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1780. Paucton, père de la métrologie

Source : citations de Alexis Paucton (1732-1798), un mécontent, et un père de la métrologie scientifique moderne ; calculateur du Bureau du Cadastre de Gaspard Prony et pour la Connaissance des temps de 1794 à 1798, par Guy Boistel (Centre François Viète, université de Nantes), 12/03/2021. Publié dans Les procès-verbaux du Bureau des longitudes. Un patrimoine numérisé (1795-1932).

1732. Alexis Paucton est né le 10 février, en Mayenne près de Lassay, d’une famille très modeste. Remarqué par un ecclésiastique, c’est à partir de ses 18 ans qu’il fit ses études de mathématiques et de pilotage à Nantes où il dut manifester quelques talents. Puis il se rendit à Paris où il gagna sa vie en tant que précepteur.

1768. Il publie une Théorie de la Vis d’Archimède, peut-être destinée à concourir pour un prix proposé par l’Académie de Berlin.

1780. Il se fait très certainement connaître de l’Académie des sciences par son traité modèle, Métrologie ou Traité des mesures, poids et monnoies des anciens peuples & des modernes, dans lequel il défend l’idée d’une base métrologique commune partagée par les peuples anciens, idée forte de l’époque. En outre, Paucton suggère de rattacher les étalons métrologiques à des quantités prises dans la nature et propose un étalon de longueur lié de manière simple à la circonférence terrestre. Cet ouvrage forge la métrologie scientifique. Il est attesté que Lalande a contribué à cet ouvrage et l’a sans doute même encouragé.

1781. Il publie une Théorie des Lois de la Nature ou la Science des causes et des effets, suivie d’une dissertation sur les Pyramides d’Égypte dans lequel il poursuit ses considérations sur les normes de mesures antiques et tente de montrer que la coudée pharaonique se rattachait au degré de méridien terrestre.

La source du Bureau des Longitudes et la source Wikipédia ne mentionnent pas l’année de nomination de Paucton au professorat à Strasbourg. Elles divergent dans l’interprétation.

  • 1ère source. Ses qualités remarquables lui permettent d’obtenir une chaire de mathématiques à l’Université de Strasbourg.
  • 2nde source. Tous ses travaux améliorèrent peu la situation de Paucton ; il obtint seulement une chaire de mathématiques à Strasbourg.
  • Cette divergence est permise par une lacune documentaire : L’abbé Angot a fait faire des recherches infructueuses à Strasbourg par MM. Bezard pour y retrouver les traces du professorat d’Alexis Paucton.

1792-1793. La place de Strasbourg ayant été menacée d’un blocus par les Autrichiens, et le Magistrat ayant ordonné aux habitants de se pourvoir de vivres pour le temps du siège, ou de quitter la ville, Paucton, qui n’avait pas de quoi acheter des provisions d’avance, fut obligé de sortir de la ville avec sa femme et ses trois enfants.

Il se rend alors à Dôle où il trouve un emploi de précepteur chez un particulier dans des conditions déplorables qu’il fustige dans un opuscule intitulé Défense contre le citoyen F.

1794. Paucton se fâche avec son logeur qui veut le payer en assignats hors de cours, ce qui anéantit son salaire et le plonge dans une grande maladie.

De retour à Paris, il est recruté par Gaspard Prony pour calculer au Bureau du Cadastre dans l’ombre de Cornelier-Lémery et aux côtés des futurs calculateurs du Bureau, Jean-Baptiste Marion et Charles Haros.

1796. D’une certaine manière « père » de la métrologie moderne, évoluant au beau milieu de la révolution métrologique et de la réforme des poids et mesures, Paucton est dans la foulée élu membre associé non résidant de la section des Arts méchaniques de la 1ère Classe de l’Institut national, le 28 février 1796 (9 Ventôse an IV) et reçoit un secours de 3 000 francs de la Convention.

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G.L. Buffon, 30 ans en 1737

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788) : naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste, philosophe et écrivain (sources : citations des articles de Wikipédia, de Larousse).

1707 (7 septembre). « Georges-Louis Buffon est né à Montbard (Côte d’Or) dans une famille bourgeoise, anoblie par l’achat de charges. Son père est procureur du Roi au grenier à sel puis conseiller au Parlement de Bourgogne.

Ses parents sont mariés depuis un an lorsque Georges-Louis vient au monde. Il est prénommé ainsi en l’honneur de son parrain et grand-oncle maternel Georges-Louis Blaisot, seigneur de Saint-Étienne et Marigny, collecteur des impôts du duc de Savoie, et Louis en l’honneur de son grand-père, Louis Leclerc, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, maire de Montbard et juge prévôt. Son bisaïeul était médecin et bailli de Grignon, son trisaïeul barbier chirurgien.

1717 (Georges à 10 ans). Le père Buffon, bénéficiant de la fortune accumulée par Georges-Louis Blaisot et héritée par sa femme et son fils, achète les propriétés de la seigneurie de Buffon.

1720 (13 ans). Le père acquiert également une charge de commissaire général des maréchaussées qu’il revend trois ans plus tard pour une charge de conseiller au parlement de Dijon.

Le fils Buffon fait ses humanités au collège des Jésuites de Dijon, où il a pour condisciple Charles de Brosses.

1726 (19 ans). Buffon s’inscrit à la faculté de droit de Dijon et y obtient sa licence en 1726.

1728 (21 ans). Préférant les sciences, et au grand mécontentement de sa famille, il part étudier à la faculté d’Angers. Il s’y plonge dans les mathématiques et la botanique, lit Newton et les éléments d’Euclide, suit des cours de médecine, mais, ayant tué en duel un jeune officier croate, il se voit contraint de quitter précipitamment l’université.

A Nantes, il rencontre le second duc de Kingston, jeune aristocrate anglais qui parcourt l’Europe avec son précepteur allemand le naturaliste Nataniel Hickman, et avec lequel il se lie d’amitié. Il décide de les suivre dans leur Grand Tour, qui les mène à La Rochelle, Bordeaux, Toulouse, Béziers, Montpellier, puis en Italie, par Turin, Milan, Gênes, Florence, Rome, et en Angleterre.

1731 (24 ans). Son voyage est interrompu à la mort de sa mère.

1732 (25 ans). Il s’installe à Paris soucieux de s’éloigner de son père, remarié à sa grande fureur à l’âge de cinquante ans avec une jeune fille de vingt-deux ans, Antoinette Nadault. Le menaçant d’un procès, il obtient la libre disposition de sa fortune et récupère des terres que son père avait aliénées. Il fait démolir la maison paternelle de Montbard et construire l’hôtel de Buffon, aménage une ménagerie, un laboratoire et son cabinet de travail.

Il est décidé à réussir, commençant à signer Buffon. Il se loge au faubourg Saint-Germain, chez Gilles-François Boulduc, premier apothicaire du roi, professeur de chimie au Jardin royal des plantes, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de Stanislas. Ses premiers travaux portent sur les mathématiques, son domaine de prédilection.

1733 (26 ans). Il présente un mémoire à l’Académie des Sciences, Sur le jeu du franc-carreau. Il introduit pour la première fois le calcul différentiel et le calcul intégral en probabilité.

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Voltaire et d’autres intellectuels.

1734 (27 ans). Il est élu à l’Académie des sciences comme adjoint mécanicien le 9 janvier. Il a de puissants protecteurs, notamment Maurepas, et Louis XV. Il se fait introduire dans plusieurs salons prestigieux.

Maurepas, ministre de la Marine, demande en 1733 à l’Académie une étude sur les bois utilisables pour la construction de navires. Faute de moyens, les commissaires nommés initialement se récusent, mais Buffon, exploitant forestier à Montbard, est là. Il multiplie les expériences et rédige un compte rendu des plus complets. Maurepas lui propose la surintendance de toutes les forêts de son domaine, mais il refuse.

1738 (31 ans). Anglophile, il correspond avec plusieurs savants et séjourne à Londres. 1739. Il est élu à la Royal Society.

Il montre à l’Académie son ouvrage Moyen facile d’augmenter la solidité, la force et la durée du bois rédigé à partir des expériences menées à Montbard. Mais Henri Louis Duhamel du Monceau, agronome éminent avec qui Maurepas souhaitait qu’il travaille en bonne intelligence, y voit un plagiat de son mémoire à venir : Diverses tentatives pour parvenir à augmenter la dureté ou l’intensité du bois. Il s’est fait là un ennemi de taille.

1739 (32 ans). Buffon, pour être élu Associé à l’Académie des sciences, passe de la section de mécanique à celle de botanique.

Après une admirable campagne de relations publiques auprès de son prédécesseur mourant, Dufay, il est nommé intendant du Jardin du roi le 26 juillet, supplantant une fois encore Duhamel du Monceau ; celui-ci obtiendra de Maurepas, comme lot de consolation, la responsabilité de réformer la Marine. Enfin établi, Buffon partagera désormais son temps, jusqu’à la fin de sa vie, entre sa propriété de Montbard, vivant tranquillement et rédigeant son œuvre, et Paris, où il administre le Jardin royal des plantes et entretient son image à la Cour.

1749 (42 ans). Les premiers volumes de L’Histoire Naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roi paraissent en 1749. Placé par cet ouvrage au premier rang des écrivains de son siècle aussi bien que des savants. La publication en 35 volumes s’étend de 1749 à 1804. C’est l’une des plus importantes entreprises de publication scientifique du Siècle des Lumières.

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Culture. Pas essentiel

« Pas essentiel », le slam de Grand Corps Malade contre la fermeture des lieux culturels (source : FranceTvInfo, 11 décembre 2020).

Écouter le Slam

Cette chanson évoque le malaise du monde du spectacle et la frustration provoquée par les nombreuses restrictions des derniers mois en raison de l’épidémie de Covid-19.

Une chanson rendue publique quelques heures après l’annonce par Jean Castex de la prolongation de trois semaines de la fermeture des lieux culturels. « L’économie culturelle plus importante que celle de l’automobile ».

Grand Corps Malade commente son morceau mis en ligne Pas essentiel : »Ce morceau c’est aussi un hymne à la vie qui va bientôt reprendre. On espère pouvoir retrouver les gens, faire des accolades, danser ensemble dans les soirées. C’est ça aussi. C’est essayer de lutter contre le stress ambiant, parler de ce sujet-là, en essayant de le rendre convivial et de se dire qu’on s’en sortira tous ensemble. »

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BNU, 2018, 2019. Visite virtuelle (3)

Suite des visites virtuelles d’expositions de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg. Deux chroniques et 81 photos ont été consacrées à la visite de l’exposition en cours, 2000 vins (Esprit du vin, vin divin. L’or du vin. Au bonheur du vin. Et le vin fût) ; 2000 vins au 18ème siècle.

Deux autres visites virtuelles. Expositions de 2018 (Mai 1968 en Alsace) et 2019 (Hors du Monde. La Carte et l’imaginaire).

A. Mai 68 en Alsace : la 1re chronique du blog. Diaporama de 46 photos. Quiz sur l’intruse : quelle est la photo qui s’est introduite subrepticement dans cet album ?

2nde chronique du blog. De mai 68 à la loi Faure de novembre (réforme de l’université).

L’exposition a créé chez moi un certain malaise. Je m’attendais en effet à ce qu’une partie de l’expo soit consacrée aux résultats, à l’impact du mouvement pour l’Université en général (la loi Faure de novembre 1968) et pour l’université de Strasbourg en particulier (la scission en trois universités : Louis Pasteur, Robert Schumann, Marc Bloch, scission qui allait durer jusqu’en 2009).

B. Seconde visite virtuelle : Hors du monde. La carte et l’imaginaire (exposition de 2019). 95 photos.

Catalogues de cinq expositions posti2014

Carte de la chronique de Nuremberg (1493) : le monde connu au temps de la Genèse.

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Les prix du vin au 18ème siècle

A propos de l’Exposition de la BNUS, Deux mille vins.

Gilbert Larguier, Les prix du vin, XVIe-XVIIIe siècle. Le Midi et les grandes aires de production françaises, Annales du Midi, Année 2013, 125-281, pp. 9-27.

Cet article fait partie d’un numéro thématique : Le cours des vins en Catalogne et Languedoc-Roussillon. Fluctuations et portée des prix dans le temps long de l’histoire;

Bonnes feuilles de l’article de Gilbert Larguier :

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18ème. Abbaye de Moyenmoutier

Fondée vers l’an 671 par Saint Hydulphe, chorévêque de Trèves, l’Abbaye bénédictine de Moyenmoutier fut soumise dès l’origine aux rois d’Austrasie et ensuite à l’empereur Charlemagne et à ses successeurs. Elle abrita jusqu’à 300 religieux.

Histoire de l’abbaye, 17ème et 18ème siècles. Source pour le 17ème : extraits de Pays des abbayes. Source pour le 18ème : extraits de Wikipédia.

L’Abbatiale en deux albums : extérieur (24 photos) et intérieur (22 photos).

« Moyenmoutier, Medianum Monasterium, le monastère du milieu… Lorsque les 4 premières abbayes furent édifiées, elles ont formé une croix. Il fut dit que Moyenmoutier en serait son centre… Senones et Etival situées sur l’axe est-ouest cédèrent une partie de leurs dotations à saint Hydulphe, venu en l’an 671, christianiser ces terres sauvages des Vosges. Le prestige du saint homme attire de nombreux moines et l’abbaye acquiert pouvoir et influence. Mais en 915, les invasions hongroises dévastent la Lorraine et l’abbaye de Moyenmoutier est détruite….

1612. La richesse retrouvée, les tentations sont nombreuses… Hubert de Parroy n’y résiste pas et s’autoproclame voué de Moyenmoutier et de son territoire. Alors les moines font appel au duc de Lorraine Mathieu II pour libérer l’abbaye du joug de son voué. En 1612, la réforme de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe insuffle à la Lorraine un nouvel élan spirituel.

1661. Un nouvel abbé régulier est élu, Philibert Galavaux, mais l’abbé commendataire Nicolas-François de Lorraine est également nommé. Finalement ce dernier se désiste en 1662, ce qui marque la fin du régime de commende à l’abbaye.

1676-1705. Sous l’abbatiat de Hyacinthe Alliot, une académie des sciences est créée. Moines théologiens, historiens, naturalistes, archéologues, entomologistes, médecins, on retrouve à l’abbaye l’élite savante de l’ordre bénédictin sous la tutelle de l’abbé humaniste. Le premier « Traité du Cancer » y est écrit et publié à Paris sous le nom de Jean Baptiste Alliot, médecin de Louis XIV et frère de l’abbé. Les premières fouilles gallo-romaines sont entreprises au sommet du Donon.

1705-1727. Abbatiat de Humbert Belhomme (1653-1727). La bibliothèque s’enrichit considérablement et compte 11 000 volumes.

L’Abbé mène une politique documentaire d’envergure. Il la définit dans une lettre datée de 1710, adressée à Dom Calmet : je désire que nous continuions à former notre bibliothèque selon le plan que nous nous sommes proposé, qui est d’avoir tous les auteurs originaux grecs et latins, toutes les nouvelles éditions de Paris et tous les nouveaux livres qui en vaudront la peine.

Dom Calmet y écrit Les commentaires sur l’ancien testament, Le dictionnaire de la bible pendant ses huit années de séjour à Moyenmoutier. Chronique du blog sur Dom Calmet.

Humbert Belhomme fait également entièrement reconstruire l’abbaye, sur les bords de la rivière Rabodeau. Sur son tombeau, ses frères moines écrivent cette épitaphe : Homme humble d’origine, il apprit à goûter et à réaliser de grandes choses. Il fut d’une piété sincère, d’un esprit pénétrant, d’un goût cultivé et raffiné en toutes choses, d’une habileté remarquable dans la conduite des affaires et le maniement des âmes. Il reconstruisit le monastère qu’il rendit aussi agréable que commode. Ceux qui étaient sous son autorité, ils les aima d’une telle charité qu’ils ne le craignaient pas comme un maître mais le vénéraient et l’aimaient comme un père« .

Construction de la 3ème abbaye à partir de 1767

1727-1790. « Sous les abbatiats de Humbert Barrois (1727-1771) et François Maillard (1771-1790), la construction d’une nouvelle abbaye est entreprise sur le site actuel à partir de 1767.

La réalisation est confiée à l’architecte Ambroise Pierson, un bénédictin de Senones. L’ancienne abbaye est détruite au fur et à mesure que la nouvelle se construit. Dix années suffisent à l’architecte pour faire ce chef-d’œuvre d’architecture, inauguré en 1776. C’est cette troisième abbaye que l’on peut admirer aujourd’hui et qui est le « plus bel édifice baroque de Lorraine ».

Lors de la Révolution française, l’abbaye de Moyenmoutier est une des rares à ne pas être dépeuplée. François Maillard est encore entouré d’une vingtaine de moines (dont Joseph Fréchard). Les dernières prises d’habit datent de 1788 ! Tout est calme en ce mois de juillet 1789 à Moyenmoutier, les relations sont bonnes entre les bénédictins et les habitants.

À la salle capitulaire, le 30 juillet, François Maillard dresse un acte officiel devant ses religieux : Dans les circonstances actuelles où l’esprit d’insubordination, d’insoumission et d’anarchie parait s’être répandu dans toutes les parties du royaume de France, l’abbaye de Moyenmoutier ayant à craindre qu’il ne lui soit fait violence, soit pour abandonner ses droits, ses propriétés, ses titres et archives, proteste par cet acte contre tous abandons ou cessions que la crainte, les menaces, la violence, la force ou les voies de faits pourraient leur arracher et extorquer sous quelque prétexte que ce soit.

1790. François Maillard meurt le 2 février. Entre les 13 et 19 février, l’Assemblée constituante décide l’abolition des vœux monastiques et la suppression des ordres et congrégations régulières autres que d’éducation publique et de charité. C’est à partir du 10 mai que les autorités municipales de Moyenmoutier se rendent à l’abbaye pour procéder aux inventaires des biens et à l’interrogatoire des religieux. Il est à peu près certain que ceux-ci optèrent pour la liberté de rentrer dans le monde. L’histoire des bénédictins à l’abbaye de Moyenmoutier se termine avec le départ des moines au cours de l’année 1791.

1791-1792. À la suite du décret du 2 décembre 1789, les domaines et possessions de l’Église sont déclarés biens nationaux. Les ventes mobilières à Moyenmoutier s’effectuent de février 1791 à mai 1792 (meubles, fauteuils, nappes, lampes, horloges, bottes, souliers, estampes, prie-Dieu, bureaux, vaches, chevaux, fourrage, chariots, charrues, harnais…) ».

Description de l’édifice actuel (source :Pays des Abbayes)

« L’abbaye est construite en grès rose des Vosges.

L’intérieur de l’abbatiale est de facture baroque, mais reste assez sobre si on la compare aux édifices de même style d’Allemagne ou d’Autriche. Le badigeon coloré « jaune Marie-Thérèse » procurait une agréable lumière, comme à l’église Saint-Jacques de Lunéville, mais n’existe plus aujourd’hui, laissant la place à un gris délavé.

L’abbatiale surprend par ses dimensions: 60 m de long, 16 m de large et 30 m de haut. La construction sans contrefort à l’extérieur et sans pilier à l’intérieur réside dans la charpente en forme de bateau renversé. Un savant entrelacs de poutres renvoie, par le jeu d’équilibre des forces, la charge sur les pilastres et les murs de l’église. La cage à écureuil y est toujours présente. La nef de 5 travées et le chœur sont couverts de voûtes bombées séparées par des doubleaux à caissons ornés de rosaces.

L’autel (dont la croix et les six chandeliers de 1734) est en marbre XVIIIe siècle, et le tableau de 1740 de la Cène est attribué à Dumont le Lorrain.

Dans l’avant-chœur sont installées des stalles de 1698, sous une large coupole sur pendentif. L’ensemble compte 36 sièges dont les miséricordes sculptées montrent des visages. Toutes les stalles sont adossées à des panneaux en bois sculptés appelés dorsaux, composés de trois étages inégaux : en haut une frise avec des feuillages et fruits divers, au centre des perspectives de cloître et en bas des motifs religieux et musicaux alternés. Aux portes des stalles, des bas-reliefs illustrent quatre vertus (la Charité, la Justice, la Force et la Prudence).

Enfin, à l’extrémité des stalles, deux grands panneaux entourés de cariatides représentent St Hydulphe exorcisant un possédé qui crache son démon, et l’autre Saint Hydulphe et son frère Saint Erhard baptisant Sainte Odile.

Dans la nef, 4 trophées-appliques provenant de la deuxième abbaye, placés sur 4 piliers des voûtes.

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1728. Dom Calmet, abbé de Senones

Portrait sur une des façades de la BNUS

Abbaye de Senones. Source : extraits de Wikipédia

Après les invasions hongroises de la 1ère moitié du 10ème siècle, le monachisme renaît après 960 sous la règle bénédictine. Le moine de Gorze Adalbert est envoyé pour faire cesser les exactions des moines de Moyenmoutier. Après de nombreuses vicissitudes, son successeur l’abbé Allmann peut lancer une vie spirituelle et intellectuelle en s’appuyant sur de solides rentrées de dîmes, basée sur une administration et une gestion assagie et efficace.

L’abbaye s’enrichissant, les moines sont obligés de demander la création d’une charge d’avoué pour protéger leurs biens et ceux de l’abbé. Les chevaliers, servant le châtelain de Langstein, s’acquittent de cette tâche de surveillance pour le compte de l’évêque de Metz…

Un village se forme à proximité de l’abbaye, qui devient la petite ville de Senones. L’abbé Antoine de Pavie déplace et reconstruit l’abbatiale au début du XIIe siècle. Il fait édifier la rotonde, chapelle circulaire incluse dans l’église abbatiale aujourd’hui disparue.

Apogée de l’abbaye au siècle des Lumières

Le monastère est radicalement reconstruit au XVIIIe siècle, d’abord sous l’abbatiat de Dom Calmet, puis sous celui de son successeur. Les bâtiments que l’on voit aujourd’hui datent de cette période, à l’exception de deux éléments :

  • le clocher de l’église, seul élément conservé du XIIe siècle ;
  • l’église reconstruite vers 1860 sur l’un des côtés du cloître.

Dom Calmet (1672-1757). Source : extraits de Wikipédia.

Augustin Calmet est un exégète (commentaire de la Bible) et un historien lorrain.

1687 (15 ans). Ses parents le font entrer au prieuré bénédictin de Breuil. Il entre à 15 ans à l’université de Pont-à-Mousson et suit les cours de rhétorique du père jésuite Ignace L’Aubrussel. À la fin de ces études, il entra chez les bénédictins de la congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe.

1689 (17 ans). Son noviciat se fit à l’abbaye Saint-Mansuy de Toul où il prononça ses vœux le 23 octobre. Il fut envoyé ensuite suivre les cours de philosophie à l’abbaye Saint-Èvre de Toul et ceux de théologie à l’abbaye de Munster.

1696 (24 ans). Il est ordonné prêtre le 1er mars à Arlesheim, près de Bâle, et dit sa première messe à l’abbaye de Munster le 24 avril.

1704 (32 ans). Il est chargé d’expliquer les saintes Écritures dans l’abbaye de Moyenmoutier et à Munster.

1714 (42 ans). Il est nommé prieur à Lay-Saint-Christophe (1714-1715)

1718 (46 ans). Il devient abbé de Saint-Léopold de Nancy. Il parcourt les divers monastères de son ordre, dévorant les bibliothèques et rédigeant de nombreuses compilations historiques.

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BNUS. Familles du vignoble alsacien

Suite des chroniques sur Deux mille vins, exposition de la BNUS à ne pas manquer.

Le vin, ce sont d’abord les hommes, et de plus en plus les femmes, qui le font. Il n’est donc pas seulement une affaire de cépages, de terroirs, d’exposition sur le piémont des Vosges ou dans la plaine, de respect de l’environnement, de viticulture biologique voire biodynamique.

La BNUS a ainsi choisi de mettre en valeur un couple de jeunes vignerons (photo ci-dessous). Jean-Pierre Rosenkranz, photographe de la BNUS, a suivi ce couple et son vignoble Au fil des saisons, de juillet 2019 à juin 2020. « Famille de viticulteurs depuis 1525, cultivant en bio depuis 2008. Ils œuvrent principalement en famille et dans le plus grand respect de la terre sur ce domaine de 8 hectares, à taille humaine. Des vendanges manuelles à la mise en bouteille en passant par tous les travaux saisonniers : une année de travail dans les vignes et dans les chais ».

Quiz : de quelle famille et de quel couple s’agit-il ? Visiter l’expo de la BNUS.

En Alsace, en 2017, un peu plus de 1 700 exploitations agricoles, spécialisées en viticulture, 755 dans le Bas-Rhin, 981 dans le Haut-Rhin. En Champagne, dans la Marne, il y en avait 4 914. Source : Agreste, Statistique agricole, région Grand Est, janvier 2020.

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Le petit vin alsacien au 18ème

Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg (BNUS), Exposition Deux mille vins, multitude et diversité. A ne pas manquer.

Diaporama de 32 photos : elles concernent les sources du XVIIIème, mobilisées dans l’exposition de la BNUS. Pour aller plus loin : les 109 premières chroniques du blog sur l’Histoire du XVIIIème.

Extraits de l’article de Claude Muller, L’Alsace, le pays des deux mille vins. L’irruption du petit vin alsacien XVIIIème – XXème siècle, pp. 18-22 du catalogue.

Phrase célèbre de Voltaire (1684-1778)

« Au début de XVIIéme siècle, dans le vignoble alsacien, l’étrange est relevé par l’étranger. Il se traduit par la hauteur surdimensionnée du cep.

Le vigneron alsacien croit bon que les raisins voient le soleil et soient maintenus à une certaine hauteur pour échapper aux effets des gelées blanches et des fraicheurs humides qui traînent à la surface du sol après chaque pluie. Ce résultat ne peut être atteint qu’en soutenant la plante à l’aide d’un tuteur. Cette caractéristique des vignobles septentrionaux qui suppose quantité d’échalas de chêne, de châtaignier ou d’acacia ne se retrouve pas dans le sud…

Martin Zeller (1589-1668), écrivain allemand traumatisé de la partition de l’espace du Rhin au terme de la guerre de Trente ans, n’hésite pas à décrier le vignoble de la rive gauche. Quelques amateurs affirment que les vins d’Alsace ne sont pas aussi bons, ni aussi sains que les vins du Rhin et du Neckar. Les Alsaciens eux-mêmes ne veulent pas en convenir. Mais il ne sait pas encore que les difficultés commencent dès lors pour les ceps alsaciens.

Le Rhin, axe privilégié pour le transport des vins

C’est d’abord l’irruption des vins de Bourgogne et de Champagne, les plus proches géographiquement de l’Alsace. Ils sont considérés comme des grands vins consommés par tous les émigrés, à commencer par les militaires et fonctionnaires, venus  de tous les coins du Royaume de France pour chercher postes, honneurs ou travail dans cette nouvelle Amérique. Par opposition au grand nectar français, il faut bien parler d’un petit pinard alsacien, d’un vin commun qui n’est même pas comptabilisé dans les successions. La hiérarchie du vin correspond aussi aux strates sociétales et réciproquement.

Pourtant, dans l’univers du petit vin, il existe quelques exceptions. En 1662, 14 ans après la signature des traités de Westphalie, le géographe du roi Louis XIV, Pierre du Val relate son voyage en Alsace dans un petit opuscule. Il signale une particularité : Kaysersberg est renommée pour son vin brûlé que les Allemands estiment beaucoup. Un nouveau vin s’ajoute aux nombreux précédents.

Les Milles et une nuit, contes arabes. Traduction de 1704 par Antoine Galland (1646-1715)

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1714. Fénelon : avocats, prédicateurs

Chroniques du blog sur le 18ème siècle. Fénelon (1651-1715) et son double, catalogue de l’exposition de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, 2015, 120 pages. Diaporama de 11 photos.

Deuxième chronique. Fénelon, 30 ans en 1681

Troisième chronique sur Fénelon, ce jour : critique des avocats, des prédicateurs. Lettre sur les occupations de l’Académie française, Paris, Libraire Ch. Delagrave, 1714.

Cet ouvrage fut le dernier écrit de Fénelon. Il le composa pour répondre au désir de l’Académie qui l’avait consulté sur les travaux qu’elle devait achever ou entreprendre. Il y traite successivement du Dictionnaire, d’un projet de Grammaire, d’une Rhétorique, d’une Poétique, de trois traités distincts sur la Tragédie, sur la Comédie et sur l’Histoire ; et termine cette Lettre par des considérations sur les anciens et les modernes.

Extraits du Projet de rhétorique (pages 14-16). « Par rapport à la Grèce antique, « la parole n’a aucun pouvoir semblable chez nous ; les assemblées n’y sont que des cérémonies et des spectacles. Il ne nous reste guère de monuments de forte éloquence, ni de nos anciens parlements, ni de nos états généraux, ni de nos assemblées de notables ; tout se décide en secret dans le cabinet des princes, ou dans quelque négociation particulière : ainsi notre nation n’est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs pour dominer par la parole. L’usage public de l’éloquence est maintenant presque borné aux prédicateurs et aux avocats.

Nos avocats n’ont pas autant d’ardeur pour gagner le procès de la rente d’un particulier, que les rhéteurs de la Grèce avaient d’ambition pour s’emparer de l’autorité suprême dans une république. Un avocat ne perd rien et gagne même de l’argent, en perdant la cause qu’il plaide. Est-il jeune ? il se hâte de plaider avec un peu d’élégance pour acquérir quelque réputation, et sans avoir jamais étudié ni le fond des lois ni les grands modèles de l’antiquité. A-t-il quelque réputation établie ? il cesse de plaider, et se borne aux consultations, où il s’enrichit. Les avocats les plus estimables sont ceux qui exposent nettement les faits, qui remontent avec précision à un principe de droit, et qui répondent aux objections suivant ce principe. Mais où sont ceux qui possèdent le grand art d’enlever la persuasion et de remuer les cœurs de tout un peuple ?

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