ESR : la fin du modèle jacobin ?

Un billet tonique et caustique de Jean-François Méla, Fin de partie, 23 janvier 2016. En savoir plus sur l’ancien président de Paris 13 Villetaneuse.

A lire absolument. Les ministres et secrétaires d’État successifs à l’enseignement supérieur et à la recherche sont rhabillés pour l’hiver ! Mais hélas, ce ne sont pas eux qui paient les pots cassés !

Deux extraits de la chronique de JFM. 1. Ces réformes structurelles [les regroupements de la loi de juillet 2013] laissent de côté le financement des communautés qui, dans le meilleur des cas, sera essentiellement alimenté par le produit des Idex. Mais il reste des questions plus capitales comme la sélection et les frais d’inscription qui sont absents de la loi, ce qui fait, d’ailleurs que les regroupements entre universités et grandes écoles sont si difficiles à constituer. Mais en dehors des périodes de crise ouverte on ne réforme souvent que de biais.

Sans vouloir préjuger de l’avenir, il s’avère que la création des communautés ne va pas vers une nouvelle uniformité de l’université française, mais au contraire vers une différenciation accrue : on prétend regrouper mais on n’unifie pas ! Le vrai paradoxe est que l’instauration de ces communautés d’universités et d’établissements, qui se donne comme un principe unificateur, est en fait une façon de différencier et de hiérarchiser les établissements sans le dire et une façon détournée de faire évoluer leur gouvernance.

Aujourd’hui les regroupements sont loin d’être achevés et apparaissent un peu hétéroclites, en dépit du caractère étatique d’une réforme parachutée d’en haut. Dans l’article « Les communautés d’université : des systèmes à la française ? », j’envisageais une évolution où des établissements très divers se regrouperaient dans des « systèmes à l’américaine ». C’était un peu naïf dans la mesure où beaucoup de paramètres allaient jouer. A l’échelon provincial, les regroupements sont souvent des recollements de la situation émiettée que l’on connaît depuis 68. Mais, dans le contexte parisien, la loi aboutit à une diversité de situations assez étonnante dans notre tradition centralisée, ce qui met en évidence des problèmes de fond.

2. Nous prendrons l’exemple de trois Comue : Sorbonne-Paris-Cité (USPC), Paris-Sciences et Lettres (PSL) et Paris-Saclay.

Sur ces exemples on voit la diversité des regroupements qui peuvent résulter d’une réforme législative qui visait, en principe, à l’unité de l’enseignement supérieur français. Sous des dehors de rationalisation, les conditions sont réunies pour faire exploser « la république universitaire, une et indivisible ». En dehors des regroupements territoriaux de petites universités de province, on ne peut réellement réunir dans un même système des universités de recherche et des collèges universitaires, des établissements sélectifs ou non sélectifs, gratuits ou payants.

Si l’on veut rapprocher les universités et les grandes écoles pour les intégrer dans un système inspiré du modèle international, ceci ne peut s’envisager qu’en étendant les mêmes principes à l’ensemble de l’enseignement supérieur.

A l’international, cohabitent des universités de recherche, qui ont vocation à figurer dans les classements internationaux, ainsi que de petites institutions comme les colleges aux USA ou les écoles en France, qui peuvent être regroupés dans des systèmes à l’américaine, mais pas dans des « communautés à la française ». La taille des regroupements, leur gouvernance en articulation avec les établissements regroupés, la vocation nouvelle donnée à la régionalisation de l’enseignement supérieur (que certains dénoncent), sont des évolutions que la loi ne peut édicter, mais seulement accompagner.

Quelles que soient les péripéties qui nous attendent, il est probable que nous finirons par sortir de l’organisation plus ou moins « jacobine » de l’enseignement supérieur que nous avons connue. Mais ceci ne peut se faire sans vision politique cohérente. Il serait regrettable qu’à vouloir ignorer les problèmes, on laisse se faire n’importe quoi, au gré de la conjoncture.

C’est la fin d’une partie. Attendons la suite !

1 commentaire

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Une réponse à “ESR : la fin du modèle jacobin ?

  1. Olivier

    Le MESR ne lâchera jamais son pouvoir. Il continuera ainsi à faire et défaire afin de justifier son existence et ses rémunérations, qui pour le haut de la pyramide dépassent sensiblement celles des EC !

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