Najat : toutes et tous à bac +5 !

Long entretien accordé à Marie-Christine Cordier, Les Échos, 11 septembre 2016 : Universités : une loi en novembre, pour un master réformé à la rentrée 2017. Najat Vallaud-Belkacem, sans y prendre garde et à trois reprises, tire à boulets rouges sur la licence, sur ce diplôme qui ne suffit pas à s’insérer dans le monde professionnel ! Sabotage de la licence : toutes et à tous à bac+5 !

Trois extraits de l’entretienD’abord, les universités doivent pouvoir recruter à l’entrée du master, et non pas en milieu de master, l’idée étant d’avoir un diplôme conçu comme un cursus de quatre semestres qui ne s’arrête pas en plein milieu, comme c’est le cas aujourd’hui. Et, en même temps, tout titulaire de licence doit se voir proposer une poursuite d’études en master s’il le souhaite. On ne peut en effet pas abandonner les étudiants qui veulent continuer après la licence, alors que ce diplôme ne suffit pas à s’insérer dans le monde professionnel. Pour la première fois, j’ai le sentiment qu’on peut arriver à tenir ces deux bouts-là qui ont généralement été présentés comme contradictoires : la possibilité de recruter à l’entrée du master d’une part, et le droit donné aux étudiants de poursuivre en master d’autre part…

p1520375Photo Les Échos. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

… Que deviennent les jeunes recalés [à l’entrée du master] ? Doivent-ils arrêter leurs études ? Ce sont quand même des jeunes sur lesquels notre pays a déjà investi pour leur financer trois ans de licence, qui veulent continuer, et dont le diplôme de licence apparaît insuffisant pour trouver du travail. Or, notre pays manque de diplômés de niveau master. On en diplôme quelques 16 % d’une génération et on produit moitié moins de docteurs par an qu’en Allemagne. Faire le tri comme le suggèrent les partisans de la sélection pure, c’est donc un luxe que notre pays ne peut pas se permettre. Notre objectif, au contraire, c’est de diplômer 25 % d’une génération au niveau master, dans l’intérêt du pays…

… D’autres questions se posent : comment relancer l’ascenseur social dans l’accès aux études longues ? Pourquoi le diplôme de licence prépare-t-il si insuffisamment à une insertion professionnelle directe ? Toutes ces questions se posent, et le fait de régler cette question de l’orientation en master va aussi nous permettre de les mettre sur la table. Voilà pourquoi résumer les enjeux du master à la problématique de la sélection, c’est réducteur.

Débat : notre pays manque de diplômés de niveau master. On en diplôme quelques 16 % d’une génération. Ce chiffre sort-il des RERS 2016 (indicateur 8.20) ? En parlant de diplômés de niveau master, la ministre ne devrait pas oublier les diplômés des écoles d’ingénieures et de commerce (indicateur 8.23). Les deux populations de niveau master étant réunies, le pourcentage dépasse les 20%. Est-ce un taux insuffisant ? Faut-il, dans notre pays, plus de sortants à bac+5 que de sortants à bac+2 ou 3 ?

Texte intégral de l’entretien des Échos.

9 Commentaires

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9 réponses à “Najat : toutes et tous à bac +5 !

  1. Sbo

    Mais qu’est-ce qu’elle raconte là, Madame la Ministre « ce diplôme ne suffit pas à s’insérer dans le monde professionnel »… je recrute avec plaisir au niveau licence. Ensuite, si c’est vraiment voulu par le collaborateur – souvent après quelques années – nous l’accompagnons dans son processus d’obtention d’un master en formation continue. Donc, on ne peut pas généraliser, ni dans un sens, ni dans le miens. « Faut-il, dans notre pays, plus de sortants à bac+5 que de sortants à bac+2 ou 3 ? » : Pour ma part, je veux simplement des gens compétents répondant à notre besoin. Une/un diplômé(e) de master n’en a pas plus (sauf peut être à être passé par l’apprentissage)… notre directrice commerciale : Bac+2, 12 ans d’expérience, l’envie de valider un master lui vient en ce moment à 32 ans où elle pense qu’une remise à niveau serait profitable à tous. Pour moi « la compétence fait ses preuves dans l’action » (Lorino P. et Tarondeau J.C, 2006 citant LeBoterf, 1994)

  2. FUBAR

    Ce que je lis: on manque de diplômés niveau master (en admettant que ce soit vrai): faisons peur à ceux qui ne voulaient que la licence pour les inciter à continuer et prenons en master ceux qui en réalité n’ont pas le niveau. C’est sûr que leur employabilité (surtout s’ils ont eu leur licence en plus de trois ans) va être optimum.
    Je lis aussi qu’on a pas assez de docteurs, et nous sommes donc appelés à dérouler la logique jusqu’au bout. Cet étudiant boulet à qui vous finissez par donner la licence ric rac à coup de compensations au bout de 5 ou 6 ans, eh bien gardez-le donc jusqu’en thèse. Et à la sortie, miracle, tout le monde voudra employer ce magnifique diplômé. C’est limpide et imparable. Quelle femme!

  3. FUBAR

    je suis en train de lire l’interview complète et je note cette phrase: « D’abord, les universités doivent pouvoir recruter à l’entrée du master, et non pas en milieu de master »… « recruter », pas sélectionner (l’horrible mot) mais recruter. Quelle tartufferie, mon Dieu.

  4. FUBAR

    Quelqu’un aurait-il l’obligeance de me dire ce qu’est une « université mystifiée »… (toujours dans l’interview)

  5. jako

    Fubar, la fin est proche: on avait, avec la loi Ferry, l’instruction obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans (avec l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959 la scolarisation obligatoire est prolongée jusqu’à l’âge de 16 ans révolus). On aura à présent la loi de Najat V-B 2016 qui va instaurer le master obligatoire (et le doctorat obligatoire puisqu’on y est). Alors puisqu’on atteint le fond, et vu qu’on veut vraiment la peau de l’Université et des universitaires, on pourrait organiser un suicide collectif, genre Ordre du Temple Solaire…

    • FUBAR

      @Jako: personnellement je serai assez pour mettre le feu, mais à condition qu’on ne mette pas la maîtresse au milieu.
      Sur la corrélation entre durée des études et employabilité, j’avais cru comprendre que les formations professionnalisantes courtes de type IUT c’était le top du top, et voilà qu’en fait pas du tout, ce que veulent les entreprises c’est du diplômé de master, voire du docteur. C’est fou comme il n’a fallu qu’un quinquennat pour que le marché du travail fasse un virage aussi spectaculaire.

  6. de visu

    La photo n’est plus d’actualité. La ministre est replète. Le pouvoir produit ses toxines et ses surplus. Comme dirait le « huff »: elle ne ressemble plus à ça!

  7. Didier

    Bon ok, vous n’aimez pas la ministre, elle dit n’importe quoi sans réfléchir, et elle n’est pas belle.
    Mais reconnaissons que les licences non professionnelles ne préparent pas vraiment les étudiants à la vie active, mais plutôt à rentrer en master. Garantir à ceux qui, après avoir validé leur licence, réussiront leur première année de master qu’ils pourront alors intégrer la seconde année n’est peut-être pas si déraisonnable. Et je ne vois pas bien en quoi, vouloir rassurer les gens en leur disant que les entreprises sont demandeuses de diplômés de ce niveau (master), validerait l’idée que les DUT (et les licences pro) ne correspondraient plus aux besoins qu’ils satisfont aujourd’hui.
    Enfin, sachez qu’effectivement certains recrutent au niveau master 2, et sont fiers de pouvoir démontrer leur attractivité grâce aux nombreuses candidatures « extérieures » qu’ils reçoivent. Je comprends que certains s’étonnent (ou plutôt nous taquinent sur le fait) que d’un côté l’on puisse suivre que la moitié d’une formation pour la valider, et que de l’autre des étudiants qui ont validé la première moitié d’une formation soient identifiés comme ne pouvant pas réussir la seconde.

  8. Jean-Marie Boisson

    Dans l’ancien système (DEUG, licence maîtrise) l’enseignement universitaire, au contraire des TS et IUT, mais aussi des écoles, était formaté pour donner une sortie une peu « professionnalisée » en maîtrise, c.a.d. à bac plus quatre. Cette professionnalisation était d’ailleurs parfois remise en cause avec l’apparition des DESS. La licence était de ce fait très généraliste. Elle l’est restée alors que le master1 qui suit est en principe préparatoire au master2 qui suit mais il redevient souvent généraliste.
    Deux issues possibles : réorienter les licence un peu dans le sens des licences professionnelles et les diversifier (dans le cadre d’Instituts chers à Pierre!) avec un contact plus étroit avec les activités économiques locales.
    Ou bien basculer sur le bac plus quatre et faire des master 1 une année d’orientation, soit professionnelle directe , soit vers des formations plus longue. Cela se fait aux États-Unis et un peu partout dans le monde. Le choix de Bologne (plus ou moins copié du système britannique) semble désormais obsolète… et les britanniques l’abandonnent!

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