Jacques, RQTH, AAH, CESU

Jacques est malvoyant. Il a obtenu une licence professionnelle Management des organisations de l’économie sociale, il y a dix ans. Depuis lors, il ne veut plus seulement être « assisté » (il perçoit l’AAH, allocation d’adulte handicapé) ; il veut travailler dans la mesure de ses moyens et sur un poste adapté à son handicap. Mais, suite à l’arrêt du versement de son AAH, semble-t-il parce qu’il travaille épisodiquement, il se heurte aux broyages de l’administration.

Jacques (j’ai changé son prénom) demande de l’aide : que peut-il faire pour récupérer son droit à l’allocation d’adulte handicapé ? Il m’a envoyé le courriel suivant.

« Vous souvenez-vous, Pierre, de la discussion que nous avons par rapport au fait que le système allocataire n’incite pas à travailler alors que j’étais en licence ?

Et bien je vais vous raconter une petite histoire…

L’an passé, j’ai fait les démarches pour renouveler ma RQTH (Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé). Après bien des déboires (les mesures de simplifications ne sont pas appliquées faute de bonne gestion de l’archivage), j’ai finalement fini par obtenir le renouvellement de cette reconnaissance qui me permet de prétendre à l’AAH depuis 1993.

Entre temps, je suis sollicité par des gens de mon village pour travailler pour eux avec le CESU (Chèque Emploi Service Universel). Voyant une possibilité de pouvoir travailler entre guillemets comme tout le monde, j’accepte. Et me voilà donc jardinier. Mes employeurs sont satisfaits de mon travail et me sollicitent souvent pour exécuter les tâches qu’ils me demandent. Je ne suis pas embauché à taux plein mais à la tâche. Il y a des mois où je travaille et d’autres pas. C’est la logique de la flexibilité de l’offre et de la demande.

Le 05 juin 2017 je ne reçois pas le versement de l’AAH. Je me dis que ça va tomber un peu plus tard et je n’en m’inquiète pas plus que ça.

Le 18 juin, je reçois un courrier de la CAF me demandant de fournir mes déclarations de revenus depuis 2015 ! Bien que je l’ai fait (en temps et en heure en 2016, ne cherchez pas à comprendre cela marche sur la rétro activité), j’ai envoyé les dites déclarations en temps et en heure (car j’avais travaillé comme agent recenseur au mois de janvier 2015). Relevant une erreur dans l’intitulé de la demande, je me dis qu’il y a un bug informatique et que personne n’a relevé. Toutefois, je remplis la totalité des formulaires et je décide de me rendre directement à la CAF pour remettre le 26 juin les documents. Je vais au siège de la CAF, au chef-lieu du département, afin de bien expliquer mes remarques et ma démarche. J’ai peut-être des droits, mais j’ai aussi surement des devoirs et j’accepte cela volontiers sans aucun problème.

Quelle ne fut pas ma surprise en me rendant à la CAF. Tout d’abord, des vigiles vous placent dans les files d’attente. C’est curieux, mais je ne relève pas plus que ça. Lorsque c’est mon tour, j’explique mon problème à l’agent qui me reçoit. Ce dernier me fait comprendre qu’il n’est qu’agent d’accueil et regarde simplement si j’amène les papiers qu’on me demande. Cependant, elle relève une erreur et je lui demande de la corriger. N’ayant pas du Tippex sur moi je lui en demande. Il a fallu qu’elle demande ceci à son supérieur. Ouille ! Un employé n’a pas les outils de travail de base ! Que se passe-t-il ? Restriction budgétaire ! Il y a dorénavant un budget pour la sécurité des agents de la CAF mais pas de Tippex ? C’est la mode… Bref ! je finis par remettre les dits document dument remplis et je demande pour que tout cela s’arrange rapidement. L’agent ne peut me garantir le délai de l’instruction et remet mon dossier dans la bannette… Affaire à suivre… Dossier suivant s’il vous plait!

Le 05 juillet, je ne reçois toujours aucune allocation… Par contre je reçois de nouveau les déclarations à remplir sans plus d’explication !

Sentant un coup tordu de cette administration, je me décide à me rendre à un point relais pour demander un rendez-vous (au plus vite) et que j’obtiens pour le 18 du même mois. Entre temps, je re-remplis les formulaires (9 au total auxquels il faut fournir des pièces justificatives bien que ce soit des déclarations sur l’honneur) comme je l’ai fait précédemment. Je regroupe à l’avance toutes les pièces justificatives et tous mes dossiers. Histoire d’être prêt, on ne sait jamais.

Le 18 juillet, je vais au rendez-vous pour remettre les papiers et demander (avec un calme absolu) un éclaircissement du problème que posent les documents que je fournis. Là, la bonne dame qui me reçoit comprend tout de suite la situation. Le CESU est reconnu par la loi sur le travail comme un CDI, mais la CAF ne le reconnait que comme un CDD. Cherchez l’erreur ! Du coup, il a fallu corriger et que je donne toutes les périodes de travail que je dois déclarer. Nous faisons les corrections et l’agent marque au feutre rouge dossier complet et ok, URGENT ! Elle me fait la remarque que mon sang froid et ma détermination ont facilité grandement la compréhension de l’imbroglio et que si tous les allocataires étaient comme moi, ils avanceraient dix fois plus vite… Ce sang froid, je le tiens d’une formation : la Licence professionnelle ! Pour résoudre un problème, on est plus efficace si on est calme plutôt que d’être  vindicatif et dans l’émotion ! J’ai mis longtemps à le comprendre, mais là… Je l’ai bien compris !

Nous sommes le 4 août et je n’ai toujours rien reçu. Vous imaginez bien que j’ai fait des demandes d’aides auprès du CCAS de mon village, j’ai envoyé un mail à l’antenne locale de la Fédération Nationale des Accidentés de la vie et des Travailleurs Handicapés, j’ai sollicité l’aide d’une assistante sociale de la communauté de communes dont je dépends, et je me suis même fendu d’un mail à notre cher président de la république nouvellement élu… Mais voyez-vous en France, il y a un privilège qui passe par dessus tout : Les VACANCES ! Dernier privilège de la classe laborieuse sur celle des indigents.

Vous imaginez bien que j’ai écrit maintes fois des mails à la CAF, j’ai essayé de les appeler, etc. En vain…

Ce que j’en retiens :

– Non le travail, ce n’est pas pour moi.

– Oui j’ai été honnête et j’ai fait ce qu’il fallait pour essayer de m’intégrer, mais une administration peut se permettre de me considérer et de me rappeler ce qu’est l’indigence. Son système implacable broie des destins, mais… on s’en fiche !

– Mais finalement, a-t’on vraiment envie de me voir travailler et produire des richesses ?

En conclusion je pense que le fait d’être inactif procure de la richesse, car je ne dérange pas le « privilégié » (enfin façon de parler la majorité des travailleurs ne perçoit que le strict minimum pour vivre) en allant faire la manche sur son chemin (qu’il soit du travail ou des vacances). Les administrations s’activent à faire ce pourquoi elles sont conçues tout en fabriquant du gaz à effet de serre. Les politiques s’enorgueillissent d’être indispensables (et néanmoins au dessus des lois tout en étant tout aussi incompétents). Mais le péquin qui crève la bouche ouverte… et bien qu’il la ferme !

Je pense que vous me connaissez plutôt bien Pierre, et vous savez que je ne me laisserai pas avoir par le système. J’ai de la ressource ! Mais là, j’ai besoin d’aide et étant isolé je ne sais plus quoi faire. Auriez-vous une idée, un contact, un point de vue que je n’aurai pas ?

J’espère en toute bonne foi que, pour vous, tout va bien. Je lis souvent quelques rubriques d’Histoires d’université et je pense qu’il est bien difficile de faire changer le monde, mais nos efforts contribueront tout de même à une amorce de changement !

Je vous dis à bientôt et recevez mes plus cordiales et néanmoins respectueuses salutations, Jacques.

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Classé dans C. Ile-de-France

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