meissen -.

Jacques Chambrette fait constater le raffinement de ses nouvelles productions à Voltaire, à son amie Émilie du Châtelet et au Roi Stanislas Leszczynski, ce dernier lui accordant alors de nouvelles lettres patentes le 13 décembre 1749, avec droit de tirer sa terre de tous les endroits non enclos de Lorraine, et par la suite l’autorisation à la distinction de Manufacture Royale. Ce développement permit d’accroître les exportations vers l’Allemagne, la Pologne, l’Italie et même les colonies. En 1753, on compte déjà environ 200 ouvriers y travaillant.

Cependant, pour échapper aux lourdes taxes grevant les exportations vers la France (en provenance du Duché de Lorraine), Jacques Chambrette crée une seconde manufacture à Saint-Clément après requête au roi Louis XV en 1756 (autorisation officielle obtenue le 3 janvier 1758), ce village se trouvant sur les terres des Trois-Évêchés.

À la mort de Jacques Chambrette en 1758, son fils Gabriel (1732-1788) et son gendre, Charles Loyal (époux de Françoise Chambrette, 1730-1778), reprennent les deux manufactures de Lunéville & Saint-Clément. Cependant, cette alliance sera de courte durée et dès 1763, Charles Loyal rachète celle de Saint-Clément avec Richard Mique et Paul-Louis Cyfflé, tandis que Gabriel Chambrette conserve celle de Lunéville ».

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Hannong, Faïence de Strasbourg

Hannong, Faïence de Strasbourg au 18ème siècle (entre 1721 et 1784). Source : article de Wikipédia).

Diaporama de 8 photos : Faïences Hannong (Musée Historique, Strasbourg).

Cliquer sur les images pour les agrandir

« Trois générations de la famille Hannong ont fondé et dirigé, au cours du 18ème siècle (entre 1721 et 1784), les manufactures de faïence de Strasbourg et Haguenau en Alsace, et la manufacture de porcelaine de Frankenthal dans le Palatinat.

Plusieurs types de production, toujours d’une plus grande technicité, peuvent être distingués : les faïences de grand feu bleues, de 1721 à 1730, puis polychromes de 1730 à 1745.

L’apparition d’une technique mixte de cuisson entre 1735 et 1745 avec de nouveaux décors, fleur des Indes, scènes de chasse, chinoiseries ou sujets bibliques.

Puis entre 1745 et 1781, les faïences de petit feu décorées au pourpre de Cassius dans les deux qualités de décor qui seront enseignées à l’école de peinture de la manufacture ; les peintres de la manufacture devaient être également capables de peindre des décors fins à main levée ou de compléter des dessins châtironnés (matière qui servait autrefois à dessiner les traits d’ombres sous les couleurs transparentes) ».

  • Caractéristiques de la faïence stannifère (Source Wikipédia).

« Entre 1765 et 1775 apparaitront des décors au chinois et des pièces de forme décoratives, trompe-l’œil, surtouts de table, flambeaux, statuettes. Les Hannong auront fabriqué de la porcelaine dure entre 1752 et 1755 puis de 1774 à 1779″.

Faïences exposées dans le Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg

La dynastie des Hannong.

« A. Charles-François Hannong (vers 1669 – 1739) est de nationalité hollandaise. Il épouse à Cologne Anne Nikke, fille d’un fabricant de pipes en terre. Il s’installe à Strasbourg en 1709 et ouvre une fabrique de pipes en terre. Ce n’est peut-être pas indifférent car il s’agit à l’époque, comme celle des poêles en faïence, d’une fabrication technologique qui exige des pâtes parfaites et fines, devant résister à de hautes températures.

Henri Wachenfeld, un peintre céramiste étranger, obtient l’autorisation de créer, en 1719, un four à faïence, mais celui-ci s’écroule. Charles-François construit un nouveau four dans sa fabrique de pipes en terre et signe un contrat d’association en 1721 avec Wachenfeld. La manufacture de faïence est née.

L’année suivante, Wachenfeld quitte Strasbourg. Hannong reste le seul faïencier à Strasbourg. Les affaires sont florissantes et il ouvre une autre fabrique en 1724, à Haguenau, à 10 lieues au nord de Strasbourg. La présence de forêts et d’argile, se prêtant idéalement à la fabrication de faïence, rendent ces productions très rentables. Parallèlement à cette succursale, la fabrique de Strasbourg continue sa production.

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Évaluer et labelliser les médicaments

36ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : 2nde partie du texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du 18ème au début du 19ème siècle.

« L’évaluation et la labellisation des médicaments par la Société Royale de Médecine (SRM)

Depuis Henri IV, les remèdes étaient approuvés par le premier médecin du roi. Dès le 17ème siècle, des projets de création d’une sorte d’Académie de médecine pour évaluer les remèdes avaient tenté de voir le jour mais avaient été étouffés par la Faculté de médecine de Paris. Au milieu du 18ème siècle, la Commission royale de médecine était en charge de cette évaluation, mais n’avait pu fonctionner correctement, notamment du fait d’un manque de soutien fort du gouvernement.

La Société Royale de Médecine bénéficia en revanche de l’appui de Turgot, Necker, d’Alembert, Condorcet, Lavoisier et de celui de Louis XVI. Ses membres n’ont pas directement été à l’origine d’innovations thérapeutiques, mais ils ont organisé et mis en pratique ce qui avait été projeté – ou tenté – auparavant. Ils ont permis l’émergence de la science de l’évaluation des médicaments et, à terme, celle de leur découverte. En fait, l’examen méthodique des remèdes secrets devait permettre de se substituer au long travail de l’expérience du temps. La préoccupation de la qualité des règles instaurées par la SRM s’inscrivait dans deux logiques : d’une part être en conformité avec la science afin de permettre une expertise validée et témoigner d’une rigueur indispensable à la reconnaissance du monde scientifique et, d’autre part, asseoir l’existence administrative de cette compagnie par la qualité de son évaluation scientifique pour lui permettre d’être reconnue comme autorité irréfragable. Quelles étaient ces règles ?

Recevabilité du médicament par la SRM

La société a défini ce qu’elle recherchait : des médicaments nouveaux quant à leur composition, leurs propriétés, leur préparation, leur administration. La condition sine qua non pour qu’un médicament soit examiné était donc que la recette ne soit pas connue (médicament non usité, recette non inscrite au codex), et en ait été communiquée à la SRM. Les commissaires examinaient si elle peut remplir les promesses  que le possesseur annonçait, si elle n’a aucun inconvénient pour la santé (par une recherche « bibliographique »), et si on peut en faire honnêtement l’essai. La société utilisait ses compétences pour jauger celles des auteurs du médicament qui lui était soumis, et s’attachait à ne pas avoir d’a priori. Les certificats d’efficacité du remède étaient indispensables, mais ne remplaçaient pas la recette : Des certificats nombreux ne peuvent pas être regardés comme un motif suffisant, puisque personne ne se présente, même avec le plus mauvais remède possible, sans en avoir recueilli un grand nombre. Ils devaient être crédibles, et de préférence établis par des gens de l’art plutôt que par des particuliers : cuisinier de Madame, vigneron, sacristain, postillon, marchand fripier, perruquier, qui certifiaient avoir été guéris. En fait, les possesseurs de médicaments sérieux soumettaient un dossier à la SRM. Ce dossier, pour être complet, devait comporter, outre la recette (composition, doses, manière de préparer), des témoignages de l’efficacité du médicament et, enfin, l’auteur devait indiquer dans quel cas son remède était utile.

Les motifs de rejet étaient nombreux : absence de nouveauté (214 cas) ; caractère confus de la recette (58 cas) (chaos informe, monstruosité pharmaceutique) ; inefficacité, soit que les propriétés soient improbables, l’inefficacité évidente (62 cas) (substances se détruisent mutuellement, connu par tous les médecins comme de très petits moyens), ou la dangerosité (80 cas) supposée par la composition (poison très actif , nous ne doutons pas de leur efficacité mais la substance qui les composent sont si dangereuses qu’à peine la verrait-on sans effroi entre les mains même des meilleurs médecins) ou par le retard à l’utilisation d’autres méthodes plus efficaces ( l’empêcher puisque en en faisant usage les malades peuvent perdre un temps qu’ils emploieraient plus utilement s’ils confiaient leur cure aux personnes en état de la diriger).

Conduite des essais : la nécessité de l’expérience

La nécessité de l’expérience a été imposée dès la première moitié du 18ème siècle par les philosophes. Au xviisiècle, des expériences médicales sur des médicaments avaient déjà lieu : Nous avons montré qu’on pouvait mêler des médicaments aux liqueurs de notre corps pour voir l’effet qu’ils produisaient […] quantité d’autres médecins avaient commencé avant lui cette manière de guérir, particulièrement quelques anglais, mais comme elle semble hasarder la vie des hommes, ils ne la faisaient d’ordinaire que sur les animaux. Et ils firent plusieurs belles observations qui pourront servir dans la suite à la guérison des maladies. Car l’on peut dire qu’on n’a pas fait encore assez d’expériences pour se servir de cette façon de seringuer les médicaments dans le sang ; ainsi l’on ne la permettrait jamais, qu’en des maladies désespérées et où l’on ne pourrait souvent retirer aucun fruit

Ce texte induit une distinction entre des raisons méthodologiques et éthiques à la mise en place des essais. Si les raisons méthodologiques sont évidentes, celles qui ressortent de l’éthique sont plus nuancées, car, à peine refuse-t-on la moindre prise de risque (semble hasarder) que la pratique est de fait opérée sur des humains, la rigueur affichée est donc suivie, en général.… Une distinction peut donc être opérée entre ce qu’il conviendrait idéalement de faire, suivant des principes hauts placés, ce qu’il est acceptable de faire, et ce qui est finalement fait. Le flou de ces frontières amène à envisager les essais au cas par cas, ce qui ouvre la porte à des interprétations dont la motivation peut être d’ordre varié (éthique, scientifique, thérapeutique, financier, etc.).

Dans la perspective néo-hippocratique dans laquelle la SRM se situait, l’expérience étayait l’observation. Dans cette optique, les essais permettent de devancer l’expérience du temps. Les témoignages ne sont en aucun cas suffisants pour faire approuver les médicaments : si la SRM jugeait le remède potentiellement intéressant, elle tentera des essais de toute façon avant de l’approuver : toutes les assertions du sieur Dubarbier ne peuvent rien contre le témoignage de l’expérience. La SRM fera donc sien le principe de la nécessité de l’expérience, car elle avait pour but de pouvoir affirmer sans conteste l’innocuité et l’efficacité des médicaments.

Définition des critères méthodologiques

Les essais doivent être faits avec la plus grande précaution, et de manière que l’on ne puisse en infirmer l’authenticité.

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Fin 18ème. Le monde du médicament

35ème chronique du blog Histoires d’universités sur l’Histoire de la médecine au 18ème siècle.

Source de la chronique : texte de l’article de Pascale Gramain, Au temps de la Société Royale de Médecine, INSERM, Med Sci, Juillet 2013.

  • Le texte reprend de larges extraits de sa thèse de doctorat, Le monde du médicament à l’aube de l’ère industrielle : les enjeux de la prescription médicamenteuse de la fin du xviiie au début du xixe siècle. Thèse de doctorat, directeur Michel Morange, Université Paris 7, 1999.

« Le paysage de la santé publique en France à la fin de l’Ancien régime

L’enseignement de la médecine avait lieu dans les facultés et collèges, et les facultés de médecine de Paris et de Montpellier dominaient.

Les médecins ne soignaient qu’une petite partie de la population, essentiellement citadine et aisée. Dans les campagnes, les soins étaient officiellement assurés par des chirurgiens, dont les compétences relevaient plus du parcours et des qualités personnelles des praticiens que d’une formation validée. La coopération entre médecins et pharmaciens, rendue nécessaire par le circuit de la prescription médicamenteuse, induisait une rivalité entre ces deux corps, les pharmaciens n’acceptant pas d’être de simples auxiliaires. Ceux-ci avaient plusieurs atouts : le contact avec le public, qui sollicitait leur avis, et leur aisance financière, qui n’avait rien à envier à celle des médecins dans de nombreux cas.

Enfin, les charlatans sévissaient en tous lieux, et sur toutes les catégories sociales. Ils étaient d’ailleurs très divers, allant de l’escroc à l’illuminé en passant par le rebouteux expérimenté ou le religieux dévoué. Un seul point leur était commun : leur activité était illégale.

Les prescripteurs étaient, légalement, les médecins et les chirurgiens (pour ce qui est des remèdes externes). Les remèdes étaient prescrits le plus souvent sous forme de formules que préparaient les pharmaciens. Certains remèdes, qualifiés de « secrets », étaient des préparations vendues avec l’approbation des autorités – diverses de fait jusqu’à la mise en place de la Société Royale de Médecine (SRM) -, ou « à la sauvette » lors des foires notamment.

La législation sanitaire n’était que très incomplètement appliquée, mais elle connut des avancées remarquables avec la création de la SRM. L’existence de la SRM a représenté un indéniable progrès dans la prise en compte de la santé publique par le gouvernement, notamment sous l’angle de la validation des remèdes secrets.

La Société Royale de Médecine. L’élite de la profession médicale

La Société Royale de Médecine (SRM), créée par un arrêt du Conseil d’État du 29 avril 1776 et enregistrée au Parlement de Paris le 1er septembre 1778, avait pour objet de s’occuper « de tous les faits de médecine théorique et pratique, et essentiellement de tout ce qui peut avoir rapport aux maladies épidémiques […] et épizootiques ». Elle devint l’interlocuteur du gouvernement pour les problèmes de santé publique et, au-delà, la référence pour la nation. L’élite intellectuelle, à laquelle appartenaient les membres de la SRM, vit, dans les premiers temps de la Révolution, l’accomplissement des Lumières, une possibilité formidable de faire aboutir en pratique et rapidement des idées dégagées des contraintes de l’Ancien régime : « elle [la SRM] a courageusement banni de l’art de guérir un despotisme qui n’était guère moins homicide que celui dont l’Assemblée nationale vient de nous délivrer ». La reconnaissance de cette fonction administrative était la première voie vers un ministère de la Santé à part entière.

La SRM était la structure la plus à même d’avoir une vision de la santé publique, du fait de ses relations avec les praticiens et de ses actions de terrain. Cette vision n’était sans doute pas exhaustive et comportait probablement de nombreuses lacunes, du fait notamment du manque d’outils statistiques, mais elle était la plus complète possible dans son contexte historique.

Vicq d’Azyr  en fut le secrétaire perpétuel depuis sa création. Médecin anatomiste célèbre, proche de l’Académie des sciences, travailleur acharné, il a été l’âme de la SRM ; elle s’est pratiquement éteinte en même temps que lui. Elle fut en effet dissoute en 1793 comme toutes les sociétés savantes ; il mourut en 1794 (le 2 messidor de l’an II). Le fonctionnement de la SRM était largement inspiré de l’Académie des sciences, dont plusieurs de ses membres faisaient partie. Mais elle fut en bute dès sa création à l’hostilité de la Faculté de médecine de Paris qui voyait en elle une concurrente et donc une menace pour son pouvoir.

  • Félix Vicq d’Azyr (1748–1794), médecin et anatomiste. Il n’existe pas à ce jour de bibliographie réellement complète, la somme de ses travaux étant considérable en quantité et en thèmes traités : anatomiste, il est l’un des pères de l’anatomie comparée. Membre de l’Académie des sciences, il fut envoyé par le gouvernement en 1775 pour endiguer une épizootie grave dans le sud-ouest de la France. À son retour, il organisa la Société Royale de Correspondance de Médecine, qui devint la Société Royale de Médecine dont il fut le Secrétaire perpétuel. Il fut élu en 1788 à l’Académie Française (il a rédigé de nombreux éloges) et devint premier médecin de la reine Marie-Antoinette en janvier 1789.
  • Lire aussi les chroniques du blog sur Vic-d’Azyr, la Société Royale de Médecine.

La SRM était constituée de personnes, le plus souvent issues de la bourgeoisie, peu de la noblesse ; quelques-unes avaient une origine modeste. Lorsqu’elles accédaient au second ordre, c’était par leur mérite ou leur fonction, et non par l’achat de charge (savonnette à vilains). Il n’y avait pas d’hégémonie parisienne parmi ses 179 membres associés : la moitié étaient issus de la province, et un tiers de l’étranger (médecins célèbres, surtout d’Europe septentrionale avec une ouverture au monde oriental). Plus de 400 correspondants étaient associés, dont une large majorité de médecins. Les membres, tous élus, constituaient l’élite de la profession médicale, ce qui leur autorisait une réelle autonomie intellectuelle, personne n’étant au-dessus d’eux dans leur domaine. Il est à noter que les critiques de leurs avis s’appuyaient sur des considérations non scientifiques.

Les assemblées de la SRM se tenaient deux fois par semaine sans exception ni vacance depuis 4 h et demie jusqu’à 6 h et demie. Il y eut notamment une séance le 14 juillet 1789 au cours de laquelle les membres présents s’interrogèrent sur l’opportunité de continuer leur travail, et décidèrent de ne pas interrompre leurs activités, dans la mesure du possible, ce qu’ils firent effectivement.

Une communication efficace avec le pouvoir, la presse, les praticiens

Outre le compte rendu régulier de ses activités au roi (Louis XVI s’intéressait aux activités de la SRM, en augmenta les revenus et prit parti pour la SRM contre la Faculté de médecine de Paris), aux ministres et aux proches du pouvoir, il faut citer le rôle très important joué par le lieutenant général de police de Paris, Jean-Charles Pierre Lenoir (Figure 2).

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