La CPU et la démocratisation

Communiqué de la conférence des présidents d’université, 23 mars 2017 : Protocole pour une démocratisation exigeante et ambitieuse de l’accès à l’enseignement supérieur. Une volonté commune en faveur de la mixité sociale.

Commentaires. Pour une démocratisation exigeante et ambitieuse. Pourquoi ces deux adjectifs ampoulés ? Parce que le mot « démocratisation » a été employé à toutes les sauces, parce qu’il a perdu de sa force politique. Ce protocole est ainsi d’une tristesse à pleurer : il peut se résumer à une action de communication et à des actions d’accompagnement de publics, sans que celles-ci soient précisément définies (qu’est exactement aujourd’hui une action de tutorat ?), et sans que l’impact de ces actions puisse être mesuré.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et de l’obtention de diplômes supérieurs doit être précisément mesurée pour pouvoir en suivre l’évolution dans le temps : quelle est la proportion d’enfants d’ouvriers et d’employés qui accèdent à l’enseignement supérieur, qui obtiennent un bac+2, un bac+3 ou un bac+5, qui obtiennent un emploi correspondant à leur niveau de diplôme ? Cet indicateur dit de « destinée » est plus pertinent que l’indicateur dit de « recrutement » (proportion d’étudiants qui ont des parents ouvriers ou employés dans l’ensemble des étudiants).

Visiblement, les rédacteurs du texte du protocole ignorent la différence entre ces deux indicateurs. A vrai dire, l’indicateur de destinée suppose de faire des suivis de cohorte, relativement coûteux à réaliser.

Ci-dessous texte intégral du communiqué publié par la CPU, plus court que le texte complet (reproduit ici en image).

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

« Parce que le déterminisme social crée encore un frein puissant à la démocratisation de l’enseignement supérieur, le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a signé le 21 mars dernier à Sciences Po Lille, avec la CPU, la Conférence des directeurs des écoles d’ingénieurs (Cdefi) et la Conférence des grandes écoles (CGE) un protocole destiné à favoriser la mixité sociale dans l’Enseignement supérieur.

Si les effectifs d’étudiants dans l’enseignement supérieur n’ont jamais été aussi élevés, il se cache derrière ce réel progrès plusieurs écueils :

  • Les enfants de cadres ont un taux de diplomation de l’enseignement supérieur plus de deux fois supérieur à celui des enfants d’ouvriers et d’employés ;
  • Pour celles et ceux qui accèdent à l’enseignement supérieur, la répartition selon leur origine sociale est toujours aussi peu équilibrée au regard de la répartition sociale dans la société. Les étudiants des catégories sociales les plus favorisées sont ainsi fortement surreprésentées par rapport aux jeunes de catégories sociales plus modestes.

Conscient du poids des déterminismes économiques et sociaux, le ministère entend accompagner les établissements d’enseignement supérieur à donner leur chance à tous ces jeunes issus de milieux qui ne vont pas naturellement vers eux.

Le « Protocole pour une démocratisation exigeante et ambitieuse de l’accès à l’enseignement supérieur », signé le 21 mars dernier, à Sciences Po Lille, prévoit ainsi plusieurs engagements :

  • Pour les recrutements diversifiés, les parties s’engagent « à accompagner les initiatives visant à prévoir des processus de recrutement explicitant l’objectif de diversification des publics et « à favoriser un accueil des étudiants boursiers en cohérence avec l’ensemble des filières de l’enseignement supérieur » ;
  • Dans le cadre des parcours d’excellence, les parties engageront leurs établissements à « favoriser les actions de tutorats » des parcours d’excellence, programme de promotion de l’égalité réelle des chances et des opportunités, qui a vocation « de permettre à ses bénéficiaires de se construire un parcours académique et professionnel choisi quel que soit leur milieu d’origine » ;
  • Dans le cadre des accompagnements post-admission, les conférences et le ministère s’engagent « sur la mise en place de dispositifs d’accompagnement et de suivi des jeunes qui relèveront des admissions spécifiques » ;
  • Sur le continuum bac-3/ bac+3., les signataires s’engagent à favoriser les initiatives portées par les établissements d’enseignement supérieur et les rectorats pour « mieux décrire la réalité de l’enseignement supérieur auprès des élèves de lycées ». Ils déclarent que « la formation des enseignants doit également permettre de rappeler cette mission d’accompagnement des jeunes en construction de leur orientation ».

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